« Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? » (1)
2019 (2). Le monde est électrique. Froid. Humide.
Déshumanisé.
Chinatown, Los Angeles, où vit Rick Deckard (Harrison Ford), policier spécialisé dans la mise à la retraite des réplicants. En clair, leur exécution et élimination pure et simple.
Il y en a quatre.
Peut-être même cinq. Plus ?
Cinq ans après Alien, Ridley Scott retourne à la science fiction et nous livre un magnifique film noir d’anticipation. Mais au-delà d’une intrigue policière, c’est tout une conception de l’humanité et de la raison humaine qui est exposée ici.
En effet, le magnat et génie Tyrell (Joe Turkell) a créé des androïdes tellement parfaits, qu’ils se confondent avec les humains. Et c’est là le véritable enjeu du film : ces réplicants sont tellement parfaits qu’on en vient à douter de chaque individu. Et ce questionnement est résumé par Rachael (Sean Young) qui demande à Deckard s’il a subi lui-même le test qui les identifie.
Parce que le problème est là : les réplicants, ces androïdes parfaits (?) seraient-ils plus humains que les humains ? Leur créateur – Tyrell – devient alors Dieu et Ray (Rutger Hauer, superbe) le fils tel qu’on le retrouve à divers moments des Evangiles : le fils prodigue (Luc 15 : 1-32) tout d’abord comme l’appelle Tyrell lui-même quand il vient le trouver. Et surtout Jésus – le Fils de Dieu – avec ses doutes exprimés dans
Mais si
Cette Chute annoncée, c’est celle l’autre versant de Ray. Son aspect maléfique le rapproche de Satan, l’ange déchu qui sera transformé en démon, son âme contaminant son physique pour lui donner son aspect repoussant.
Mais Ray, s’il n’est pas monstrueux physiquement, n’en devient pas moins une gargouille : un démon, immobile, sur lequel s’écoule l’eau de pluie.
Pour le reste, les effets spéciaux du génial Donald Trumbull sont époustouflants (4), la toute première séquence, lente et merveilleuse, avec ces flammes qui jaillissent, rappelant 2001, l’Odyssée de l’espace (normal, Trumbull y a travaillé).
Ensuite, l’atmosphère du film noir est accentuée par la pénombre omniprésente. Pas une fois nous voyons un jour clair. Quand le soleil se lève (Deckard est chez Tyrell) ce n’est qu’une aube foncée, qui sera tout de suite encore plus assombrie, pour les besoins du test que va effectuer Deckard sur Rachael.
Cette atmosphère de film noir se retrouve aussi dans les décors : la pénombre est partout, additionnée de pluie la plupart du temps quand les personnages sont dehors. Les intérieurs, les rues sont jonchés de détritus et d’éléments cassés, donnant à chaque scène une atmosphère lourde chargée de menace.
Et malgré tout, ces décors ne nous sont pas si étrangers que ça. On retrouve facilement les éléments de la vie dans le début des années 1980s. En effet, les objets ne sont pas si étranges que ça, et les intérieurs – celui de Deckard comme celui de Sebastian – nous sont tout de même familiers. Et cerise sur le gâteau : on fume, naturellement, dehors comme dedans.
Cette vision du futur un tantinet décalé du présent du tournage renforçant considérablement le côté film noir.
SUBLIME.
PS : je n’ai pas parlé des yeux (une prochaine fois ?). Mais pourtant, il y en aurait des choses à dire : entre Ray qui joue avec ceux de Sebastian, et les reflets dans certains autres…
- Titre magnifique du roman de Philip K. Dick qui inspira le film.
- L’année prochaine, donc.
- Tiens, tiens, elle est encore là celle-là…
- Rappel : le numérique n’était pas d’actualité !
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