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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Lloyd, #Drame
A Tale of two worlds (Frank Lloyd, 1921)

Chine, 1899 : la Révolte de Boxers amènent des soulèvements dont l’un d’eux conduit au meurtre de deux Américains, les Carmichael (T.D. Crittenden & Irene Rich). Parmi les leaders chinois, le dangereux Ling Jo (Wallace Beery). Dans la confusion, Ah Wing (E. Alyn Warren), un serviteur fidèle, réussit à sauver leur fille et l’emmène loin de cette violence.

Nous les retrouvons alors à San Francisco, dans Chinatown, bien sûr, une vingtaine d’années plus tard.

La petite fille – « adoptive » du vénérable Ah Wing – est devenue la belle Sui Sen (Leatrice Joy), que convoite l’infâme Ling Jo, maintenant le puissant maître d’une triade.

 

Les deux mondes du titre concerne d’un côté les Chinois et de l’autre les Blancs, mais surtout la barrière qui les séparent : aucune union matrimoniale n’est possible entre un « Jaune » et un « Blanc » !
On retrouve ici le même principe que dans Le Lys brisé : la malheureuse Lucy Burrows (Lillian Gish n’a aucunement envie d’une histoire d’amour avec le jeune Cheng Huan (Richard Barthelmess).

Ici, le Chinois malheureux de cette barrière, c’est The Worm (Yutaka Abe), littéralement « le Ver », qui est l’amoureux transi qui n’aura pas le droit de toucher à la femme blanche.

 

Mais le titre induit aussi un conte (« a tale ») et d’une certaine façon une fin heureuse. La belle Sui Sen ne finira pas ses jours avec l’ignoble Ling Jo. C’est là qu’intervient le héros : Newcombe (J. Frank Glendon). C’est un jeune sinophile averti, tout comme l’était le père de la jeune fille, qui fait la connaissance de Ah Wing, lui achetant divers objets et autres ouvrages. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Sui Sen, et qu’il tombe éperdument amoureux d’elle.

Et comme le scénario nous avait appris que la fille était de naissance américaine (entendre : « blanche »), il n’y a aucun obstacle pour une union entre eux deux.

 

Nous sommes ici encore une fois dans ces films exotiques qui vont régulièrement émailler le cinéma américain pendant les années 1920-1930. Ici comme dans beaucoup de ces films, nous avons une vision très stéréotypée des Chinois qui représentent d’une certaine façon toutes les peuplades d’extrême orient à la peau jaune. On  y retrouve aussi un racisme assumé qui considère la différence entre les deux ethnies comme tout à fait normale (1).

Alors évidemment, Wallace Beery dans le rôle de Ling Jo est un méchant de haut vol.

 

Un an après avoir été un Indien fourbe malgré son physique (2), il endosse à nouveau le costume d’un autre fourbe non-blanc : le Chinois. Et comme il est chinois, il porte une fine moustache tombante, et est un tantinet fourbe mais surtout cruel, comme le sera Boris Karloff quelques années plus tard (3). En effet, nous assistons trois fois à un de ses supplices préférés, où un homme est enfermé dans une pièce dont le plafond descend progressivement jusqu’à écraser le malheureux pris au piège. Bien sûr, ici, c’est beaucoup moins spectaculaire que quand c’est Indiana Jones qui a affaire à ce même genre de réjouissances (4), mais le résultat est plus radical. Quoi que…

 

Si le propos du film n’est pas des plus relevé, on ne peut pas non plus ignorer une certaine esthétique intéressante : beaucoup de jeux de lumière et d’ombre ajoutent au mystère intrinsèque des films de ce genre. La majeure partie du film se déroule dans la pénombre où ce ne sont parfois que quelques éléments d’un personnage qu’on peut voir, accentuant l’aspect angoissant des situations, ainsi que la noirceur de Ling Jo.

 

Avec ce « Conte de deux mondes », Frank Lloyd nous livre un film intéressant, pas un chef-d’œuvre certes, mais certainement pas un navet . Lloyd savait tourner et nous le prouve ici, encore une fois.

 

  1. Les choses vont heureusement évoluer…
  2. Ici aussi, on a du mal à le prendre pour un vrai Chinois… Mais comme c’est Wallace Beery, on ne fait pas trop la fine bouche.
  3. Cf. The Mask of Fu Manchu (Charles Brabin, 1932).
  4. Cf. Indiana Jones and the Temple of Doom (Steven Spielberg, 1985).
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