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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Yakov Protazanov
Aelita (Аэлита - Yakov Protazanov, 1924)

« Anta Odeli Uta »

Les différents postes de télécommunication du monde viennent de recevoir ce message sibyllin. Au poste de Moscou, tout le monde est intrigué. « Et si ça venait de Mars ? » propose l'un d'eux. Tout le monde en rit. Sauf que.

Sauf que, au même moment, sur Mars, la reine Aelita (Ioulia Solntseva) observe la terre...

 

Le 25 septembre 1924, sort à Moscou ce film étonnant de Yakov Protazanov. Etonnant sur de nombreux points : le sujet qui emprunte à la science fiction et l'esthétisme choisi pour illustrer cette histoire.

Alors qu'Eisenstein glorifie la Révolution (La Grève, la même année), Protazanov, lui aussi fait un film de propagande. Mais ici, la Russie décrite n'a rien de glorieux : c'est la fin de la guerre civile, et le pays est en train de se reconstruire. L'Etat pourvoie encore de la nourriture et des produits de première nécessité, mais, hélas, il existe encore des profiteurs : Ehrlich (Pavel Pol), dans le cas présent, ainsi que sa femme (N. Tretiakova).

La première partie du film présente plusieurs intrigues plus ou moins en rapport les unes avec les autres :

- L'ingénieur Los (Nikolaï Tsereteli) et son épouse Natacha (Valentina Kuindji), qui accueillent Ehrlich dans leur maison (réquisition oblige) ;

- Ehrlich et son épouse ;

- l'ingénieur Spiridonov (Tsereteli encore), collègue et voisin de Los ;

- Gussev (Nikolaï Batalov), soldat démobilisé suite à une blessure et Macha (Vera Orlova), son infirmière ;

- Les Martiens : Aelita, leur reine, Gor (Youri Zavadski) l'ingénieur, Tuskub (Konstantin Eggert) le chef des Anciens ;

- Kravsov (Igor Ilinski), apprenti-détective.

 

Je vous laisse découvrir l'intrigue, mais il y est question d'amour, de jalousie et de crime, ainsi que - bien entendu - de voyage interplanétaire.

C'est cet aspect le plus intéressant du film : on découvre la planète Mars à l'opposé de ce que nous savons : pas d'étendue rocailleuse comme nous l'a montré Viking en 1975. Au contraire, c'est une planète habitée d'humanoïdes vivant sur une planète déserte, certes, mais constituée d'au moins une cité : celle d'Aelita.
Dès le début, nous sommes dans cette cité : c'est un lieu géométrique et aseptisé, plutôt froid. Aelita a beau régner, ce sont les Anciens qui dirigent. Pour le reste, une armée aux ordres des Anciens et une foule d'esclaves. Il n'existe pas vraiment de Martiens normaux. Soit ils sont dans la classe dirigeante, soit ils sont esclaves.
Il était donc trop tentant pour Protazanov d'exporter la Révolution sur cette planète : Los, accompagné de Gussev et Kravsov va s'en charger et rencontrer la belle Aelita.

Alors qu'Eisenstein ou Kosintsev & Trauberg (Le Manteau, 1926) restent dans un réalisme soviétique, Protazanov s'évade et crée un monde très étrange : sa planète Mars. Les décors et les costumes y sont très particuliers : plastique et métal se joignent au textile pour donner des habits futuristes, qui rappellent un peu ceux que peuvent parfois proposer les « grands » couturiers du XXème siècle. Mais en plus joli. Aelita est magnifique, la têt couverte de coiffes géométriques ou remplies de baguettes. Quant à sa servante, elle porte une culotte à baguette plutôt étonnante.

 

Il ne faut jamais oublier la dimension propagandiste du film : mais à la différence d'Eisenstein, la situation décrite présente (1921-1922) n'a rien de paradisiaque : les restrictions sont encore en vigueur.

Mais la véritable différence, c'est cette recherche esthétique dans les décors et les costumes qui donnent un rendu étonnant, voire époustouflant. Aelita et sa servante sont magnifiques, quant aux Anciens, ils sont un compromis entre les costume d'opérettes et les habits des extraterrestres qui arriveront un peu plus tard.

 

Une curiosité à (re)découvrir.

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