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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #George Stevens
Une Place au soleil (A Place in the sun - George Stevens, 1951)

George Eastman (Montgomery Clift) débarque de Chicago (en stop) et se fait embaucher par son oncle Charles (Herbert Heyes) dans son usine de maillots de bain.

Il y fait la connaissance d’Alice Tripp (Shelley Winters) avec qui il a une relation, à l’encontre du règlement de l’usine.

Et comme George est un Eastman, il est rapidement promu et est invité aux fêtes de la gentry. C’est là qu’il rencontre la (très) belle Angela Vickers (Elizabeth « Liz » Taylor) : ils tombent éperdument amoureux l’un de l’autre.

Mais Alice apprend qu’elle est enceinte et veut forcer George à l’épouser (1).

Ce dernier va l’inviter à une promenade en barque…

 

La « place au soleil » du titre, c’est l’objectif de George. Mais ce n’est pas si simple. En effet, dans les Etats-Unis d’après-guerre, tout le monde espère un jour de trouver cette même place ensoleillée. Mais réduire les envies de George à cette seule réussite sociale, c’est passer à côté d’une belle histoire d’amour (encore !).

Dès l’introduction, Angela va faire tourner la tête de George : elle passe en trombe au volant de sa Cadillac blanche convertible alors qu’il va être emmené par une camionnette antédiluvienne. Mais il faut attendre sept minutes avant de la voir enfin dans toute sa beauté. Mais il faudra attendre encore une très grosse demi-heure avant qu’ils s’embrassent !

Et si cette histoire d’amour est très forte,  on ne peut tout de même pas ignorer que George vient du bas de l’échelle sociale (ses parents sont religieux) et que la situation d’Alice est une menace à cette vie dorée qu’il découvre avec Angela.

 

Ce n’est pas la première adaptation du roman de Theodore Reiser (2) puisque le grand Josef von Sternberg en a déjà réalisé une adaptation qui est sorti vingt ans plus tôt. Mais au contraire de cette nouvelle version, ce fut un échec commercial. Il faut dire que Sternberg avait pris quelques libertés (normal, c’est Sternberg)  avec le roman ce qui fit réagir son auteur. De plus, le contexte social n’incitait pas toujours les gens à aller voir une tragédie annoncée au cinéma.

Certes, Stevens prend quelques libertés lui aussi par rapport au roman, mais il en fait autre chose qu’un film policier, et la mort d’Alice n’est pas aussi tranchée que dans le livre : cet « accident » (plutôt qu’un meurtre de sang-froid) n’entame à aucun moment la sympathie du public pour George.

 

Et puis George Stevens filme magnifiquement cette histoire malheureuse. C’est un festival de fondus enchaînés qui assurent les transitions entre de nombreux éléments de l’intrigue, à la limite de la surimpression : l’enchaînement se fait lentement, la séquence précédente se poursuivant sur la nouvelle.

Et puis il y a le détail. Chez George, on peut admirer sur son mur une reproduction du tableau de John Everett Millais : Ophélie (1852). C’est un élément prémonitoire de l’intrigue. En effet, tout comme l’héroïne shakespearienne, Alice va subir le même sort : malheureuse et noyée. Certes la fiancée d’Hamlet se donne la mort alors qu’ici, ça ressemble plus à un accident.

Il n’empêche, la présence de cette reproduction est le premier marqueur de cette « tragédie américaine » et la noyade reste un élément important de l’intrigue, rappelée à divers moments avant et après la mort d’Alice.

 

Je terminerai en parlant de l’interprétation magnifique des différents interprètes et surtout le trio Clift-Taylor-Winters. Si le duo de stars est formidable, je donnerai une mention spéciale à Shelly Winters pour son interprétation de la terne Alice : la belle Shelley était alors une star « glamour » de la Paramount alors qu’Alice est on ne peut plus quelconque, le genre de fille destinée fondamentalement à George.

Rassurez-vous, elle reçut une compensation pour ce rôle à contre-emploi…

 

PS : on notera la présence d’Anne Revere, dans le rôle de la mère de George. Son film suivant sortira en 1970 : elle fut une des victimes du maccarthysme et inscrite sur la Liste Noire.

 

  1. C’était comme ça en 1949 (année de tournage)…
  2. Une Tragédie américaine (1925).
John Everett Millais - Ophelia (1851-1852) - Tate Britain.

John Everett Millais - Ophelia (1851-1852) - Tate Britain.

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