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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #John Ford
Les quatre Fils (Four Sons - John Ford, 1928)

Ca commence comme une opérette :

Nous sommes en Bavière, à Burgendorf (littéralement village bourgeois), au pays des culottes de pot et des chapeaux tyroliens.

Un vieil homme en uniforme, la moustache fière, tient dans la main un message. C’est le facteur (Albert Gran), et il apporte une lettre d’Amérique pour Joseph Bernle (James Hall), l’un des quatre fils (d’où le titre) de Frau Bernle (Margaret Mann, magnifique dans le rôle central de la mère).

Frau Bernle a quatre fils : Franz (Francis X. Bushman Jr.) est soldat en garnison au village ; Johann (Charles Morton) est forgeron dans ce même village ; Andreas (George Meeker) – le plus jeune – est pâtre ; Joseph enfin, un oisif qui profite de la vie et des filles…
Comme tous les ans, le village fête l’anniversaire de Frau Bernle.
Et en cette année 1914, elle n’échappe pas à la tradition. C’est ce jour qu’elle aide Joseph à partir s’installer aux Etats-Unis. C’est aussi cet été-là que la guerre est déclarée.

Franz et Johann y vont, la fleur au fusil.

Mais bientôt le facteur, la moustache triste apporte une lettre aux bords noirs : ses deux fils ne reviendront pas.

 

John Ford nous propose ici un film de guerre (la Grande, celle de 14 !). Mais ce film a la particularité de ne montrer aucune scène de bataille. Pourtant, la guerre est présente : sur le front, brièvement, et surtout à l’arrière (brièvement encore) aux Etats-Unis, et la plupart du temps en Allemagne.

Ford prend le contre-pied total des productions habituelles en s’intéressant à la vie d’une famille allemande où la mère, veuve, a élevé ses enfants et vois ses enfants partir au fur et à mesure du temps.

La famille est une composante très importante dans le cinéma fordien. Ici, comme dans d’autres films qui suivront, cette famille va en s’amenuisant, la vie (et surtout la mort) séparant progressivement cette base affective : Les Raisins de la colère, et plus encore Qu’elle était verte ma Vallée.

 

Ce qui ressort le plus, c’est une émotion qui va en grandissant à mesure que la guerre s’intensifie et réclame son lot de morts. Le facteur, instrument du destin tout au long du film, n’est pas sans rappeler Emil Jannings en portier du Grand Hôtel Atlantique (Le dernier des Hommes), avec sa bonhomie et sa joie de vivre. Mais plus le temps passe et moins son allure est fière, les nouvelles qu’il apporte étant essentiellement des avis de décès.

Il faut le voir traverser le village, voûté, la démarche hésitante, arrêté par les villageois espérant que sa lettre ne les concerne pas. Cette démarche devenant de plus en plus lourde, le facteur devient alors une ombre noire qui passe dans le village, lentement, inexorablement.

On retrouvera encore un élément symbolique du basculement dans la tragédie quand le facteur – encore lui – lancera une pierre dans l’eau où se reflète l’église sonnant le glas des enfants morts. L’image se brouille, la tranquillité et la joie ne sont plus de mise.

 

On sent l’influence du cinéma allemand que Ford venait de découvrir dans cette utilisation de l’ombre tout au long du film. En effet, quand les fils de Frau Bernle partent à la guerre pour le Kaiser, elle les bénit étendant sur eux sa main vénérable, créant par là même une ombre sinistre sur leur visage : on sait alors qu’ils ne reviendront pas.
Quant au dernier, c’est dans une atmosphère de brume et d’ombre qu’il mourra, dans les bras de son frère Joseph, lui-même dans l’armée de sa nouvelle patrie.

L’annonce de sa mort amènera une autre grande scène d’émotion, encore une fois amenée par le facteur, et amènera la mère au bord de la folie.

 

Mais malgré cette infinie tristesse qui ressort du film, on est tout de même chez Ford, alors on retrouve le microcosme qui le caractérise et chaque scène émouvante trouve un soupçon d’humour, même dans les moments les plus noirs.

La présentation, rappelant les opérettes de Franz Lehár, nous expose un petit village heureux où tout le monde se connaît, se respecte et où chaque année on fête cette brave Frau Bernle.

Mais si le fils aîné est militaire, c’est l’arrivée d’un nouveau commandant, le major von Stomm (Earle Foxe) qui va amener le changement, car avec lui arrive la guerre dans une séquence d’allégresse qui a pour intertitre : DER TAG* (le jour). Ce jour nous amène une première scène d’adieux : la fleur aux fusils et aux balcons, c’est la joie et l’optimisme. Mais quand ce sera le dernier fils qui partira, les wagons luxueux auront été remplacés par des fourgons à bestiaux où les soldats s’entasseront. Seule la mère sera là et Andreas ne pourra que tendre sa main à travers la lucarne, main qu’elle baisera et que lui-même baisera à son tour au même endroit. Déchirant.


Mais la vie reprend ses droits et on assiste à une dernière séance d’adieux, plus heureuse puisque la mère s’en va en Amérique rejoindre son dernier fils et son petit-fils qui la réclame.

On retrouve alors le microcosme du début qui s’agite pour saluer une dernière fois cette femme admirable : le maire (August Tollaire) qui a préparé un autre long discours que personne n’écoute jamais ; le facteur aux moustaches à nouveau fières ; l’instituteur manchot (Frank Reicher) ; extrêmement fier de son élève et amie ; l’aubergiste truculent (Hughie Mack, qui mourut quelques mois avant la sortie du film) ; et les enfants, indissociables de Frau Bernle, à qui elle offrait du gâteau au miel à son anniversaire…

 

Un grand Ford (encore un !).

 

 

* Cet officier est l’archétype du sale boche. C’est un être violent, irascible et froid. Son attitude abjecte envers Frau Bernle qui a déjà perdu deux fils à la guerre le fait basculer dans le camp des grands méchants militaires et rappelle le grand Erich von Stroheim, dans des rôles similaires, mais le panache en moins, von Stomm est une véritable ordure. Sa fin fait aussi l’objet d’un traitement humoristique (noir) assez réjouissant.

 

PS : comme c’est John Ford, on retrouve Jack Pennick et ses yeux bleu clair, dans un rôle un peu plus important qu’habituellement puisqu’il est même cité au générique.

 

PPS : on retrouvera une même désolation sur Ellis Island – quand Frau Bernle doit y séjourner – dans Le Parrain 2, quand le petit Vito y est retenu.

Les quatre Fils (Four Sons - John Ford, 1928)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Clarence Badger, #Gloria Swanson
Teddy at the Throttle (Clarence Badger, 1917)

24 minutes et tout est là. 

Comme on dit chez Marks & Spencer : « Name it, we’ve got it! »:

De l’amour, de l’argent, de la fourberie, de l’aventure, du frisson… et Gloria Swanson !

 

Clarence Badger, encore sous contrat chez Mack Sennett (il partira cette année-là pour retrouver Sam Goldwyn) nous gratifie d’une superbe comédie avec une jeune actrice qui n’est pas tout à fait encore une star : la brelle Gloria. A côté d’elle on retrouve son mari Wallace Beery (elle le quittera deux ans plus tard, lasse de se prendre des torgnoles) dans un rôle de filou sur mesure. Et elle partage la vedette avec Bobby Vernon, un acteur comique de chez Mack Sennett (encore un !) qui ne persévéra pas quand le parlant arrivera.

 

Le jeune et richissime Bobbie Knight (le chevalier*) aime la belle Gloria Dawn (l’aurore*) qui l’aime en retour. Mais son homme d’affaire Henry Black (Noir*) veille tellement à ses intérêts qu’il en détourne une bonne partie pour son propre compte (en banque, aussi). Ce dernier propose sa sœur à Bobbie afin de récupérer (indirectement) le magot.

Mais contre-ordre : si Bobbie n’épouse pas Gloria, il perd tout et c’est Gloria qui récupère le gros lot.

Ca change tout de suite la donne pour l’infâme Black !

 

On a beau être chez Sennett (du moins dans ses studios) Badger nous offre un film comique qui sort des keystoneries habituelles : mis à part la voiture embourbée qui habille de boue le pauvre Bobbie, le comique est ailleurs (comme la vérité, bien sûr).

La situation est rapidement mais très bien expliquée avec bien entendu, dès le premier plan le Teddy du titre. Parce que Teddy, ici, est celui qui sauve la situation (la journée, comme disent les anglo-saxons). Alors on le voit au tout début, en totale harmonie (c’est le cas de le dire) avec sa jeune maîtresse, au grand dam du méchant Black, puis il disparaît avant la séquence finale où il bondit tel un héros antique, au secours de sa bien aimée  maîtresse.

 

Car il faut dire que parmi les aventures que vit malgré elle Gloria, elle se retrouve enchaînée à une voie ferrée alors qu’un train approche. Cette scène est très certainement l’une des plus connue du genre, et permet d’avoir la poursuite traditionnelle des studios de Sennett ainsi qu’un sauvetage de dernière minute comme chez Griffith. Mais avec une note comique qui ne seyait pas aux films du Maître : juste une pointe d’exagération pour se décaler du sérieux griffithien.

 

Un film attachant qui se déguste comme une friandise : avec délectation.

 

 

* Les noms sont très importants puisqu’ils indiquent à quel genre de personnage nous avons affaire : Bobbie Knight est donc le chevalier servant de Gloria Dawn (la belle Aurore), et il est trompé par l’ignoble Black, à l’âme aussi noire que le nom. Tout simplement.

 

** Teddy est un chien : un danois. Mais pas n’importe quel chien puisqu’il a contribué aux films de Sennett pendant 10 ans, percevant même jusqu’à 350$ par semaine !

[NB on ne dit pas s’il avait un compte en banque]

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Cecil B. DeMille, #Gloria Swanson
L'admirable Crichton (Male and Female - Cecil B.DeMille, 1919)

Une femme, richement vêtue, descend solennellement dans l’arène aux lions, sous les yeux d’un roi babylonien désespéré.

La femme est allongée, une patte de lion sur son dos. Le lion rugit.

 

Telle est l’image la plus célèbre du film mais finalement assez éloignée de la réalité de l’intrigue. Cette incursion antique dans une histoire moderne (1918-19) est pleine de flamboyance mais avant tout un rêve que deux êtres humains amoureux font.

Elle, c’est Mary Loam (Gloria Swanson, toujours aussi irrésistible), fille de Lord Loam (Theodore Roberts, son éternel cigare vissé aux bords des lèvres) ; lui c’est Bill Crichton (Thomas Meighan), son majordome.

Nous sommes à Londres où les convenances sont exacerbées et où chacun sait rester à sa place.

Crichton est aux ordres du grand monde, même s’il se rend bien compte qu’il suffirait de peu pour que les rôles s’inversent.

Et justement, une croisière dans les mers du Sud va amener ce bouleversement, quand le bateau fait naufrage parce qu’un timonier ferait mieux de regarder où il va plutôt que les jeunes femmes malheureuses…

 

Le titre français, pour une fois est le plus fidèle à l’histoire que nous raconte Cecil B. DeMille, qui fait adapter par la grande Jeanie Macpherson The admirable Crichton de J.M. Barrie (vous savez bien, celui qui a écrit Les Aventures de Peter Pan…). Le film s’intitule Male and Female, ce qui est aussi une bonne illustration de l’intrigue.

Mais si la première partie du film nous montre une famille aristocratique anglaise avec ses caprices (surtout féminins, et là Gloria Swanson est plus vraie que nature), le meilleur moment du film est bien la situation après le naufrage, où ces riches oisifs, livrés à eux-mêmes, sont incapable d’organiser quoi que ce soit, ni de se procurer quelque nourriture.

 

Mais Crichton est là : être majordome est un métier difficile qui demande beaucoup de savoir-faire et de dextérité, ainsi que de diplomatie. Alors quand ses maîtres sont désemparés, c’est lui qui prend les choses en main et permet à tous de survivre un peu plus de deux ans sur cette île déserte mais tout de même bien fournie en ressources de première nécessité.
Et cette habileté permet en outre à Crichton d’inverser les rôles, dirigeant, bon gré (après) malgré (avant) toute cette bande d’empotés orgueilleux, Mary en tête, cela va de soi.


Mais avec cette histoire, c’est le rôle de chacun dans la société qui nous est montré. Un rôle arbitraire en contradiction avec la vraie nature de chacun. Et DeMille nous montre que la nature remet en place les choses, et que chacun trouve sa véritable place. Et pour que ce soit drôle, il faut que les rôles s’inversent.

Mais Crichton, qui jouit du meilleur rôle, despotique à souhait, est tout de même la première victime de cet échange temporaire. Chacun sait, chacun espère que l’aventure se finira un jour et que tout redeviendra comme avant.


En attendant, les différences s’étant atténués, les sens s’éveillent et l’inévitable arrive : Crichton, le seul mâle débrouillard devient la coqueluche des femelles*, jusqu’à développer une passion avec la belle Mary, passion qui amènera ce rêve célèbre.

 

DeMille est complètement dans son élément avec cette histoire. Il nous montre une famille aristo de l’intérieur, passant, comme de bien entendu dans la salle de bain où Gloria Swanson se baigne. Mais ne nous excitons pas, à chaque fois un subterfuge est utilisé pour cacher les parties intimes du corps de la belle Gloria.

Quant à la scène antique, elle annonce celles qui suivront : on y retrouve le faste et le grandiose indispensables (pour DeMille) ainsi qu’une dose de s&sadisme avec cette esclave livrée aux lions sous le regard tout de même fasciné du roi babylonien**.

 

 

* d’où le titre original

** Inutile de dire que Gloria Swanson n’a que peu apprécié de tourner avec un véritable lion.

Cf Hollywood, the Pionneers – Episode 6, Kevin Brownlow & David Gill, 1979

L'admirable Crichton (Male and Female - Cecil B.DeMille, 1919)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #D.W. Griffith, #Lillian Gish, #Erich von Stroheim, #Tod Browning
Intolerance (D.W. Griffith, 1916)

 

 

Après Naissance d’une Nation, Griffith, blessé par les attaques de ceux qui avaient considéré son film raciste (à juste titre, tout de même), décide de montrer à l’Amérique (et donc au monde entier) qu’il est un humaniste, un chantre de la tolérance.

Et son film, à cet égard est une réussite.

D’ailleurs, à tous les égards, ce film est une réussite.

C’est une distribution (réellement !) somptueuse qui interprète ces quatre histoires qui n’en font (presque) qu’une, exemples flagrants de l’intolérance à travers le temps et l’espace.

Ce sont quatre histoires qui nous sont racontées, chacune apportant son lot d’intolérance, de méchanceté, de jalousie et de violence, avec au bout, hélas, la mort.

 

Je ne vous parlerai pas de la structure en miroir du film ce serait trop long (3 heures découpées magistralement), mais sachez que tel est le cas.

La première histoire concerne l’époque moderne, enfin celle de 1915-16, c’est à dire au moment où fut tourné et présenté le film. On y voit une jeune femme (Mae Marsh est ses magnifiques yeux bleus) qui, à la mort de son père épouse un truand repenti (Robert Harron). Ce dernier étant accusé faussement de meurtre, il est emprisonné et des bigotes décident que ola jeune femme ne peut plus décemment s’occuper de son bébé et le lui font donc retirer.


En remontant dans le temps, on s’arrête à la Saint Barthélémy (1572) où les catholiques français ont montré qu’ils n’avaient rien à envier aux intégristes de tout poil et ont massacré (au nom de Dieu, comme d’habitude) tous les protestants qui croisaient leur chemin.

Toujours plus tôt dans l’histoire, on assiste à la passion de Jésus (Howard Gaye), condamné par les Pharisiens, puis les Romains (n’oublions jamais que ce sont eux qui l’ont exécuté, n’en déplaise aux croyances médiévales qui ont encore cours aujourd’hui). Et au repère le plus lointain de l’Histoire, on trouve Babylone dirigée par  Balthazar (Alfred Paget), adepte du culte d’Ishtar, déesse de l’amour, attaqué par le Perse Cyrus (George Siegmann), ce dernier aidé par les prêtres babyloniens du culte de Bel, jaloux d’être déconsidérés.

Pour chaque histoire, une forme d’intolérance amenant ruine et désolation, surtout à Babylone. Et intercalé au milieu de cette fureur, une femme (Lillian Gish) qui balance un berceau, pendant que le monde court à sa perte. Et comme l’a écrit William Ross Wallace :

« For the hand that rocks the craddle is the hand that rules the world. » (La main qui berce l'enfant est la main qui dirige le monde)

 

Mais au-delà de ce film très moraliste où les intolérants (intégristes ?) de tout poil sont fustigés, c’est avant tout un film magistral qu’il nous est donné de voir. C’est un festival de séquences spectaculaires, le summum étant atteint lors de l’assaut des armées de Cyrus contre Babylone. Rarement, à cette date, a-t-on vu tant de déchaînement de violence sur un écran. Le Vol du grand rapide, qui montrait un homme armé tiré sur les spectateurs est une bluette, comparé à ce film gigantesque.

Parce que c’est un film où le gigantisme est absolu : la reconstitution de Babylone est époustouflante. Les combats qui y ont lieu sont alors dans la même teinte : énorme, terrible, affreux…
Ce sont des têtes qu’on coupe, des lances qui transpercent des soldats, des flèches assassines… Une véritable galerie d’horreurs. On retrouvera cette violence dans Le Signe de la Croix, mais ce sera déjà beaucoup plus tard…

 

Autour du réalisateur, on retrouve les fidèles (Billy Bitzer et Karl Brown, ainsi qu’une partie du casting de Naissance) et aussi des noms qui prendront bientôt leur envol (Constance Talmadge, Eugene Pallette, Bessie Love) ou les assistants prestigieux du film précédent (Walsh et Ford ne sont plus là, mais on note la présence de Tod Browning).
Le film est partiellement teinté (comme Naissance) et cela donne une teinte encore plus sanglante aux massacres perpétrés à chaque époque.

 

Encore une fois, le Maître nous reconstitue des événements historiques, utilisant diverses sources reconnues mais avec un souci d’authenticité aussi fouillé que lors de son précédent film.

Et encore une fois, Griffith décrit des situations intolérables passées mais surtout présentes (pour lui) avec la même honnêteté qui le caractérise. Toujours, Griffith croit en ce qu’il filme et ce qu’il raconte. Et si on sait qu’il fut un homme qui attachait beaucoup d’importance à la moralité, il ne peut pas s’empêcher de dénoncer ces femmes pétrie de bigoterie, qui savent mieux que tout le monde ce qui est bon et juste. Il n’hésita pas d’ailleurs à souligner que ces femmes se sont lancées dans leur croisade parce qu’elles n’ont plus la possibilité de séduire.

Tout un programme.

 

Ce sont alors près de trois heures d’un spectacle à couper le souffle, où le gigantisme le dispute à l’édifiant (Griffith, encore une fois nous donne une leçon, cette fois d’humanité) : grandiose.

Et si le succès ne fut pas exactement au rendez-vous, sachez tout de même que ce ne fut pas le flop annoncé. En effet, même si les Etats-Unis se préparaient à la guerre et que l’époque n’était pas obligatoirement aux grands sentiments, le film fut tout de même très bien accueilli, amis, malheureusement mal distribué*.

 

 

* cf. D.W. Griffith, Father of Film – épisode 2 (1993),  par Kevin Brownlow & David Gill.

Intolerance (D.W. Griffith, 1916)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #D.W. Griffith, #Lillian Gish
Naissance d'une Nation (The Birth of a Nation - D.W. Griffith, 1915)

D’un côté le Nord, abolitionniste.
De l’autre, le Sud esclavagiste.

Pourtant, c’est une seule et même nation.

Les Stoneman et les Cameron en sont un bon exemple : les enfants de ces deux familles sont amis de longue date, malgré leur différence géographique.

Mais quand le conflit éclate, chacun se retrouve dans son camp, luttant pour ses convictions.

 

La Guerre de Sécession, que les Américains appellent à juste titre « Civil War » (guerre civile) est un des thèmes de prédilection d’Hollywood. Mais en 1914, quand Griffith met en chantier ce film, c’est un sujet qui n’est pas encore très usité. Mis à part deux premiers courts métrages du même Griffith, rien de notable.

Mais là où  Griffith révolutionne et popularise le genre, c’est qu’il propose un film de plus de trois heures, enchaînant des reconstitutions historiques et des intrigues multiples avec l’incontournable sauvetage de dernière minute.

C’est absolument époustouflant, une date dans l’histoire du cinéma.

 

Oui mais…

Mais rarement un point de vue aussi tranché et raciste n’a été exposé dans un film. Après une première heure traitant du conflit à proprement parler, Griffith décrit un monde sudiste en décrépitude, exploité par de « méchants Noirs » qui ne désirent qu’une chose : éliminer le Sud blanc pour faire régner une suprématie noire. Ils sont encouragés pour cela par un extrémiste blanc, Austin Stoneman (Ralph Lewis), et conduits par un mulâtre exalté, Sylas Lynch (George Siegmann).
Et d’une façon générale la deuxième partie décrit une population blanche victime des exactions commises par la population noire, sorte de revanche contre ceux qui furent leurs maîtres pendant l’esclavage.

 

Dans la deuxième heure, Griffith nous montre donc une situation qui se détériore pour la population blanche du Sud, amenée par les carpetbaggers (terme péjoratif qui désignaient les profiteurs de guerre pour les Sudistes) du Nord. Cela passe par des élections truquées amenant les Noirs au pouvoir des assemblées d’Etat. Mais ces nouveaux élus nous sont montrés comme des gens frustes et incultes, déjà corrompu par ce nouveau pouvoir.

Mais au-dessus de ces « méchants Noirs » on trouve le personnage de Lynch, un mulâtre, autrement plus mauvais car d’une fourberie incommensurable. L’autre personnage mulâtre, une servante de Stoneman est d’ailleurs elle aussi très fourbe

Cette présentation des ravages créés par cette nouvelle situation intolérable pour les « vrais » Sudistes culmine avec la mort de la Petite Flora (Mae Marsh) qui préfère mourir plutôt que se déshonorer.

 

C’est ce dernier événement qui va amener le fils Cameron (Henry B. Walthall) à créer le Klan une milice qui aspire à retrouver l’ancienne grandeur du Sud.

Mais d’une façon générale, les Sudistes sont montrés par Griffith comme des gens extrêmement vertueux et ayant un grand sens de l’honneur. Le fait que Griffith soit originaire du Sud est le moteur de sa vision manichéenne du conflit. Alors que les spectateurs connaissent très bien le sort des combats en allant voir le film, Griffith traite l »e sujet du point de vue de son Sud. Et l’extraordinaire reconstitution de la seconde bataille de Petersburg  (15-18 juin 1864) est orchestrée avec un point de vue hautement partial.

Dans le sens de lecture du conflit qui nous est offert, le Sud se situe toujours à gauche de l’écran et attaque vers la droite. Or nous avons pour habitude de représenter l’évolution du temps (ou d’autre chose) dans ce même sens. Le Sud en se déplaçant dans le sens gauche-droite prend alors le rôle du progrès, du bon côté, alors que le Nord, marchant dans l’autre sens ne peut qu’être réactionnaire.

 

Autre dichotomie pertinente de cette opposition entre un Sud noble et un Nord ignoble (dans le sens premier du terme, c'est-à-dire contraire de noble) est la reconstitution de la reddition de Lee (Howard Gaye) à Grant (Donald Crisp) à Appomattox.

Les deux hommes sont assis chacun devant un bureau et signent les documents de fin de la Guerre. Mais si Lee garde toujours une posture droite et pleine de dignité, Grant est perçu comme un homme plutôt fruste, fumant le cigare, un sourire narquois aux lèvres. Même lors de la poignée de main qui enterre la guerre, Lee conserve son allure aristocratique et digne, alors que Grant est encore plus désinvolte, son autre main restant dans sa poche, comme un homme sans éducation.

Avec ce film c’est le côté romantique du Sud qui se forme, cet aspect qui sera magnifiquement filmé 25 ans plus tard par Victor Fleming dans Autant en emporte le Vent.

Mais peut-on réellement reprocher cette vision du Sud à un homme qui a grandi avec la honte de la défaite humiliante ?

 

Au-delà de cette vision manichéenne et raciste, on retrouve tout de même quelques moments de grand cinéma, outre la formidable bataille sus mentionnée.

La reconstitution du 14 avril 1865, quand Lincoln (Joseph Henabery) est assassiné par Booth (Raoul Walsh) est superbe, tout comme l’annonce du conflit à travers les petites histoires de la maison Cameron lors de la visite des frères Stoneman (Elmer Clifton & Robert Harron), avec la promesse prémonitoire et funeste de se revoir bientôt.

 

Un petit mot enfin sur la musique qui accompagne le film. Lors de la première, pour la première fois un orchestre accompagna le film donnant une dimension encore plus grande au film (comme s’il en avait besoin), on retrouve  les thèmes chers au Sud (Old Folks at home, Dixie, Maryland my Maryland, etc.) et un emprunt à la Chevauchée de la Walkyrie de Wagner accompagnant les cavaliers du Klan qui s’en vont délivrer le Sud.

Bref tout pour exalter cette nation dans la Nation.


Au bout de trois heures de nos jours, et comme le dit mon cher ami le célèbre professeur Allen John, on est mitigé devant ce film. On loue d’un côté un spectacle extraordinaire qui est proposé, la technique magnifique et un montage toujours bien rythmé, mais on ne peut s’empêcher de condamner l’idéologie véhiculée par ce film : la suprématie blanche du Sud qui si elle ne fit pas revivre le KKK comme on le dit souvent, mais qui n’a rien fait pour l’éliminer et l’a au contraire encouragé, amenant des démonstrations de force dans la décennie qui a suivi*.


Dernier argument du film : il y a Lillian Gish, alors…

 

 

* Voir à ce propos D.W. Griffith, Father of Film – épisode 1,  par Kevin Brownlow & David Gill.

Naissance d'une Nation (The Birth of a Nation - D.W. Griffith, 1915)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Victor Fleming, #Douglas Fairbanks, #Western
Une Poule mouillée (The Mollycoddle - Victor Fleming, 1920)

Attention, c’est du lourd* !

Douglas Fairbanks.

Wallace Beery.

Victor Fleming.

Voici un trio gagnant magnifique : Fairbanks bondit et se bat (sans épée !) ; Beery est une immonde crapule (encore une fois) ; Victor Fleming réalise son deuxième film.

 

Et pour ce deuxième film, Fleming nous raconte un western moderne où il est question de contrebande de diamants, de voyage en bateau et de véritables Indiens d’Amérique : les Hopi, une tribu de l’Arizona.

Et alors que Wallace Beery, cette même année, était à l’affiche pour Le dernier des Mohicans de Maurice Tourneur et (Clarence Brown), Fleming se paye le luxe de filmer avec de véritables autochtones américains. Ces derniers seront crédités au générique et remerciés dans un intertitre de présentation au début du film

 

Mais il ne faut pas oublier que c’est Douglas Fairbanks qui produit. Alors on a droit à des éléments comiques et surtout de l’action ! Après une rapide présentation des ancêtres de Richard  Marshall V – fils de Richard Marshall IV, lui-même fils de Richard Marshall III (etc.) au choix patriotes en 1776 et pionniers courageux après, toujours à chevaucher dans les vastes prairies américaines – on découvre alors ce dernier rejeton chevauchant lui aussi. Mais il fait ça dans un manège. Et ce sont des chevaux de bois…

Il est aux antipodes de ses ascendants. Mais heureusement, l’intrigue va l’emmener dans une histoire où le capitaine van Holkar (Wallace Beery) exploite malhonnêtement une mine de diamants en plein cœur du territoire des Hopi. Amené malgré lui dans ce trafic, il va retrouver la fougue et le courage de ses ancêtres dans un retour au pays qu’il avait quitté à l’âge de 4 ans.

 

La première partie du film nous montre un jeune homme très bien éduqué que les Américains prennent pour un Anglais. Parmi ces Américains un trio de joyeux lurons de pure souche américaine – Ole Olsen (George Stewart), Samuel Levinski (Paul Burns) et Patrick O’Flannigan (Morris Hughes), puisque je vous dis que ce sont de véritables Américains ! – décident de l’emmener avec eux pour lui faire son éducation. Et ce voyage sera, bien entendu, une réussite pour Marshall puisqu’il retrouvera la flamme qui inspirait ses glorieux ancêtres et en plus il séduira la belle Virginia Hale (Ruth Renick), que lorgnait l’infâme van Holkar.

 

Mais si Fleming fait appel  à de véritables Américains (les Hopi), c’est aussi pour se moquer de cette société à laquelle il appartient, qui se prétend civilisée. Et pas une seule fois les Indiens ne sont montrés sous un mauvais jour, mis à part certains renégats qui de toute façon seront châtiés. On peut donc assister à des démonstrations de danses « primitives » et à une séance de calumet avec Marshall, ce dernier montrant sa danse aux Indiens, leur payant à son tour une cigarette, pour se conformer aux coutumes locales.

Les Indiens ont donc un rôle très positif, ce qui est très rare dans le cinéma hollywoodien de cette période (et même après !).

 

Pour le reste Fairbanks bondit et se bat comme d’habitude, il douglasfairbankse à fond, quoi ! Et en face de lui, il a un méchant éprouvé en la présence de Wallace Beery, encore dans un rôle ignominieux (c’est aussi là qu’il était très bon), contrebandier rompu, n’hésitant pas à se débarrasser de ses obstacles par tous les moyens, le meurtre n’en étant qu’un exemple parmi d’autres.

 

Fleming nous propose un magnifique western, riche en péripéties et rebondissements, avec en prime une bagarre finale entre Marshall et van Holkar, et qui débute par un saut de Fairbanks dans l’arbre où s’était réfugié le criminel, avec un dégringolade progressive : du haut de l’arbre au bas d’une colline en passant par différentes strates – rochers, toits de maison, pentes terreuse... Jusqu’à arriver à un indispensable cours d’eau dans lequel le méchant armateur abandonne la lutte. Bref, du grand spectacle.

Et en plus, on a droit à une explosion suivie d’une magnifique avalanche qui détruit tout sur son passage, un magnifique spectacle qui mélange adroitement maquettes et décors à l’échelle dans un chaos absolu.

 

Pas mal, pour un deuxième film, non ?

 

 

PS : A noter enfin une séquence de dessins animés pour expliquer simplement et avec un petit peu d’humour le trafic que dirige van Holkar entre l’Arizona et Amsterdam.

 

PPS: le titre original (si vous voyez ce que je veux dire...) utilise le terme mollycoddle qui vient du verbe signifiant chouchouter, couver, dorloter.

 

 

* seul le trio est « lourd » du fait de la présence de ces trois stars. Le film, lui, est très subtil.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #William Beaudine, #Mary Pickford
Les Moineaux (Sparrows - William Beaudine, 1926)

Nous sommes dans les régions marécageuses du Sud des Etats-Unis. Dans cet univers putride s’élève un marais dont le propriétaire est l’infâme Mr Grimes (Gustav von Seyffertitz), qui a sous sa coupe une dizaine d’enfants (confiés, trouvés ou enlevés) qu’il traite de façon inhumaine. Chaque jour, ces enfants, emmenés par la grande Molly (Mary Pickford), demandent à Dieu de leur venir en aide, mais Il a d’autres affaires urgentes, s’occuper des moineaux (1), par exemple…

 

L’année suivant la sortie de La petite Annie, William Beaudine sort un autre film avec Mary Pickford. Il s’agit  cette fois-ci d’un drame de l’enfance, avec une description sordide de la ferme qui les accueille pour les exploiter, ou encore les tuer. Cette ferme est dirigée par Mr et Mrs Grimes, à côté desquels les Thénardier passeraient pour de gentils animateurs de centre de vacances.

Gustav von Seyffertitz est formidable en Grimes, cet être ignoble qui de surcroît est boiteux et paralysé du bras gauche, appartient au panthéon des tortionnaires d’enfants avec entre autres le couple précédemment nommé ou encore l’infâme Fagin dans Oliver Twist.

 

Au milieu de ce lieu abandonné de tous (et même de Dieu, donc), Molly (jeune fille de 15 ans environ) s’occupe comme une mère des autres enfants, les protégeant du marais mais surtout de l’infect Grimes, de sa femme (Charlotte Mineau) et de son fils Ambrose (Spec O’Donnell, qui retrouve sa partenaire du film précédent).

 

Et Mary Pickford campe une Molly encore plus subtile que ces précédents rôles de fillette. Oui, elle a 33 ans quand elle tourne le film, mais qu’importe : elle a le gabarit, le visage et surtout le talent pour interpréter ce personnage merveilleux.  Certes le tournage fut un enfer pour elle et Beaudine, amenant leur rupture définitive : Beaudine est carrément parti, laissant son assistant Tom McNamara finir le film !

 

Mais le jeu en valait la chandelle. Les péripéties dans le marais (créé pour l’occasion) sont haletantes car en plus de lises extrêmement dangereuses, on trouve une troupe d’alligators (2) qui se satisferait avec plaisir de cette chair fraîche leur rendant (inopinément) visite. Les plans avec les alligators ajoutent à l’atmosphère du film et rendent encore plus palpitante l’évasion des enfants.

 

Mais le vrai succès du film est surtout dû à un jeu d’acteur phénoménal, Pickford et Seyffertitz en tête, les deux représentants du Bien et du Mal, s’affrontant dans un enfer boueux gothique à souhait.

Mary Pickford donne à Molly une dimension mariale en totale contradiction avec le lieu où se déroule le film. Et les prises de vue et l’éclairage accentue cette teinte mystique : la séquence quand le bébé meurt est fortement émouvante, avec en prime une magnifique incrustation de l’arrière plan où un berger (Jésus, bien sûr : le Bon Pasteur) pénètre le grenier qui sert de dortoir aux enfants affamés, pour emmener le bébé qui vient d’expirer. Il ressort et le mur réapparaît sur cette partie qui s’était ouverte, amenant un soleil irréel dans la nuit  funèbre.

Autrement, Pickford joue une adolescente qui a déjà mûri et les gags habituels ne sont pas là, le sujet étant trop grave, mais toutes ses qualités habituelles sont accentuées par cette maturité précoce du fait des circonstances.

Un très grand rôle pour Mary Pickford, malgré la boue, les crocodiles et Beaudine !

 

Mais l’alchimie ne prend que parce qu’en fa ce on trouve un incroyable méchant. Gustav von Seyffertitz n’a pas joué que des vielles badernes prussiennes, la preuve. En plus d’être boiteux, il est bossu : un rôle que n’aurait pas (trop) renié le grand Lon Chaney, quoi qu’un peu trop primaire peut-être…

 

Un film absolument magnifique.

 

(1) Matthieu 6:26 : « Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n'amassent rien dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit. »

 

(2) Il semble tout de même que les alligators ne représentaient pas un danger immédiat, malgré toutes les histoires qui ont circulé autour du film.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Robert Zemeckis
Retour vers le Futur II (Back to the Future part II - Robert Zemeckis, 1989)

On retrouve les mêmes. Au même endroit (Hill Valley, Ca.). Au moment où on les avait laissés : le 26 octobre 1985.

Et comme annoncé à la fin de l’épisode précédent, on retourne dans le futur (d’où le titre) s’occuper des enfants de Marty (Michael J. Fox) et Jennifer (Elisabeth Shue, qui remplace Claudia Wells indisponible).

Mais, et autrement il n’y aurait pas de film, l’action entreprise dans ce futur (2015, notre passé) a des répercussions en 1955.

Encore.

 

Il s’agit, à mon avis du meilleur épisode. On reprend les mêmes situations mais on les adapte à une mise en abîme : le futur détracte le présent alors on est obligé de retourner dans le passé pour réparer tout ça.

En voilà du paradoxe temporel !

Heureusement, Doc (Christopher Lloyd), dans le présent déformé, nous explique tout ça, et c’est (presque ?) clair.

 

La grande habileté de Robert Zemeckis, on la doit avant tout au scénario de Bob Gale : comment refaire la même histoire sans pour autant tourner le même film. Car c’est avant tout la narration qui prédomine et nous embarque dans une aventure jouissive. Non seulement on retourne dans le passé (1955) mais en plus il faut faire avec ce qui a déjà été raconté lors du premier voyage, sans toutefois altérer ce présent (1985) en préparation… Rien que de l’écrire, je commence à avoir mal à la tête. Imaginez alors le choc de Marty !

 

Mais le pire, c’est que ça marche…

On est bluffé par cette superposition des deux 1955, même si Michael J. Fox a dû refaire la séquence Johnny B. Goode pour pouvoir raccorder le tout.

Bref, c’est un festival de situations plus extrêmes les unes que les autres, amenant forcément une troisième partie, tournée en même temps... A mon avis, la machine de Doc aurait bien arrangé Zemeckis…

 

 Ce qui aide aussi au succès du film, c’est la réaction naturelle de Marty dans le futur : qui, à sa place, n’aurait pas eu envie de voyager dans le temps pour connaître à l’avance les résultats de la loterie ou des paris sportifs (1) ?

Mais plus que cette histoire (absolue) de voyage dans le temps, c’est la vision du futur qui peut prêter à sourire aujourd’hui. Ce n’est pas le décalage (obligatoire) le plus important. Zemeckis et Gale ne pouvaient pas prédire exactement ce qui allait se passer. C’est plutôt l’acharnement de certains à vouloir proposer quelques uns des gadgets imaginés : chaussures & hoverboard. Mais nous sortons du film.


Ce film est aussi jouissif pour l’utilisation de surimpression lors des croisements des personnages (2) dans l’épisode 1955 : les acteurs se rencontrent plus ou moins, donnant une importance à l’arrière-plan, quand la scène ne fut pas créée pour l’occasion (Doc 85 rencontre Doc 55 et interagit même avec lui, grâce à un réverbère judicieusement placé…

 

Enfin, le film se termine sur une bande annonce du troisième et (espéré) dernier volet. On sait que ça va se passer dans l’Ouest (3) américain. Devinez où ?

Mais tous les ingrédients de résolution du troisième opus sont déjà là. Les avez-vous repérés ?

 

 

 

PS : aviez-vous remarqué d’emblée que l’un des acolytes de Biff est joué par Billy Zane, l’infâme Cal dans le Titanic de Cameron ?

 

PPS : Je ne vous parlerai pas de Biff Tannen (Thomas F. Wilson) car je n'ai pas envie de faire de la publicité pour un président américain...

  1. A ce sujet, lire la magnifique trilogie de Fred et Alexis : Timoléon - ils voyagent dans le temps pour de l’argent (Ed. Dargaud, 1974).
  1. Une mention particulière pour l’interprétation de Michael J. Fox qui cumule 4 rôles : Marty jeune et vieux, son fils Marty Jr. et sa fille Marlene.
  1. Zemeckis et Gale furent un tantinet décontenancé quand Michael J. Fox suggéra cette période. On les comprend…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #William Beaudine, #Mary Pickford
La petite Annie (Little Annie Rooney - William Beaudine, 1925)

Deux gangs s’affrontent dans les bas-fonds de la ville.

Le premier, c’est celui de Mickey Kelly (Joe Butterworth), le second, celui d’Annie Rooney (Mary Pickford).

Mais comme ce sont des enfants, ce n’est pas bien dangereux, même s’il faut garder son cheval hors de portée de ces galopins.
Mais il y a un autre gang autrement plus dangereux, celui de Joe Kelly (William Haines) que fréquentent outre Tim, le frère d’Annie, Tony (Carlo Schipa) et Spider (Hugh Fay), des individus franchement louches et surtout éminemment dangereux.

Un soir de bal, la situation dégénère et le père d’Annie (Walter James), policier de son état, est abattu.

 

Mary Pickford, 33 ans quand le film sort, est au sommet de son art. Elle entreprend ce premier film avec William Beaudine, suivi l’année suivante du magnifique Sparrows.

 

Il s’agit d’une comédie où les deux gangs présentés dans le premier intertitre ne peuvent pas être bien sérieux : l’ironie de cette présentation se base sur une guerre des gangs infantile à coup de pierres, ustensiles de cuisines, seaux et autres projectiles disponibles, dans le style des comédies de la série Our Gang de Hal Roach, à laquelle d’ailleurs certains protagonistes du film participent.

 

Mais cette comédie se teinte de tragédie quand le père d’Annie est tué. On assiste alors à une magnifique scène jouée par Mary Pickford. Elle attend son père pour lui souhaiter son anniversaire. Mais c’est un autre policier qui vient annoncer la nouvelle. Annie s’est cachée sous ola table après l’avoir fait patienter sur le palier. Puis, enfin prête, elle le fait entrer, un immense sourire aux lèvres en pensant à la surprise qu’elle lui a faite. D’un plan d’ensemble, on passe à un plan rapproché subjectif où on peut voir le bas des jambes du policier puis la caméra remonte progressivement et Annie s’aperçoit alors que ce n’est pas son père. Son visage se transforme progressivement – à un rythme extrêmement pertinent – pour exprimer une tristesse qu’elle ne fait que deviner, espérant encore que ce n’est pas grand-chose, et son sourire revient un petit peu. Mais elle pose la question fatidique : « c’est Tim ou c’est Papa ? » à laquelle le policier, les larmes aux yeux* ne peut que répondre que c’est son papa... Le visage d’Annie se déforme encore plus, laissant place à son chagrin et transmettant son émotion aux spectateurs.

MAGNIFIQUE !

 

Certes, on me répondra qu’il est plus facile de faire pleurer que de faire rire. Oui, mais dans le cas de Mary Pickford, elle savait faire les deux avec maestria. Et Beaudine va jusqu’au bout de ce personnage de petite fille qui mûrit du fait des circonstances tragiques.

La première partie (la plus longue), insiste sur son côté enfantin et espiègle avec des bagarres mémorables (elle est Irlandaise, que voulez-vous) et d’autres éléments très comiques qui relèvent à la fois du burlesque (coups de pieds aux fesses) ou plus subtiles comme le moment où la bande d’Annie est grondée par son père policier (en uniforme, sinon, ça ne compte pas !).

 

Cette scène est l’occasion de rappeler ce qui fait le ciment de la société américaine : on trouve parmi les gamins de nombreuses nationalités : outre les Irlandais (Mickey & Annie), on trouve le petit acteur noir Hamidor (Eugene « Pineapple » Jackson), mais aussi Abie Levy (Spec O’Donnel) qui comme son nom l’indique est Juif, ce qui amène un autre épisode comique qu’on peut juger de mauvais goût aujourd’hui (ainsi que l’association stéréotypée du chiffonnier comme dans Fiddlesticks). Mickey, en plus a sa mère qui est Grecque, tout comme le personnage de Tony et un autre enfant est d’origine chinoise (c’est celui qui aide à démasquer le tueur du policier). Bref on a un échantillon du brassage culturel qu’on pouvait trouver (et qu’on trouve aujourd’hui) dans les grandes villes américaines.

 

La deuxième partie enfin, nous offre un jeu plus sobre où Annie est plus sérieuse même si on peut trouver ça et là quelques piques comiques.

J’en terminerai en disant que le rétablissement de Joe Haines est tout à fait invraisemblable, mais que voulez-vous : c’est du cinéma !

 

 

* Il est bien rare de voir un policier les larmes aux yeux au cinéma. Et en plus, c’est en gros plan.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Maurice Tourneur, #Mary Pickford
Fille d'Ecosse (The Pride of the clan - Maurice Tourneur, 1917)

Ile de Killean, Ecosse.

Ce sont les McTavish qui dirigent le clan. Mais le chef vient de mourir en mer et c’est sa fille Marget (Mary Pickford) qui doit prendre sa suite dans cette contrée de mécréants.

Marget est amoureuse de Jaimie Campbell (Matt Moore), qui le lui rend bien, et ils se fiancent à la fête rituelle de St Collun.

Mais Jaimie apprend qu’il n’est pas celui qu’il croit. Sa vraie mère (Kathryn Browne-Decker) vient le chercher. Il doit quitter Killean, Marget doit l’oublier…

 

Il s’agit du premier fil de Mary Pickford, cette année-là, ainsi que le premier qu’elle tourne avec Maurice Tourneur. C’est un petit mélo tout à fait honnête mais tout de même bien prévisible et qui aurait mérité un peu plus de panache. Mais nous sommes en 1917, et Tourneur n’a pas encore pris convenablement la mesure de la star qu’il a en face de lui. Rassurez-vous, ce sera le cas pour le film suivant.

 

Nous avons donc une Mary Pickford qui n’est ni une femme, ni une petite fille. Une jeune adulescente, si vous me permettez l’expression. La première vision qu’on a d’elle est celle d’une jeune fille insouciante, mais cette image est vite balayée par le naufrage du bateau de son père. Elle va donc mûrir d’un coup.

On retrouve tout de même son côté comique dans quelques scènes, dont celle où elle a décidé de ramener tous les mécréants de l’île à l’église, utilisant comme stimulant le fouet traditionnel des McTavish.

 

Mais, en dépit de ces quelques éléments comiques, le film est un drame : elle ne peut plus se marier avec celui qu’elle aime, alors elle décide de dériver avec son bateau/logis, voguant rapidement vers, une mort assurée : l’embarcation prend presque immédiatement l’eau.

Mais depuis que D.W. Griffith est passé au long métrage (et même avant, d’ailleurs), nous aurons droit à un sauvetage (en mer, évidemment) de dernière minute. Je ne vous dis pas qui va la sauver, mais si vous réfléchissez un tout petit peu, ce sera rapidement clair dans votre esprit.

 

Reste un petit film du grand Tourneur. Un peu prévisible, mais surtout en dessous du niveau de Mary Pickford et Maurice Tourneur, mais servi tout de même par un bon montage de Clarence Brown, qui a en plus dirigé la deuxième équipe. Avec en prime un montage parallèle entre l’eau qui envahit de plus en plus le bateau alors que la pauvre Marget essaie vainement de sortir de la cale où elle s’était réfugiée.

 

Je rejoins enfin mon grand ami le professeur Allen John en ce qui concerne la mise en place du contexte qui n’a rien de folklorique, mais est avant tout rythmé par le ressac inlassable. De plus, on notera une utilisation des silhouettes très subtile :

On peut y voir un promontoire rocheux d’où se détachent trois silhouettes légèrement écartées (à gauche) et le reste des personnes un peu plus à droite, la tête penchée vers les trois autres.

Peut-on y voir un écho du Calvaire ?

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