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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Cecil B. DeMille
Carmen (Cecil B. DeMille, 1915)

« Près des remparts de Séville, chez mon ami Lilas Pastia... »

Ces mots tirés de l'opéra de Bizet annoncent le rendez-vous que donne Carmen  à Don José.

Lilas Pastia (Horace B. Carpenter) est un cabaretier de mèche avec les contrebandiers que poursuit Don José (Wallace Reid), nouveau venu dans la ville.

José semble incorruptible, alors Carmen Géraldine Farrar), elle aussi du côté des contrebandiers, décide de le séduire afin de faire prospérer les affaires.

Non seulement elle va le séduire, mais en plus, elle va le rallier à leur cause !

 

Il s'agit déjà de la cinquième version cinématographique de la nouvelle de Prosper Mérimée, déjà adaptée pour l'opéra par Georges Bizet en 1875.  C'est d'ailleurs la musique de ce dernier qui sert de fond musical au film : tous les grands airs de l'œuvre sont présents avec, en prime, un extrait de l'Arlésienne (!) du même Bizet...
Si l'opéra avait pris des libertés avec la nouvelle, que doit-on dire de cette version ?

DeMille ouvre sur le point de vue des contrebandiers (Lilas Pastia), laissant de côté - pour l'instant - Don José, dont Carmen fait partie (ce qui n'est pas une erreur). Mais il s'attache avant tout à donner un contexte à l'histoire d'amour entre José et Carmen : c'est son appartenance à la bande qui la fait séduire José, et non sa préférence personnelle. Sa préférence personnelle va - bien entendu - à un autre : Escamillo (Pedro de Cordoba), le toréador.

DeMille s'inspire surtout de la version opéra plus que de celle qui est écrite. Mais il déplace les épisodes, en créant même d'autres. Quant à la fin, elle a une certaine tendance à dévier de l'histoire originale ET de l'opéra... Je ne vous en dis pas plus, voyez le film !

Pour le reste, c'est Carmen qui mène la danse. Elle est irrésistible. Tous les hommes - soldats comme contrebandiers - la désirent, la courtisent, et se font jeter un par un. Sauf Escamillo et bien sûr José.

Mais Carmen, c'est une femme libre. Elle a une tenue et une attitude provocantes, elle aime les hommes et le montre bien, aguichant chacun pour mieux l'éconduire. Bref, comme elle le dit dans un intertitre : « Carmen n'appartient à aucun homme. Elle est libre. »

Et c'st cette liberté qui causera sa perte. José est fou d'amour pour elle, mais Escamillo aussi. Il a beau avoir été choisi, on suppose aisément qu'elle le quittera le moment et l'occasion venus.

Mais quelle femme ! Elle est volontaire et sait se battre si l'occasion se présente. Quand José combat son officier supérieur, non seulement elle se réjouit que deux hommes se battent pour (ou à cause d') elle, mais en plus, elle les encourage et se réjouit de l'issue fatale de ce duel.

Et puis il y a les couleurs. Le film a beau être en noir et blanc, la pellicule est teintée afin de recréer un peu plus les ambiances : bleu sur l'ouverture, c'est une scène de nuit ; jaune lorsque le soleil brille en extérieur (ou la pleine lumière chez Pastia)  ; rouge autour du feu, lors de la « scène des cartes », annonçant à Carmen sa mort prochaine.

Rouge comme le sang qui sera versé lors de cette mort.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Chronique, #Lindsay Anderson, #Lillian Gish, #Bette Davis
Les Baleines du mois d'août (The Whales of August - Lindsay Anderson, 1987)

Une île au large du Maine.

Une maison sur la pointe.

Deux sœurs.

Deux veilles mains qui se serrent.

Et le temps qui s'écoule, doucement, mais inexorablement.

 

Le film s'ouvre sur des images en noir et blanc, rappelant les photos du temps jadis. Et puis on arrive dans notre époque, la couleur arrive, La maison est identique. Seul le bateau à rame a maintenant un moteur... Rien n'a changé.

Il était temps. Il était temps que ces deux légendes se rencontrent sur un tournage.

D'un côté, Lillian Gish, star du muet. De l'autre Betty Davis, star du parlant. Ce sont deux immenses actrices qui se rencontrent dans des rôles de sœurs. Ce n'est pas la première fois que Bette Davis a un « monstre sacré » pour sœur. La dernière fois, c'était Joan Crawford, pour Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?

Mais cette fois, pas de bisbille. Pas de jalousie déplacée, pas de rivalité. Elles ne jouent pas dans le même registre. Lillian Gish a toujours joué des jeunes filles bien comme il faut alors que Bette Davis était plus dans un registre de garce ou de femme forte. Et l'alchimie prend. La complémentarité de ces deux vieilles femmes nous emmène au-delà de l'histoire.

Parce que même si elles sont sœurs, elles restent très différentes. L'une - Sarah (Lillian Gish) - est enjouée, affable, alors que l'autre - Libby (Bette Davis) - est aigrie, revêche. Et cela donne des situations parfois à la limite du supportable pour Sarah, spécialement quand un aristocrate déchu - M. Maranov (Vincent Price) - est invité à dîner : Libby est épouvantable. Mais Maranov est philosophe. C'est un homme qui dérive : « J'ai passé ma vie à visiter des amis », déclare-il à Sarah, après ce fiasco vespéral.

Une autre femme gravite autour d'elles. C'est Tisha Doughty (Ann Sothern), qui les fréquente depuis plus de cinquante ans.

Et puis il y a les baleines. Tous les ans, en août, elles reviennent près des côtes du Maine, et Libby et Sarah vont sur la pointe les observer. Sauf que depuis la guerre, elles ne viennent plus. « Quelle guerre ? » demande l'une. « Celle contre les Allemands » répond l'autre. C'est, avec une référence à Truman (président de 1945 à 1952), une des rares références temporelles du film. Il y a bien les souvenirs de Maranov d'avant la Révolution de 1917, mais si les photos passent avec le temps, les souvenirs aussi. Et on a du mal à situer le temps du film. Il faut dire aussi que tout est vieux : les personnages, mais la maison dans laquelle vivent les deux sœurs. Rien n'a changé en plus de cinquante ans. Et quand Sarah souhaite changer une fenêtre, Libby n'est pas d'accord : elles sont trop vieilles maintenant.

Il y a aussi les absents qui hantent ce film : leurs maris, décédés plus ou moins tôt, et dont elles se souviennent en relisant leurs lettres (Sarah) ou en parlant leurs objets (Libby). Et puis leur mère, en photo, à qui Sarah dit bonjour tous les matins. Non seulement c'est la mère de Sarah est Libby, mais en plus, il s'agit réellement de la mère de Lillian Gish, prise en photo avec elle bébé.

Lindsay Anderson filme avec beaucoup de délicatesse le quotidien de ces deux femmes, par petites tranches de vie : Sarah qui s'agite pendant que Libby arrive telle une star. Mais à sa décharge, Libby est aveugle. Et c'est d'ailleurs une idée formidable que d'avoir fait jouer ce rôle à Bette Davis. Elle qui avait des yeux si grands et si profonds, voilà qu'elle ne peut plus utiliser. Alors touche. Elle voit avec ses mains : les fleurs du jardin, les objets de son passé. Et malgré tout, Sarah, elle, voit. Elle peint un paysage. Il a un aspect impressionniste. Serait-ce dû à la vision de Sarah qui s'est altérée avec l'âge ?

Dans ce film très nostalgique, rien ne change. Ou presque. Seuls les protagonistes évoluent : ils vieillissent. Mais ils vieillissent avec beaucoup de grâce. Et on est même surpris de retrouver le même sourire de Lillian Gish, près de soixante-dix ans après ses rôles de jeune première. Et quand elle descend l'escalier, vêtue d'une nouvelle robe, avant le dîner avec Maronov, c'est le retour de la jeune fille qui est invitée à une prom (bal de fin d'année). Dire qu'elle avait quinze ans de plus que Bette Davis, et qu'on dirait presque qu'elle est plus jeune... (Je sais, je ne suis pas objectif, mais que voulez-vous, j'aime Lillian Gish !)

Quant à Bette Davis, elle a toujours cet aspect ronchon qui rappelle Baby Jane, mais face à Lillian Gish, il n'est pas possible d'être désagréable. Alors elle s'adoucit et retourne avec elle revoir les baleines : « on ne sait jamais... » répète-t-elle.


Alors pour savoir si les baleines sont enfin revenues, (re)voyez ce merveilleux film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Charles Chaplin
Charlot fait la Noce (A Night out - Charles Chaplin, 1915)

Deux noceurs.

Un chapeau qui vole.

Des coups de pieds au fondement.

Et...

Et Edna Purviance.

 

Il s'agit du deuxième film réalisé par Chaplin pour la Essanay. Comme dans Charlot débute, le scénario n'est pas la priorité. On assiste plutôt à une succession de scènes avec pour coint commun la nuit. Parce que c'est la nuit, comme l'indique la séquence d'ouverture où l'image est teintée afin de nous l'indiquer.

Les deux noceurs (Charles Chaplin et Ben Turpin) se rencontrent et se saluent comme s'ils ne s'étaient vus depuis un moment. Ce sont les mêmes personnages que dans Charlot débute. Mais là, pas de concurrence. Même si leur entente ne durera pas, et Chaplin finira - et tout le monde attend ce moment - par marcher sur son adversaire inconscient.

Arrive un troisième personnage - leur victime, portant haut-de-forme. C'est avec lui que va se dérouler la première partie du film : ils vont le harceler (plus ou moins consciemment) au restaurant où il a donné rendez-vous à une femme.

C'est alors l'occasion d'échanges comiques aboutissant à l'inévitable sortie manu militari des deux trublions par le maître d'hôtel (Bud Jamison), dont la carrure prédispose à ce genre d'exercice.

La deuxième partie du film se déroule à l'hôtel. Ou plutôt dans deux hôtels où les noceurs ont une chambre - ce qui montre que leur rencontre fortuite ne l'était pas, mais l'alcool aidant on ne sait plus qui on croise - ainsi que le maître d'hôtel et sa femme (Edna Purviance, dont c'est le premier film).

S'ensuit un quiproquo entre le premier noceur et la jeune femme jusqu'à l'intervention du deuxième (Turpin), avant de finir... Sur une queue de poisson !

Il n'y a pas de véritable fin. Cela donne l'impression que le film s'arrête, faute de pellicule.

Malgré tout, Chaplin continue de poser les bases de ce qui fera le succès de ses films plus structurés : bagarres, quiproquo, jets de projectiles à la figure et l'indispensable marivaudage entre le vagabond et les femmes. Le maître d'hôtel, par ailleurs, annonçant les rôles d'homme fort joués par Eric Campbell.

Un film à déguster comme un amuse-gueule, permettant de patienter avant le festin que seront ses films ultérieurs où les gags ne se suffiront pas à eux-mêmes : Chaplin y mettra une intrigue solide ainsi que de l'émotion, pour l'instant absente.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Roman Polanski
Le Bal des vampires (The fearless vampire Killers - Roman Polanski, 1967)

Tous les ans, à la même date, à minuit, a lieu un bal dans le château du Comte Krolock (Ferdy Mayne), en Transylvanie. Krolock, comme ses invités, est un vampire, tendance Christopher Lee. Et tous se retrouvent à ce bal afin d'assister à la présentation des nouveaux membres de la communauté. C'est un peu un bal des débutantes... Cette année, c'est Sarah (Sharon Tate) qui va leur être présentée. Sarah est une belle jeune femme très portée sur la propreté : dès qu'elle a un moment, elle prend un bain, au grand dam de son père Yoine (Alfie Bass), qui tient une auberge reculée dans la campagne transylvanienne.

C'est cette auberge qu'ont choisi le professeur Abronsius (Jack MacGowran) - surnommé le cinglé par ses pairs - et soin jeune assistant Alfred (Roman Polanski). Rapidement, Alfred tombe sous le charme de Sarah, mais elle est enlevée par Krolock...

 

Tous les ingrédients du film de vampire sont là : des cercueils aux crucifix, de l'ail aux épieux, des canines protubérantes aux chauve-souris. Mais avec un plus : une approche burlesque d'un genre qui ne souffrait pas beaucoup l'humour au premier degré. Et ça marche. On rit de certaines situations, on sourit pour d'autres. Dans l'ensemble, on passe un bon moment.

Mais...

 

Bof. Est-ce le film qui a (mal) vieilli ? Est-ce le battage ? Toujours est-il que revoir ce film m'a confirmé dans mon  opinion : la réputation de ce film me semble un tantinet surestimée. C'est loin d'être un navet, mais il m'est difficile de crier - avec beaucoup - au chef-d'œuvre. Il manque la touche de folie propre aux vrais réalisateurs comiques pour que la parodie soit réussie. Polanski ne va pas assez loin dans son délire et on reste sur sa faim.

 

Certes, la distribution est pertinente, mais hormis Abronsius et Yoine, les protagonistes sont beaucoup trop sages pour un tel projet. Avec un petit plus pour Herbert von Krolock (Iain Quarrier), vampire homosexuel, inhabituel dans ce genre cinématographique.

 

Sept ans plus tard, Mel Brooks nous proposera une parodie similaire en s'attaquant à un autre mythe du cinéma fantastique : Frankenstein Junior. Ce sera une réussite complète.

 

Je pense que Polanski est meilleur dans les sujets graves. Tess, Le PianisteOliver Twist en sont de très bonnes illustrations.

Dommage.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Clint Eastwood, #Morgan Freeman
Impitoyable (Unforgiven - Clint Eastwood, 1992)

William Munny (Clint Eastwood) n'est pas un cowboy. Il n'est même pas un « pig-boy ». Il essaie d'élever des cochons avec ses deux enfants, mais n'en est pas vraiment capable.

C'est un tueur. Repenti, certes, mais un tueur quand même.

Alors quand le Schofield Kid (Jaimz Woolvett) le relance pour tuer deux hommes qui ont mutilé une prostituée, il n'hésite pas longtemps. Il reprend ses armes et part s'occuper de ces deux personnes, emmenant son vieux partenaire Ned Logan (Morgan Freeman), retiré des affaires lui aussi.

 

Sept ans après Pale Rider, Clint Eastwood retourne au western (son dernier en date), bousculant encore une fois les codes établis, repoussant un peu plus les limites de ce genre cinématographique, l'un des plus anciens qui soit, sinon le plus ancien.

Le héros ? Quel héros ? William Munny est un tueur de la pire espèce : il a beau s'être rangé, avoir deux enfants, il restera toujours un tueur. Il a tué tout ce qui tient sur deux jambes : des hommes, des femmes et même des enfants. De sang froid. Sans état d'âme. Combien ? Lui-même ne le sait pas. A-t-il même compté ? Alors évidemment, parfois, ses victimes viennent le hanter...

 

Mais Impitoyable, c'est aussi un western sur la vieillesse, sans la nostalgie un brin romantique de John Ford (She wore a yellow Ribbon, par exemple). Tous ces hommes, qui savent manier le pistolet comme pas deux sont vieux. Lors du tournage, Eastwood, Gene Hackman (Little Bill Daggett) et Richard Harris (English Bob) avaient déjà passé la soixantaine. Et Morgan Freeman, même s'il a toujours été plus jeune qu'eux, avançait en âge, avec sa cinquantaine entamée. Ils ont toujours les mêmes réflexes, mais la motivation leur fait défaut. D'ailleurs, seul Munny ira jusqu'au bout, retrouvant ses réflexes et son instinct de tueur. Pour Ned, il est trop tard. Il ne peut plus. Quant à English Bob, il n'a même pas le temps de s'exprimer qu'il repart déjà.

Il reste le Kid, me direz-vous. Mais le Kid, ce n'est pas un tueur. C'est un gosse. Un rêveur. Il rêve de se faire un nom tiré de ses prouesses à venir, celles passées n'étant pas encore arrivées aux oreilles du grand public (il a tué « cinq hommes » !).

 

Nous sommes donc dans un western crépusculaire : les héros sont vieux et fatigués, mais en plus, la séquence d'ouverture nous propose un coucher de soleil pendant qu'un homme (William Munny) creuse devant chez lui (il enterre sa femme). C'est ce même plan statique qui nous sera proposé en conclusion, à une toute petite différence près (allez le voir pour la trouver). Entre les deux, une histoire terrible, un pas de plus dans la fuite en avant de William Munny, plus proche de la damnation que de la rédemption.

Pas de duel au soleil cette fois-ci non plus.  Comme dans Pale Rider, il prend le parti que l'été éternel du western est terminé. Il y aura bien affrontement final, comme dans tout bon western qui se respecte. Mais ce ne sera ni au soleil, ni en extérieur. La légende du western est terminée. Place à la réalité, ou plutôt au réalisme.

 

Avec Impitoyable, Eastwood va plus loin que Pale Rider. Le Pasteur et William Munny sont deux personnages de la même trempe.  Ce sont des tueurs aussi impitoyables l'un que l'autre. Mais alors que le Pasteur réparait une sorte d'injustice, William Munny lui, va au-delà : ces deux victimes lui sont totalement inconnues ; il ne connaît l'incident que par ouï-dire. Et pourtant, il n'hésite pas une seule seconde : il va tuer, parce que c'est la seule chose qu'il sait bien faire.

Tuer est une affaire grave, un geste impardonnable. Alors que le Kid passera probablement le reste de sa vie à oublier cette aventure, Munny lui, a déjà accompli ce geste et recommence dans cette nouvelle aventure, sans véritable émotion. Il n'y aura pas de pardon pour lui - d'où le titre original - mais peu importe : une fois le boulot terminé, il retournera tranquillement à sa vie de famille, près de la tombe de son épouse.

 

Et Munny nous révèlera ce que nous subodorions depuis le début : tout ce qui fut dit sur lui était vrai. Ce n'est rien d'autre qu'un infâme tueur, sans émotion, faisant juste un boulot pour lequel il est payé.

 

Véritablement impitoyable.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Martin Ritt
Norma Rae (Martin Ritt, 1979)

1978.

Une usine de textile d'une petite ville du Sud des Etats Unis (le film est tourné en Alabama).

Norma Rae Wilson (Sally Field, formidable) est une jeune femme qui travaille dans cette usine où les dirigeants ont plutôt tendance à exploiter sa main-d'œuvre.

C'est alors que débarque Reuben Warshowsky (Ron Leibman), arrivant directement de New York, pour créer dans cette communauté exclusivement baptiste un syndicat.

Des démarches avaient déjà été entreprises dans ce sens, mais n'avaient jamais abouti : les gens n'en veulent pas, et surtout le patronat décourage de telles initiatives...

Et en plus, Reuben est juif...

 

Norma Rae est avant tout un film social comme on en faisait beaucoup aux Etats-Unis dans les années 1970 : on y dénonce ici une situation d'exploitation humaine comme il en existait (et existe encore) beaucoup. En plus de cette dimension sociale, se greffe un concept identitaire - très important aux Etats-Unis - divisant la population entre les Noirs et les Blancs, et entre les Chrétiens et le Juif. Parce que le syndicat est avant tout considéré - par les autochtones - comme une résurgence judéo-communiste venant les agresser dans leur vie. Qu'importe. Reuben est un Juif errant et fier de l'être. Il va de communauté en communauté afin d'aider ses concitoyens à jouir de leurs droits.

Dans chaque ville, il a besoin d'une personne qui fera levier auprès des autres et permettra la création de ce syndicat.

Pourquoi elle ?

Parce qu'elle est libre. Libre dans sa tête, libre de ses choix et dans sa vie. Comme le dit le pasteur : c'est «une bonne chrétienne, si on fait abstraction de deux ou trois choses... ». Ces choses, ce sont les hommes qu'elle a connus : le père de sa fille, mort lors d'une bagarre alors qu'il était ivre ; le père de son fils qui n'assume pas cette paternité ; et tous les autres hommes...

Cette idée de syndicat l'intéresse, mais sans plus. Comme une chose nouvelle qui vient de la grande ville (New York, vous vous rendez compte ?). Mais même si c'est intéressant, ça ne l'aide pas à vivre. Il faut nourrir sa famille, se loger, payer ses factures...

Et puis il y a l'événement qui la fait basculer. C'est son père, tout de suite hostile à l'arrivée de ce « syndicat juif » qui va le lui fournir. [Pour savoir les circonstances, voyez le film]

Nous assistons alors à son évolution de militante de plus en plus engagée dans cette lutte pour ses droits (et ceux des autres) et leur dignité humaine.
Le point culminant est le moment - très célèbre - où, juchée sur une table elle brandit un carton sur lequel un seul mot est écrit : UNION. « Union », c'est le mot anglais qui signifie syndicat. C'est beaucoup plus parlant, comme terme. Et pendant qu'elle brandit son panneau, les machines bruyantes au-delà du supportable s'éteignent l'une après l'autre, grâce à l'intervention des autres travailleurs. Le silence qui suit en devient assourdissant.

Mais cet engagement a aussi ses inconvénients : quand elle travaille pour le syndicat, elle ne s'occupe pas de sa maison, de ses enfants, de Sonny (Beau Bridges), son mari...

Et Martin Ritt filme au plus près l'évolution de son héroïne dans la jungle du droit du travail, utilisant beaucoup la caméra à l'épaule afin d'être au cœur de l'action, au cœur du problème.

Norma Rae fait partie de ces femmes fortes du cinéma américain, qui en plus d'une vie pleine, ont un idéal et se battent pour celui-ci. Elle annonce une autre jeune femme avec enfants (de différents pères, eux aussi), qui se battra pour les autres comme si sa vie en dépendait : Erin Brokovitch, dans le film éponyme de Steven Soderbergh.

Norma Rae, c'est aussi un constat : les dirigeants d'une entreprise ont beaucoup de pouvoir qu'ils n'ont pas l'intention de partager et encore moins de céder. Avec Norma Rae, ce sont les droits des travailleurs qui sont brocardés car en danger en 1978.

Mais en y regardant de plus près, on se rend compte que ces mêmes droits sont de plus en plus rognés et remis en cause par des dirigeants toujours plus puissants et qui en veulent toujours plus.

Et quand on voit les programmes électoraux de certains candidats à l'élection présidentielle française, on se dit que finalement, ce film qui va bientôt fêter ses quarante ans n'a jamais été autant d'actualité.

C'est aussi à cela qu'on reconnaît un bon, un vrai film social, qu'il soit américain comme ici, ou qu'il vienne d'ailleurs.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Musique, #George Cukor, #Audrey Hepburn
My fair Lady (George Cukor, 1964)

Un film de George Cukor.

D'après une comédie musicale de Frederick Lowe (musique) et (livret).

D'après la pièce Pygmalion de George Bernard Shaw.

D'après le mythe grec de Pygmalion.

Pygmalion, sculpteur grec, avait créé Galathée, une statue d'ivoire dont il était tombé amoureux. Comprenant son amour, Aphrodite - déesse de l'Amour - donna vie à Galathée...

 

Ici, pas de statue. Mais Eliza Doolittle, une jeune femme qui vient du néant, de la fange, (Audrey Hepburn). Pire, du bas-peuple.

Pygmalion, c'est le professeur Higgins (Rex Harrison). Héritier de la bonne société anglaise, il est professeur de diction et parie avec son ami le colonel Pickering (Wilfrid Hyde-White) qu'en six mois, il fera de cette vile roturière une véritable princesse du grand monde.

Alors on attend. Et on s'amuse. C'est un régal. Pour les yeux (Audrey Hepburn est magnifique) comme pour les oreilles (Marni Nixon est un enchantement). Et on se surprend à fredonner en même temps que les acteurs les mélodies célèbres : I could have danced, With a little bit of luck, Show me...

Parce que cette comédie musicale est tout sauf réaliste, parce que cette histoire est une belle histoire, et parce que Audrey Hepburn. Rex Harrison aussi, mais Audrey Hepburn quand même !

Elle est époustouflante ! Sa transformation est bluffante. Quand elle descend l'escalier, vêtue de sa robe « française », on en a le souffle coupé ! Alors évidemment, après, la soirée événementielle ne peut que bien se dérouler !

Pourtant ce n'était pas gagné : Eliza est une petite marchande de fleurs, traînant dans le ruisseau, flanqué d'un père alcoolique un tantinet philosophe (Stanley Holloway), parlant un Anglais avec un accent cockney à couper au couteau. Quand elle entend le professeur Higgins annoncer qu'il pourrait faire d'elle une fleuriste avec son propre magasin, elle entrevoit la chance de sa vie et court lui demander des leçons de diction. C'est comme ça que va naître le pari, et tout le film qui va avec.

Mais Higgins va faire plus que cela. Il va faire de cette petite vendeuse de rien du tout la nouvelle coqueluche du Tout-Londres. De cet élément de fange, il fait la statue d'ivoire de sa Galathée.
Mais ce n'est pas facile et cela nous amène quelques moments de désespoir - pour lui -, et de comique - pour nous. Et quand enfin elle émerge de la fange, la magie opère, c'est une autre femme qui arrive) à Ascot (sa première sortie), puis une véritable déesse à l'Ambassade de Transylvanie.

Il y a dans cette comédie musicale tous les ingrédients pour en faire un succès : ce fut le cas. Mais alors que Robert Wise tourna West Side Story (1961, où Marni Nixon chantait déjà la partie de Maria) dans un véritable quartier de New York, que La Mélodie du bonheur (l'année suivante) fut réellement filmé en Autriche, il est clair qu'ici tout fut recréé en studio. Cukor renoue avec la comédie musicale américaine des années 1930 (Top Hat, Shall we dance) où les décors étaient manifestement faux, mais où ce qui importait, c'était ce qu'on vivait à travers les personnages. Alors, Covent Garden, Ascot, tout ça, c'est faux. Mais qu'importe. Nous vivons ce film comme le spectacle originel. Tout avait été recréé pour la scène, il en est de même ici. Et tant mieux, d'ailleurs. La scène des courses est magnifique ainsi. Sans son tumulte, avec tous ces personnages figés qui prétendent s'amuser, et que la belle Eliza va faire chavirer - et même sombrer - en encourageant son bourrin, comme on le fait dans le bas-peuple !

Et puis il y a les cas de conscience : Que va devenir Eliza une fois le pari gagné (par Higgins ou Pickering, peu importe) ? Comment Higgins va-t-il (s')avouer qu'il aime Eliza ?

Et c'est dans ces séquences que le film reprend pied avec la réalité à laquelle il avait échappée tout du long : Higgins n'est rien d'autre qu'un grand égoïste et misogyne qui crèverait plutôt que d'avouer qu'il aime. Qu'il aime une femme !

Mais Cukor met tout le monde d'accord avec sa fin consensuelle.

 

Un régal !

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