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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Bryan Singer
Un Elève doué (Apt Pupil - Bryan Singer, 1998)

Todd Bowden (Brad Renfro) est un élève brillant et très certainement doué.

Suite à une semaine sur l’holocauste, il consulte divers ouvrages et documents à la bibliothèque du lycée : il se rend alors compte qu’un homme de sa ville ressemble beaucoup à un ancien criminel de guerre nazi, Kurt Dussander (Ian « Magneto » McKellen). Bien sûr, il ne s’appelle pas pareil – Arthur Denker – mais son accent germanique est un autre élément qui pousse Todd à faire une enquête sur lui : il est bien ce nazi qui officia à Bergen-Belsen ou Auschwitz entre 1942 et 1944.

S’ensuit alors une relation particulière et malsaine entre le jeune homme et le vieillard (nous sommes en 1984).

 

« Malsaine » est un euphémisme au vu de la résolution de l’intrigue, et on peut comprendre que ce film reçût un accueil très mitigé tant l’intrigue est noire. Et pourtant, Bryan Singer a un tantinet édulcoré les éléments violents de la nouvelle de Stephen King. Mais il est clair que ces deux personnages éprouvent une attirance en même temps qu’une répulsion qui met le spectateur dans une position délicate : l’identification pour l’un ou l’autre des deux principaux protagonistes est difficile tant leur relation est malsaine.

 

Il est clair que Todd est un élève doué. Scolairement. Par contre, d’un point de vue cynique, il a encore des efforts à faire : son mentor n’est pas le premier venu, et surtout ses desseins ne sont pas aussi clairs que ceux du jeune homme.

Et surtout, la fascination (morbide) qu’exerce le nazi sur le jeune homme l’entraîne à mettre le doigt dans un engrenage où il ne va pas laisser que le bras. C’est d’abord l’invitation à déjeuner chez ses parents (Ann Dowd & Bruce « Kelly » Davison), puis l’entrevue avec le conseiller d’éducation (David Schwimmer).

 

C’est cette fascination qui baigne le film et qui installe le malaise.

En effet, Bryan Singer présente l’holocauste selon un point de vue très différent des autres au cinéma. En effet, alors qu’on s’attend à ce que Todd dénonce ce criminel, il n’en fait rien, et même veut tout savoir de l’activité de cet homme qui n’est pas celui qu’il prétend. Et alors que le thème – l’holocauste – prend de plus en plus de place et devient une obsession, Singer nous montre qu’on fait fausse route : à aucun moment Dussander/Denker n’est en danger à cause du garçon.

Et pire même : le nazi va prendre le dessus sur le jeune homme jusqu’à l’irréparable.

Mais avec ce genre de personnage, qui pendant les quarante années passées à dissimulé sa propre personnalité, y a-t-il vraiment quelque chose d’irréparable ? Malheureusement, je crois que non.

 

L’autre élément qui donne le malaise sus-décrit, c’est l’interprétation : Brad Renfro et surtout Ian McKellen sont époustouflants :

  • Renfro exprime à merveille les sentiments que ressent son personnage entre la fascination et l’obsession et surtout la culpabilité qu’a pu instillé en lui ce vieil homme indigne.
  • McKellen, comme d’habitude, est impeccable et réussirait presque à nous le faire trouver sympathique s’il n’y avait ce lourd passé plutôt rédhibitoire. De plus, ses exercices en costume, dirigés par le jeune homme deviennent vite hors contrôle et on y découvre alors ce qui faisait du régime nazi un système des plus horrible qui soit : au début, Todd s’amuse à commander cet homme qu’il pense tenir en son pouvoir, mais le nazi retrouve sers réflexes et n’obéit plus du tout aux ordres, les énonçant et appliquant intérieurement, amenant pour la première fois la crainte chez le jeune homme.

Au final, on a un film très particulier dans la filmographie de Bryan Singer, mais on y retrouve tout de même le thème du contrôle des autres qu’on a pu trouver dans le personnage de Keyser Söze dans Usual Suspects (son film précédent), et qu’on trouvera chez Magneto (encore Ian McKellen) ou chez Charles Xavier dans X-Men et X2, ses deux suivants.

 

Un film très particulier, à ne pas mettre devant tous les yeux sans avertissement préalable (1).

 

 

(1) Il fut d’ailleurs interdit aux moins de 16 ans à sa sortie en France.

 

 

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