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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Cecil B. DeMille
La Rançon d'un trône (Adam's Rib - Cecil B. DeMille, 1923)

Pour Marian Ramsay (Anna Q. Nilsson), c’est la crise de la quarantaine : son époux Michael (Milton Sills) la délaisse et sa fille a d’autres préoccupations. Elle se retrouve seule pour célébrer les dix-neuf ans de son mariage, son mari ayant complètement oublié.
Alors quand Jaromir (Theodore Kosloff), ex-roi de Morania (1), lui déclare sa flamme, c’est elle qui s’embrase, créant un tremblement de terre dans sa maison : son mari (jaloux) ne sait comment se débarrasser de ce fâcheux ; sa fille Tillie (Pauline Garon) n’accepte pas qu’elle brise le ménage.

S’ensuit une intrigue remplie de rebondissements où la morale restera sauve – bien sûr – et les différents protagonistes recevront leur juste récompense.

 

Ce film sort deux mois avant le suivant (The 10 Commendments), et reste très fidèle aux autres films de salon que DeMille a déjà tournés. Comme le dit Patrick Brion, le film suivant ressemblera plus à la manière qu’aura DeMille de tourner des parlants.

Ici donc, nous retrouvons le schéma habituel d’un mélodrame où une femme veut retrouver sa jeunesse, et être à nouveau désirée.

Dès l’ouverture du film, la référence biblique – « Adam’s Rib » (2) – est renforcée par le « S » qui entoure un poignet est un serpent, le même qui proposa le Fruit de la Connaissance à Eve.

Nous sommes donc prévenus : c’est de la femme que viendra le mal.

Mais est-ce vraiment le cas ?

 

Que la fille de la maison soit occupée ailleurs est tout à fait normal. Mais ce qui l’est moins, c’est l’attitude du mari qui fait passer ses affaires – il travaille à la Bourse – avant le reste, sa femme devenant la première victime de sa négligence.

Mais si le mari a ses torts, il ne faut pas négliger ceux du troisième tiers : l’amant, ou ce qui y ressemble.

Parce que de ce côté-là, Jaromir n’est certainement pas exempt de tout reproche. Piètre roi – il préfère les femmes à l’exercice du pouvoir – il est avant tout un coureur de jupon qui ne s’arrête devant rien pour arriver à ses fins et surtout la femme.

Il est un des représentants de cette noblesse européenne qui disparut après la première Guerre Mondiale, chassée par les révolutions où l’usure du pouvoir. On pense bien sûr à la famille impériale russe qui subit violemment le changement de gouvernement, la menace bolchévik étant toujours présente au moment du tournage (et après, d’ailleurs). Sans oublier que DeMille est un farouche défenseur de l’Amérique : il voit dans ce roi d’opérette (3) cette menace.

Mais surtout, Jaromir est un homme insistant – trop, certainement – à qui on a rarement refusé quoi que ce soit.

Au bout du compte, la situation n’est pas éloignée de celle de La Princesse de Clèves : le jeune roi, tel De Nemours, poursuit l’objet de son amour malgré les convenances, ne vivant que pour elle (etc.)… Mais là où Madame de Clèves résiste, Marian cède, sans aucune véritable hésitation à la passion que lui inspire cet homme « prestigieux ».

 

Heureusement, il y a Tillie.

C’est elle la véritable personne décisive dans le film. C’est une jeune fille un tantinet idéaliste et superficielle quand on la rencontre, mais elle va rapidement grandir – comme le souligne un intertitre – du fait de cette nouvelle donne.

Parce que la situation ne cesse d’évoluer tout au long du film, les histoires se compliquant avec le temps jusqu’à arriver à un summum : le bal donné pour son altesse Jaromir.

A ce sujet, le scénario de Jeanie MacPherson est subtilement compliqué, amenant toujours un prolongement à chaque nouvel élément d’intrigue.

Mais à partir du bal, les différentes situations vont trouver leur résolution. Sauf qu’à chaque résolution va correspondre une extension un peu plus dramatique de la situation.

Mais au bout du compte, tout problème trouvera sa solution, et tout se terminera bien.

 

Et comme nous sommes chez DeMille, nous avons droit à un parallèle historique (comme dans Manslaughter, et The 10 Commendments, le film suivant). Il s’agit plutôt d’un parallèle préhistoirique, l’intrigue moderne étant transposée à l’âge des cavernes. On y retrouve les différents protagonistes de notre intrigue dans une histoire de peau de bête et de mélodie enchanteresse et qui débauche les familles. Le tout avec des intertitres qui ressemblent à des gravures sur pierre. En prime, la présence de Julia Faye qui amène le malheur dans cette drôle d’histoire

Bref, on est bien chez DeMille, et on sourit de la naïveté de cette reconstitution.

 

Quoi qu’il en soit, on ne s’ennuie pas dans cette histoire d’infidélité – non consommée – où DeMille montre encore une fois toute l’étendue de son talent de metteur en scène : des plans de coupe focalisés sur les mains ou encore un reflet dans un poudrier…

DeMille, quoi.

 

 

  1. Jeu de mots sur les noms de territoires balkaniques : Moravia & Romania (Roumanie).
  2. la côte d’Adam : celle qui permit à Dieu de créer Eve, avec tout ce que cela comporte de calamité.
  3. Jaromir est-il autre chose ?
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