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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #James Bond, #Michael Apted, #Robert Carlyle
Le Monde ne suffit pas (The World is not enough - Michael Apted, 1999)

Et dire qu’on est passé à côté de Peter Jackson ou Joe Dante !

En effet, Barbara Broccoli, la fille d’Albert R., avait envisagé la présence de l’un ou de l’autre pour la réalisation de ce dix-neuvième opus des aventures de notre espion préféré (après Austin Powers, cela va sans dire…).

Mais c’est Michael Apted qui a décroché la timbale. Remarquez, on aurait pu avoir pire. Je ne donnerai pas de nom, il suffit d’aller voir dans la liste de ses prédécesseurs…

 

Donc James Bond (Pierce Brosnan) revient en pleine forme pour une nouvelle aventure, l’avant-dernière en ce qui concerne l’acteur, mais ceci est une autre histoire.
Enfin en pleine forme, c’est vite dit puisque  sa dernière mission lui a laissé une épaule endolorie et qui se révélera un sérieux handicap en pleine action, mais n’anticipons pas.

La nouvelle James Bond Girl – enfin l’une des deux – est à nouveau française : à Carole Bouquet (For your Eyes only) succède Sophie Marceau dans un rôle ambigu avant sa résolution.

Mais surtout, c’est ce film qui voit les adieux de Desmond Llewelyn à la série : il s’éclipse de manière tout à fait pertinente, come un vieil acteur qui quitte la scène sur une plateforme qui descend. Cet adieu est à double sens : Desmond Llewelyn participe ici à son dernier film puisqu’il meurt un petit peu plus d’un mois après la sortie du film dans un accident de voiture.

Son remplaçant n’est autre que le grand John Cleese (en talent et en taille) que Bond va surnommer « R » : normal, il vient après « Q ».

 

Pour le reste, on retrouve une histoire un tantinet convenue avec une histoire de suprématie économique qui passe par la domination pétrolière et pétrolifère, avec un tueur psychopathe qui a la particularité d’avoir une balle de révolver dans la tête et qui détruit petit à petit son système nerveux (Robert Carlyle). Ajoutez à cela la présence (ou le retour) de Robbie Coltrane (Zukowsky) qu’on avait déjà rencontré dans GoldenEye.

Mais dans l’ensemble, il ressort une impression de lassitude chez Pierce Brosnan qui, à son tour ne peut lutter contre le temps qui passe, même s’il n’a pas encore atteint l’âge canonique de Roger Moore qui gardera longtemps le record d’âge avancé de l’interprète de JB.

Notons tout de même que pour une fois le film fait la part belle à M (Judi Dench) qui nous montre qu’elle n’est pas arrivée à ce poste-là par hasard, ni par souci de compensation (1).

 

Autrement, et malgré une séquence d’introduction toujours aussi spectaculaire, c’est une aventure en demi-teinte, voire en sous-régime. Tous les ingrédients sont là mais on n’y retrouve pas spécialement la verve des plus grands épisodes.

Peut-être était-il temps de passer la main ?

 

Dommage.

 

(1) Ce qu’on appelle chez nous la « parité femme-homme ».

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gangsters, #Georges Lautner, #Michel Audiard
Les Tontons flingueurs (Georges Lautner, 1963)

Il existe une analogie entre le bon vin et Les Tontons flingueurs : tous les deux se conservent très bien et chaque nouvelle dégustation apporte son lot de plaisirs supplémentaires.
Mais à la différence d’un bon vin, le stock des Tontons ne diminue pas une fois consommé. Le film reste intact pour chaque nouvelle séance de visionnage.

 

Bien sûr, ce sont d’abord des dialogues d’Audiard dont on se souvient : jamais le grand Michel n’aura été en verve. Il faut dire que les interprètes sont à la hauteur de leurs répliques, avec en tête Bernard Blier (Raoul Volfoni) qui n’avait pas son pareil pour balancer les répliques de son ami dialoguiste.

 Lino Ventura (Fernand Naudin), quant à lui, passe du côté de la comédie, lui qui jouait déjà les gros durs auparavant se retrouve dans une histoire pas sérieuse pour deux sous mais son passé de truand « sérieux » confirmé va tout d’abord nous faire croire à un film de gangsters habituel. Ce n’est pas sa première prestation chez Audiard, puisqu’on l’avait vu deux ans plus tôt dans Un Taxi pour Tobrouk, où il enchaînait les bons mots dans une atmosphère plus tragique.

Ici, sa première grande réplique – « pourquoi pas de la quinine et un passe-montagne, on croirait vraiment que je pars au Tibet » - ne nous laisse pas encore présager du ton véritablement comique que va prendre le film.

 

Ce ton, d’ailleurs, va mettre du temps à s’imposer, essentiellement quand les premiers bourre-pifs vont tomber (1). Certes, les premières interventions des frères Volfoni (Blier & Jean Lefebvre) nous donnent une indication quant au comique à suivre : le « nervous breakdown » de Lefebvre avec accent français à couper au couteau est absolument savoureux (2).

D’une manière générale, les Volfoni, et surtout Raoul, seront le ressort comique du film, accumulant bons mots et coups de poing dans la figure.

 C’est d’ailleurs cette dernière réplique qui donne tout son sel au film et en fait un témoignage précieux de la France du début des années 1960. Outre ces « crises de nerfs » anglicisées qui fleurissaient sur les lèvres des contemporains, on retrouve dans ce film de nombreux éléments de la vie sociale et politique française, voire certaines références à son histoire récente.

 

Du point de vue social, c’est l’explosion du phénomène jeune qui nous est ici présenté. En effet, depuis quelques années, les jeunes gens sont devenus une cible privilégiée des publicitaires et les adolescents sont – enfin – reconnus dans la société. Europe 1, radio phare de l’époque leur consacre même une émission quotidienne : S-L-C Salut les Copains.

On retrouve ces jeunes pendant la fête donnée par Patricia. Cette « petite dinette au coin du feu » est en fait ce qu’on appelle alors une « surprise-party » avec ses débordements inévitables dus à l’alcool (incursion de Béatrice Delfe dans la scène culte de la cuisine). Cette charmante soirée est l’occasion aussi pour l’équipe de se moquer gentiment de cette jeunesse tellement décalée avec les aînés qui nous intéressent : la musique (formidable) de Michel Magne enchaîne la mélodie habituelle avec des paroles on ne peut plus primaires – « yé yé la la » (ad lib) – pendant que les corps des adolescents se trémoussent en rythme. On retrouvera cette même propension à la danse dans le final de Ne nous fâchons pas.

Nous sommes aussi en pleine société de consommation et on peut remarquer certains éléments qui étaient en train d’envahir les ménages français : le frigo et la télévision. Mais ces deux appareils emblématiques ne sont pas encore totalement démocratisés (le frigo oui, mais pas la télévision) et le fait qu’Antoine Delafoy (Claude Rich) soit d’une bonne famille qu’on devine facilement aisée explique la présence de ce récepteur.

 

Politiquement, c’est le premier mandat du général de Gaulle et la situation algérienne est réglée (en principe) depuis les accords d’Evian l’année précédente.

C’est le Mexicain (Jacques Dumesnil) qui fait référence le premier à De Gaulle à propos de sa succession : « j’aurais pu organiser un referendum. »

C’est par ailleurs Madame Mado (Dominique Davray) qui recadre le paysage politique de ce microcosme pendant la séquence sur la péniche : « Il avait l’esprit de droite. […] Quand tu parlais augmentation ou vacances, il sortait son flingue avant que t'aies fini. Mais il nous a tout de même apporté à tous la sécurité. » N’en concluons tout de même pas que Raoul était de gauche, et de toute façon, ce n’est pas notre propos ici.

Une deuxième allusion au Général est du fait de monsieur Fernand pendant cette même séquence : « […] vous êtes des hommes d’action  je vous ai compris [...] ». Et puisque j’évoquais la Guerre d’Algérie…

 

Le contexte historique enfin.

S’il n’y a aucune référence directe à l’année 1963 (le tournage a eu lieu au début de l’année pour sortir en octobre en Allemagne de l’Ouest), on peut tout de même avancer que le film est contemporain de cette date du fait des éléments exposés ci-dessus.

Les quelques références temporelles ne sont qu’à demi précises, mentionnant des nombres d’années (15 ans, 10 ans) ou une époque particulière (« les années terribles » ; « sous l’Occup’ ») voire un lieu géographique (« Biên Hòa, pas tellement loin de Saïgon »).

Mais malgré tout, une histoire dans l’Histoire se dégage de ces quelques indications.

Tout d’abord on peut dire que le Mexicain a été exilé en 1947-48, les quinze années antérieures dont parle Fernand en début de film. Mais ce sont les déclarations de Maître Folasse (Francis Blanche) et Raoul Volfoni – voir plus haut – qui nous renseignent sur le passé de tout ce beau monde. Pendant l’Occupation, il semble que ces messieurs ont participé activement aux opérations en France.

On peut supposer qu’ils étaient du bon côté et que ça leur a servi un temps : une forme d'amnistie. En effet, Fernand Naudin n’est pas ce qu’on pourrait appeler un tendre et on peut concevoir que son passé de truand était bien chargé. Mais nous apprenons qu’il dirige une société d’engins agricoles tout ce qu’il y a de plus régulière : « Moi aussi j’ai mes affaires, tu comprends ? Et les miennes en plus, elles sont légales. »

On peut alors aisément imaginer que son raccrochage fut obtenu en contrepartie de ses activités patriotiques pendant la guerre. A moins que ce soit suite à la guerre d’Indochine, puisque le futur Vietnam semble connu de ces messieurs.

En effet, Volfoni, quand il mentionne Biên Hòa, nous ramène à cette guerre d’indépendance. Il semble donc que nos héros y aient participé, dans leur jeunesse.

 

Bref (4), si les Tontons flingueurs ont toujours le même succès – populaire parce que question critiques, ce n’était pas vraiment ça à la sortie – c’est bien sûr grâce à l’interprétation magistrale et une réalisation sérieuse sans pour autant s’y prendre trop (au sérieux). Et aussi grâce aux répliques ciselées de Michel Audiard, au sommet de son art. Mais pas seulement.

Si le film continue inlassablement à plaire aux spectateurs français, c’est avant tout parce qu’il fait partie de leur histoire et qu’il leur ressemble.

 

(1)   Léon (Marcel Bernier), le marin prolixe puis Freddy (Henri Cogan).

(2)   [nƐrvusbrƐkdon] (« nervousse braiquedaune » pour ceux qui ne lisent pas l'alphabet phonétique)

(3)   Parlez-vous Franglais d’Etiemble paraîtra l’année suivante.

(4)   Terme pas spécialement adapté après cette tartine...

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Oliver Hirschbiegel
Invasion (The Invasion - Oliver Hirschbiegel, 2007)

Carol Bennell (Nicole Kidman) est psychanalyste, vit seul avec son fils Oliver (Jackson Bond) depuis son divorce d’avec Tucker Kaufman (Jeremy Northam).

Ce dernier, suite à une catastrophe aérienne – une navette spatiale qui a explosé en plein vol – a contracté un virus déshumanisant.

Mais ce virus n’en est pas un: il s’agit d’une tentative de domination de la terre par des extra-terrestres qui se sont introduits sur la planète à travers la navette. Progressivement, ils vont prendre possession des humains qu’ils rencontrent en leur inoculant leur soi-disant virus. Ensuite, il suffit de s’endormir : quand on se réveille, on ne se rend compte de rien et il est trop tard…

 

Bien sûr, on pense à l’Invasion des profanateurs de sépultures, la première version de Don Siegel du roman de Jack Finney. Et c’est tout à fait normal : le générique de fin nous annonce qu’il s’agit d’une nouvelle version (la troisième depuis 1956) de cette intrigue on ne peut plus angoissante (1). Mais ce qui faisait – un peu tout de même – le sel des différentes versions antérieures, c’étaient les cosses géantes. Ici, elles ont disparu au profit d’un virus très agressif dont on peut voir la progression dans le corps de Carol à mesure qu’elle s’endort.

Mais la grande différence, c’est le sexe du narrateur qui devient une narratrice. Ou tout du moins, c’est du point de vue d’une femme que se place l’intrigue. Mieux même, du point de vue d’une mère. Elle est le centre de l’attention et ce sont les hommes qui gravitent autour d’elle. Outre son fils et son ex, on trouve deux autres hommes importants : Ben Driscoll (Daniel Craig) et le docteur Stephen Galeano (Jeffrey Wright). On notera par ailleurs que ces deux derniers acteurs sont aussi ensemble à l’affiche des deux James Bond qui ont encadré ce film : Casino Royal un an avant et Quantum of Solace l’année suivante. Et encore une fois, c’est Jeffrey Wright qui se contente du second rôle.

 

Mais bien sûr, c’est Nicole Kidman qui prend – fort justement – toute la place, montrant qu’on n’a pas besoin d’être un homme pour sauver la situation – il y a encore des gens qui ne l’ont pas compris – et surtout le monde entier. Parce qu’encore une fois, c’est l’Amérique qui sauve le monde, ou en tout cas, c’est ainsi que cela nous est présenté. La fin ouverte de Siegel ou la tragique de Kaufman (1978) ont disparu pour revenir à un dénouement heureux comme l’avait imaginé Finney originellement, mais sans tout ce qui concerne les cosses (2).

 

Le film est bien rythmé, le montage est dynamique sans pour autant nous abreuver de cadrages surmultipliés ni de ralentis briseur de tempo. Bref, c’est efficace et bien enlevé. Malgré tout, je reste un grand fan du film de Siegel et de son aspect beaucoup plus naturel et donc bricolé, les quelques séquences numériques montrant l’évolution du virus dans le sang de Carol n’apportant pas grand-chose à l’intrigue : on aurait très bien pu s’en passer, surtout que les explications de Galeano sont claires et précises. Autant les placer à ce moment d’explications et se concentrer sur la situation externe de nos personnages.

 

Quoi qu’il en soit, on passe un moment fort agréable avec Carol et Ollie (Oliver) et toute cette histoire de virus a un écho fort actuel aujourd’hui, alors que continue de se propager le Covid-19. On retrouve les mêmes files interminables de gens qui attendent et des autorités – à la solde des extra-terrestres – qui rassurent la population en minimisant les risques encourus.

Pour le reste, rien de bien nouveau. On retrouve le même couplet tantinet pessimiste sur ce qui fait que l’homme est homme et donc, bien entendu, ses imperfections…

Je reste tout de même convaincu que la version Siegel avec ses aspects de propagande anticommuniste reste la plus pittoresque et par là-même la plus intéressante.

 

  1. Sur les quatre films je n’ai manqué – pour l’instant – que celui de 1993, réalisé par Abel Ferrara.
  2. Hélas ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #S.M. Eisenstein
Le Cuirassé Potemkine (Броненосец «Потёмкин - Sergueï M. Eisenstein, 1925)

Fort du magnifique La Grève, Eisenstein revient, cette même année avec ce nouveau film qui va devenir le symbole de toute son œuvre, l’histoire de ce cuirassé rebelle qui amena la révolte à Odessa et surtout l’une des séquences les plus célèbres et les plus magnifiques du cinéma : les marches d’Odessa (quatrième partie).

A nouveau, nous sommes dans la Russie tsariste, et bien entendu, nous assistons à une oppression meurtrière des forces de l’ordre (ancien), qui se déchaînent face à une foule pacifique qui n’a pour seul tort que d’acclamer la révolte des marins du cuirassé.

Petite cause, grands effets : alors que les marins refusent de consommer de la viande avariée – on y voit des asticots – une partie d’entre eux est condamnée à être fusillés, pour l’exemple cela va de soi. Mais l’exécution n’a pas lieu et les marins sont sauvés. Jusqu’à ce qu’un haut gradé s’empare d’un fusil et tue le brave et vaillant Grigory Vakoulintchouk (Aleksandr  Antonov) qui mena la révolte.

C’est pendant l’hommage rendu par la population d’Odessa à ce marin qu’ont lieu les exactions de l’armée tsariste sur les marches.

 

Voilà une soixantaine d’années (1958), ce film fut sélectionné parmi les 12 meilleurs films du monde. Certes, le montage est magnifique, mais je pense que beaucoup des jurés avaient oublié (voire ne connaissaient pas) le film précédent d’Eisenstein dont j’ai déjà parlé ici.

En effet, alors qu’il avait réussi un premier long métrage formidable, donnant une dimension universelle à son propos, j’ai l’impression que traiter un sujet historique a bridé le grand Sergueï, empesant son film malgré la séquence choc des escaliers.

Pourtant, on retrouve ici toute sa science du montage et sa direction de la foule, deux composantes indissociables de son cinéma. De plus, la photo d’Edouard Tissé propose de très beaux plans des individus qui composent cette foule en mouvement, accentuant les différents éléments tragiques de l’intrigue : des gros plans de visage dont celui de la femme touchée par une balle restent inoubliables. Eisenstein, encore une fois, réussit à doser la proportion collective et individuelle de son scénario – Vakoulintchouk, véritable leader bolchévik opposé à la foule innombrable qui vient se recueillir devant le corps de ce dernier – confirmant définitivement que la seule star de ses films – de cette époque – c’est bien la foule, ce peuple qui a porté les communistes au pouvoir. Et Eisenstein lui rendra à nouveau hommage dans son film suivant : Octobre.

 

Il est clair que Le Cuirassé Potemkine est un film inoubliable, mais je trouve tout de même sa réputation un tantinet surfaite. En effet, son film précédent avait les mêmes qualités que celui-ci pais avec un élément universel flagrant. Ici, nous sommes prisonniers du temps et si les récriminations de Vakoulintchouk et des autres marins sont bien entendues dans la droite ligne de l’idéologie dominante en URSS en 1925, l’aspect daté freine le souffle épique qu’on ne trouve vraiment que pendant la grande scène (1). Et même la photo de Tissé (et Popov) n’empêche pas un dose d’ennui devant cette intrigue propagandiste.

Mais surtout, Eisenstein qui s’est inspiré du récit de Nina Agdjanova-Choutko, arrête son intrigue à la réunion des vaisseaux tsaristes. Ce n’est pas une erreur historique, loin de là, mais il faut tout de même savoir que l’unité trouvée au final ne durera pas longtemps, et tout retournera comme avant : la révolution est pour 1917, pas avant !

 

Reste tout de même cette extraordinaire séquence de foule sur les marches d’Odessa avec les Cosaques qui descendent l’escalier en tirant pendant que la foule s’égaye au milieu des cadavres qui ne cessent de tomber, et surtout le landau qui dévale les marches pendant que le bébé pleure,  avant de se renverser. La caméra est toujours au bon endroit et c’est absolument magnifique, mais c’est aussi une séquence d’une grande violence, atténuée par l’âge du film et le format en noir et blanc. Cette séquence rappelle une autre vérité historique : les soldats du tsar étaient des criminels endurcis qui étaient capable de tuer sans beaucoup d’hésitation pour faire régner l’ordre.

Près de 100 ans après, on remarque que cette violence se retrouve toujours dans les rues, en Russie comme ailleurs. (2)

Hélas.

 

  1. Toujours la même !
  2. L’actualité nous le montre trop souvent.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Nikolaj Arcel
La Tour sombre (The dark Tower - Nikolaj Arcel, 2017)

Stephen King est de retour au cinéma.

Encore une fois.
Il faut dire que le grand Stephen est un auteur rêvé pour n’importe quel réalisateur. Ses histoires – extraordinaires, à plus d’un titre – sont très souvent impressionnantes et une garantie pour le spectateur de passer un bon moment.

Et c’est le cas ici, dans ce film de Nikolaj Ancel où on trouve une intrigue mêlant science-fiction paranormal et action, servi par un duo Idris Elba/Matthew McConaughey très convaincant.

 

Mais malgré tout, il manque un je-ne-sais-quoi qui aurait pu faire de ce film un grand moment de cinéma. Qu’on ne s’y trompe pas, je ne me suis pas ennuyé pendant ce film, loin de là, le rythme du montage nous tient en haleine, mais il manque une dimension presque métaphysique pour le parachever. Mais reprenons.

 

Depuis quelques temps, New York est le témoin de tremblements de terre à répétition – d’habitude, c’est plus San-Francisco – et le jeune Jake Chambers (Tom Taylor) fait des cauchemars à répétition dans lesquels une sorte de pistolero – Roland (Idris Elba) – combat un homme en noir – Walter (Matthew McConaughey) – qui s’attaque au fondement de l’équilibre de l’univers : la tour sombre qui empêche le Mal de s’introduire et de transformer ce même univers en enfer.

Bien sûr, et malgré l’incrédulité de son entourage, les rêves de Jake sont une réalité et ce dernier va donc s’échapper de sa réalité pour rencontrer Roland et donc combattre Walter.

 

Si le film fut un semi-échec – surtout aux Etats-Unis – ce n’est pas faute d’avoir appliqué le principe hitchcockien du méchant : Matthew McConaughey campe un Walter détestable à souhait, un de ces affreux au sang-froid à toute épreuve et qui tue comme d’autres vont travailler. Son statut magique – il est sorcier, mais pas vraiment dans la même lignée qu’Harry Potter – ajoutant à son art mortifère.

Mais comme je le disais, il manque une dimension plus spirituelle – le format du film, 95 minutes étant peut-être une des raisons – qui aurait pu être un plus. En effet, la première séquence voit des enfants jouer puis être interrompus par un signal sonore auquel répondent certains d’entre eux qui rejoignent un centre plutôt bizarre, participant alors à une expérience étrange qui fait naître de leur esprit un rayon puissant qui va attaquer la fameuse tour. Et bien sûr, tout ceci n’est expliqué qu’au fur et à mesure que le film avance. Mais il manque réellement une justification plus solide de ces expériences, les deux intertitres initiaux étant des plus obscurs pour le spectateur qui découvre cet univers – comme moi.

N’est pas Kubrick qui veut. En effet, le maître a lui aussi adapté – magistralement, évidemment (1) – Stephen King, et ici, il est fait référence ouverte à ce film et son intrigue : Jake est un autre enfant qui possède un don paranormal qui est ici appelé (en VO) « Shine ». Dois-je poursuivre cette analogie ?

 

Au final, je dirai que ce film est « pas mal ». Pas un chef-d’œuvre absolu, bien sûr, mais qui mérite tout de même le coup d’œil, rien que pour ses décors plus ou moins naturels. Certes, la fin est un tantinet convenue, mais peut-il en être autrement pour ce genre d’histoire ?

En prime, vous pouvez vous amuser à repérer les différentes allusions à l’univers de King, elles ne manquent vraiment pas, et pas seulement à propos du film de Kubrick…

 

  1. J'adore pléonasmer...

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Histoire, #Drame, #Ridley Scott
Duellistes (The Duellists - Ridley Scott, 1977)

Entre 1800 et 1816, en pleines guerres napoléoniennes (et même après), deux hussards se sont livré un combat sans merci dès que l’occasion se présentait. En quel honneur (1) ? On ne sait pas trop. Il se trouve que Gabriel Féraud (Harvey Keitel) a été contrarié par une démarche de D’Hubert (Keith Carradine) à son encontre suite – déjà – à un duel au résultat funeste.

AU gré des occasions, les deux hommes vont donc se rencontrer et s’affronter, à m’épée puis au pistolet, pour laver un affront plus ou moins réel, alors que le monde autour d’eux change, ramenant la monarchie en France pendant que l’Ogre (2) s’en va à Sainte-Hélène.

 

C’est curieusement dans sa quarantième année que Ridley Scott est révélé au public avec ce film en costumes situé au début du 19ème siècle. En effet, Scott vient de la publicité où il travaille depuis une vingtaine d’années. C’est d’ailleurs avec des spots publicitaires qu’il fait ses débuts derrière une caméra. Mais de là à passer au long métrage, ce fut un pari osé et parfaitement réussi.

Pour le scénario étonnant, il s’appuie sur le travail de Gérald Vaughn-Hughes qui adapte une nouvelle de Joseph Conrad, elle-même inspirée d’une histoire vraie : les différents duels qui virent s’affronter Fournier (Féraud) et Dupont (D’Hubert) à la même période. Le tout est vu selon de point de vue de D’Hubert, avec de très rares incursions du point de vue de Féraud.

 

Et malgré le titre, les duels ne sont pas des plus spectaculaires, comme on a pu en avoir l’habitude pendant les décennies précédentes. Certes, on assiste à des assauts impressionnants, mais on n’y retrouve pas la touche chorégraphique habituelle. Au contraire, Scott filme avec un souci d’authenticité voire de réalisme qui détonne par rapport canons du genre. Mieux : l’un des affrontements qu’il nous est donné de voir montre les deux adversaires dans un état d’épuisement très avancé, les différents témoins devant interrompre les assauts devant le spectacle devenu lamentable qui leur était offert.

Et d’une manière générale, mis à part le premier et le dernier affrontement, on sent que les différentes rixes ne sont pas les éléments les plus importants du film. Le premier parce qu’il pose les bases des autres rencontres, et le dernier parce qu’il solde définitivement les comptes, même si ce n’est pas de la manière dont on aurait pu l’imaginer.

 

Féraud, pour D’Hubert, fonctionne comme une sorte de scrupule, dans le sens premier du terme (3) : D’Hubert vit sa vie militaire normalement mais est à chaque fois gêné par l’intervention de Féraud ou ses seconds qui remettent sur le tapis la querelle originelle.

Quelle querelle ? Trois fois rien, mais Féraud est un être fruste et borné qui ne se complaît que dans le duel, comme le montre sa première apparition dans le film.

Mais si Féraud est une espèce d’abruti vindicatif, il ne faut pas non plus considérer D’Hubert seulement comme une victime. En effet, ce dernier, bien que conscient de l’absurdité sur laquelle repose leur opposition, semble apprécier cet antagonisme, ou tout du moins ne fait pas grand-chose pour l’éviter, et ce malgré le danger évident que représente son adversaire.

A propos de cet adversaire, il y a une analogie entre Féraud et Bonaparte, à mesure que le film avance. Comme l’empereur, le soldat est tenace et revient sans cesse à la charge, jusqu’à la résolution finale qui possède quelques similitudes entre les deux hommes. De plus, le fait que Féraud est coiffé d’un bicorne accentue cette ressemblance.

 

Je terminerai en parlant de la photographie de Frank Tidy qui faisait lui aussi ses débuts au cinéma. Les images sont vraiment très belles et rappellent celles de Barry Lyndon (et donc John Alcott, le chef-op’) sorti deux ans plus tôt. On y retrouve la même lumière et les mêmes références à la peinture britannique du 18ème siècle : Hogarth bien sûr, mais aussi Constable Reynolds ou encore Gainsborough. L’influence est là, mais de là) à dire que Scott a copié Kubrick, je n’ose même pas l’imaginer. Scott a d’ailleurs reconnu l’influence de Kubrick et de son film, mais il faut en rester là : c’est avant tout le travail des artistes du 18ème et 19ème siècle qui est la véritable source d’inspiration iconographique.

 

  1. C’est le terme qui convient.
  2. Surnom de Napoléon par les royalistes.
  3. Du latin scrupulum qui signifie « petit caillou » : celui qu’on avait dans la chaussure et qui gênait la marche.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Mike Nichols
Le Lauréat (The Graduate - Mike Nichols, 1967)

Benjamin Braddock (Dustin Hoffman) revient chez lui après quatre années d’université, diplômé. Il est reçu en héros et est même le roi de la fête organisée par ses parents en son honneur.

Mais Benjamin semble absent, incapable de participer à ces réjouissances.

Parmi les invités, Mrs Robinson (Anne Bancroft) qui va tenter de séduire le jeune homme après lui avoir demandé de le ramener.

Après avoir refusé, Benjamin va tout de même céder aux avances de cette femme mûre et surtout mariée.

Puis revient Amy (Katharine Ross), la fille des Robinson.

Benjamin en tombe – réellement – amoureux.

 

Il y a chez Mike Nichols (dont c’est ici le second film) une faculté d’analyse incroyable. En effet, il arrive à chaque fois à synthétiser l’état d’esprit de son pays dans ses films. J’ai déjà parlé ici des années Reagan-Bush (Sr.) avec Working Girl, et il en va de même ici avec l’histoire de ce jeune homme un tantinet paumé, en décalage avec ses parents et surtout la société qu’ils lui proposent.

C’est une voie toute tracée qui s’offre à lui, que les jeunes gens de l’époque résumaient ainsi : avoir une éducation, un métier, élever des enfants et mourir.

Mais en 1967 (1), l’Amérique (le reste du monde aussi) est en pleine mutation et la jeunesse a d’autres envies, d’autres idéaux. On assiste à un rejet des valeurs de l’après-guerre avec en point d’orgue la guerre du Vietnam qui est en train de s’enliser et de tuer de plus en plus d’autres jeunes gens.

 

Et Mike Nichols, à travers un Dustin Hoffman formidable, exprime très bien le mal-être de cette partie de la population. A cela s’ajoute la relation sexuelle avec Mrs Robinson qui accentue le malaise de Benjamin.

De plus, on retrouve une notion forte de l’interdit voire du tabou dans cette relation : non seulement elle est plus âgée mais en plus elle est mariée. Et céder à cette femme, c’est s’enfoncer encore plus dans la contestation de cet héritage parental.

Dans le film, il me semble que la meilleure illustration du décalage entre Benjamin et cette société qui lui est imposée se situe dans l’hôtel Taft – là où il retrouve Mrs Robinson – quand il doit céder le passage à une troupe de vieux (2) : ils n’en finissent pas de passer, et en outre leur attitude, leurs regards et leur apparence ne donnent pas envie de devenir comme eux.

On retrouve d’ailleurs le même genre de regards dans le bus qui emmène Benjamin et Amy dans la séquence finale.

 

Et puis il y a le révélateur, l’événement qui va faire basculer Benjamin de l’autre côté (3). En effet, Benjamin n’arrive pas à se situer avant l’arrivée de la jeune fille, et le fait de coucher avec sa mère n’était qu’une façon d’exprimer son refus latent de cette société qu’il ne comprenait plus. Avec l’arrivée de la jeune femme, c’est un nouveau monde qui s’offre à lui, dont le maître mot est l’amour et où l’avenir n’est pas tracé ni balisé.

D’une certaine façon, l’irruption d’Amy dans la vie de Benjamin correspond à son passage à l’âge adulte. En effet, bien qu’il ne sache pas de quoi sera fait l’avenir – ils s’en vont dans le premier bus qui passe – il prend – enfin – sa vie en main. Il décide par lui-même et surtout pour lui-même. Une sorte d’adolescence qui se termine bien.

 

Si Dustin Hoffman fut la révélation du film, il ne faut pas minimiser le rôle d’Anne Bancroft : c’est pour elle la confirmation qu’elle fut une très grande actrice, assumant ce rôle – difficile – de femme mûre (4) un tantinet couguar dirait-on aujourd’hui, mais surtout assez scandaleux dans une époque où les mœurs n’étaient pas encore libérées. Elle possède un côté femme fatale qui sied à son personnage et qui pourrait nous faire croire qu’elle se range du côté de Benjamin, comprenant son mal-être. Mais la séquence de l’église va nous montrer le contraire : sous des abords un petit peu scandaleux, elle n’est pas différente des autres parents. Elle s’ennuie, c’est tout.

Autre moment très juste du film : la découverte du corps nu de Mrs Robinson par Benjamin : Mike Nichols utilise un montage ultrarapide et une alternance avec une caméra subjective pour traduire le trouble du jeune homme face à cette femme nue : le dialogue est entre coupé de visions très fugitives (presque à la limite du subliminal) du corps d’Anne Bancroft, pendant leur échange oral, ne permettant pas de distinguer vraiment les parties de son anatomie montrées. On se retrouve vraiment à la place de Benjamin qui oscille entre la fascination de ce corps qui s’offre à lui et une notion morale qui l’empêche d’en jouir pleinement, comme une idée de péché issue de ce monde qu’il est en train de refuser.

 

Beaucoup de jeunes gens se sont reconnus dans les personnages de Benjamin et Amy, qui retransmettaient fidèlement l’état d’esprit de la jeunesse américain de 1967. Mais je poserai toutefois un bémol : les deux jeunes gens sont issus de familles très aisées. En fut-il de même pour les jeunes de milieux (beaucoup) moins fortunés ?

 

  1. Le film fut tourné, monté et distribué cette même année, entre avril et décembre.
  2. On n’utilisait pas encore l’euphémisme « personnes âgées » à cette époque.
  3. Dix ans plus tard, on aurait pu parler de « côté obscur »…
  4. Elle n’avait pourtant que 6 ans de plus que Dustin Hoffman.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Actualité, #Politique
Rupture de Stocks

« Il y a eu une doctrine restrictive pour ne jamais être en rupture, que le gouvernement a prise et qui je pense était la bonne. Il y a eu ensuite un approvisionnement renforcé et une production renforcée, et nous n’avons jamais été en rupture. » Emmanuel Macron (BFMTV, 18-5-2020)

On a beaucoup glosé sur cette déclaration de notre chef de l’Etat, cette assertion relevant pour la majorité de ses détracteurs d’une volonté de prendre les gens pour des imbéciles.

Et cela se comprend puisque le matériel de protection dont il est question n’était disponible nulle part, pour la population (qui était confinée) et encore plus pour le personnel soignant qui se retrouvait « à poil » pour reprendre l’expression d’un médecin atterré qui s’exprimait sur une autre chaîne de télévision.

Je m’étonne tout de même que personne n’a pris le parti du président et de se dire qu’il disait la vérité quant aux stocks de masques.

 

En effet, en pleine prolifération des célèbres « fake news » (1) mises au goût du jour par un président blond américain, on se doit de se poser la question de la vérité de l’affirmation. Non pas pour savoir s’il y avait vraiment des masques, faire une enquête n’est pas de mon ressort ni dans mes capacités, mais au moins imaginer qu’il ait pu nous livrer une vérité, à défaut de LA Vérité que nous sommes tous en permanence en train de rechercher.

Mais prendre le parti de reconnaître que le président Macron a dit la vérité me fait beaucoup plus peur qu’autre chose.

En effet, si, comme il le dit, il n’y a jamais eu rupture de stock, où étaient les masques nécessaires au bon fonctionnement des hôpitaux, services et entreprises indispensables qui en en avaient un besoin vital (2) ?

Cela conduirait à penser que des stocks furent sciemment mis de côté en plein cœur de l’épidémie, laissant des infirmières, médecins, caissières et tout autre personnel indispensable dans une situation dangereuse voire mortifère.

J’en déduis une responsabilité criminelle de la part de ceux qui savaient qu’il existait ces masques et qui ont laissé une forme de pénurie s’installer.

Certes, la population a montré qu’elle savait être solidaire et a participer à la confection du matériel manquant (surblouses, etc.) mais cela n’enlève aucunement les responsabilités aux différents niveaux de l’Etat (jusqu’au plus haut qui assume au niveau national). Responsabilités qu’il faudra établir et responsables qu’il faudra d’une manière ou d’une autre juger : plus de 29.000 personnes sont mortes (3) !

 

En conclusion, je pense que notre cher président, ce 18 mai dernier, aurait mieux fait ne rien déclarer concernant les stocks de matériel, puisque de quelque côté qu’on se place – vérité ou mensonge – on en arrive à une situation inextricable :

-          Soit le président nous ment (est-ce envisageable de la part d’un aussi haut serviteur de l’Etat ?) et on peut en outre lui reprocher une gestion de crise des plus minables ;

-          Soit il dit la vérité et dans ce cas c’est sciemment qu’on a laissé le virus se propager, envoyant à la mort des milliers de personnes.

 

Effrayant, non ?

 

(1)    Ca sonne mieux que « mensonges » !

(2)    Dans un tel contexte, ce terme est on ne peut plus pertinent et effrayant.

(3)    Au moment où j’écris (10-6-2020)

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jean Yanne
Tout le Monde il est beau, tout le monde il est gentil (Jean Yanne, 1972)

Christian Gerber (Jean Yanne) est reporter pour Radio+, chaîne nationale, propriété du riche président Thulle (Bernard Blier).

Revenant d’Amérique du Sud, il constate que la radio vient de changer de ton : elle ne parle que de Jésus.

Passés la surprise et surtout l’agacement, Gerber se met à cette nouvelle tendance, ce qui n’est pas du goût de tout le monde et surtout en haut lieu : il est renvoyé.
Mais la qualité déclinante des émissions le remet en selle : il va pouvoir diriger sa radio, celle de la vérité…

 

Bien sûr, ce film a vieilli. Près de 50 ans après, on s’amuse des différents styles rencontrés : les vêtements, les coiffures et les différents éléments de décor – les couleurs aussi – fleurent bon les années 1970.

Mais sur le fond, le propos a beaucoup moins progressé en âge.

En effet, à une époque où l’information est omniprésente de quelque nature qu’elle soit, on peut encore voir que le propos développé par Yanne n’a pas beaucoup évolué. Et si l’ORTF – véritable organe d’état de l’information publique – est toute puissante, il n’y a plus de Ministère de l’Information (il reviendra l’année suivante), mais un Comité Interministériel pour l’Information (CII) qui maîtrise cette dernière.

C’est bien sûr contre cet organe que s’élève Jean Yanne dans cette comédie (très) acide sur le monde radiophonique.

Et Jean Yanne sait de quoi il parle : il intervient de nombreuses fois dans ce medium depuis près d’une dizaine d’années.

 

C’est donc une critique en règle qui nous est ici proposée, mais avec l’humour caustique de Jean Yanne, aidé de Gérard Sire au scénario. Là encore, il s’agit d’un témoin privilégié de cette période puisque Sire travaillait pour France Inter à la même époque (1).

Et pour monter ce projet, Yanne s’est entouré des comiques de son époque dont très peu sont aujourd’hui encore en vie : Daniel Prévost (Sylvestre Ringeard), Maurice Risch (Un rédacteur)...

Et Yanne ne fait pas dans la dentelle : la critique est acerbe et très souvent bien vue, avec une bonne dose d’humour indispensable pour mieux atteindre la cible.
Avec en prime une très belle déclaration de Gerber à Plantier (Jacques François, toujours magnifique) dans laquelle le premier explique au second avec pertinence la différence entre la grossièreté et la vulgarité. Un must !

Et le résultat fut à la hauteur de ses espérances : le film fit scandale et fut un immense succès, de quoi décider Yanne à renouveler l’expérience dans les douze années qui suivront.

 

Bien sûr, l’information est égratignée, mais c’est aussi le cas de la religion, le tout dans la mouvance qui suivit la sortie du film Jesus Christ Superstar, comme en témoigne la comédie musicale montée par Gerber et Jolin (Michel Serrault) qui en est directement inspirée.

Sans oublier le ton employé tout le long du film dans lequel souffle un vent de liberté.

Mais nous sommes en 1972, et cela ne reste que du cinéma : l’information et la parole sont muselés et il faudra attendre encore près de dix ans (1981) avant que les medias se libèrent (un peu).

 

Et quand on voit l’état actuel de medias, on se dit que ce film est toujours d’actualité : entre les émissions de télévision idiotes (euphémisme) et les informations trafiquées voire carrément fausses (2), on se dit qu’on aurait bien besoin d’un Gerber pour aider l’information et ramener l’intelligence.
Au final, c’est une comédie bine acide mais qui fait mouche, et si le comique ne fonctionne plus autant qu’à la première fois, il reste tout de même le plaisir de retrouver quelques grands seconds rôles du cinéma français.

Par contre, on peut regretter une omniprésence masculine ravalant les femmes essentiellement à des rôles d’agréments (sauf Marina Vlady et Jacqueline Danno) : le comité de rédaction de n’est constitué que d’hommes, et la réunion du programme futur (une belle reconstitution statique) ne contient aucune femme. C’était aussi un reflet de cette époque.
 

Six ans plus tard, Jean Yanne s’attaquait à l’autre grand media de l’époque avec un titre tout autant à rallonge : la télévision. Mais vous vous doutez bien que ceci est une autre histoire.

 

PS : je n’y peux rien, l’envie de pratiquer le tacatac me prend toujours après avoir visionné ce film…

 

  1. Il fait même une apparition… A l’entrée de l’ORTF !
  2. « Fake news », dit-on de nos jours…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Philippe de Broca
Le Magnifique (Philippe de Broca, 1973)

Bob Saint-Clar (Jean-Paul Belmondo) est un agent secret extraordinaire (1). Grand, fort, séduisant et d’une grande sagacité, c’est à lui que fait appel la France quand le chef des services secrets Albanais, l’immonde Karpov (Vittorio Caprioli), a des prétentions maléfiques mondiales.

Dans sa mission, Saint-Clar est assisté de la belle Tatiana (Jacqueline Bisset), et ensemble, ils arrivent – bien sûr – à déjouer les plans machiavéliques de leur terrible adversaire.

Jusqu’à l’intervention de madame Berger (Monique Tarbès), la femme de ménage, qui passe l’aspirateur sur la plage où viennent de débarquer toute une escouade de méchants Albanais…

 

Ca commence comme n’importe quel film de James Bond avec une séquence choc : ici, c’est un type enlevé dans une cabine téléphonique et relâché dans l’océan avant de finir mangé par un requin. Et jusqu’à l’intervention incongrue de la femme de ménage, Philippe de Broca continue de dérouler son intrigue un tantinet parodique du film d’agent secret, servi par un Jean-Paul Belmondo en pleine forme, comme dans la plupart de ses films des années 1970.

La femme de ménage, c’est le retour à la réalité : le magnifique Saint-Clar n’st rien d’autre qu’un personnage de fiction, créé et développé au gré de ses humeurs par François Merlin (Jean-Paul Belmondo), écrivain – à succès – de roman de gare.

 

Bien sûr, c’est là que se concentre le comique du film : le passage d’un univers à l’autre. Et il se fait dans les deux sens : Si certains faits « réels » interviennent dans l’intrigue romancée, Merlin va de son côté intégrer les gens qu’il côtoie dans les aventures de son héros. En effet, Tatiana n’est autre que la jeune Christine (Jacqueline Bisset), une étudiante en sociologie qui habite le même immeuble et l’infâme Karpov n’est autre que Georges Charon (Vittorio « Trouscaillon » Caprioli), son éditeur. De plus, ses déboires avec l’électricien (Jean Lefebvre) ou les plombiers (André Weber & Philippe de Broca) vont lui inspirer de nouveaux méchants qui, contrairement aux Albanais, conservent leur tenue de travail que nous leur connaissons.


On s’amuse beaucoup de ce constant va-et-vient entre le bureau de Merlin et Acapulco (l’intrigue du livre se déroule au Mexique), et il semble que nous ne soyons pas les seuls. Belmondo s’en donne à cœur joie dans ce rôle sur mesure où il peut exhiber, en plus de son talent, son corps d’athlète dans des poses esthétiques absurdes et bondir dans tous les sens au gré de l’inspiration de son double réel.

On a même droit à une parodie de Peckinpah quand Merlin décide de faire dans le sanglant : le sang coule à flot, au ralenti, cela va de soi !

 

Petit bémol toutefois : de Broca, en allant jusqu’au bout du concept n’évite pas l’outrance qui a tendance à atténuer la portée du film. Certes, ses interprètes – et surtout Belmondo – sont à la hauteur mais une telle accumulation a tendance à lasser, voire à faire décrocher. Le final du roman – spectaculaire certes – sort carrément du cadre établi dans la première séquence.

Mais de Broca a pour lui l’intrigue et dedans la toute puissance de son auteur (Merlin) : après tout, c’est lui qui décide de ce qui doit se passer !

 

 

  1. C’est lui, le « Magnifique » !

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