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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Clarence Brown, #Greta Garbo
Anna Christie (Clarence Brown, 1930)

Garbo parle !

C’est avec cet argument que la MGM fit la promotion du film à sa sortie.

Il faut dire que le parlant a déjà deux ans quand sort ce film, et qu’on n’a toujours pas entendu la Divine.

Du fait que la star était avant tout suédoise et possédait, bien entendu un fort accent, les cadres de la MGM craignaient – avec raison – que son passage au parlant soit un fiasco total.

Alors ils ont attendu jusqu’au dernier moment, et ils se sont débrouillés pour mettre toutes les chances de leur côté.

 

C’est pourquoi Clarence Brown, sur un scénario de Frances Marion (adaptée d’une pièce déjà portée à l’écran en 1923), a préparé soigneusement l’apparition de la star : elle n’apparaît qu’une fois le premier quart d’heure passé !

Mais surtout, elle est fille d’un marin suédois, ce qui explique son accent (1).

Pour le restez, c’est un film quasiment sur mesure que nous propose Clarence Brown, retrouvant l’actrice pour la troisième fois (2), filmée magnifiquement par l’indispensable William H. Daniels.

 

Comme écrit plus haut, Garbo n’apparaît pas tout de suite. C’est d’abord une série de fausses pistes qui préparent le terrain pour son arrivée.

Le lion – Leo, le bien nommé – présente le film, bien sûr, mais sans rugissement, tout du moins audible, comme pour un film muet.

Puis la séquence d’ouverture nous présente l’intérieur d’une barge, où Marthy (Marie Dressler), écoute un disque entre deux verres.

Puis apparaît Chris Christofferson (George F. Marion), le père d’Anna. On comprend rapidement que ces deux-là vivent ensemble et ont la même propension à la boisson : ils vont d’ailleurs rapidement au bar du coin écluser quelques verres.

C’est là que le Destin intervient – ou ce satané océan (comme l’appelle Christofferson) – par l’intermédiaire d’une lettre : sa fille Anna va arriver.


Et dès qu’elle apparaît, la magie opère : “Gimme a whisky, ginger ale on the side, and don't be stingy, baby!”.

Elle a son accent, comme prévu, mais elle a surtout une voix chaude et légèrement grave qui va avec son personnage de femme fatale et ajoute au mythe.

C’est réussi : Garbo sait parler.

 

Mais si Garbo nous enchante avec sa voix, c’est le duo Dressler-Marion qui nous enchante. Marie Dressler surtout, en femme alcoolisée, plus toute jeune mais assumant son âge avancé, et essayant de maintenir un semblant de dignité malgré son ivresse.

Quant çà George F. Marion, il est un drôle de père, alcoolisé lui aussi (3), mais obligé, un moment, de jouer le rôle du père digne et à peu près sobre, ce qui amène une belle scène de retrouvailles : le père, déjà bien avancé, et la fille (qui a déjà bu deux whiskies) qui trinquent avec une petite bière (pour lui) et deux doigts de Porto (pour elle), chacun des deux voulant sauvegarder les apparences.

 

Et puis il y a le deuxième instrument du Destin : Matt Burke (Charles Bickford). C’est un marin qui a fait naufrage et que les Christofferson recueillent dans leur barge.

C’est un homme fort, un tantinet fruste, qui ressemble – physiquement – au McTeague de Stroheim (4).

Dès leur première rencontre, il essaie d’abuser d’elle. Mais c’est mal connaître Anna, et surtout oublier que le scénario a été écrit par Frances Marion, proposant, comme d’habitude, une femme qui est tout sauf faible, l’aura de la star ajoutant à la force de son personnage.

 

Ce sera alors une suite de confrontations entre Anna et les deux hommes, ou les deux hommes entre eux – la jalousie du père voyant d’un mauvais œil sa fille le quitter – ou le jeune homme imposer sa loi à une relique du passé… Mais à chaque fois, Anna aura le dernier mot : c’est elle, et elle seulement, qui commande ces deux hommes.

 

Autrement, les images de Daniels sont toujours aussi belles, il filme Garbo comme lui seul savait le faire, donnant une autre dimension de sa mélancolie, et donnant de l’éclat à ses moments heureux.

On sent encore l’influence du cinéma muet, des intertitres venant s’ajouter à la narration, et on retrouve quelques plans un tantinet trop longs, ralentissant l’intrigue sans raison apparente.

Mais ne boudons pas notre plaisir : Garbo est belle, Garbo est une femme forte, mais surtout Garbo parle, ce qui nous ramène au début…

 

 

P.S. : à noter une vue panoramique de New York avec l’Empire State Building en fin de construction. Il sera inauguré un an plus tard, le 5 mai 1931.

 

  1. En partie, après 15 ans passés aux Etats-Unis, son accent aurait dû un tantinet disparaître : elle n’avait que 5 ans quand son père l’a confiée à sa famille.
  2. Il y en aura quatre autres.
  3. Ces deux-là ne sont jamais montrés sobres
  4. Cf. Les Rapaces.
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