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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Marvel, #Tim Story
Les 4 fantastiques et le Surfer d'argent (Fantastic 4: Rise of the silver Surfer - Tim Story, 2007)

Deux ans plus tard, ils ont de retour !

Les 4 Fantastiques ont passé ces deux dernières années à sauver le monde et surtout l’Amérique et le temps semble être aux bilans : il est temps de prendre ses responsabilités.

C’est pour Johnny (Chris Evans) que c’est le plus difficile, il est resté un grand adolescent qui ne pense qu’à l’argent et aux filles. Pour Reed (Ioan Gruffud) et Susan (Jessica Alba), il est temps de se marier, mais à chaque fois, la date est postposée, Reed ayant du mal à lâcher son activité. Et Ben « La Chose » Grimm (Michael Chiklis) me direz-vous ? Il file le parfait amour avec la belle Alicia (Kerry Washington).

Toujours est-il que pendant la cérémonie du mariage, un événement terrible arrive : le Surfer d’Argent (Doug Jones, voix de Laurence Fishburn) intervient, amenant avec lui Galactus, entité qui se nourrit des planètes qu’il visite et ainsi détruit.

 

Encore une fois, nous avons droit à une suite qui, si elle est plaisante à regarder, ne se hisse pas au niveau du premier opus. Certes, on s’amuse un peu des pouvoirs de ces surperhéros, mais le côté sérieux l’emporte et donne une gravité inutile. Les personnages se prennent alors un peu trop au sérieux et l’intérêt du film en pâtit.

De plus, notre ami Victor Von Doom (Julian McMahon) fait son grand retour, même si sa réapparition est fort discutable du point de vue réaliste.

Quant à l’intrigue autour du Surfer, elle est on ne peut plus convenue, et diffère énormément de la bande dessinée.

 

Le seul point intéressant et malheureusement peu développé est la célébrité acquise par nos quatre héros et surtout les retombées plus ou moins agréable qu’elle leur amène.

D’un côté on a Johnny fidèle à lui-même, jouisseur invétéré, et de l’autre le couple qui n’assume pas totalement cette réputation : le court extrait d’une émission de télé-poubelle est d’ailleurs caractéristique. Sans oublier la couverture médiatique du mariage, qui atteint des sommets royaux : « le mariage du siècle » est-il mentionné.

En fin de compte, nous sommes bien loin de ce qui faisait le charme du premier épisode.

 

Bref, cette suite était-elle nécessaire ? Peut-être pas. Surtout que les studios Marvel ont montré depuis qu’on pouvait avoir des suites de meilleures factures.

 

Alors à voir, ou pas.

 

 

PS : Une petite consolation tout de même, la présence de Stan Lee dans son propre rôle…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Philippe Le Guay, #Comédie
Les Femmes du 6ème étage (Philippe Le Guay, 2010)

Le sixième étage, c’est là qu’on trouve ce qu’on appelle des « chambres de bonnes ». Pas étonnant alors d’y trouver des bonnes. Les sont 5 et toutes espagnoles sauf la plus âgée qui est bretonne (1). Mais depuis la mort de la mère de monsieur Joubert (Fabrice Luchini), rien ne va plus pour elle : elle décide même de partir.

Les Joubert vont donc engager une nouvelle domestique, qui est elle aussi espagnole : Maria (Natalia Verbeke).

Dès lors, tout ne sera plus comme avant.

 

Nous sommes en plein dans la France des années 1960s, juste après les accords d’Evian (2). De Gaulle est au pouvoir (la radio le mentionne) et la société est aussi sclérosée qu’on nous la décrit de nos jours : la vie des Joubert est un exemple frappant de la routine, voire de l’uniformisation des vies des français à la même époque.

Tout est bien net et bien (ar)rangé : même les enfants de Joubert sont ennuyeux, bourrés de principes un tantinet archaïques.

Alors cinq Espagnoles, sous les toits qui chantent pour se sortir de leurs petites vies, c’est un vrai rayon de soleil dans un après-midi pluvieux.

 

Bien sûr, on retrouve dans la concierge – Madame Triboulet (Annie Mercier) – un fond d’intolérance qui s’apparentera plus avec du racisme dans les années qui suivront quand ce seront les Algériens qui viendront. Ce sera la même chose quand Joubert invitera ses nouvelles amies à placer leurs économies par l’intermédiaire de sa société de courtage.

Mais si la majorité de la population voit d’un œil soupçonneux ces « étrangères », il n’en va pas de même pour Joubert : c’est mai 68 avant l’heure, une véritable révolution.

Enfin, il prend conscience qu’il existe une autre vie que la sienne. Et surtout qu’elle n’est pas si dorée que cela.

 

Philippe Le Guay réussit ici une très belle comédie, mâtinée de ce qu’il faut d’émotion (3), et décrit avec beaucoup de subtilité un choc des cultures voire de civilisation. D’un côté cet homme installé, avec pignon sur rue, et de l’autre ces femmes tout à fait ordinaire à une exception près : elles sont déracinées.

Mais ce déracinement concerne seulement le domaine géographique car en fait, elles ne sont jamais seules : quand elles n’habitent pas le même « grenier », elles se retrouvent au square ou à l’église espagnole (6 heures du matin). Sans oublier les différentes soirées festives qu’elles passent entre elles où elles rient, elles s’amusent, elles chantent. Elles vivent.

 

Elles vivent d’autant plus que la société française autour d’elle est grise et triste, et pas seulement à cause des couleurs. Ce sont elles, le soleil.

Joubert le comprend très vite, le jour où il s’aventure dans les combles, pour y remiser des vieilleries. Il y découvre un autre monde, à mille lieues du sien, et pourtant si proche.

C’est une révélation, et cette révélation va progressivement et subtilement (le maître-mot du film) l’ouvrir à autre chose et l’amener finalement au bonheur : de la différence naît la richesse, comme l’ont oublié beaucoup de ces gens  qui appellent à la haine de l’autre de nos jours encore.

 

Mais ce bonheur – je crois l’avoir déjà mentionné – ne va pas sans liberté. Et là encore, Philippe Le Guay montre cette quête de liberté qui baigne ce film, alors que dans le même temps, Franco est toujours le chef suprême - et incontestée, ceux qui contestent sont éliminés – comme le rappelle Carmen (Lola Dueñas), la seule bonne espagnole communiste, dont les positions tranchent franchement avec celles de ses amies toutes de bonnes catholiques. Mais ces différences ne sont pas pour autant des barrières (voir plus haut).

Et si ce film est une réussite – ainsi qu’un succès au box-office – c’est aussi grâce au jeu des différents protagonistes. Fabrice Luchini est magnifique (4), d’une humanité et surtout d’une grande modernité dans ce monde qui n’est plus fait pour lui.

A ses côtés, Sandrine Kiberlain est elle aussi très juste dans le rôle de cette provinciale qui, comme son ancienne bonne, a débarqué à Paris, et s’est noyée dans cette société presque inhumaine. Elle aussi va changer et gagner la liberté qu’elle avait perdue en arrivant dans la capitale.

Mais surtout, ce sont les Femmes du 6ème étage qui sont les plus attachantes, quand elles ne sont pas les plus belles, elles possèdent une joie de vivre qui tranche avec leur condition et leur logement, et surtout qui sont heureuse de vivre dans ce pays où les gens sont libres alors que leurs compatriotes ont encore de nombreuses années à supporter Franco.

Mais surtout, ces femmes sont généreuses : elles donnent, de leur temps, de leur joie, de leur amour. Et c’est là qu’est le talent de Philippe Le Guay : il arrive à partager cette générosité avec les spectateurs.

 

Et encore une fois, quand la salle se rallume, ces mêmes spectateurs sortent avec me sourire aux lèvres.

 

 

  1. La France a une longue tradition de personnel de maison qui arrive de Bretagne à Paris, dont la plus célèbre fut Bécassine.
  2. L’année est confirmée au salon de coiffure, l’une des clientes lit Jours de France relatant le mariage de Juan Carlos et Sofia de Grèce (14-5-1962)
  3. Vous savez, la « larme éventuelle » d’une comédie de 1921…
  4. Je tiens à le souligner : j’ai souvent du mal avec cet acteur quand il « fait du Luchini » et qu’il donne l’impression de découvrir ses lignes en même temps que le spectateur.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Morgan Freeman, #Drame
Bopha! (Morgan Freeman, 1993)

Dans la langue zouloue, « bopha » signifie « arrestation », « détention ». Ces deux termes résumés en un seul indiquent une certaine logique verbale et physique : la détention suit l’arrestation, et arrêté ou emprisonnés, on n’est plus libre.

Et Morgan Freeman, en adaptant la pièce de théâtre de Percy Mtwa, rend magnifiquement l’interaction entre ces deux faces d’une même action : la privation de la liberté.

 

La nuit, aux alentours de Soweto. Un homme noir court, poursuivi par d’autres hommes de la même couleur. Attrapé, il est amené au milieu d’un cercle formé par ses poursuivants. On lui passe autour du cou un pneu rempli de chiffon, puis on les asperge (l’homme et les chiffons) d’essence avant d’y mettre le feu.
Puis quand le feu s’est éteint et que le jour s’est levé, on jette un dernier élément qui appartenait à l’homme brûlé : une casquette de policier.

 

Nous sommes en Afrique du Sud, quelques temps avant la libération de Nelson Mandela (1). A Maroko, qui n’est pourtant pas Soweto, le sergent Micah Mangena (Danny Glover) est membre de la Police Sud-Africaine (SPA), et vit avec sa femme Rosie (Alfre Woodard) et son fils Zweli (Maynard Eziashi). Zweli est étudiant pendant que sa mère travaille pour la femme du chef de la police locale.

Un jour, deux agents de la « branche spéciale » de la PSA débarquent à Maroko : De Villiers (Malcolm McDowell) et Retleif (Robin Smith).
Avec eux, le consensus qui semblait être de mise va voler en éclat, la violence s’installer et « Bopha ! » devenir le mot d’ordre de la police.

 

Mis à party la séquence – terrible – d’ouverture, on aurait pu croire que tout irait bien dans cette petite ville essentiellement composée de Noirs, les Blancs étant surtout quelques-uns des policiers.

Quelques-uns ? Parmi les forces de l’ordre se trouvent des hommes noirs qui ont été enseignés par le sergent Mangena. Alors quand les étudiants se révoltent et que la police est envoyée réprimer la contestation, on en arrive à ce douloureux paradoxe : des Noirs qui violentent d’autres Noirs au nom d’un régime inégalitaire et raciste.

On comprend alors mieux la séquence d’ouverture, et pourquoi des policiers furent tués pendant les années terribles de l’apartheid.

 

Un régime qui tire sur sa jeunesse n’est pas un régime en bonne santé, et on comprend que l’apartheid touche à sa fin, avec, malheureusement des violences policières intolérables mais justifiées par un régime moribond qui n’en est que plus dangereux, et donc meurtrier.

Danny Glover est encore une fois très juste dans le rôle de ce policier qui se réveille de la léthargie engendrée par une forme de lavage de cerveau qu’on appelle instruction militaire. Lui-même inculquait ces valeurs sécuritaires qui amènent l’immense tragédie que fut le régime ségrégationniste sud-africain.

 

Et comme toujours dans ces cas-là, c’est un incident qui met le feu aux poudres : un élève – Solomon (Michael Chinyamurindi) – qui refuse d’être enseigné en afrikaans, la langue des blancs d’Afrique du Sud – et décident de répondre en anglais.

La dernière demi-heure du film voit, avec la prise de conscience (trop) tardive de Mangena, une répression terrible, où consigne est donnée de tirer pour tuer. On n’est pas étonné de voir Releif appliquer sans hésiter cette consigne, mais on a tout de même du mal à comprendre qu’un policier noir tire sur un autre Noir, pour avoir osé refuser un régime inégalitaire et injuste.

 

Et quand la dernière séquence voit les familles et amis célébrer leurs morts, on comprend que ce système est arrivé à ses limites et que la situation devra changer et l’apartheid disparaître.

En attendant, alors que les funérailles se déroulent, on termine sur un plan des différents véhicules de la PSA, qui s’approchent inexorablement pour une conclusion qu’on imagine aisément très meurtrière.

 

En 1993, année de sortie du film, Nelson Mandela et Frederik de Klerk reçoivent le prix Nobel de la Paix. L’année suivante, Nelson Mandela devient le premier président noir d’Afrique du Sud.

 

Que de chemin parcouru !

 

PS : la rencontre entre Morgan Freeman et Danny Glover est aussi celle des deux Mandela : Glover fut Madiba dans Mandela, un téléfilm de Philip Saville (1987) ; Freeman l’incarnera dans Invictus de Clint Eastwood (2010)…

 

(1) 11 février 1990.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Joe Carnahan, #Action
L'Agence tous risques (The A-Team - Joe Carnahan, 2010)

S’il est une constante dans le cinéma américain depuis la pérennisation des effets spéciaux numériques (une vingtaine d’années donc), c’est l’adaptation au cinéma des séries-télé qui ont eu du succès.

Et si certaines ne rendent pas vraiment hommage à leur modèle (1), d’autres arrivent à nous réconcilier avec cette constante (2), comme cette Agence tous risques tournée par Joe Carnahan, avec Liam Neeson reprenant le rôle d’Hannibal Smith qu’avait tenu George Peppard, cigare inclus.

 

Bien sûr, le parallèle avec la série originelle est inévitable, mais n’étant pas spécialement fan, je n’avais rien à perdre à regarder ce produit dérivé. Et je ne le regrette absolument pas.

Comme toujours dans ces cas-là, le passage obligé concerne le fameux : comment en sont-ils arrivés là ?

Et Carnahan répond à cette question. En moins de 40 minutes nous savons tout : comment ils ont formé cette équipe, comment ils en sont devenus des hors-la-loi suite à une opération aussi risquée que spectaculaire.

Le film répond même à d’autres questions, dont celle concernant la phobie des voyages aériens de B.A. Barracus (Quinton « Rampage » Jackson).

Et entre nous, on comprend aisément pourquoi : voler avec « Howling Man » Murdock (Sharlto Copley) peut être traumatisant.

 

Autre passage obligé : la mise à jour. Le Viêt-Nam étant un tantinet ancien pour les spectateurs d’aujourd’hui et surtout nous impliquerait des héros d’une soixantaine d’années (minimum), on fait un bond en avant dans le temps et on se retrouve à la deuxième Guerre du Golf (3). Ensuite, il n’y a plus qu’à découper selon les pointillés et rendez-vous à la fin !

 

Le spectacle est là : de basses manœuvres de la CIA (normal !), des poursuites en hélicoptères puis en avion-cargo, des planches à billets (plutôt des plaques métalliques) à récupérer et un final époustouflant dans le port de Los Angeles !

Sans oublier l’humour indispensable pour le bon accueil du public et le tour est joué.

 

Bon, le public américain ne fut pas exactement au rendez-vous, les fans de longue date étant un peu désarçonnés par cette adaptation.

Qu’importe, nous ne sommes plus à la télévision et il est toujours intéressant de voir en plus grand et avec largement plus de moyens les péripéties de cette équipe-A (4), un commando de choc de renégats de l’armée américaine, dont le but ultime est prouver l’erreur du gouvernement US à leur encontre. Et comme on pensait en faire une suite, la fin n’amène pas cette résolution…

Par contre, on a droit à un générique final vantant les mérites de cette équipe, rappelant celui de la série. D’ailleurs, dans le même temps, on y retrouve la musique de Mike Post & Pete Carpenter !

Par contre, on ne peut que difficilement repenser aux paroles (mièvres) de la chanson d’u générique.

 

Alors, laissez-vous faire…

 

PS : J’avais oublié l’élément féminin, Charissa Sosa (Jennifer Biehl), ex de Templeton « Face (5) » Peck (Bradley Cooper) et surtout membre du DCIS (Defence Criminal Investigation Service), à la poursuite de la fine équipe.

 

  1. The Avengers (1998). Quelle horreur !
  2. Charlie’s Angels (2000) et sa suite (2003)
  3. Qui était toujours d’actualité au moment de la sortie du film, elle sera officiellement finie l’année suivante.
  4. Le titre original de la série (et du film).
  5. Ce dernier porte très bien son surnom, surtout qu’il n’a pas le brushing irrésistible (hum) du Peck original…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Rémi Bezançon
Le Mystère Henri Pick (Rémi Bezançon, 2019)

« En Bretagne, il ne pleut que sur les cons. » (vieux dicton breton (1)).

Pas étonnant que quand Jean-Michel Rouch (Fabrice Luchini) se déplace à Crozon (29), il pleuve.

Il faut dire que ce monsieur est un sacré con quand on le rencontre. Animateur d’une émission littéraire à la télévision, ancien chroniqueur d’une revue dirigé par un quotidien de barbier, Il se retrouve dans une situation apocalyptique suite à la parution d’un roman au succès incroyable.

Mais reprenons.

 

Un jour, la jeune éditrice Daphné Despero (Alice Isaac) trouve un manuscrit dans une drôle de bibliothèque de Crozon : celle des livres refusés. Touchée par cette œuvre improbable, elle décide de la publier : c’est un succès inouï voire inespéré : son auteur, le mystérieux Henri Pick était pizzaïolo et aurait écrit en cachette cette bombe littéraire. « Aurait » écrit, puisque Jean-Michel Rouch crie à la mystification.

Résultat, ce livre ne fait pas que changer sa vie, elle la chamboule totalement : sa femme le quitte, il est viré de la télévision.

Qu’importe, imbu et orgueilleux, il va mener son enquête.

 

Qu’on se rassure tout de suite, le spectateur a le fin mot de l’histoire, mais ne comptez pas sur moi pour vous dévoiler la clé du mystère.

Oui, quand Rouch apparaît dans son émission, on ne peut refouler un sentiment de mépris pour ce personnage capable d’influencer le public quant aux différents livres qui paraissent chaque jour.

C’st d’ailleurs cette influence qui est la cause de son échec. Il faut dire que l’émission qu’il dirige à propos du livre de Pick est chaotique : Madeleine (Josiane Stoléru), la veuve de l’auteur, quitte le plateau, énervée par l’attitude fortement déplacée du critique. Et on peut facilement le comprendre : il est d’une incorrection incroyable et plutôt indigne pour un présentateur de télé.

Voilà pourquoi il pleut quand il arrive dans la ville de résidence de l’auteur…

 

Mais, à mesure que Rouch progresse dans son enquête, le temps se bonifie : reparti sur des bases plus saines et sereines, il arrive à entraîner Joséphine Pick (Camille Cottin) dans sa quête pour la vérité. Cette dernière est exactement l’aide dont il avait besoin : une personne critique – par rapport à l’attitude de ce drôle d’enquêteur – mais aussi refusant la thèse de la duperie sans pour autant fermer totalement son esprit : le doute qu’il a instillé s’est installé en elle et elle veut finalement savoir, quoi que soit l’issue.

Et ce qui fait que le film fonctionne, c’est bien cette association elle aussi improbable, qui amène son lot d’humour et d’émotion, indispensables dans un tel film.

 

Encore une fois, Luchini est impeccable mais sa partenaire ne l’est pas moins. Et il est amusant de constater que le père de Camille Cottin était lui-même un bibliothécaire renommé.

Et si les livres sont la toile de fond du film, il s’agit avant tout d’une enquête : une quête de la vérité, et comme toute quête de cet acabit, il ne laissera pas indemne ses participants, en bien comme en mal. Tout comme Joséphine, nous apprécions progressivement ce personnage très désagréable au début et qui, à force de se retrouver seul parce que têtu, va petit à petit revenir vers ce qu’il avait un peu oublié pendant son ascension irrésistible.

 

Alors on peut penser – et je fait partie de « on » qu’on n’aurait peut-être pas dû donner la clé du mystère et laisser un petit peu de doute à la fin du film, mais ce n’est pas trop grave, cette promenade dans les milieux littéraires, que ce soit dans une grande maison d’édition (Grasset, alors que le livre original a été publié par Gallimard…), sur un plateau de télévision ou encore dans une sombre petite bibliothèque du fin fond de la Bretagne (2) est des plus réjouissantes et rend au final un bel hommage à ces livres, qu’ils soient publiés ou non.

De plus, le cercle littéraire de Crozon, où Rouch débarque, nous amène un bel instant d’humour (encore une fois), ce dernier se retrouvant plutôt mal à l’aise (3).

 

Au final un film réjouissant et généreux où on assiste à une métamorphose, la transfiguration inévitable qu’on trouve dans une histoire bien racontée. Cette transfiguration de Rouch peut d’une certaine manière s’apparenter à une rédemption, cette idée de salut n’est pas la propriété exclusive du cinéma américain…

 

 

PS : Décidément, j’aime de plus en plus Luchini…

  1. Le dicton complet est : « En Bretagne, il ne pleut que sur les cons, moi je lutte pour rester à l’abri. »
  2. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Rouch.
  3. Et on comprend pourquoi : ce ne sont que des femmes dont la passion commune est la littérature policière, mais allez voir vous même…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Tim Story, #Marvel
Les 4 Fantastiques (Fantastic Four - Tim Story, 2005)

Une expédition spatiale qui tourne mal et les vies de Reed Richards (Ioan Gruffud), Susan Storm (Jessica Alba), Johnny Storm (Chris Evans) et Ben Grimm (Michael Chiklis) sont changées : ils ont maintenant des pouvoirs spéciaux (chacun le sien).

Mais si ces quatre-là s’en servent pour faire le bien, il n’en va pas de même pour le chef de l’expédition spatiale – Victor Von Doom (Julian McMahon) – qui passe du côté obscure et use ses pouvoirs – terrifiants – pour son propre intérêt.

 

Bien avant que les films de la franchise Marvel inonde le marché du cinéma, d’autres productions avaient été réalisées dès 2000 avec les deux premiers volets des X-Men, et donc ces 4 fantastiques, parmi lesquels on retrouve celui qui sera bientôt Captain America.

Bien sûr Stan Lee produit ce film, et comme à son habitude, il y apparaît (1).

Et déjà on y trouve ce qui fera la marque des films ultérieurs : des effets spéciaux à couper le souffle, de l’humour et un indispensable méchant aux prétentions un tantinet mégalomaniaques.

 

Déjà, on y trouve une réflexion sur l’utilisation de ces super pouvoirs, qui inquiètent leurs propriétaires, sauf Johnny qui se conduit comme un électron libre (jusqu’à un certain point) mais jouant d’un élément finalement pas toujours exploité dans les films ultérieurs : il trouve cela « cool ».

Dès lors, on assiste à des scènes absolument sans rapport avec le rôle qu’on attend des superhéros, Johnny utilisant ses facultés prodigieuses afin d’emballer des jeunes femmes.

 

Pour le reste, on assiste à une intrigue très classique – un méchant qu’il faut arrêter – où finalement la réflexion est peut-être aussi importante que l’action. En effet, tout comme le dit l’oncle Ben (2), Richard et Susan ont conscience de l’importance de leur rôle à venir, et ne prennent pas ce nouvel état à la légère. Mais si ces pouvoirs n’affectent pas leur apparence – sauf quand ils les usent – il n’en va pas de même de Ben/La Chose : son aspect repoussant permanent n’est pas là pour lui faciliter la vie.

Mais comme nous sommes aux Etats-Unis, ce problème trouvera sa solution : la beauté intérieure qui prend ici tout son sens.

Sans oublier que son aspect tranchant avec celui de Johnny amène un nouvel élément comique : il faut dire que le côté irresponsable de Johnny était déjà une source de conflit avant la mutation.

 

Bref, un film plaisant où le rythme n’est pas effréné, ce qui est une bonne chose, et qui ne dépare pas du reste de la production Marvel à venir.

Deux ans plus tard, une suite nous sera même proposée.

 

  1. Il s’appelle Willy.
  2. « avec de grands pouvoirs… »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Star Wars, #Richard Marquand, #George Lucas
Le Retour du Jedi (Return of the Jedi - Richard Marquand 1983)

Et de trois !

Le triptyque se termine : les différents intrigues se résolvent, mais plus important : l’équilibre revient.
En effet, avec ce film, Richard Marquand termine ce que Lucas a commencé 6 ans plus tôt.

Les personnages ont mûri et se sont assagis : Luke Skywalker (Mark Hamill) n’est plus un jeune homme naïf s’émerveillant des propriétés de la force ; Han Solo (Harrison Ford) a perdu son insouciance et son esprit frondeur ; Leia (Carrie Fisher) ne se contente plus de diriger, elle agit aussi.

Quant aux « méchants » on peut toujours compter sur eux : Vader (David Prowse & la voix de James Earl Jones) est toujours impitoyable, mais des doutes s’insinuent dans son esprit par rapport à son fils ; et l’Empereur (Ian McDiarmid) n’a jamais été aussi malfaisant.

 

Mais… On est déçu. Non pas par l’intrigue, mais plus par son traitement. Et surtout, l’introduction des habitants de la planète Endor – les Ewoks (1) – était-elle vraiment nécessaire ?

Certes on s’amuse de ces personnages qui ne sont ni plus ni moins que des peluches au cerveau limité, et de leur ingéniosité contre les forces de l’Empire, mais on aurait aimé un peu plus de panache pour un dernier épisode qui devait se finir en apothéose. Et l’ajout (en 1997) d’éléments n’apporte finalement rien de plus.

 

Même les scènes de combats spatiaux n’atteignent pas l’intensité des deux autres épisodes. On ne sent pas la même tension ni la même importance des enjeux. C’est comme si le réalisateur avait fait son travail, sans plus. Quant à la dimension mystique de la Force, il n’en est pas vraiment question.
Et les révélations familiales, pour étonnantes qu’elles soient tombent tout de même un peu trop bien : la parenté Luke-Leia-Vader arrive à point nommé mais aurait mérité un traitement plus long, surtout en amont. En effet, on dégage ainsi la jalousie Han/Luke en laissant le terrain libre un peu trop facilement au maraudeur.

Cette parenté assujettit alors un élément qui sera présenté en conclusion de l’Episode III (2005).

Tout cela est bien dommage car le magnifique épisode précédent laissait espérer un final plus flamboyant. Au lieu de cela, on a l’impression d’un travail bâclé qui, même s’il est indispensable à la série, aurait mérité un meilleur traitement.

 

Au lieu de cela, on a toute une collection d’êtres plus étonnants les uns que les autre, surtout dans le palais de Jabba, et avec la disparition de ce dernier suit de peu celle de Boba Fett (Jeremy Bulloch), et annonce la fin du règne de tous les méchants.

C’est aussi la fin de maître Yoda (Frank Oz), mais au bout de 900 ans (2), c’est un petit peu normal…

 

Au final, c’est un film qui déçoit, même s’il met enfin un terme aux exactions de l’Empire et de ses représentants.

Et le plan final qui montre les trois grands Jedis qui ont précédé Luke – Yoda, Obi-Wan Kenobi & Annakin Skywalker – est certainement l’ajout le moins intéressant : c’est Hayden Christensen (Annakin dans les épisodes II et III) qui a été préféré à Sebastian Shaw qui apparaissait lors de la sortie en 1983. Cette substitution, si elle a quelque pertinence, est tout de même peu logique : alors qu’on aperçoit Obi-Wan (Alec Guinness) et Yoda tels qu’ils sont dans les épisodes IV (pour Kenobi) et V (pour les deux), pourquoi ne pas avoir gardé Vader tel qu’il apparaît à la fin du film ?

 

PS : l’épisode aurait dû s’intituler La Revanche du Jedi. Mais c’est bien connu, un Jedi ne se venge pas puisqu’il ne cède pas à la facilité et évite le côté obscure de la Force…

 

  1. Pourtant les studios Disney n’avaient pas encore racheté la franchise…
  2. Encore une fois, le temps est on ne peut plus relatif : qu’est-ce qu’une année dans le monde de Starwars ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Michael Caton-Jones, #Histoire
Rob Roy (Michael Caton-Jones, 1995)

De la musique celtique (1), des lacs (« lochs » bien sûr), des montagnes et du tartan : pas de doute, nous sommes en Ecosse et plus précisément dans les Highlands. C’est ici que vivait Raibeart Ruadh MacGriogair, plus connu sous le nom de Rob Roy McGregor (Liam Neeson). Il dirige un clan d’éleveurs et décide d’emprunter au riche Anglais du coin – le Marquis de Montrose (John Hurt) – pour se lancer. Mais le protégé du marquis, le bâtard Cunningham (Tim Roth), aidé de Killearn (Brian Cox) l’homme d’affaire de Montrose, vole l’or prêté.

Sommé de rembourser et refusant les magouilles de Montrose, McGregor entre en clandestinité.

 

On a souvent comparé Rob Roy et Robin Hood, ces deux héros légendaires qui détroussaient les riches. Mais si Robin des Bois rendait l’argent aux pauvres, Rob Roy a un autre dessein, espérant obtenir justice. De plus, si l’existence de Robin est sujette à controverse, Rob Roy fut un homme en chair et en os.

Mais trêve d’arguties.

 

Depuis La Liste de Schindler, Liam Neeson est passé définitivement au premier plan. Nouveau personnage historique, ce Rob Roy attire la sympathie comme le fera Michael Collins l’année suivante. L’humanité de Neeson transpire sur ses nouveaux rôles depuis le film de Spielberg. En effet, vous souvenez-vous du jeune réalisateur de clips vidéo qui tenait la dragée haute à Callahan-Eastwood (The dead Pool) ? Rien à voir avec ce héros écossais aux vertus nobles et fidèle à la parole donnée.

En face de lui, on trouve un méchant magnifiquement campé par Tim Roth. Cunningham est non seulement une crapule, mais il est aussi un salaud fini. Ses différentes exactions sont toutes plus révoltantes les unes que les autres, et on ne peut qu’applaudir à sa chute finale.

Pas étonnant qu’il fût nommé de nombreuses fois pour une distinction : elle viendra d’Angleterre, de la BAFTA (3).

 

Cette chute a lieu lors d’un duel à l’épée mémorable.  Certains le considèrent comme le meilleur jamais tourné. Pourquoi pas. Mais on en revient alors à Robin des Bois et cet autre fameux duel entre Errol Flynn et Basil Rathbone.

L’affrontement est assez terrible et d’une très grande justesse (2) et surtout très réaliste. Les passes de Tim Roth sont sublimes et les parades de Neeson à la hauteur : du très grand spectacle.

 

Si Tim Roth est magnifique, on a plaisir à retrouver John Hurt, dans le rôle de ce lord anglais aux mœurs plutôt louches (un jeune page noir est toujours à ses côtés), exprimant comme souvent le flegme britannique avec talent. Autre grand nom : Jessica Lange (Mary McGregor), qui ne peut plus jouer les jeunes premières mais est encore une très belle femme jeune, mais son accent écossais est beaucoup moins prononcé que celui de son partenaire.

 

Un film sympathique, tout compte fait. Et l’Ecosse est tellement magnifique…

 

 

  1. Interprétée par le groupe Capercaillie et sa chanteuse Karen Matheson.
  2. Je sais : on voit parfois l’épée de Tim Roth un tantinet courbée.
  3. British Academy of Film and Television Arts.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #George Fitzmaurice, #Greta Garbo, #Espionnage
Mata Hari (George Fitzmaurice, 1931)

Mata Hari.

Ce nom seul évoque à la fois aventure et mystère, dans et espionnage.

Alors si en plus, c’est Greta Garbo qui l’interprète, nous passons dans une dimension supérieure, légendaire, voire mythique...

 

Il faut dire aussi que le 5 mars 1931 sortait Agent X 27, où Marlene Dietrich – la concurrente directe de Garbo à la Paramount  – interprète un même rôle d’espionne pendant la même guerre.

Qu’importe, la MGM veut proposer (toujours) plus grand. Ce sera un film sur une véritable figure de l’espionnage et de la séduction : Mata Hari (1).

Et qui d’autre que Greta Garbo pour interpréter une figure aussi charismatique ?

Depuis le succès d’Anna Christie où elle parlait enfin, Greta Garbo continue sa prodigieuse carrière et enchaîne les films plus mythiques les uns que les autres. Mais dans le même temps, elle se rapproche inexorablement de la fin de sa carrière, Mata Hari entrant parmi les dix derniers films tournés par l’actrice.

 

A ses côtés, Ramon Novarro est un jeune officier russe (tiens, tiens, l’agent X 27 espionnait auprès des soldats russes…), idéaliste et naïf, bien sûr, mais irrésistible malgré tout pour cette immense séductrice.

On trouve aussi deux piliers de la MGM : Lionel Barrymore (le général Shubin) et Lewis Stone (Andriani, le chef de l’intelligence allemande). Ces deux-là seront à nouveau avec Garbo dans son film suivant – Grand Hotel mais cette fois-là ce sera John, le petit frère de Lionel, qui la séduira.

Bref, rien n’est laissé au hasard pour produire un grand film, et accessoirement un succès au box-office. Ce fut un grand succès, mais malheureusement, le Code Hays, une fois entré en vigueur refusa d’accepter la re-sortie du film sans certaines coupes indispensables : la scène de la danse des voiles (il n’y en a pas 7) est bien sûr censurée, la performance de Garbo par là même édulcorée, voire amoindrie.

 

Mais il n’en demeure pas moins qu’elle est sublime, encore une fois, dans ce rôle de femme réputée forte – sa seule maîtresse, déclare-t-elle – qui tombe amoureuse de ce jeune homme (2).

Et à cela deux raisons :

  • les tenues vestimentaires du célèbre Adrian (1903-1959), qui rappellent celles de la véritable Mata Hari, et qui étincelle à chaque ondulation du corps de Garbo. Et ces tenues extrêmement élaborées qu’elle porte en société, n’ont d’égal que la sobriété de son dernier costume – celui qu’elle porte en partant vers la mort – un ensemble entièrement noir, où seuls la tête et les mains ressortent, lui donnant une allure très moderne, au-delà de la période où sortit le film.
  • La caméra de William Daniels (3). Encore une fois, on ne peut que louer les différents cadrages du chef-opérateur utilisant avec bonheur (comme d’habitude) les jeux d’ombres et de lumière. Deux ombres ressortent du film : celle des soldats au tribunal alors que la sentence doit être prononcé ; et celle de Mata qui descend l’escalier avant de se rendre à l’exécution.

 

Si George Fitzmaurice n’est pas Clarence Brown (le meilleur selon moi pour diriger Garbo), il n’en demeure pas moins un grand réalisateur – The Son of the Sheik en témoigne – tournant à nouveau une très belle histoire d’amour avec la flamboyance nécessaire et surtout la grande star du moment (3).

Et si Ramon Novarro est un tantinet trop naïf, et tranche avec d’autres rôles précédents un petit peu plus viriles, Barrymore est toujours aussi magnifique, roué comme il faut dans cette histoire de faux semblants. Quant à Lewis Stone, il reste toujours aussi digne, malgré son appartenance au camp adverse.

 

Bref, l’année 1931 se termine très bien pour la MGM…

 

  1. Ce’ n’est pas la première apparition de cette femme au cinéma : en 1927, le cinéaste autrichien Friedrich Fehér propose déjà sa version, Mata Hari, die rote Tänzerin.
  2. Il a bien existé un jeune pilote qui devint aveugle après un accident d’avion, mais ce dernier n’a pas souhaité aller plus loin avec Mata Hari (la vraie) une fois ses forfaits révélés.
  3. Même quand elle se réveille, elle est magnifique…
  4. Après Rudolph Valentino, la Divine !
Margaretha Geertruida Zellei alias Mata Hari - Greta  Lovisa Gustafsson alias Greta Garbo

Margaretha Geertruida Zellei alias Mata Hari - Greta Lovisa Gustafsson alias Greta Garbo

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Lloyd, #Drame
A Tale of two worlds (Frank Lloyd, 1921)

Chine, 1899 : la Révolte de Boxers amènent des soulèvements dont l’un d’eux conduit au meurtre de deux Américains, les Carmichael (T.D. Crittenden & Irene Rich). Parmi les leaders chinois, le dangereux Ling Jo (Wallace Beery). Dans la confusion, Ah Wing (E. Alyn Warren), un serviteur fidèle, réussit à sauver leur fille et l’emmène loin de cette violence.

Nous les retrouvons alors à San Francisco, dans Chinatown, bien sûr, une vingtaine d’années plus tard.

La petite fille – « adoptive » du vénérable Ah Wing – est devenue la belle Sui Sen (Leatrice Joy), que convoite l’infâme Ling Jo, maintenant le puissant maître d’une triade.

 

Les deux mondes du titre concerne d’un côté les Chinois et de l’autre les Blancs, mais surtout la barrière qui les séparent : aucune union matrimoniale n’est possible entre un « Jaune » et un « Blanc » !
On retrouve ici le même principe que dans Le Lys brisé : la malheureuse Lucy Burrows (Lillian Gish n’a aucunement envie d’une histoire d’amour avec le jeune Cheng Huan (Richard Barthelmess).

Ici, le Chinois malheureux de cette barrière, c’est The Worm (Yutaka Abe), littéralement « le Ver », qui est l’amoureux transi qui n’aura pas le droit de toucher à la femme blanche.

 

Mais le titre induit aussi un conte (« a tale ») et d’une certaine façon une fin heureuse. La belle Sui Sen ne finira pas ses jours avec l’ignoble Ling Jo. C’est là qu’intervient le héros : Newcombe (J. Frank Glendon). C’est un jeune sinophile averti, tout comme l’était le père de la jeune fille, qui fait la connaissance de Ah Wing, lui achetant divers objets et autres ouvrages. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Sui Sen, et qu’il tombe éperdument amoureux d’elle.

Et comme le scénario nous avait appris que la fille était de naissance américaine (entendre : « blanche »), il n’y a aucun obstacle pour une union entre eux deux.

 

Nous sommes ici encore une fois dans ces films exotiques qui vont régulièrement émailler le cinéma américain pendant les années 1920-1930. Ici comme dans beaucoup de ces films, nous avons une vision très stéréotypée des Chinois qui représentent d’une certaine façon toutes les peuplades d’extrême orient à la peau jaune. On  y retrouve aussi un racisme assumé qui considère la différence entre les deux ethnies comme tout à fait normale (1).

Alors évidemment, Wallace Beery dans le rôle de Ling Jo est un méchant de haut vol.

 

Un an après avoir été un Indien fourbe malgré son physique (2), il endosse à nouveau le costume d’un autre fourbe non-blanc : le Chinois. Et comme il est chinois, il porte une fine moustache tombante, et est un tantinet fourbe mais surtout cruel, comme le sera Boris Karloff quelques années plus tard (3). En effet, nous assistons trois fois à un de ses supplices préférés, où un homme est enfermé dans une pièce dont le plafond descend progressivement jusqu’à écraser le malheureux pris au piège. Bien sûr, ici, c’est beaucoup moins spectaculaire que quand c’est Indiana Jones qui a affaire à ce même genre de réjouissances (4), mais le résultat est plus radical. Quoi que…

 

Si le propos du film n’est pas des plus relevé, on ne peut pas non plus ignorer une certaine esthétique intéressante : beaucoup de jeux de lumière et d’ombre ajoutent au mystère intrinsèque des films de ce genre. La majeure partie du film se déroule dans la pénombre où ce ne sont parfois que quelques éléments d’un personnage qu’on peut voir, accentuant l’aspect angoissant des situations, ainsi que la noirceur de Ling Jo.

 

Avec ce « Conte de deux mondes », Frank Lloyd nous livre un film intéressant, pas un chef-d’œuvre certes, mais certainement pas un navet . Lloyd savait tourner et nous le prouve ici, encore une fois.

 

  1. Les choses vont heureusement évoluer…
  2. Ici aussi, on a du mal à le prendre pour un vrai Chinois… Mais comme c’est Wallace Beery, on ne fait pas trop la fine bouche.
  3. Cf. The Mask of Fu Manchu (Charles Brabin, 1932).
  4. Cf. Indiana Jones and the Temple of Doom (Steven Spielberg, 1985).

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