Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Frank Borzage
L'Adieu aux armes (A Farewell to arms - Frank Borzage, 1932)

Les cloches de l’Armistice résonnent pendant que le jeune homme porte sa femme. Morte (1).

 

C’est une fin d’une tristesse absolue, mais c’est avant tout une magnifique histoire d’amour que nous propose Frank Borzage.

Ce sont encore deux personnes très différentes qui rencontrent. Et qui au final ne sont pas si différentes que ça. Ce sont à nouveau deux solitaires qui évoluent devant nos yeux dans cette adaptation – un tantinet libre (2) – du roman d’Hemingway.

Catherine (Helen Hayes) et Frederic (Gary Cooper) ne sont pas très différents des autres grands personnages de Borzage. Ce sont des gens seuls qui se rencontrent et se trouvent. Mais si Angela et Gino (Street Angel) ou Tim et Mary (The lucky Star) peuvent vivre leur amour, il n’en est rien pour Catherine et Frederic.

 

Tout les sépare : la vie, mais surtout la guerre. Il est soldat-ambulancier sur le front italien pendant qu’elle soigne les blessés qu’il lui ramène.

Mais cette guerre omniprésente ne nous est jamais présentée comme telle : aucune charge, aucun combat ne nous est présenté. Ce sont essentiellement des bombardements ou des foules qui fuient l’enfer guerrier. Même la blessure de Frederic n’est pas une vraie blessure de guerre : pas d’acte d’héroïsme, juste de la malchance. Mais est-ce vraiment de la malchance ?

 

Cette blessure va rapprocher les amoureux et déterminer cette fin tragique annoncée.

C’est à l’hôpital que tout se joue : leur véritable rencontre, débarrassée des vapeurs de l’alcool ingurgité par Frederic ; leur alliance (morale) pendant la convalescence de ce même Frederic.

Et c’est cette réunion, sous les yeux de l’aumônier (Jack La Rue), qui nous amène l’une des plus belles séquences du film.

On y ressent tout le poids et l’inquiétude générée par la guerre qui oblige les amoureux à vivre intensément leurs différentes rencontres : à chaque fois, c’est peut-être la dernière. Et l’action de l’aumônier va dans ce sens, même s’il sait que religieusement parlant, ce n’est pas très orthodoxe

Cet acte – une bénédiction nuptiale – est le ferment de leur amour, celui qui altère et grandit leur relation.

Dès lors, leur sort est scellé, la tragédie peut se mettre en place : de cette union s’ensuit une situation incompatible pour une infirmière de guerre, célibataire et qui plus est en Italie.

 

Mais malgré tout, ces barrières qui se dressent devant ces deux amants seront éliminées et ils se retrouveront. Trop tard, bien entendu, c’était trop beau : une infirmière fautive et un déserteur ne peuvent pas gagner sur la vie.

Alors on espère un dernier sursaut, une dernière étincelle de bonheur : une ultime rencontre. Elle se fera, mais tout de même, quel gâchis !

 

En plus des personnages qui appartiennent sans hésitation au monde de Borzage, on retrouve sa manière de filmer avec de constantes utilisations de la lumière et bien évidemment de l’ombre, la nuit prenant progressivement le contrôle de l’écran, s’installant pendant que les amoureux, séparés, entrent dans la nuit de leur amour. Le jour ne reviendra que quand ils se retrouveront, mais pour tellement peu de temps.

Qu’importe le temps. Ces deux-là ne le vivent pas de façon ordinaire. Les rares moments où ils furent réunis furent tellement intenses qu’au final, ils ont vécu un amour extraordinaire, plus fort que tout, réussissant presque à repousser la mort.

 

Dernière chose enfin. Il y a un traitement de la guerre très particulier dans ce film. En effet, outre l’absence des combats, elle nous est toujours présentée selon le point de vue de Frederic (3). Sa désertion se combine à un raid aérien particulièrement meurtrier où de nombreuses victimes s’effondrent, pendant qu’il traverse tant bien que mal les lieux. Mais ces attaques ne paraissent pas réelles. Elles n’atteignent pas Frederic, alors que les autres personnes, si.

Cette vision distordue s’explique par ce point de vue énoncé plus haut : Frederic vient d’annoncer à son ami, le Major Rinaldi (Adolphe Menjou superbement humain) que la guerre n’avait plus de réalité pour lui. Il nie totalement cette guerre, ce qui explique sa progression, indemne au milieu des cadavres qui s’accumulent.

Brillant.

 

 

(1) désolé d’avoir gâché votre surprise, mais, si comme moi vous avez lu le livre, vous n’avez aucune raison d’être surpris. De toute façon, ce n’est pas l’issue malheureuse qui importe, c’est comment elle est mise en images…

 

(2) Rappelez-vous, nous sommes au cinéma !

 

(3) A propos de son point de vue, on assiste à deux très belles séquences de caméra subjective quand Frederic est dans l’hôpital, blessé.

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog