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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #John Ford, #Drame
Qu'elle était verte ma Vallée (How green was my Valley - John Ford, 1941)

Pays de Galle. Fin XIXème siècle.

Les Morgan. Une famille galloise typique : le père Gwilym (Donald Crisp), la mère Beth (Sara Allgood), six fils - dont Huw le narrateur (Roddy McDowall) et une fille, Angharad (Maureen O'Hara).
Tous les hommes travaillent à la mine, sauf Huw, qui est encore trop jeune.

Et puis deux personnes débarquent dans ce petit monde bien réglé : Bron (Anna Lee), qui doit épouser l'ainé des Morgan, et Mr Gruffyd, le nouveau pasteur.

Ce dernier ne laisse pas la fille Morgan insensible.

 

A chaque fois, John Ford crée un microcosme dans lequel vivent ses héros. C'est le monde de la caserne dans La Charge héroïque, le village d'Innisfree dans L'Homme tranquille, et ici, c'est ce village minier dont le narrateur se souvient qu'il était encaissé dans une vallée encore verte (d'où le titre). Mais si ces autres (futurs) films servent de cadre à de brillante comédies, ici, c'est avant tout une tragédie qui nous attend, ce qui est tout de même rare chez Ford.

Pays de Galle. Fin XIXème siècle.

Les Morgan. Une famille galloise typique : le père Gwilym (Donald Crisp), la mère Beth (Sara Allgood), six fils - dont Huw le narrateur (Roddy McDowall) et une fille, Angharad (Maureen O'Hara).
Tous les hommes travaillent à la mine, sauf Huw, qui est encore trop jeune.

Et puis deux personnes débarquent dans ce petit monde bien réglé : Bron, qui doit épouser l'ainé des Morgan, et Mr Gruffyd, le nouveau pasteur.

Ce dernier ne laisse pas la fille Morgan insensible.

 

A chaque fois, John Ford crée un microcosme dans lequel vivent ses héros. C'est le monde de la caserne dans La Charge héroïque, le village d'Innisfree dans L'Homme tranquille, et ici, c'est ce village minier dont le narrateur se souvient qu'il était encaissé dans une vallée encore verte (d'où le titre). Mais si ces autres (futurs) films servent de cadre à de brillante comédies, ici, c'est avant tout une tragédie qui nous attend, ce qui est tout de même rare chez Ford. Le propos est noir, comme les gueules des mineurs.

Cela n'empêche pas quelques traits d'humour très fordiens, mais irrémédiablement, le film nous ramène à la noirceur, à la tristesse.

Il y a une parenté avec L'Homme tranquille évidente. Le village ici est une esquisse de ce que sera Innisfree. Mais si Innisfree possède une atmosphère bon enfant, il n'en va pas de même ici : malgré la tension inhérente aux villages miniers et aux accidents inévitables, ce village est construit sur une hypocrisie et une médisance terribles.

Pourtant, tous commence bien : on voit la sortie de la mine, les mineurs qui chantent, heureux d'en finir pour cette semaine, amenant leur paye à leur femme (ou leur mère)... Bref, tout va bien. Mais, au fur et à mesure du film, l'atmosphère se tend et ce monde idyllique se craquèle, commençant une lente destruction. Avec le XXème siècle arrive une nouvelle ère. Ce qui fut ne sera plus. Cela commence par une première grève, suivie par les fils Morgan, mais condamnée par leur père, adepte du statu quo originel. Mais avec la fin de l'ordre établi, c'est aussi la fin programmée de la famille qui arrive.

Des six fils du début, combien seront à la fin ?

Ca commence avec le mariage de l'ainé, Ivor (Patrick Knowles). Puis ce sont d'autres qui émigrent aux Etats-Unis...

Mais celles qui restent, envers et contre tout, ce sont les femmes. Elles sont trois : Bronwyn, Angharad et Beth.

Bronwyn (Anna Lee), c'est l'étrangère. Elle vient d'une autre vallée. Et en plus, elle est rapidement veuve, Ivor ne survivant à un coup de grisou. Son seul atout : Huw est amoureux d'elle au premier regard.

La deuxième, c'est Angharad. Maureen O'Hara a tout juste 21 ans quand sort le film. Ce n'est certes pas son premier film, mais c'est le premier que l'on retient. Elle est une Angharad inoubliable. Elle a cette force que nous retrouverons dans les autres Ford où elle jouera. Une Mary Jane Danaer avant l'heure, mais sacrifiée à un système où les petites gens comme les Morgan n'ont pas leur mot à dire.

La dernière, c'est Beth, la mère. Sara Allgood est merveilleuse. une véritable femme fordienne : elle a cette force qu'on retrouve en Ma Joad (Jane Darwell dans Les Raisins de la colère) ou encore Mildred Natwick (Abby Allshard dans La Charge héroïque ou Sarah Tillane dans l'Homme tranquille). Jamais elle ne se laisse dicter sa conduite. Glimwyn a beau être un patriarche indiscutable, c'est tout de même elle qui lui impose sa volonté. Mais surtout, c'est elle qui vit la disparition de ses fils, mort où émigré. Elle porte toute la tristesse de ce monde en évolution, qui entre dans le XXème siècle. Même Glimwyn ne peut plus rien. Petit à petit, il perd de son influence, et perd sa place dans cette société minière aux codes très particuliers.

Il faut tout de même noter que Donald Crisp trouve ici un de ses plus grands rôles, avec celui de Battling Burrows dans Le Lys brisé, ce qui lui vaudra l'oscar du meilleur second rôle. Ce patriarche incontesté qui peu à peu perd pied, l'âge aidant, et surtout le monde changeant, devenant petit à petit maître de son logis où seul son dernier-né subsiste.

Et puis il y a Roddy McDowall. Il a été découvert par les spectateurs en juin pour Chasse à l'Homme (Fritz Lang, 1941). Ce rôle d'enfant (il a 7 ans quand le film sort) confirme ce qu'on pouvait imaginer : c'est un acteur. Il a ce regard qui exprime des choses. Il est merveilleux.

Une petite pensée pour Walter Pidgeon, le pasteur, qui, en quittant cette vallée (de larmes ?), prononce un discours contre l'hypocrisie (et la bigoterie) qu'on rencontre rarement chez Ford. Un personnage fordien en couleur (malgré le format noir et blanc du film) : pasteur certes, mais progressiste !

 

 

Cela n'empêche pas quelques traits d'humour très fordiens, mais irrémédiablement, le film nous ramène à la noirceur, à la tristesse.

Il y a une parenté avec L'Homme tranquille évidente. Le village ici est une esquisse de ce que sera Innisfree. Mais si Innisfree possède une atmosphère bon enfant, il n'en va pas de même ici : malgré la tension inhérente aux villages miniers et aux accidents inévitables, ce village est construit sur une hypocrisie et une médisance terribles.

Pourtant, tous commence bien : on voit la sortie de la mine, les mineurs qui chantent, heureux d'en finir pour cette semaine, amenant leur paye à leur femme (ou leur mère)... Bref, tout va bien. Mais, au fur et à mesure du film, l'atmosphère se tend et ce monde idyllique se craquèle, commençant une lente destruction. Avec le XXème siècle arrive une nouvelle ère. Ce qui fut ne sera plus. Cela commence par une première grève, suivie par les fils Morgan, mais condamnée par leur père, adepte du statu quo originel. Mais avec la fin de l'ordre établi, c'est aussi la fin programmée de la famille qui arrive.

Des six fils du début, combien seront à la fin ?

Ca commence avec le mariage de l'ainé, Ivor (Patrick Knowles). Puis ce sont d'autres qui émigrent aux Etats-Unis...

Mais celles qui restent, envers et contre tout, ce sont les femmes. Elles sont trois : Bronwyn, Angharad et Beth.

Bronwyn (Anna Lee), c'est l'étrangère. Elle vient d'une autre vallée. Et en plus, elle est rapidement veuve, Ivor ne survivant à un coup de grisou. Son seul atout : Huw est amoureux d'elle au premier regard.

La deuxième, c'est Angharad. Maureen O'Hara a tout juste 21 ans quand sort le film. Ce n'est certes pas son premier film, mais c'est le premier que l'on retient. Elle est une Angharad inoubliable. Elle a cette force que nous retrouverons dans les autres Ford où elle jouera. Une Mary Jane Danaer avant l'heure, mais sacrifiée à un système où les petites gens comme les Morgan n'ont pas leur mot à dire.

La dernière, c'est Beth, la mère. Sara Allgood est merveilleuse. une véritable femme fordienne : elle a cette force qu'on retrouve en Ma Joad (Jane Darwell dans Les Raisins de la colère) ou encore Mildred Natwick (Abby Allshard dans La Charge héroïque ou Sarah Tillane dans l'Homme tranquille). Jamais elle ne se laisse dicter sa conduite. Glimwyn a beau être un patriarche indiscutable, c'est tout de même elle qui lui impose sa volonté. Mais surtout, c'est elle qui vit la disparition de ses fils, mort où émigré. Elle porte toute la tristesse de ce monde en évolution, qui entre dans le XXème siècle. Même Glimwyn ne peut plus rien. Petit à petit, il perd de son influence, et perd sa place dans cette société minière aux codes très particuliers.

Il faut tout de même noter que Donald Crisp trouve ici un de ses plus grands rôles, avec celui de Battling Burrows dans Le Lys brisé, ce qui lui vaudra l'oscar du meilleur second rôle. Ce patriarche incontesté qui peu à peu perd pied, l'âge aidant, et surtout le monde changeant, devenant petit à petit maître de son logis où seul son dernier-né subsiste.

Et puis il y a Roddy McDowall. Il a été découvert par les spectateurs en juin pour Chasse à l'Homme (Fritz Lang, 1941). Ce rôle d'enfant (il a 7 ans quand le film sort) confirme ce qu'on pouvait imaginer : c'est un acteur. Il a ce regard qui exprime des choses. Il est merveilleux.

Une petite pensée pour Walter Pidgeon, le pasteur, qui, en quittant cette vallée (de larmes ?), prononce un discours contre l'hypocrisie (et la bigoterie) qu'on rencontre rarement chez Ford. Un personnage fordien en couleur (malgré le format noir et blanc du film) : pasteur certes, mais progressiste !

 

 

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