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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Sam Mendes
1917 (Sam Mendes, 2019)

6 avril 1917, quelque part à l’arrière des lignes.

Les caporaux Blake (Dean-Charles « Tommen Baratheon » Chapman) et Schofield (George MacKay) se reposent quand un supérieur les envoie chez le général Erinmore (Colin Firth) : ils doivent franchir les positions allemandes (censées être abandonnées) pour rejoindre une division afin de l’empêcher d’attaquer.

Contrariés, ils doivent accepter, surtout que le frère de Blake fait partie de cette division.

Le périple commence alors, et il semble que les Allemands soient réellement partis.

 

Ordinaire. Non pas le film, mais la situation. Pas de grand moment de bravoure ni de combats acharnés pour reprendre un bout de terrain dont l’enjeu stratégique est inversement proportionnel au nombre de tués pour y parvenir. La plupart du temps, il n’y a que très peu de protagonistes : les deux soldats au début et leurs rencontres, plus ou moins fatale, voire létale. C’est le parcours de deux soldats, ni meilleurs ni pires que les autres (1), à travers une campagne française ravagée par le conflit. On notera d’ailleurs les superbes décors de ruines d’une grande sobriété de Niall Moroney et son équipe.

 

Et Sam Mendès, avec l’aide de son chef-opérateur Roger Deakins, va concentrer son point de vue narratif sur ce duo qui se défera pour ne rester que sur le survivant, toujours à une (très) proche distance, nous faisant voir sa guerre, avec même un écran noir de quelques secondes quand il perd connaissance.

Et même quand a lieu l’assaut (2), la caméra reste sur MacKay jusqu’à la fin, faisant de cet assaut un élément de décor comme les autres. Il n’est donc pas étonnant que la photographie ait été récompensée (Deakins a accumulé les distinctions) : elle est magnifique. Ce sont avant tout des tons très pales qui dominent ce film, jusqu’aux teints quasi cadavériques des deux caporaux, renforcés par les teintes de la terre environnante : alors qu’on a surtout l’habitude de voir une terre boueuse noire comme la mort, ici elle est très claire, même quand elle est humide (3).

Et cette rupture colorée ne diminue pas l’impact mortifère des images.

 

Parce que ce qui occupe la plupart du temps les lieux, c’est la mort. Tout est mort. Ce qui était des villes, des villages, des habitations sont détruites, ne laissant que des ruines, squelettes de ce qui voyait la vie s’organiser. Bien sûr, les êtres vivant ont été tués. Les premiers cadavres qu’on peut voir sont des chevaux, dans des états de décomposition avancés, mais rapidement nous aurons droit aux humains dans des situations parfois gênantes : une tête qui sort de terre, des cadavres flottants… Sans oublier les inévitables charognards : les corbeaux et surtout les rats.

Même les végétaux ont été tués : non seulement plus rien ne pousse, mais la découverte de tous les arbres abattus dans un verger ajoute un élément singulier sur l’absurdité de la guerre. En effet, alors qu’un arbre près d’une route a été coupé pour ralentir la progression d’un convoi, on ne comprend pas pourquoi avoir abattu tous ces cerisiers. Etait-ce l’incongruité de leur existence dans un lieu désolé et ravagé par la guerre ? (4).

 

Bien sûr, le début du film nous ramène aux Sentiers de la Gloire, avec ce travelling arrière qui voit les deux soldats avancer dans la tranchée, avec la même détermination que Kirk Douglas (mais pour d’autres raisons). Mais là s’arrête le parallèle : il n’y a ici aucune dénonciation. De même, on pense aussi à Gallipoli mais avec un résultat différent, Schofield renvoyant au personnage de Frank Dunne (Mel Gibson) lui aussi envoyé pour arrêter un assaut. Là encore, je n’irai pas plus loin, nous sommes dans une configuration très différente.

 

Au final, nous avons un film magnifique d’une très grande sobriété où la guerre reste à un niveau très humain, évitant l’aspect grandiose des plans d’ensemble montrant des assauts que nous avons l’habitude de voir dans les films de guerre. Nous restons au niveau de Schofield, ce soldat ordinaire qui s’acquitte de sa mission naturellement.

Mais malgré tout, le film est spectaculaire (voir le troisième paragraphe), et si Deakins en est un artisan primordial, il ne faut pas non plus oublier le travail d’éclairage qui donne une dimension surréelle à cette guerre : le passage à Ecoust de nuit avec l’utilisation des feux de détresse donne une impression de rêve aux épreuves de Schofield. Et d’autant plus qu’il vit alors l’un des moments les plus dangereux de son parcours, pris pour cible par différentes ennemis. On en vient presque à douter de la réalité de ce qu’il vit.

 

Superbe.

 

NB : avec la nouvelle pratique qui veut que le générique ne soit exposé qu’à la toute fin, si on ne se penche pas sur la distribution avant de voir le film, on a quelques surprises en découvrant les différents personnages qui jalonnent le parcours de Schofield (et Blake). Outre Colin Firth, on reconnaîtra avec plaisir quelques figures connues comme Mark Strong ou Benedict « Sherlock » Cumberbatch, sans oublier Richard « Robb Stark » Madden.

 

  1. On pourrait croire que Schofield est un soldat d’exception puisqu’il a été décoré. Mais ce qu’il a fait de sa médaille nous rappelle qu’il n’est qu’un soldat ordinaire avec des envies très humaines.
  2. Parce qu’il y en a un, difficile d’imaginer un film sur la Première Guerre Mondiale sans un quelconque engagement.
  3. Et boueuse, cela va de soi, il semble que cet élément de texture terrestre soit incontournable dans les films de tranchées.
  4. D’ailleurs, comment ont-ils pu survivre après trois ans et demi de conflit ?
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