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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Prison, #Cecil B. DeMille
La Fille sans dieu (The godless Girl - Cecil B. DeMille, 1929)

Une très jeune fille (Mary Jane Irving) s’éteint dans les bras de Judy (Lina Basquette), rassérénée par les paroles d’espoir du policier. En fond sonore, Carl Davis (1) utilise le thème récurrent de la Passion selon Saint Matthieu (J.S. Bach, 1727-1736).

C’est le point culminant de la première séquence qui voit s’affronter des jeunes gens aussi fanatiques les uns que les autres : les athées et les chrétiens.

 

Nous sommes en 1929, et Cecil B. DeMille signe ici son dernier film muet, renvoyant (presque) dos à dos les deux camps, sur un scénario (encore) génial de la grande Jeanie McPherson.

C’est un véritable chant du cygne, où DeMille nous montre qu’il sait filmer autre chose que des bondieuseries (2), ou des intrigues de boudoirs.

Il nous montre ici son immense talent, qu’il va pourtant beaucoup cacher dans ses films ultérieurs.

De plus, les différents interprètes du film sont tous d’une très grande justesse dans leur jeu, donnant au film le lustre nécessaire pour être classé dans les chefs-d’œuvre.

 

Ca commence donc par un affrontement entre deux camps, où malheureusement une jeune fille va mourir, tombant dans la cage d’escalier une fois la rambarde d’icelui rompue. Cet événement marque violemment les esprits et fait immédiatement cesser les combats.

Les responsables – directement ou non – sont arrêtés et placés dans une maison de correction qui n’a de correction pas seulement le nom. C’est une sorte de QHS pour adolescents turbulents, où les châtiments corporels sont aussi raffinés que cruels, quoi que la méthode ancestrale de distribution de coups fonctionne aussi très bien…

Un seul rêve alors pour ces jeunes gens : s’évader.

 

Comme je le disais plus haut, DeMille s’est surpassé et on retrouve dans ce film la fougue et la flamboyance de son Jeanne d’Arc, les yeux bleus de Geraldine Farrar en moins !

La bataille entre les deux camps est extraordinaire : dans un rythme soutenu, nous voyons tous ces ados se f--- sur la g--- avec un enthousiasme incroyable. Un intertitre nous avait prévenus de la ferveur des jeunes : ce n’est pas un mythe.

Au plus fort de la bagarre, on voit Judy défendre, sauver puis brocarder son affiche athée telle une oriflamme : c’est bel et bien Jeanne d’Arc qui repousse les Anglais à la bataille d’Orléans.

 

Une fois ce morceau de bravoure achevé, nous assistons à l’arrivée des trois jeunes – en plus de Judy, on trouve Bob Hathaway (Tom Keene) et Samuel « Bozo » Johnson (Eddie Quillan) – dans la Maison de redressement. Nous basculons alors dans un univers qui tient plus de la prison que de la réforme (3).

C’est d’ailleurs comme une prison qu’elle est dirigée, avec deux parties distinctes (filles et garçons de chaque côté), séparées par une grille électrifiée. Pas tout le temps, mais au moment le plus propice !

Nous plongeons alors dans le film pénitentiaire avec ses règles strictes et parfois inhumaines (si le SILENCE n’est pas respecté, on peut recevoir autant de jours de réclusion de rab que de mots prononcés), où bien sûr, si les ados ne sont pas de véritables délinquants quand ils entrent, ils le seront à leur sortie (une remarque faite à l’arrivée des deux garçons).


A ce moment, DeMille nous décrit un univers terrible, dirigé par des gens sadiques – Noah Berry (frère de Wallace) chez les garçons et Kate Price chez les filles – frappant, torturant, humiliant (etc.). Sans oublier bien sûr la cellule d’isolement, avec ou sans menottes.

Bref, c’est un enfer qu’ils vivent et l’intrigue en joue avec beaucoup de subtilité pendant l’évasion de Judy et Bob.

Parce qu’ils s’évadent. C’est le seul moment où ils sont tous les deux et dans un rapport de complicité. Et même d’amour, donnant à la séquence une fraîcheur toute naturelle voire bucolique. DeMille en profite pour nous donner un plan général avec Lisa Arquette dénudée, mais ne vous excitez pas, on ne voit pas grand-chose de loin !

 

Et puis il y a le deuxième morceau de bravoure du film : l’incendie.

Si la bataille initiale avait été spectaculaire, on peut difficilement trouver un terme plus fort que ce que nous voyons pendant cet incendie : dantesque ?

Oui. Infernal irait très bien aussi, cela collerait encore plus avec l’intrigue : cet établissement n’est rien d’autre que l’antichambre de l’Enfer.

C’est donc un final flamboyant dans tous les sens du terme, où nos héros vont trouver la Rédemption, et donc le Salut, mais ceci est une autre histoire.

 

Au final, DeMille fait ses adieux au cinéma muet de la plus belle des façons. C’est un film d’une très grande maîtrise à tous points de vue.

Il nous livre l’une de ses plus belles œuvres – sinon la plus belle – d’une manière qui frôle le génie (4), utilisant pratiquement toutes les techniques à sa disposition, entouré d’un casting admirable – n’oublions pas Marie Prevost dans le rôle rédempteur de Mame, qui sera elle aussi sauvée, la Rédemption se partageant – ainsi qu’une photo somptueuse de J. Peverell Marley, toujours placé là où il faut, et bien sûr un extraordinaire montage d’Anne Bauchens, autre fidèle collaboratrice de C.B.

 

A (re)voir sans modération !

 

 

PS : Autre titre français usité : Les Damnés du cœur. Quelle horreur !

 

  1. Version restaurée et mise en musique par l’un des complices du maître, Monsieur Kevin Brownlow.
  2. Malgré tout, certains de ses films religieux sont absolument magnifiques : Le Roi des rois en est un magnifique exemple.
  3. « Reform School » en VO. Je n’ai rien trouvé qui puisse faire penser à une école.
  4. Cela peut paraître un tantinet trop dithyrambique, mais si vous avez vu le film, vous pouvez me comprendre.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Raoul Walsh, #Gangsters
Les Faubourgs de New York (The Bowery - Raoul Walsh, 1933)

Le Bowery (le titre original), c’est un quartier de New York extrêmement mal famé, surtout au tournant du siècle (le vingtième).

C’est ici que Raoul Walsh a grandi (1), ce qui donne au film un cachet authentique formidable.

Et comme le film sort un peu avant le Code Hays, Walsh n’hésite pas à en rajouter au point de vue de l’authenticité.

 

Dès les premières images, et après un carton explicatif, Walsh nous plonge dans le quartier qu’il vient de qualifier de « vivant ».

Et c’est sûr qu’il l’est : ce sont des saloons, des gueules patibulaires et des professionnelles du pavé qui peuplent ce lieu mythique. On assiste à différentes actions répréhensibles, et on peut même y voir la police embarquer quelques-unes de ces dames de la nuit…

Bref, nous sommes dans un quartier plus que populaire, mais pas obligatoirement dans le bon sens du terme.

 

Chuck Connors (Wallace Beery, toujours aussi truculent) est la vedette du coin : il dirige un saloon où on boit sec, surtout que l’action se passe bien avant la Prohibition (2). Il n’est pas un vrai truand. C’est plus un bon vivant qui propose de l’alcool et des filles légèrement vêtues qui dansent sur une scène, accompagnées par quelques artistes du coin. Les numéros musicaux étant plus un prétexte pour lever leurs jupes.

Mais il y a une autre figure dans ce Bowery : Steve Brodie (George Raft). Il est bien sûr l’ennemi de Connors et veut lui aussi diriger le quartier. Si Connors est un homme massif aux manières peu civilisées, Brodie est un homme mince et distingué, prompt à exploiter chaque situation permettant d’en faire voir à Connors, voire de le ridiculiser (3).

Il n’y a pas de femme dans la vie de Chuck. Seulement Swipes (Jackie Cooper), son fils (ou présenté tel). Est-il vraiment de lui, on ne le sait pas, et de toute façon, ce n’est pas ça le plus important. Il y a une relation qui va au-delà de l’amitié. Il faut voir Swipes embrasser Connors pour comprendre : Connors râle (plus pour la forme) arguant qu’il ne veut pas qu’on le prenne pour sa mère !

La relation entre les deux personnages est faite de tendresse et d’humour, les conseils de Connors quant au maintien sont fort judicieux, mais peu suivis d’effets de sa part. Mais si l’association fonctionne bien, c’est aussi parce que ce n’est pas la première fois qu’ils jouent ensemble : deux ans plus tôt sortait The Champ (King Vidor, 1931), et un troisième suivra l’année d’après, Treasure Island (Victor Fleming, 1934).

 

C’est donc un film d’hommes que nous propose Walsh, près de vingt ans après Regeneration. On retrouve un lieu mal famé et des pratiques qui ne sont pas vraiment en adéquation avec les bonnes mœurs. En effet, le Code Hays va entrer en action l’année suivante et certaines des images que nous pouvons voir ne seront pas reconduites.

On assiste à une bagarre générale qui vaut largement celle de tartes à la crème des Laurel et Hardy, Walsh multipliant les plans rapprochés et même les gros plans pour faire état de la violence : les poings sont vite supplantés par les accessoires disponibles dont des briques qui en assomment plus d’un.

C’est un magnifique chaos (et KO) dont Connors et Brodie ne sont pas en reste.

Cet immense pugilat fait suite à l’annonce d’un incendie : Connors et Brodie dirigent chacun une compagnie de pompiers volontaires, et c’est une fois arrivés sur les lieux que la bataille fait rage pendant que les victimes sont totalement oubliées (4), une fois l’échauffourée terminée, de la maison ne subsiste que les restes calcinés…

 

C’est un film d’hommes certes, mais il y a tout de même une femme : Lucy Calhoun (Fay Wray, toujours aussi belle !). C’est une jeune femme réservée et plutôt faible, aux mains d’un duo qui n’est pas si philanthropique que ça : ces deux affreux recherchent des jeunes femmes pour arpenter les trottoirs à leurs comptes. Heureusement, Connors – qui est malgré tout un personnage positif – écarte les deux maquereaux et la prend sous son aile : elle est embauchée comme bonne à tout faire (en tout bien tout honneur) chez Connors et sera la cause d’une dispute entre Swipes et lui, le garçon ne comprenant pas l’arrivée de cette femme alors que Connors n’a cessé de lui répéter que les femmes sont inutiles.

 

On retrouve aussi dans le film le ton de What Price glory, alternant humour et émotion, avec bien sûr de belles bagarres, même si Connors et Brodie sont ennemis (5) : mais cette fois, ce n’est pas pour une femme qu’ils se battent, c’est pour le contrôle du quartier. Mais on se doute bien malgré tout que cette inimitié ne tient pas à grand-chose. Et d’une certaine manière, la fin rappelle encore une fois le même film (je vous laisse découvrir si ce n’est déjà fait).

 

Bref, c’est du grand Walsh, et un véritable feu d’artifices en ce qui concerne les scènes montrées : une grande débauche (c’est le cas de le dire) de vice et de violence avant la mise en place du Code qui va bannir pendant longtemps de telles scènes.

Peu importe, le mal a été fait : on a (presque) tout vu !

Et on en redemande…

 

 

PS : notez au passage la présence de George Walsh (le frère de) dans le rôle de John L. Sullivan, personnage qui a réellement existé. Il fut le tout premier champion du monde de boxe poids lourds.

 

  1. Walsh étant d’origine irlandaise, on peut douter de ses propos : ses différentes aventures picaresques peuvent prêter à controverse tant son imagination était grande…
  2. Nous avons un marqueur de temps très précieux : Connors s’engage pour aller se battre dans la guerre hispano-américaine de 1898. Mais de toute façon, quand le film sort, la Prohibition est en train de disparaître : le XXIème Amendement l’enterrera définitivement le 5 décembre de cette même année.
  3. Le gag récurrent du cigare explosif est très bien exploité.
  4. On retrouvera ce concept de pompiers volontaires dans le magnifique Gangs of New York. Les pompiers de Connors et Brodie n’étaient certainement pas différents de ceux de Bill « the Butcher » Cutting (Daniel Day-Lewis) : éteindre un incendie était surtout prétexte à piller la maison sinistrée.
  5. Flagg (Victor McLaglen) et Quirt (Edmund Lowe) ne sont pas ennemis mais rivaux pour le cœur de la belle Charmaine (Dolores del Rio).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Mark Robson, #Guerre
L'Express du colonel Von Ryan (Von Ryan's Express - Mark Robson, 1965)

Encore un film de guerre ?

Oui, vingt ans après la paix du 8 mai 1945, on propose toujours des films de cette guerre, et ce n’est pas près d’être fini puisqu’on continue encore de nos jours (1).

Nous sommes donc dans les années 1960s qui ont vu fleurir quelques films sur le sujet avec des distributions internationales prestigieuses, sans oublier bien sûr La grande Evasion dont le sujet se rapproche un peu.

Mais malgré tout, ce film – à part nous montrer la supériorité des Alliés comme il se doit – nous montre un côté peu développé de cette guerre : l’engagement italien aux côtés de l’Allemagne nazie.

Rassurez-vous, cela ne dure pas et les nazis sont toujours les méchants à abattre.

 

Nous sommes donc en Italie, dans un camp de prisonniers où est conduit le colonel Ryan (Frank Sinatra). Il se retrouve officier de liaison avec le commandement italien, son grade dans l’armée étant le plus élevé.

Rapidement, ses méthodes le voient en bute aux Anglais (les plus nombreux) et il en tire un surnom peu flatteur : « Von » Ryan.

Bien sûr, cet officier n’est pas un collaborateur, et de toute façon, comme c’est Sinatra qui l’interprète, on n’imagine pas un seul instant « The Voice » dans un rôle de salaud.

Au contraire, il va diriger une (nouvelle) grande évasion, à l’aide du train dont nous parle le titre.

 

Comme écrit pus haut, on est dans la même verve que les grands films du genre de cette époque : Le Jour le plus long, Paris brûle-t-il et bien sûr La grande Evasion, dont on peut reconnaître un participant dans ce film : John Leyton dans le rôle du lieutenant Orde, qui cette fois n’a pas la même chance que Danny.

Bien sûr, la part belle est faite à Sinatra, qui joue un Ryan inflexible mais tout de même bien sympathique. Et c’est même lui qui a demandé que son personnage meure à la fin, rachetant la mort de la jeune femme (Raffaella Carrà). Rédemption, rédemption, tout n’est que rédemption…

 

Pour le reste, on a un film efficace où la rigidité de Ryan est contrebalancée par une autre rigidité toute britannique en la personne du major Fincham (Trevor Howard, toujours magnifique), et on retrouve du côté des méchants un certain Adolfo Celi – interprétant ici l’infâme commandant Battaglia – qui s’illustrera quelques mois plus tard dans le rôle de Blofeld, l’ennemi juré de James Bond, dans Thunderball.

 

Ensuite, ça déroule et on assiste à une évasion originale : un train rempli de prisonniers qui traverse l’Italie au nez et à la barbe des nazis (2) n’est pas une aventure très commune.

Alors laissez-vous faire, on y trouve aussi quelques beaux moments dont une histoire de vêtements pas piquée des hannetons.

 

  1. Récemment : Dunkerque.
  2. Le score de La grande Evasion est largement dépassé, par ce qu’en plus, ils ne sont pas rattrapés !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Théâtre, #Comédie, #lexis Michalik
Edmond (Alexis Michalik, 2019)

Le théâtre, c’est la vie.

Mais le théâtre, c’est aussi l’illusion. Et de ce point de vue, le film d’Alexis Michalik en est une très belle.

Dès l’ouverture, on plante le décor : nous sommes à Paris en 1897, et Edmond Rostand (Thomas Solivérès) sort d’un échec avec sa dernière pièce – La Princesse lointaine – et ce malgré la présence de l’immense Sarah Bernhardt (Clémentine Célarié).

Va suivre l’élaboration puis la création de l’une des pièces du répertoire français les plus jouées, (1).

 

Tout comme l’œuvre de Rostand, ce film ne fut pas si facile que ça à créer.

En effet, Alexis Michalik a tout d’abord en a fait une pièce de théâtre, n’ayant pas la possibilité d’en faire un film. Heureusement, cette pièce en fut un succès, sinon, on ne pourrait pas voir ce très beau film.

Nous assistons alors à l’histoire improbable de cette œuvre, sur une période courte, la pièce s’allonger selon les rebondissements d’une intrigue qui ne cesse d’évoluer en fonction de l’inspiration de Rostand ou des caprices des acteurs, et surtout de la comédienne principale : Maria Legault (Mathilde Seigner).

 

Mais surtout, c’est le parallèle entre l’œuvre de Rostand et celle de Cyrano auprès de Christian qui nourrit le film. En effet, à l’instar de son personnage, Edmond écrit à la femme que son ami Léo (Tom Leeb, le fils de) aime, n’étant pas très habile dans le maniement de la langue.

Parce que la langue est l’enjeu de cette pièce. En effet, Rostand a réussi, avec cette œuvre, à remettre au goût du jour les alexandrins, donnant à sa pièce en plus du panache inhérent à son personnage principal. Ces alexandrins qui alourdissaient ses œuvres antérieures font tout le sel de cette création : On en arrive alors, à chaque intervention / à retrouver ce rythme à chaque élocution… (2)

 

Mais le succès du film est aussi dû à ses interprètes. Caque actrice, chaque acteur nous livre une performance généreuse et absolument dans le ton. D’Olivier Gourmet (le truculent Coquelin) à Dominique Pinon (Lucien, le régisseur), en passant par Lucie Boujenah (Jeanne, la muse d’Edmond), ce sont des professionnels qui s’inscrivent magnifiquement dans la période, nous montrant qu’on peut faire une œuvre spectaculaire sans utiliser obligatoirement des effets spéciaux numériques.

De plus, le film alterne comédie et émotion, amenant là aussi un très bel équilibre qui finit de combler le spectateur.

De plus, la reconstitution est émaillée de personnages célèbres dans de courtes apparitions : c’est Méliès (Arnaud Dupont), ou encore Tchékhov (Micha Lescot) qui croisent Rostand, sans oublier la paire du vaudeville Feydeau (Alexis Michalik) et Courteline (Benjamin Bellecour).

 

Et puis il y a la scène finale de la pièce, quand Cyrano/Coquelin se révèle à Roxane/Jeanne. C’est à mon avis l’une des plus belles scènes du film. L’engouement suscité lors de la première nous ramène alors à l’illusion énoncée en préambule : subrepticement, nous sortons du théâtre pour nous retrouver dans la vraie vie. Cyrano et Roxanne sont dans le cloître d’un couvent, cette dernière a les cheveux coupés comme chaque pensionnaire, la vanité n’étant plus de mise. Cette sortie du cadre théâtral accentue encore plus la dimension naturelle de cette œuvre pourtant écrite en alexandrins, écriture artificielle s’il en est.

 

Cette montée en puissance jusqu’au lever de rideau s’accompagne des accents mélodiques d’une œuvre tout aussi célèbre et célébrée : le Boléro de Ravel. Même si cette musique n’a été écrite que trente ans après la pièce, la montée en puissance – due à l’introduction progressive des instruments de l’orchestre – accompagne magnifiquement (encore une fois : tout est magnifique ici !) cette même montée en puissance de cette création ambitieuse et qui était vouée à l’échec. Il n’en fut rien, tant mieux.

 

Un (tout) petit bémol toutefois : dans la séquence d’ouverture, le spectateur se retrouve tout à coup submergé d’informations – visuelles, la présentation par un narrateur n’étant pas concernée – mais cet état ne dure pas et le film prend dès le début son rythme (le rythme, toujours le rythme !), la tension montant progressivement jusqu’à la fin de la première de la pièce et ses rappels innombrables.

 

C’est une pièce !... c’est un film !... c’est une épopée ! Que dis-je, c’est une épopée ? c’est un véritable chef-d’œuvre !

 

 

PS : ne partez pas avant la fin du générique final, vous aurez alors l’occasion d’y entendre quelques vers de la pièce, déclamés par des interprètes prestigieux, ainsi que quelques photos des véritables protagonistes de l’aventure. On remarque alors, une fois la dernière image montrée représentant Edmond Rostand, que ce dernier est mort assez jeune (50 ans), et surtout en 1918… Un centenaire qui fut plutôt oublié, l’année passée…

 

  1. En France comme ailleurs !
  2. Vous pouvez recompter, il y a bien deux fois douze syllabes…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Marvel, #Sam Raimi
Spider-Man (Sam Raimi, 2002)

Avant que Marvel sorte l’artillerie lourde et produise la saga Avengers & C°, Sam Raimi s’était attaquée au personnage, délivrant une trilogie assez subtile menée tambour battant certes, mais tout de même bien ficelée.

 

Raimi reprend tout à la base. Ceux qui comme moi connaissaient Spider-Man par le dessin animé des années 1970s sont enfin comblés : on sait pourquoi – et comment – Peter Parker (Tobey Maguire) est devenu comme ça !

On en profite pour mettre les bases des deux autres films qui suivront : l’intrigue avec Harry (James Franco) et son père Norman Osborn (Willem Dafoe), qui se poursuivra jusqu’au dernier volet (2007).

Et n’oublions pas la belle Mary Jane « M.J. » Watson (Kirsten Dunst), que les garçons se disputent (1) et dont Peter est depuis longtemps amoureux (une dizaine d’années).

Et puis il y a le méchant : le Bouffon vert (2), créature créée involontairement (?) par le laboratoire d’Osborn.

Bref, tout est là pour nous faire passer un bon moment, même Stan Lee ! (3)

 

Ce fut une découverte pour beaucoup d’entre nous de voir Sam Raimi s’attaquer au héros légendaire de Stan Lee et Steve Ditko. En effet, Raimi était plutôt connu pour ses films d’horreur dont la série Evil Dead (1981-1993).

Et ce qu’on remarque tout de suite, c »’est qu’il s’en tire très bien, donnant une épaisseur au personnage de Parker qui fait défaut dans le film plus récent (2017).

On y trouve tout de même déjà l’humour estampillé Marvel, et on s’amuse des déboires initiaux qu’il peut rencontrer dans la création de son personnage.

 

Bien sûr, la technique numérique n’est pas au même niveau quinze ans plus tôt qu’elle l’est aujourd’hui, mais Raimi nous prouve qu’on peut faire un très bon film Marvel sans en envoyer plein la gu--- aux spectateurs.

De plus, le parti pris de transmettre une vision du monde du point de vue de Peter/Spider-Man amène des plans aussi impressionnants que les effets spéciaux. A de nombreuses reprises, le cadre pivote d’un côté ou de l’autre, suivant plus ou moins la reptation de Peter sur les murs de gratte-ciel.

Raimi se permet même un petit clin d’œil au genre qu’il avait laissé de côté pendant la réalisation de la trilogie : un plan subit et inattendu soulève le spectateur, soutenu par une bande-son un tantinet plus forte.

Ca ne sert à rien, comme les oiseaux qui s’envolent dans les films de John Glen : on sursaute et puis on passe à autre chose.

 

De plus, les acteurs choisis pour cette trilogie (certains ne reviendront pas dès le deuxième épisode) sont à la hauteur de l’enjeu. Bien sûr, Willem Dafoe est magnifique, mais on est un peu habitué, tandis que le trio Maguire-Duns-Franco éclate de justesse dans une histoire de qui semble de boulevard d’une certaine manière – un trio amoureux avec une femme pour deux hommes – mais se révèle plus dans le sens de la tragédie classique (j’espère que vous avez vu le film, sinon, revenez une autre fois) :

Sa situation finale est un véritable problème cornélien.

On a d’un côté Harry Osborn qui veut se venger de Spider-Man qui a tué son père (on sait que c’est faux, mais c’est comme ça) et qui annonce à Peter qu’il est un véritable frère pour lui et Peter qui a juré à Norman Osborn mourant qu’il ne révélerait pas les résultats des expérimentations de son père.

Et au milieu de tout cela, M.J. qui aime Peter, et ce dernier ne peut répondre à son amour autrement qu’en restant un « ami », soucieux de la protéger et d’en faire un moyen de pression contre lui-même, comme le fit le Bouffon Vert.

Et comme l’a dit l’oncle Ben (Cliff Robertson) : « de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités. » (4)

 

 

  1. Plus ou moins, et d’ailleurs plutôt moins que plus…
  2. « Green Goblin », c’est tout de même beaucoup plus sérieux, non ?
  3. Très court plan de coupe, attention de ne pas le rater.
  4. « With great powers comes great reponsability. »

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Clarence Brown
Déchéance (The goose Woman - Clarence Brown, 1925)

Marie de Nardi (Louise Dresser) était une illustre cantatrice internationale au tournant du siècle (le vingtième), qui arrêta sa carrière pour élever son fils Gérald (Jack Pickford, le frère de).

Mais ça, c’était avant. Maintenant (dans les années 1920s), elle vit seule dans sa ferme où elle s’occupe de ses oies, passant le reste du temps à siroter du gin.

Alors quand elle apprend la mort violente de son voisin Amos Ethridge (Marc McDermott), elle se dit qu’elle pourrait avoir à nouveau son nom en première page des journaux, comme autrefois.

 

Louise Dresser a été oublié du grand public. Il faut dire que sa carrière lui avait surtout fourni des seconds rôles voire un peu moins, mais n’oublions pas qu’elle fut la tsarine Elizabeth dans The Eagle où elle faisait même du gringue à Rudolph Valentino (excusez du peu).

Mais ici, c’est elle qui tient le haut de l’affiche, montrant – enfin – l’étendue de son talent.

C’est elle la gardienne d’oie du titre originale, quant à la déchéance du titre français, elle a déjà eu lieu et on en contemple les effets.

 

Clarence Brown était l’un des plus grands metteurs en scène américains, on ne compte plus les grands films qu’il a pu réaliser, dont celui-ci tient une place particulière.

En effet, Il s’agit d’un film dont l’intrigue se distingue à plus d’un trait des productions de l’époque.

Ici, c’est bien les ravages de l’alcool que nous voyons à travers cette femme oubliée de tous sauf de son fils.

Mais le code de conduite en vigueur à Hollywood (et déjà supervisé par William Hays) empêche de voir cette femme boire de l’alcool directement (1).

Brown nous propose alors deux superbes effets pour illustrer son ivrognerie :

  • alors qu’elle remonte son phonographe pour écouter le dernier disque qui lui reste de sa gloire passée, la main se crispe et se desserre à mesure que la force de l’alcool se dissipe dans sa bouche ;
  • Plus tard, elle se sert un verre et l’absorbe – le dos tourné à la caméra pendant tout ce temps – et seul un tremblement bref nous indique le passage de l’alcool dans son organisme.

 

Mais outre cet aspect alcoolique, le film traite avec brio de la vieillesse d’une star – même si on ne les appelait pas encore comme ça à propos des divas : avec la maternité elle a perdu sa voix et le reproche plus ou moins directement à son fils. Quand ce dernier la visite, elle fait ce qu’il faut pour masquer son vice ; mais si sa tenue lui donne un semblant de dignité, le baiser qu’il lui donne sent trop l’alcool pour qu’il ne le remarque pas ni montre sa déception. S’ensuit bien sûr une nouvelle dispute, les rendant tous les deux encore plus malheureux.

 

Autour de Louise Dresser, Brown a bénéficié d’un casting de luxe. En effet, outre Jack Pickford, on retrouve Constance Bennett dans le rôle d’Hazel, la fiancée de Gerald, et surtout Gustav von Seyffertitz dans celui du procureur qui enquête sur la mort d’Ethridge (2).

Pour une fois, Seyffertitz n’est pas le méchant de l’histoire, mais son rôle n’empêche pas de mauvais moments à Gerald et par conséquent sa mère.

N’oublions pas non plus Spottiswood Aitken (Jacob, le concierge du théâtre où se produit Hazel) ou encore James O. Barrows dans le rôle du policier, rôle par ailleurs peu flatteur (d’où aussi le talent de l’acteur), ce dernier étant un tantinet rustre pour ne pas dire plus.

 

Et puis il y a l’art de Brown qui achève de faire de ce film un GRAND film. En effet, outre le jeu des ombres et lumières, Brown utilise tous les moyens à sa disposition (ou presque) pour accompagner au mieux l’intrigue et ses protagonistes. Un long travelling arrière voit marie avancer vers le lieu du crime, suivie par une de ses oies : le fait que la caméra soit sur un chemin pas spécialement plat donne une impression de titubation (alors que Louise Dresser marche droit !).

C’est aussi un travelling latéral : dans la maison de presse qui part du linotypiste et arrive au journal plié et prêt à vendre,  on suit la vitesse de circulation de l’information.

Enfin, ce sont des plans de coupe très brefs insérés dans l’intrigue et qui rehausse cette dernière, donnant des effets de différentes sortes : les ongles curés de Marie d’où s’échappe une matière noire ; le panneau « exit » qu’un journaliste mal à l’aise aperçoit alors qu’il ne peut échapper à Marie ; ou encore les différentes manies des enquêteurs pendant l’interrogatoire de Gerald (soupçonné à tort), augmentés d’un robinet qui goutte qui rendent la scène encore plus tendue, et ce malgré l’absence de son.

 

Bref, c’est un film admirable et malheureusement toujours actuel : l’alcoolisme n’a pas disparu, et la vieillesse est inévitable. Et Louise Dresser, dans ce rôle qui l’enlaidit (pour mieux la retrouver belle à la fin du film, est très certainement l’un de ses plus beaux.

De plus, la vieillesse et parfois aussi la déchéance ne sont pas des thèmes très répandus, même dans les films actuels où les codes de conduite se sont un tantinet relâchés.

 

 

PS : C’est avant tout à monsieur Kevin Brownlow que je dois la découverte de ce film dont il parle dans son ouvrage – indispensable si comme moi vous aimez le cinéma muet – Behind the Mask of innocence (1990).

Qu’il en soit remercié du fond du cœur.

 

  1. Par contre, qu’elle absorbe l’alcool à 60° (!) qui est utilisé pour le soin des cheveux ne pose pas de problème : face à la caméra, elle s’en envoie une lampée directement au goulot !
  2. Ethridge est donc interprété par Marc McDermott qui tient un rôle habituel (?) : encore une fois, il meurt avant la fin.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Burton L. King, #Aventures
L'Homme du passé (The Man from beyond - Burton L. King, 1922)

Deux aventuriers sur la banquise : un chercheur – le docteur Gregory Sinclair (Erwin Connelly) et le mercenaire (1) François Duval (Frank Montgomery) découvre un navire prisonnier des glaces sur lequel un homme est lui aussi emprisonné par la glace.

Il s’appelle Howard Hillary (Harry Houdini) et a vécu un siècle plus tôt.

Sinclair ramène l’homme chez lui, en attendant de le montrer au reste du monde.

 

Harry Houdini était l’un des plus grands magiciens de sa générations (si ce n’était le plus grand) et on a un peu oublié qu’il a aussi tourné dans quelques films. Celui-ci est l’avant dernier dans lequel il apparaît, le voit aussi crédité du scénario et de la production.

Il réalisera le suivant (1923) avant de s’éteindre en 1926 suite à une rupture de l’appendice…

 

Si Houdini était un formidable roi de l’évasion, il n’était pas vraiment un grand professionnel du cinéma. Le film, réalisé par Burton L. King, un obscur metteur en scène qui a produit la majeure partie de ses films dans les années 1910s, est avant tout taillé sur mesure pour le magicien. Et bien sûr, nous avons le droit à une évasion, d’un asile d’aliéné où le personnage fut enfermé.

Le film est tellement centré sur le personnage de Hillary (2) que l’intrigue en devient complètement invraisemblable.

En effet, non seulement il sort d’un sommeil glaciaire d’un siècle, mais il se promène avec juste une écharpe en guise de slip sur la banquise, sans ressentir une quelconque gêne due au froid. Sans oublier qu’il va sauver une jeune femme d’une chute fatale du haut d’une cascade (3) !

 

Non, trop, c’est trop, et on ne peut pas regarder ce film sans se poser quelques questions inhérentes à la crédibilité de l’intrigue.

En effet, Hillary annonce à la jeune Felice (Jane Connelly, la femme de) qu’une seule année s’est passée depuis son voyage qui l’emprisonna dans la glace et qu’il se croit toujours dans les années 1820s…

Et là, la véritable limite du scénario est franchie : non seulement il n’est pas étonné des voitures (à essence, évidemment) qui le transportent d’un lieu à l’autre, mais en plus il retrouve son chemin sans aucune hésitation.

 

Alors non, je ne marche pas. C’est un peu trop pour un esprit cartésien comme le mien, et malgré le postulat inhérent au cinéma comme quoi tout est possible.

Si encore il y avait un peu d’humour dans ces péripéties, mais non, encore une fois.

Mais ce qui me gêne le plus, c’est peut-être le léger prosélytisme de Houdini vis-à-vis du spiritisme.

Certes, ce dernier était un ardent pourfendeur des parapsychologues et autres charlatans, mais c’était aussi dans l’espoir d’en trouver un véritable et qui étaierait sa croyance en la réincarnation.

 

Dommage, alors. On aurait pu avoir un film drôle avec un personnage complètement décalé, persuadé de toujours vivre dans son siècle.

Ce film viendra, bien sûr, mais plus tard, et pas en Amérique : Hibernatus (Edouard Molinaro, 1969)

 

  1. Disons qu’il se met au service du plus offrant.
  2. Chacun des personnages interprétés par Houdini possède les mêmes initiales que les siennes : H.H.
  3. Excusez du peu : Les Chutes du Niagara.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michel Hazanavicius, #Guerre
The Search (Michel Hazanavicius, 2014)

Après les deux OSS 117 et The Artist, on est un (petit) peu étonné de voir Michel Hazanavicius tourner un film dit « sérieux » (1).

Mais une fois la surprise (rapidement) passée, on se laisse emporter par cette « recherche » à plusieurs niveaux, dans un pays dévasté par la guerre – la Tchétchénie – entre les combats et la fuite des réfugiés.

Il s’agit tout d’abord d’un remake, Hazanavicius s’étant inspiré du film de Fred Zinneman The Search (1948), où Montgomery Clift tenait un rôle similaire à celui qu’interprète Bérénice Béjo.

 

Nous sommes donc en Tchétchénie au moment de la deuxième guerre qui commença fin septembre – début octobre 1999. Les premières images nous montrent ce qu’un soldat est en train de filmer avec un caméscope, riant des exactions de ses frères d’armes qui exécutent les gens sans distinction, considérant tous les Tchétchènes comme des terroristes, enfants et vieillards inclus.

Pendant que ces soldats s’amusent, dans une maison un petit garçon regarde par la fenêtre ses parents se faire fusiller.

Une fois les soldats partis, Hadji (Abdul Khalim Mamutsiev) – le jeune garçon – part avec son petit frère Vakha, encore bébé.

A Perm, Kolia (Maksim Emelyanov) un jeune garçon est arrêté pour possession de stupéfiants, et envoyé à l’armée afin d’éviter la prison. Il y fait ses classes (2), jusqu’au moment où il se retrouve au combat, dans cette même Tchétchénie.

Parallèlement, nous suivons Carole (Bérénice Béjo), observatrice de la commission aux Droits de l’homme de l’Union Européenne, recueillir des témoignages sur la situation catastrophique dans ce pays.

A un moment, ils devront se rencontrer…

 

Ce qui marque le plus quand on regarde le film, c’est la teinte qui est employée tout du long : Hazanavicius tourne en couleurs certes, mais ces couleurs sont ternes, tout juste au-dessus du noir et blanc, en harmonie avec les événements décrits. La guerre est sale et les images ne le montrent que trop bien.

Mais alors que tous les éléments pour faire pleurer dans les chaumières sont rassemblés (guerre, abandon, errance…), on reste plus au niveau du témoignage, voire du reportage. En effet, la caméra reste toujours (ou presque) au niveau personnel du protagoniste.

 

Encore une fois, Michel Hazanavicius nous offre un très beau film, bien équilibré et qui flirte avec le pathos mais sans jamais s’y abandonner. On y retrouve le désespoir des réfugiés sans oublier quelques traits d’humour : la femme qui abandonne sa maison mais qui espère tout de même que les soldats ne détruiront pas ses vitres en est un bon exemple.

Mais surtout, c’est montage qui est formidable. En effet, il s’agit d’un immense montage parallèle de trois destins qui se croisent ou/et se rejoignent dans un pays en guerre.

Hadji d’un côté, Carole de l’autre, et au milieu Kolia, représentant lui la menace russe qui plane au-dessus du pays.

La rencontre était inévitable pour Hadji et Carole. Pourtant, elle n’intervient pas tout de suite. Il faut une demi-heure pour qu’ils se croisent sans se remarquer avant d’entrer réellement en contact une dizaine de minutes plus tard. Mais surtout, rien ne les rassemble : elle est plus ou moins diplomate, il est réfugié, elle parle français et anglais, pas lui… Malgré tout, on assiste à une relation qui s’établit petit à petit entre l’enfant et la femme, une oasis de calme pour lui dans cet enfer militaire.

Cette relation rappelle les mots du renard dans Le petit Prince (3) : ils vont finir par s’apprivoiser.

 

A partir de maintenant, et si vous n’avez pas (encore) vu le film, je vous conseille d’aller faire un tour et de revenir plus tard, car je vais devoir révéler quelques éléments importants de l’intrigue.

 

Je reprends donc.

Si Kolia ne rencontre jamais Carole, il n’en va pas exactement de même pour Hadji. En effet, le final qui voit Kolia filmer une vache morte nous ramène au début du film : il est celui qui filme la mort des parents d’Hadji, sous les yeux de celui-ci. Et alors qu’on s’attendait à le voir mourir dans une quelconque opération, on se rend compte que c’est lui qui a introduit l’histoire, filmant l’élément déclencheur de la « recherche » du titre.

Ce troisième aspect du montage parallèle permet de boucler l’histoire : l’évolution de Kolia, c’était le passé, le pourquoi et le comment de la rencontre inévitable entre Carole et Hadji.

 

Magnifique.

 

 

  1. Les films comiques demandent une dose de sérieux certainement plus élevée que les autres : il est plus difficile de faire rire que pleurer.
  2. Il semble que les classes dans l’armée russe n’aient rien à « envier aux autres armées du monde, le sergent Hartman (Full metal Jacket) se serait très bien adapté à cet exercice…
  3. Vous irez chercher la référence…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Denis Villeneuve, #Policier
Sicario (Denis Villeneuve, 2015)

Kate Macer (Emily Blunt) est agent du FBI. Lors d’une intervention, elle met à jour un charnier en rapport direct avec un immense trafic de drogue.

Elle est alors recrutée par la CIA et son représentant Matt Graver (Josh Brolin), et fait la connaissance d’un homme plutôt secret : Alejandro Gillick (Benicio del Toro).
Elle va alors assister à une opération qui n’a pas lieu (officiellement) : une virée au Mexique pour y perturber le trafic de la drogue.

 

C’est une nouvelle plongée dans l’univers de la drogue. Non pas des victimes, mais plutôt des coupables, à quelque degré que ce soit : du simple passeur au gros bonnet en passant par les complicités policières.

Evidemment, ce film possède une dose de violence, mais Denis Villeneuve ne montre pas toutes les exécutions, évitant de montrer celles de victimes collatérales.

Mais l’atout du film, c’est d’avoir choisi une femme pour être le témoin de toutes ces manœuvres policières. Et en plus, elle reste toujours à un niveau humain : sa première intervention et la découverte de cadavres lui fait soulever l’estomac comme n’importe qui dans une situation pareille.

Cette réaction, on s’en doute, ne peut pas être celle de Matt et encore moins d’Alejandro. Ces deux hommes sont bien loin d’elle et de ses réactions naturelles. Leur combat n’est pas le sien, son champ d’intervention n’est plus le leur.

 

Et le « sicaire » ?

Le sicaire est avant tout un tueur à gages. Ici, des tueurs à gages, on en trouve, mais peu de temps, ils sont rapidement maîtrisés par les Américains. Par contre celui du titre ne fait pas cela pour de l’argent.

En effet, Alejandro a un autre but dans cette lutte contre le crime organisé. Sa motivation, encore différente de celle de Matt, est plus personnelle et vengeresse.

Et si Matt veut seulement semer la pagaille dans le trafic, Alejandro veut éliminer celui qui lui a fait du tort. Et la vengeance étant un plat qui se mange froid, on peut même relever un détail un tantinet ironique qui va dans ce sens : la rencontre finale entre Alejandro et le chef Fausto Alarcon (Julio Cesar Cedillo) se fait pendant un repas.

 

Mais avant tout, le film est magnifique par sa photo. Villeneuve alterne les points de vue, sa caméra est partout : auprès de Kate ou de son partenaire Regg (Daniel Kaluuya) comme à quelques centaines de mètres en l’air, suivant le parcours d’un avion dont l’ombre évolue sur le sol éloigné. Mais à chaque fois, ce point de vue s’impose, chaque cadrage servant l’intrigue plutôt que multipliant les points de vue improbables (1). Et en plus, les images sont superbes. Les plans d’ensemble possèdent la même beauté qu’on retrouvera dans Premier Contact, le prochain film de Villeneuve.

 

Mais cela ne suffit pas pour faire un bon film. Et ici, le montage est primordial.

Les différentes séquences alternent des rythmes proches de l’intrique : on y trouve des accélérations pendant les scènes d’action ou lenteur des temps de solitude de Kate, par exemple – mais le tout dans un rythme qui rejoint l’aspect humain du film.

Et les séquences sur le terrain où les armes se font entendre restent dans un rythme normal. SI le rythme est accéléré, le spectateur a toujours le temps de voir et surtout comprendre ce qu’il se passe. Et si les morts sont violentes, il n’y a rien de spectaculaire dans leurs exécutions, ni aucun jugement ou aucune justification.

La dernière réplique du sicaire résume très bien le décalage de Kate : elle n’est pas faite pour ce genre d’opérations.

Quant à Matt, il porte en lui tout le cynisme qu’on connaît de la CIA : cette organisation américaine qui a l’habitude d’intervenir en sous-main dans des pays « sensibles » : il faut avant tout conserver le contrôle d’une situation ou d’un pays. Mais cette attitude est à double tranchant, il suffit de voir ce qu’ont amené ces interventions en Afghanistan pendant l’occupation russe, ouvrant la voie aux islamistes et leur déferlement de violence depuis le 11 septembre.

 

Kate, partagée entre ses doutes et sa quête de la vérité est un personnage totalement inscrit dans l’univers de Denis Villeneuve. Pendant tout le film, elle ne cesse de se poser des questions, sur ce qu’elle voit, mais surtout sur la place et le rôle qui lui sont laissés. Elle rappelle en cela les rôles de Jake Gyllenhaal dans les deux précédents films du réalisateur. Il n’est pas étonnant non plus de retrouver dans l’affiche du film une similitude avec celle d’Enemy.

 

Encore un magnifique film.

 

 

(1) cf. Le point de vue de la tranche de jambon dont parlait Alfred Hitchcock.

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tom Hanks, #Comédie
Il n'est jamais trop tard (Larry Crowne - Tom Hanks, 2011)

Larry Crowne (Tom Hanks) vient d’être viré.

Sans emploi et un crédit sur le dos, il se tourne vers l’université qu’il n’a jamais pu fréquenter.

Mercedes Tainot (Julia Roberts) est malheureuse en ménage.

Elle vit avec un écrivain raté qui passe son temps à mater les filles aux gros seins sur le Net.

Il semble qu’ils étaient faits pour se rencontrer.

Ca tombe bien, elle enseigne la rhétorique où vient de s’inscrire Larry.

 

C’est la deuxième fois que Tom Hanks passe derrière la caméra, et cette fois-ci, il a le premier rôle masculin.

Comme souvent quand un acteur passe de l’autre côté (1), le spectateur peut voir un film généreux où chaque acteur compte et apporte sa pierre à l’intrigue. C’est bien sûr le cas ici, où chaque personnage important possède un côté attachant qui donne une teinte harmonieuse au film.

 

Pourtant, le début est terrible : c’est une accumulation de coup du sort. Larry est tout d’abord viré sous un prétexte fallacieux (2) : il n’est pas allé à l’université ! Pourtant, tout commençait bien le générique d’introduction voyait le supermarché où travaillait Larry se préparer à accueillir les client(e)s. Et en plus, Larry était l’un des employés le plus efficace.

L’annonce du licenciement est un bijou de langue de bois et surtout de saloperie patronale : le genre d’excuse on ne peut plus bidon qui se situe un petit peu avant le licenciement par sms.

Et comme si cela ne suffisait pas, Larry ne peut plus payer le crédit (énorme) sur sa maison.

On a alors une scène assez terrible où la banquière (Rita Wilson, madame Hanks à la ville) est à des lieues de la réalité de Larry, proposant alors un café pour « discuter »…

 

Et puis Larry intègre l’université, histoire de mettre toutes les chances de son côté. Le cours de Mercedes est on ne peut plus spécifique, tellement même que les étudiants ne s’y inscrivent pas, et sans Larry, le cours aurait été annulé. Si les étudiants qui assistent ne sont pas des champions, Hanks ne les fait pas passer non plus pour des crétins : entre Steve Dibiasi (Rami Malek, qui n’est pas encore Freddie Mercury) et Natalie Calimeris (Grace Gummer) qui agite frénétiquement sa crosse quand elle parle de son sport, Larry se retrouve d’une certaine façon avec des laissés pour compte dans une matière qui ressemble plus à une voie de garage qu’à un sésame vers des postes à responsabilité.

Mais bien sûr, Hanks réussit à tirer le meilleur de ces gens, les rendant sympathiques, avec réunion famille-voisins-amis quand Larry déménage.

 

Autres personnages attachants : Talia (Gugu Mbatha-Raw). En plus d’être très jolie, elle appartient à une bande de scooters (3), dont le leader n’est autre que son petit ami, Dell Gordo (Wilmer Valderrama), jaloux de ce « vieux » qui n’est pas insensible au charme de Talia (4).

Ses apparitions prennent toujours une dimension comique et surtout ne nécessitent que très peu de mots, le silence étant toujours le meilleur atout du comique (cf. Chaplin, Keaton, Lloyd...).

Et d’une manière générale, le film est très réjouissant, les ennuis initiaux de Larry s’estompant petit à petit jusqu’à son déménagement et l’arrivée du livreur de pizzas.

 

Un film simple, généreux et qui donne le sourire.

Que demander de plus ?

 

  1. Rien d’obscure là-dedans !
  2. Je sais, c’est un tantinet pléonastique, mais on peut difficilement jouer d’un euphémisme pour ce qui se passe.
  3. Comment appelle-t-on ceux qui en conduisent un ? Scooteux ?

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