Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Blog généraliste : actualité, cinéma, et toute cette sorte de choses

Quai des Orfèvres (Henri-Georges Clouzot, 1947)

Publié le 19 Mai 2017 par Djayesse in Cinéma, Henri-Georges Clouzot

Quai des Orfèvres (Henri-Georges Clouzot, 1947)

Martineau (Bernard Blier) est un jaloux. Remarquez, il a de quoi : sa femme est la belle Jenny Lamour (Suzy Delair). Son vrai nom, c'est Marguerite Chauffournier. Mais Jenny Lamour, ça fait plus vedette, c'est plus vendeur... Jenny est (presque) prête à tout pour réussir. Même rencontrer Brignon (Charles Dullin) : un producteur hautement libidineux qui préfère des clichés « artistiques »  à des Manet ou Picasso.

Alors Martineau voit rouge : il décide de tuer Brignon. Il prépare tout : son alibi, et son meurtre. Mais, arrivé chez Brignon, pas de chance : le vieux salingue a déjà été refroidi...

Et en plus, on lui pique sa voiture !

 

Pour sa troisième réalisation, Henri George Clouzot adapte une nouvelle fois Steeman. Mais pas de commissaire Wens, cette fois. Le policier, c'est Antoine (Louis Jouvet). Un ancien des colonies qui en est revenu avec un fils métis et le paludisme. On a les souvenirs qu'on peut...

Cette fois-ci, on retrouve Suzy Delair, mais elle a changé. Mûri, peut-on dire. Ce n'est plus la jeune femme follette qui fait tout pour se faire engager. Jenny est une vedette. Question répertoire, c'est assez proche : elle chante essentiellement pour le Music-hall, et des chansons légères, mettant en avant son tralala... Son jeu aussi a mûri. Terminé l'emportement. Malgré quelques réminiscences dans les adresses à son mari (son « biquet »), son jeu est plus sobre et plus juste.

Tout comme Suzy Delair, Louis Jouvet joue sobrement. Presque humainement... Ce n'est pas un policier tout puissant. Il n'a pas la prestance de Wens. Ce n'est rien d'autre qu'un petit fonctionnaire qui vit dans un petit appartement mal chauffé, avec son fils quand il n'est pas à l'internat. C'est cette relation familiale qui donne toute la dimension de son humanité. Ca, et la merveilleuse réplique qu'il lance à Dora (Simone Renant), l'amie (malheureuse) de Jenny : «Vous êtes un type dans mon genre : avec les femmes, vous n'aurez jamais de chance. » Parce que Dora est homosexuelle. Elle est amoureuse de Jenny, mais elle sait qu'elle n'a aucune chance face au « biquet ». Une scène montre pleinement sa détresse : alors qu'elle vient de développer un cliché de Jenny, elle s'apprête à le lui porter quand elle les aperçoit par la fenêtre s'embrasser, puis tirer le rideau. Elle s'arrête alors, triste. Et cette tristesse est soutenue par le plan suivant qui voit une chanteuse réaliste interpréter Ce n'est jamais mon Tour...

Un rôle très fort et un peu risqué, l'homosexualité étant alors considérée en France comme un délit (de 1942 à 1982).

Et puis il y a Bernard Blier : il est magnifique en mari jaloux, jouant d'égal à égal avec son maître du Conservatoire : Louis Jouvet. Il est à noter d'ailleurs que ce dernier joue dans le même film que son ami qui le fit jouer à l'Atelier : Charles Dullin.

On reste en famille...

Mais quel film !

Comme toujours, chez Clouzot, c'est l'humain qui prime: les détails quotidiens, les habitudes des gens. Et bien sûr les gens eux-mêmes, dans leur petite vie. Le balayage de la caméra dans la salle du music-hall, pendant que Jenny chante Avec son Tra-la-la, est très caractéristique : ce sont des gens normaux, qui ont des réactions normales. Certaines peuvent prêter à sourire, mais elles sont avant tout justes.

Cette chanson est aussi l'occasion d'une magnifique ellipse. Alors qu'elle découvre la chanson chez un producteur, on assiste, pendant toute sa durée, à l'évolution de Jenny dans la profession. C'est ce même producteur qui commence à chanter, rapidement relayé par Suzy Delair. A partir de là, sans coupure dans la chanson, on voit la présentation dans un théâtre avec les autres artistes qui jouent autour ou s'impatientent. Puis ce sont les répétitions pour finalement arriver sur scène, dans un habit luxueux, sous les yeux des spectateurs : admiratifs, envieux, concupiscents ou amusés :

 

Le tout entrecoupé d'interventions par de célèbres seconds rôles du cinéma français : Pierre Larquey, Raymond Bussières ou Jeanne Fusier-Gir, pour ne citer qu'eux, et qui ont déjà tourné pour Clouzot antérieurement.

Et puis les incontournables dialogues du même Clouzot, mélange d'humour vache et de réalisme, portés par une belle distribution :

« Il a été mal élevé. C'est un fils de bourgeois. Il voit le mal partout »

« Je suis un bon citoyen. La preuve, c'est que moins je vois les flics, mieux je me porte. »

 

Commenter cet article