Viktor Navorski (Tom Hanks) est un voyageur de Krakozie (obscure pays de l’Europe de l’Est) qui arrive à New York.
Malheureusement pour lui, pendant le voyage, un coup d’état a renversé le gouvernement et toutes les relations entre la Krakozie et le reste du monde sont interrompues.
Viktor se retrouve donc dans une situation originale et franchement désagréable : il ne peut pas entre aux Etats-Unis ni rentrer chez lui.
Pendant de long mois, il va (sur)vivre dans l’aéroport, devenant un personnage singulier dans ce lieu où tout compte fait, les gens sont anonymes puisque en transit.
Oui, c’est d’après une histoire vraie, mais ce n’est pas cela le plus important. On retrouve dans ce film des thèmes chers à Spielberg comme l’inadaptation et l’enfance.
Parce que finalement, Viktor n’est rien d’autre qu’un grand enfant qui va grandir dans un milieu a priori hostile. Il ne parle pas l’Anglais, si ce n’est que quelques idiomes indispensables pour se rendre vers le but de son voyage : rencontrer le saxophoniste Benny Golson.
Viktor n’est pas un ado attardé comme Roy Neary (Rencontres du troisième Type) ou Ray (La Guerre des mondes), mais un homme coupé de ses racines et qui doit tout apprendre pour survivre dans un premier temps, puis vivre. Nous assistons alors à une sorte de renaissance (1) : Viktor va apprendre à parler, à se loger et se nourrir en utilisant les moyens à sa disposition.
Nous assistons à un début assez pessimiste voire pathétique où Viktor est reçu par Frank Dixon (Stanley Tucci) un commissaire de l’aéroport qu’il ne comprend pas (ce qui est réciproque) et qui lui explique l’irrégularité de sa situation sans prendre de gants, commençant même à déjeuner tout en lui parlant.
En plus, les images d’actualités qu’il peut voir dans l’aéroport ne le rassurent pas : le voilà alors seul au monde (2), dans un lieu qui relie (presque) tous les endroits de ce même monde, et qui plus est rempli de voyageurs. Seul dans un océan de personnes, avec des vagues dans un sens et dans l’autre : flux et reflux de passagers qui vont et viennent, alors que lui reste seul, au milieu (3).
Mais comme toujours chez Spielberg, son grand enfant va s’adapter (de toute façon il n’a pas le choix). De petites combines (récupérer la consigne des chariots) en services rendus, il va lentement transformer son cadre de vie : sa « chambre est un accès désaffecté (en travaux) où le lit est une rangée de sièges dont il a ôté les accoudoirs pour pouvoir s’allonger ; sa salle de bain est un lieu d’aisance où les voyageurs véritablement en transit font leurs ablutions…
Bref, il adapte l’aéroport à ses besoins (4).
Et fatalement, il devient progressivement une célébrité auprès des permanents de l’espace international : les employés des boutiques et certains agents de l’aéroport.
Avec le point culminant quand Viktor prend complètement en main sa destinée : il sauve un voyageur qui transportait des médicaments, tenant tête à Dixon. Cette attitude va forger sa réputation et surtout sa légende, lui donnant son surnom auprès du personnel de l’aéroport : Goat (le bouc).
Et comme Ray ou encore ET, Viktor va tout faire pour retourner dans son élément, dans son foyer. (5)
Mais cet ultime but a un prix : l’amour.
Viktor a fait la rencontre d’Amelia (Catherine Zeta-Jones) une hôtesse de l’air – elle aussi déphasée dans ce monde, mais pour d’autres raisons – qui lui donnera finalement la plus belle preuve d’amour qu’on puisse faire : elle sacrifie son éventuel bonheur pour que lui-même accède au sien. Le tout sans abuser de la fibre émotive.
AU final, on retrouve dans Le Terminal un bel hommage au monde de Frank Capra, Tom Hanks remplaçant James Stewart, mais avec une petite différence qui fait tout : la fin heureuse ne l’est pas complètement, et nous laisse un léger goût amer, comme la vie.
Parce que c’est normal, les fins heureuses, c’est pour les contes de fées…
- L’adolescence est une renaissance, ne l’oublions pas.
- Ce n’est pas anodin : c’est Tom Hanks !
- Un long travelling arrière et vertical nous permet d’apprécier cette idée quand on s’éloigne du pauvre Viktor fixant la liberté (l’entrée aux USA) qu’il ne peut atteindre.
- Je vous laisse (re)découvrir son frigo…
- J’aurais pu ajouter Roy Neary dans cette liste, même si ce n’est pas vers son foyer qu’il repart : Roy lui aussi s’en va là où il appartient : là où sa logique n’est pas remise en cause.
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