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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Howard Hawks, #Louise Brooks
Une Fille dans chaque port (A Girl in every port - Howard Hawks, 1928)

Spike Madden (Victor McLaglen) est un rude gaillard qui parcourt les mers. Et à chaque escale, il en profite pour aller voir une de ses « fiancées » qu’il a laissée quelque temps (des années) plus tôt.

Mais quand nous le retrouvons, il enchaîne vent sur vent (1) : l’une s’est mariée entretemps, l’autre est avec un jaloux… Mais surtout, de nombreuses conquêtes potentielles portent un bracelet orné d’un cœur dans lequel est tracée une ancre.

Bref, à chaque fois, Spike arrive en deuxième, ce qui n’est pas la meilleure place.

Lors d’une escale déterminante, il se frotte à un autre marin aussi bagarreur que lui : Bill (Robert Armstrong). Dès lors, l’affrontement est inévitable mais rapidement interrompu par la police qui va regretter de s’être déplacée : les deux antagonistes vont s’unir pour rosser la maréchaussée, scellant alors une amitié indéfectible.

Jusqu’à l’arrivée de la femme : Mam’selle Godiva (Louise Brooks).

 

C’est avant tout une histoire d’amitié virile que nous propose Howard Hawks, comme on en trouvera beaucoup d’autre dans ses films ultérieurs. Ses deux héros ne sont pas sans rappeler Flagg et Quirt dans What Price glory deux ans plus tôt, surtout qu’il y avait déjà Victor McLaglen. Mais alors que Walsh faisait se battre ses héros pour Charmaine, ici, si les femmes sont présentes, elles ne sont pas les enjeux des différentes bagarres.

Et quand paraît LA femme, elle n’est pas un enjeu entre ces deux hommes mais plus un danger pour leur amitié.

 

Mais pour cela, il faut attendre que la deuxième moitié du film soit entamée : pas de Louise Brooks avant !

Encore une fois, la belle Louise n’a pas la place qu’on attend de lui voir occuper. Non seulement elle apparaît tardivement, mais en plus elle est un sujet de discorde entre les deux hommes !
D’une manière générale, les réalisateurs ont souvent sous-employé la grande Louise, la cantonnant à des rôles plutôt utilitaires voire esthétiques. Sauf peut-être William Wellman et son Beggars of Life.

Heureusement, cette même année 1928 la verra tourner avec Pabst dans Loulou, révélant pleinement son talent.

 

Mais le personnage principal reste tout de même Spike, et Victor McLaglen nous montre qu’il n’était pas seulement le faire-valoir de John Wayne chez John Ford. Certes, son physique de brute ne le sert pas auprès des femmes, mais c’est d’ailleurs un des ressorts comiques du film, surtout avec l’accumulation des bracelets de Bill.

Et l’association McLaglen-Armstrong fonctionne très bien, leur animosité envers les représentants de l’ordre semble un terreau fertile pour une amitié (2). De plus, leurs différentes statures ne sont pas sans rappeler celles d’un duo comique américain qui en était à ses débuts à la même époque…

 

Mais la part comique (majoritaire) n’empêche pas un développement un tantinet dramatique dû à l’arrivée de la femme, ancienne conquête de Bill. Et le sommet tragique a lieu quand Spike revient chez lui après avoir été envoyé aux fraises par Marie/Godiva : il la trouve là, après le départ de Bill, qu’elle avait voulu reconquérir. Peu d’explication suffisent : un plan sur la chambre quittée précipitamment par ce dernier et Spike pense avoir tout compris, lui amenant le rire (3), qui devient alors la véritable politesse du désespoir.

 

Mais malgré tout le film se termine bien, et si on peut regretter la petite part de Louise Brooks, on n’en savoure pas moins les différents avatars de cette amitié singulière, où le terme affectif tout de même tendance à rimer avec bourre-pif !

 

  1. Certains parlent de « râteau »…
  2. « Dès qu’il s’agit de rosser les cognes, tout le monde se réconcilie. » (Georges Brassens, Hécatombe)
  3. Je me presse de rire de tout, de d’être obligé d’en pleurer (Beaumarchais).
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