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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Anticipation, #Norman Jewison
Rollerball (Norman Jewison, 1975)

Le rollerball est un jeu très simple : il y a une boule d’acier qui file, vous la ramassez et la placez dans l’en-but.

Quelques précisions tout de même : les joueurs sont en patin à roulettes ou en moto et progressivement tous les coups sont permis. Bref, un sport hybride rassemblant le pire côté d’autres très en vogue aux Etats-Unis : le football et le hockey.

Le pire côté ? La violence.

Mais reprenons.

 

Jonathan E. (James Caan) est un joueur de rollerball mondialement célèbre et célébré. En pleine gloire et en pleine ascension de son équipe (Houston), on lui demande de prendre sa retraite. Ne comprenant pas la raison de cette demande, il décide de continuer. On va alors modifier progressivement les règles dans le seul but inavoué : se débarrasser de ce joueur désobéissant.

« On » ? Les différentes corporations (énergie, nourriture…) qui dirigent le monde.

Nous sommes en 2018 et les corporations ont pris le pouvoir après une guerre dont il est difficile d’avoir des informations.

Nous sommes donc dans un futur proche (de la sortie du film) et qui pour nous spectateurs est déjà du passé, un passé parallèle, bien sûr, mais en regardant de plus près, on peut tout de même se poser la question ? Est-il si éloigné de nous ?

 

Lors de ma première vison du film, c’est la violence qui m’avait choqué, laissant de côté l’aspect anticipation du film. Aujourd’hui, si la violence reste omniprésente, c’est l’aspect visionnaire de l’intrigue qui retient le plus mon attention : ce monde d’abondance, s’il reste marqué dans les années 1970, est avant tout une projection pas tellement éloignée de notre monde actuel. En effet, la mainmise actuelle des multinationales sur l’économie mondiale, dictant plus ou moins ouvertement aux différents gouvernements les décisions à prendre n’est pas très éloignée de ces conglomérats (corporations) sectorielles qui dirigent ce monde de plaisirs qui se repaît d’une violence gratuite portée par ce sport extrême.

 

Mais le véritable enjeu de l’intrigue, c’est la liberté aliénée aux profits de l’aisance et du confort, ce dernier étant le souverain bien dans cette société au bout du compte déshumanisée. Et c’est ce que va découvrir Jonathan, à partir d’une simple demande : un livre pour avoir des explications sur la guerre des corporations qui a eu lieu et a amené l’état politique de son monde.

Et quel monde !

 

Sur certains aspects, il ressemble à celui de The Sleeper (Woody Allen, 1973) la dimension comique en moins, où le plaisir et l’oisiveté sont les bases qui permettent de contrôler le peuple. S’ajoute ici ce sport d’une violence extrême qui accentue le pouvoir des corporations, permettant aux gens un exutoire qui les détourne de ce qui devrait être leur principale préoccupation : leur liberté.

Le rollerball, c’est une version moderne des jeux du cirque, dont le terrain de jeu est similaire à une arène. Les spectateurs viennent se repaître de la violence générée par ce drôle de sport comme les Romains venaient voir mourir des gladiateurs. Et cet appel à la mort s’exprime encore plus clairement lors de la finale qui voit s’affronter Houston et New York, le public new-yorkais appelant sans équivoque à la mort du champion Jonathan.

Et ce parallèle romain est exploité hoirs de l’arène : la soirée à laquelle sont conviés Jonathan et son coéquipier Moonpie (John Beck) (1) : c’est une soirée de plaisir (boisson, drogue, sexe) où s’ébat une société de désœuvrés dont l’amusement suprême est de mettre le feu à des arbres.

 

Et comme beaucoup de films d’anticipation de cette période (Soleil Vert, Orange mécanique…), c’est avant tout le monde dans lequel sort le film qui reste la base de cette anticipation. Les décors sont ceux qu’on peut trouver dans les films « actuels » de l’époque, les bâtiments ne sont pas des maquettes (ici on reconnaît le village olympique de Munich) et cette société n’est qu’un avatar possible de ce que peut devenir celle de 1974-75, où le choc pétrolier n’a pas encore eu les répercussions qu’on connaît, et la crise ne s’est pas encore installée.

 

Le film reçut un accueil mitigé, ce qui peut se comprendre : la violence y est omniprésente et à la différence de l’Orange mécanique de Kubrick, n’est pas chorégraphiée. Mais surtout, le monde totalitaire (2) qui est proposé est beaucoup plus insidieux que celui de Soleil vert, voire plus réaliste, au vu de la véritable situation de 2018.

Un film à (re)découvrir.

 

  1. Il est amusant de noter aussi la présence de John Beck dans le film de Woody Allen.
  2. Autre indicateur de ce régime, la police de caractère unique qu’on retrouve sur n’importe quelle inscription, des noms de lieux, de direction ou les chiffres utilisés sur les maillots des joueurs.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Henry Koster
Harvey (Henry Koster, 1950)

Harvey (Harvey) est un pooka. Un esprit celtique de grande taille qui prend le plus souvent la forme d’un animal et qui apparaît ici et là. Il a aussi tendance à faire des petites plaisanteries anodines et comment allez-vous Mr. Wilson ?

Tel est la présentation « sérieuse » qui nous est fait de Harvey, bien que je préfère celle d’Elwood P. Dowd (James Stewart) : un lapin d’un peu plus d’un mètre quatre-vingt-dix qui est son meilleur ami.

Sauf que ce meilleur ami, personne ne le voit. Pourtant…

Est-il imaginaire ? C’est la conviction de Veta Simmons (Josephine Hull) qui veut faire interner son petit frère dont l’attitude fait fuir les rares invités qu’elle réussit à amener chez elle. Ou plutôt chez lui.

 

 Il y a dans cette pièce de Mary Chase des éléments qu’on retrouve habituellement (au cinéma) chez Frank Capra, et ces mêmes éléments sont accentués par la présence d’un de ses acteurs fétiches : James Stewart. Elwood P. Dowd ressemble à un cousin de la famille Sycamore-van der Hof (1) tant il paraît dégagé des contingences matérielles de la société américaine. Sa première intervention sociale du film le voit accepter une lettre qu’il s’empresse de déchirer une fois le facteur parti.

 

Certes, l’héritage (financier) maternel lui permet de mener une vie oisive qu’il partage entre sa maison et chez Charlie, son bar attitré.

Mais sa philosophie de la vie n’en demeure pas moins séduisante et pleine de bon sens : pour être heureux, il faut soit être intelligent soit être aimable.

Et si Elwood a choisi l’amabilité, il ne faut pas en conclure que c’est par manque de l’autre alternative : bien au contraire, c’est un personnage attachant dont l’intuition est salutaire pour tous. Il faut le voir distribuer cette amabilité pour s’en rendre compte : Dowd est un altruiste pur, capable de tout donner pour le bonheur des autres.

 

Et James Stewart est un Dowd extraordinaire : le sourire continuellement aux lèvres, il a l’amabilité contagieuse. De plus, sa performance avec Harvey est absolument magnifique : sa sincérité nous ôte tous les doutes nés de notre première rencontre avec lui : il sort de chez lui et laisse passer quelqu’un d’invisible. Et les différentes situations dans lesquelles Dowd s’entretient – à haute voix – avec Harvey amènent des situations comiques irrésistibles.

Mais cette folie apparente n’est qu’un leurre et nous, spectateurs nourris aux mamelles de Capra savons que les apparences sont trompeuses : il suffit de repenser à Longfellow Deeds (2) et son comportement, différent des autres, qui n’est pas sans similarités avec celui de Dowd. Et d’une certaine manière, la réaction de Veta et sa fille n’est pas sans rappeler celle de la société face à Deeds : pas de procès mais une volonté de le mettre « hors d’état de nuire ».

Cela nous amène à l’autre grande interprète du film : Josephine Hull. Habituée de la scène, sa dernière apparition sur grand écran était justement avec Capra et c’était déjà une adaptation théâtrale : Arsenic et vieilles Dentelles (1944). Elle est ici une Veta Simmons elle aussi fabuleuse, une personne saine qui arrive à faire croire qu’elle est folle (3) sans pour autant tomber dans l’hystérie : un tour de force.

On notera alors deux grands morceaux d’anthologie dans ce film : Veta expliquant au docteur Sanderson (Charles Drake) la folie de son frère et qui amènera son propre internement ; Elwood décrivant au même Sanderson et à Miss Kelly (Peggy Dow) sa rencontre avec Harvey et ce que cela a changé dans sa vie.

 

Une grande comédie, un tantinet douce-amère, sur la différence et la facilité d’enfermer les gens dans des cases, alors qu’ils sont tout bonnement – et réellement, sans euphémisme – différents. Le film préféré de James Stewart. Pas étonnant.

 

  1. Vous ne l’emporterez pas avec vous (1938) dans lequel joue d’ailleurs James Stewart.

  2. L’extravagant Mr. Deeds (1936) avec Gary Cooper dans le rôle-titre.
  3. Certes, Sanderson est psychiatre, alors c’est plus facile, mais tout de même…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Jérôme Salle
L'Odyssée (Jérôme Salle, 2016)

1949-1979

Trente ans de la vie de Jacques-Yves Cousteau (Lambert Wilson), océanaute patenté qui révolutionna – mais pas tout seul – la vision du fond des océans et contribua, dès 1960 (1) à la protection de ces derniers en montrant les beautés que recèlent les différents fonds marins.

Ces trente ans couvrent la période de son émancipation de l’armée jusqu’à la mort de son fils cadet Philippe (Pierre Niney), à bord de son hydravion Calypso II.

 

Le souhait de Jérôme Salle était de faire découvrir aux nouvelles générations ce personnage haut en couleur (2) et qui a presque complètement disparu du paysage français en moins d’une vingtaine d’années (3) : longtemps il fut l’une des personnalités les plus plébiscitées par l’opinion publique.

Et la crainte que j’avais par rapport à ce film était la dérive hagiographique inhérente à ce genre de personnage : on ne retient que les bons côtés, histoire de ne pas trop abîmer le mythe.

 

Mais Jérôme Salle ne tombe pas dans ce piège et brosse un portrait sans concession de cet homme ambigu : sa relation houleuse avec ce même fils et ses différentes conquêtes féminines ne sont pas passées sous silence.

Certes, ce dernier point concernant les relations avec sa femme Simone (Audrey Tautou) est un tantinet erroné, mais ce n’est pas là l’aspect le plus important du film, et surtout cela permet à Audrey Tautou (4) d’avoir un rôle un peu plus étoffé que celui de son modèle, effacée publiquement malgré sa plus grande longévité à bord du bateau mythique du commandant.

N’oublions pas que ce film n’est pas un documentaire sur JYC mais avant tout un film, reflet de la vision de son réalisateur. Surtout que Jérôme Salle s’est en plus impliqué dans l’écriture du scénario (avec Laurent Turner). Les approximations sont alors normales, même si la base de l’intrigue résulte de biographies solides dont celle de Jean-Michel Cousteau (Benjamin Lavernhe), l’autre fils.

 

Et puis il y a la mer. Si la Côte d’Azur a été recréée en Croatie, l’équipe du film s’est tout de même déplacée dans différents endroits du monde dont l’Antarctique qui nous offre des images sous-marines aussi magnifiques que celles de la Méditerranée.
On y retrouve l’aspect merveilleux qui sera développé dans les films du marin pendant toutes ces décennies. Mais avec une thématique aérienne particulière.

En effet, il est fait référence au passé d’aviateur de Cousteau dont Philippe va reprendre le flambeau et qui amènera sa disparition : Cousteau-Wilson fait le parallèle pertinent entre l’apesanteur spatiale et celle de l’eau. Pertinent parce que les différents astro/cosmo/spationautes se sont tous un jour (et même plusieurs) entraîné·e·s dans l’élément aqueux.

 

On va alors retrouver cette idée dans les images de ces scaphandriers immergés qui évoluent librement au milieu de l’eau limpide qui disparaît alors. Le bleu de cette eau devient alors le ciel où le plongeur devient aérien, évoluant librement dans cet élément qui de tout temps a été le symbole de la vie.

 

  1. Ce n’est pas suggéré dans le film.
  2. Et pas seulement le rouge de son bonnet
  3. Cela faisait 19 ans qu’il était mort quand est sorti le film.
  4. Comment pourrait-elle devenir « vieille et moche » ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Ridley Scott
Black Rain (Ridley Scott, 1989)

Nick Conklin (Michael Douglas) est un policier de New York, impliqué dans une affaire de détournement d’argent de la drogue.

Témoin d’une agression dans son restaurant, il poursuit et met la main sur le tueur, un yakuza : Koji Sato (Yusaku Matsuda).

Il va l’extrader avec son collègue Charlie Vincent (Andy Garcia) au Japon mais le remet par erreur à ses complices.

Nick et Charlie vont alors prêter main-forte à la police japonaise, chapeautés par l’inspecteur Masahiro « Mas » Matsumoto (Ken Takakura).

 

La pluie noire don parle le titre est celle qui a suivi le largage de la bombe atomique d’août 1945. Laquelle ? Peu importe : c’est le « parrain » local Sugai (Tomisabura Wakayama) qui le raconte à Nick lors d’une entrevue.

Et cette pluie noire qui fut amenée par les Américains est le nœud de l’intrigue si on se place du point de vue de Sugai : dons cette histoire de fausse monnaie (des dollars), il est question de rendre la monnaie de sa pièce (1) à l’Oncle Sam en inondant le marché de devises vertes.

Mais pour Nick, il s’agit avant tout de réparer son erreur (ses erreurs).

Oui, encore une histoire de rédemption, même si elle ne dit jamais son nom.

 

Quatre ans après Year of the Dragon (Michael Cimino), Ridley Scott nous propose à nouveau un policier en butte  une culture qu’il ne connaît ni ne comprend pas. Il y a la barrière de la langue, certes, mais aussi la méthode et surtout cette notion d’honneur qui fait beaucoup défaut à Nick comme il le raconte à Mas.

Et cette collaboration internationale qui va lier les deux hommes va leur profiter çà tous les deux, amenant à Mas la reconnaissance et à Nick la rédemption attendue. Mais pour se faire, il va falloir passer par des moments de découragement voire de crise, avec des morts à la clef.

Et de ce côté-là, Scott ne fait pas dans la dentelle, puisqu’on a même droit à une décapitation sous les yeux effarés de Nick.

 

Bref, c’est un film policier qu’on peut qualifier d’efficace tout en restant un film de Scott, tant on retrouve l’atmosphère du réalisateur. La séquence qui a lieu près des forges n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’atmosphère de Blade Runner : sombre et étouffante, telle est l’ambiance qui règne dans toute cette partie. Et n’oublions pas que Deckard (Harrison Ford) mange asiatique quand nous le rencontrons…

Certes, Ridley Scott a fait de meilleurs films, mais celui-ci se laisse regarder avec beaucoup de plaisir, le choc de cultures et surtout l’héritage latent de la seconde Guerre Mondiale donnant une dimension particulière à cette histoire qu’i n’aurait pu qu’être une banale intrigue policière, ou une resucée du film de Cimino, tant certains aspects sont communs.

 

Alors, ne boudons pas notre plaisir…

 

PS : c’est le dernier film de Yusaku Matsuda qui mourut un mois et demi après la sortie du film.

 

  1. C’est le cas de le dire, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Road Movie, #Sam Mendes, #Tom Hanks
Les Sentiers de la perdition (Road to Perdition - Sam Mendes, 2002)

Michael Sullivan Jr. (Tyler Hoechlin) vit dans une famille américaine tout à fait normale : entre son père Michael (Tom Hanks) et sa mère Annie (Jennifer Jason Leigh), et auprès de son frère Pete (Liam Aiken). Ils ont une belle maison, une voiture et un garage, ce qui est bon signe dans l’Amérique de 1931, en pleine Dépression.

Il faut dire que Michael – le père – travaille pour l’un des hommes les plus riches de l’Illinois : John Rooney (Paul Newman).

Son emploi ? Tueur à gage. Oui, Rooney est ce qu’on pourrait appeler un « parrain » s’il était sicilien.

Un soir que Michael Sr. se rend à un rendez-vous avec Connor Rooney (Daniel Craig) – le fils de l’autre - ce dernier abat son interlocuteur (Ciarán Hinds). Jusque là, rien de plus normal. Sauf que Michael Jr. a assisté au meurtre. Il devient alors un témoin gênant pour Connor qui ne peut se contenter de la parole du père.

 

C’est seulement le deuxième film de Sam Mendes, mais quel film ! Il recrée avec bonheur l’Amérique de la grande Dépression, qui coïncide aussi avec la Prohibition et donc les gangsters devenus mythiques. Et si Frank Nitti (Stanley Tucci) apparaît à plusieurs occasions, Al Capone – il capo di tutti capi (1) – a été coupé au montage.

Qu’importe puisque c’est l’errance des deux Michael Sullivan qui nous intéresse ici, racontée essentiellement du point de vue du fils, comme c’est le cas dans le roman graphique de Max Allan Collins (scénario) et Richard Piers Rayner (dessins) qui sert de base à l’intrigue du film.

 

Et l’enjeu du film tient dans son titre : Road to Perdition. La traduction qui nous est proposée en français insiste plus sur l’aspect road-movie du film alors qu’à l’origine, « Perdition » est à double sens. Comme il s’agit d’un titre, il est normal que le nom perdition gagne une majuscule. Mais cette majuscule légitime cache un double sens très important : Perdition, c’est l’endroit où vi la tante du jeune Michael, au bord du lac Michigan. Cette perdition/Perdition devient alors l’enjeu véritable du film : y arriveront-ils ? Si oui, à laquelle ?

En effet, si Michael Sr., de par son activité professionnelle est déjà un homme « perdu », son fils a encore le choix de bien tourner et de ne pas être « comme son père », ainsi que le redoute ce dernier.

 

Avec bien sûr l’inévitable Rédemption, d’autant plus importante que Michael Sr. est un gangster très redoutable. Rassurez-vous, il y aura droit, et sans échappatoire possible : à nouveau, Tom Hanks disparaît avant la fin du film (c’était le cas dans Saving Private Ryan). Mais avant cela, il nous gratifie d’une très belle interprétation un tantinet à contre emploi – on le voit rarement dans un  rôle de méchant, même si ici Michael Sullivan n’est pas le pire de tous. C’est un tueur redoutable et froid – normal, c’est son boulot – mais la relation qu’il développe – enfin – avec son fils le rend plus humain et donc faible, permettant au spectateur de se ranger de son côté. On notera encore une fois une belle prestation de Paul Newman, dans son dernier rôle physique à l’écran (le vrai dernier sera une voix). Et je ne suis pas loin de rejoindre mon ami dessinateur Jean qui m’expliquait qu’Hollywood avait tendance à « recycler » ses vieux acteurs en les faisant passer du côté sombre. C’est le cas de Paul Newman ici, ce sera aussi le cas de Robert Redford dans Captain America : The winter Soldier.

 

Quoi qu’il en soit, Road to Perdition reste un film de gangster superbe, servi par quelques pointures dont certaines allaient se révéler dans les années suivantes (Daniel Craig), et soutenu par une très belle reconstitution qui nous ramène dans cette période terrible qui vit se côtoyer une grande misère ainsi qu’une richesse indécente et où les gangsters avaient aussi tendance à faire eux-mêmes la loi : ici, un seul policier dans tout le film. Et encore, il aurait mieux fait d’être ailleurs. Ou tout du moins ne rien oublier…

 

  1. Le grand Manitou

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Reginald Barker
La Galère infernale (Godless Men - Reginald Barker, 1920)

Black Pawl (Russell Simpson) est le rude capitaine d’une goélette qui évolue dans le Pacifique. A son bord, on trouve son second qui est aussi son fils, Red Pawl (Jim Mason) qui n’a qu’un seul désir : se débarrasser du vieux pour prendre a place, quitte à user de moyens extrêmes.

Lors d’une escale, ils prennent à bord un missionnaire – le révérend Sam Poor (Alec B. Francis) et la jeune Ruth Lytton (Helene Chadwick).

Cette dernière est le centre d’attention de tous, et surtout du second lieutenant Dan Darrin (John Bowers) qui tombe amoureux d’elle (et c’est réciproque). Le vieux Black Pawl lui-même se sent attiré inexorablement vers cette jeune femme.

 

Encore une fois, nous avons un titre mal traduit et qui occulte tout un pan de l’intrigue (1). Le titre original – « des hommes sans Dieu » – résume beaucoup mieux la situation sur le rafiot : c’st un univers rude – autant que la capitaine – où la faiblesse n’a aucune place et où le seul maître à bord est le plus fort, et Black Pawl est vraiment le plus fort, et le restera jusqu’au bout. On pourrait presque dire que Dieu les a abandonnés, mais la vérité est autre : il n’y a aucune place pour une quelconque divinité que le bateau.

Cet état de fait va amener une relation forte avec le pasteur Poor qui n’est pas le prêcheur qu’on attendait. A aucun moment il ne va imposer sa vision religieuse du monde au marin comme on a tendance à le voir habituellement dès qu’un clergyman arrive dans un lieu désolé.

Au contraire, Poor est patient et va laisser les choses se décanter : en faisant parler Black Pawl, il arrivera au même résultat que n’importe quel exalté religieux qu’on a l’habitude de voir. Mieux même, Black Pawl gagnera lui-même sa rédemption (2), Poor n’étant que le catalyseur de cette transformation.

 

Encore une fois (3), Reginald Barker traite d’un sujet familial où le destin a sa part. Et à nouveau, il fait preuve de la même maîtrise cinématographique pour raconter cette histoire maritime : le recours aux flashbacks et l'utilisation répétée de l’iris pour isoler un personnage où une situation donnent une épaisseur à cette intrigue et du relief aux différents personnages.

On peut toutefois regretter de ne pas assister au point de rupture entre le père et le fils : les explications que donne Black Pawl ne sont pas suffisantes et on ne comprend pas vraiment comment ils en sont arrivés là.

Certes l’océan n’est qu’un décor de l’intrigue et même la tempête n’a pas la portée symbolique qu’on aurait pu attendre : si l’orage gronde (surtout entre le père et le fils), le passage à l’acte n’aura pas lieu pendant le coup de tabac.

 

Reste un film de bonne facture d’un réalisateur aujourd’hui oublié, servi par une distribution à la hauteur des enjeux, avec en tête le duo Simpson-Francis absolument remarquable. Russell Simpson n’est pas encore dans la catégorie second (voire plus) rôle comme on le verra souvent chez John Ford, et il interprète un capitaine fort crédible, tout en subtilité quand il s’agit des séquences avec Helene Chadwick.

Quant à Alec B. Francis, son physique débonnaire est en parfaite adéquation avec ce rôle de pasteur singulier. Ses confrontations avec Simpson-Pawl n’en sont que plus plausibles : il reste à tout moment au niveau humain du capitaine, tout en faisant avancer ses convictions auprès de cet homme désespéré.


Une réussite.

 

  1. Dont je n’ai pas parlé plus haut, vous comprenez aisément pourquoi.
  2. Cette sempiternelle rédemption…
  3. Cf. The Italian (1915)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #F. Gary Gray, #Barry Sonnenfeld
Men in Black: International (F. Gary Gray, 2019)

Sept ans que Barry Sonnenfeld nous avait offert une fin à sa trilogie.

Ils sont tout de même de retour, et cette fois-ci, on peut vraiment compter une WiB (1) parmi eux : M (Tessa Thompson).

Pour le reste, rien n’a changé, seuls les menaces d’annihilation de la Terre changent, et bien sûr les protagonistes humains qui nous intéressent : les fameux MiB.

Z n’est plus là, et en plus le regretté Rip Torn (Z) nous a quittés un mois après la sortie du film, quant à J (Will Smith) et K (Tommy Lee Jones), on retrouve mention de leur passage dans l’agence à travers une gravure rappelant leur exploit du premier film.

Seules quelques créatures nous ramènent aux films précédents, dont les célèbres vers sur pieds qu’on aperçoit sortant du train intercontinental. L’autre étant Frank the Pug, le chien qui assure l’entrée du siège MiB.

 

Encore une fois, il est question de sauver le monde, et encore une fis, ils y parviennent, enfin surtout elle.

Elle, c’est la nouvelle venue dans l’organisation, M. Elle est très forte et sait que les MiB existent. Elle a quelque chose de J dans le premier opus, mais ressemble à son inverse. Tout d’abord, c’est une femme (évident, non ?), ce qui pose un petit problème – réglé avec humour – à propos de l’appellation de l’agence. De plus, J ne connaît pas l’organisation avant de rencontrer K alors que M n’a qu’une seule envie : en faire partie. Pour le reste, elle possède à peu près les mêmes qualités que son prédécesseur (2), ce qui ne gâte rien.

J’oubliais : elle a un allié de poids en la présence de Pawny (voix de Kumail Nanjiani), qu’on peut qualifier de « pion de la reine » : tout un programme.

 

Pour le reste, ça déroule. C’est très (trop ?) spectaculaire et outre Tessa Thompson, on peut apprécier la prestation de Chris « Thor » Hemsworth dans un rôle encore une fois un tantinet décalé : bellâtre présenté comme  « sauveur du monde » dans le monde MiB, on a tout de même du mal à croire à cet exploit tant il peut sembler empoté. Mais ne vous y fiez pas, il n’est pas MiB pour rien.

On notera aussi un changement dans les mœurs du service (un signe des temps ?) : à l’instar de M (Judi Dench) chez James Bond, c’est une femme qui dirige l’agence américaine, l’agent O (Emma Thompson).

 

Mais malgré tout cela, ce nouvel opus des MiB nous laisse sur notre faim et on ne retrouve pas le ton comique empreint d’une certaine dinguerie des films de Sonnenfeld. Ce dernier a beau être producteur exécutif, ce n’est pas lui qui dirige et le film s’en ressent.

Il manque ce grain de folie et de décalage par rapport aux différents extra-terrestres présents.

F. Gary Gray ne semble pas réussir à trouver le bon mélange entre la parodie et le sérieux, insistant peut-être un peu trop sur ce dernier aspect au détriment de l’aspect comique indispensable à ce genre de film. Quant aux différents « aliens » rencontrés, on ne peut s’empêcher de se demander s’ils ne se sont pas échappés de Starwars.

Dommage.

 

  1. Woman in Black.
  2. « à peu près » parce qu’en fait, elle est – à mon avis – beaucoup plus forte.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Justice, #Histoire, #Roman Polanski
J'accuse (Roman Polanski, 2019)

Tout commence à l’école militaire de Paris. Nous sommes le 5 janvier 1895, soit deux semaines après le verdict du Conseil de Guerre de Paris (1) : le capitaine Alfred Dreyfus (Louis Garrel) a été reconnu coupable de haute trahison et est dégradé devant les troupes. Il est ensuite envoyé à l’Ile du Diable, au large de Cayenne, dans ce qui est considéré comme la pire partie du bagne français.

Pendant ce temps, à Paris, le lieutenant colonel Picquart (Jean Dujardin), nullement fâché des déboires de ce petit capitaine « juif » prend ses fonctions comme chef du renseignement. C’est en feuilletant la correspondance d’un certain Esterhazy (Laurent Natrella) qu’il se dit que ce « petit capitaine » n’était peut-être pas si coupable que ça…

 

Un faux coupable (2), des vieilles ganaches, une injustice inique (pléonasme) et l’article de L’Aurore : tous les éléments sont là pour faire un grand film. Et c’est le cas. N’en déplaise aux détracteurs du réalisateur, nous avons ici affaire à un grand film qui retransmet avec beaucoup de justesse l’atmosphère qui enveloppa la célèbre « Affaire Dreyfus » et qui fit couler beaucoup d’encre, ainsi que du sang.

Certes, on peut reprocher quelques inexactitudes historiques, mais ce n’est pas une leçon d’histoire qui nous est proposée ici, juste une (très bonne) adaptation d’un événement qui fit beaucoup de bruit et qui continue d’alimenter la chronique, de nouveaux éléments apparaissant régulièrement qui apportent (ou non) des précisions.

.

A nouveau, Polanski nous montre un homme seul. Ou plutôt deux : Dreyfus, loin sur son île, en proie aux éléments pas toujours cléments ; et Picquart qui va se retrouver de plus en plus seul alors que sa quête de la vérité va éclairer les dessous sordides de cette affaire.

Et la grande réussite c’est le camp adverse constitué pour abattre Picquart, composé de militaire de la pire espèce : menteurs, suborneurs, faussaires,  imbéciles et dangereux (3).

C’est une véritable collection de badernes pas toujours vieilles mais qui s’enferment dans leur « vérité », et ce malgré les preuves accablantes de l’innocence de Dreyfus ainsi que celles de leurs mensonges. On retrouve dans ces messieurs la même obstination que celle du général Mireau (George Macready) dans Les Sentiers de la Gloire, la dimension meurtrière en moins.

 

On se souvient (4), lors du centenaire de l’Affaire, du très beau téléfilm d’Yves Boisset qui relatait (en partie) les mêmes événements. Ici, Polanski change le point de vue et s’intéresse à celui qui amena la réhabilitation de Dreyfus, Picquart. Dreyfus devient alors un élément du décor, rappelé de temps en temps comme une pause dans la narration du film. Jusqu’à son retour pour le deuxième procès, tout aussi inique que le premier d’ailleurs, avec en prime l’avocat Labori (Melvil Poupaud) qui se fait tirer dessus (il n’en mourra pas).

Ce deuxième procès est l’occasion aussi de se faire une idée des dispositions de l’opinion publique lors de l’arrivée de deux personnalités : Picquart qui essuie l’opprobre virulent de la foule et le général en chef Le Mouton de Boisdeffre (Didier Sandre), acclamé en héros.

 

Mais ce film est aussi une occasion de se rendre compte de l’antisémitisme de la fin du XIXème siècle : Picquart ne cache pas son aversion pour les Juifs dès le début du film et seule sa conception de la Justice le fait agir en faveur de Dreyfus. On assiste aussi à un autodafé de livres de Zola comme on pouvait – malheureusement – en voir régulièrement en Europe à la même époque, avec peinture sur les vitrines des commerçants juifs avant qu’elles soient brisées.

On retrouvera ces mêmes images en Allemagne quelques décennies plus tard, et elles auront la même cible : les Juifs.

Alors on peut dire ce qu’on veut sur le citoyen Roman Polanski, mais à nouveau il met en évidence l’antisémitisme dans un de ses films (17 ans après Le Pianiste, autre chef-d’œuvre du réalisateur) et cette fois sans la « raison » nazie : nous sommes en période de paix en France et malgré cela, on en veut toujours aux Juifs. Mais surtout, cet antisémitisme mis en évidence était on ne peut plus normal. On était antisémite comme on aimait le fromage, jusqu’au plus haut niveau de l’Etat. Les publications anti-juives étaient tolérées et il apparaît alors normal que Dreyfus ait été condamné : plus qu’un traître militaire, il est un traître juif, ce qui explique le peu d’enthousiasme de l’armée pour aller chercher le vrai coupable de cette affaire. Ce vrai coupable qui ne sera d’ailleurs jamais inquiété : pire, il fut innocenté par les mêmes qui avaient condamné Dreyfus. (5).

Mais qu’on ne se leurre pas, cet antisémitisme assumé de la fin du XIXème siècle n’est pas mort, il a seulement changé de visage et de pratiques au cours des décennies qui ont suivi.

Et il est malheureusement toujours là, comme l’actualité nous la rappelle régulièrement.

 

Je terminerai en disant que la distribution, en plus d’être prestigieuse nous offre quelques personnages qui ne sont pas sans rappeler leurs modèles historiques, tel Louis Garrel en Dreyfus ou encore Gérard Chaillou interprétant Clémenceau.

C’est une interprétation toujours juste où la conviction efface les imprécisions dont j’ai parlé dans le second paragraphe.

Un grand film, et puis c’est tout.

 

  1. Le 22 décembre 1894.
  2. « Un vrai innocent » serait plus juste, mais ici, on aime beaucoup Hitchcock.
  3. Ces deux derniers qualificatifs sont malheureusement intrinsèques à l’espèce.
  4. Moi, déjà.
  5. C’est ce simulacre de procès qui déclencha l’article de Zola (André Marcon)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Steven Spielberg
Cheval de Guerre (War Horse - Steven Spielberg, 2011)

Au début, c’est un roman de Michael Morpurgo (1982). Puis ce fut une adaptation sur scène par Nick Stafford (2007).

Et depuis 2011, c’est un film inoubliable du grand Steven, qui retourne au film de guerre avec à nouveau beaucoup de talent et de bonheur.

 

Devon, 1914.

Outre d’être le décor de la plus célèbre romancière de policiers d’Angleterre, c’est aussi le théâtre d’une grande histoire d’amour entre un jeune garçon – Albert Narracott (Jeremy Irvine) – et un cheval – Joey.

Joey est une bête splendide, ces chevaux qui gagnent – haut la main – les courses. Mais Ted Narracott (Peter Mullan) l’a acheté pour en faire un cheval de trait, quitte à finir sur la paille. C’est donc Albert qui va l’entraîner. Et y parvenir.

Mais la guerre arrive et Joey est incorporé et Albert reste seul (il n’est pas encore d’âge à partir).

 

Comme je l’écrivais plus haut, Spielberg retourne au film de guerre et en deux assauts, il nous rappelle qu’il maîtrise le genre, comme il nous l’avait déjà montré dans Save Private Ryan une douzaine d’années plus tôt (1). On retrouve, sinon les mêmes assauts, du moins le même résultat : des morts. Bien sûr, on pense à Kubrick et ses Sentiers de la gloire quand Albert fonce vers la tranchée ennemie, mais c’est une autre référence qui a retenu mon attention :

Après la première charge – pour de vrai – à laquelle participe Joey, Spielberg prend de la hauteur pour nous montrer l’étendue des dégâts : ce sont plusieurs, puis des dizaines de chevaux et de cavaliers qui s’offrent à notre regard, accentuant l’aspect dérisoire de la guerre. Et le mouvement de caméra n’est pas sans rappeler celui de Gone with the Wind quand nous découvrons l’ampleur des combats d’Atlanta.

Mais surtout, Spielberg, en filmant les deux assauts nous gratifie d’une ellipse temporelle magistrale : quatre ans ont passé entre la charge des officiers britanniques et la prise de la tranchée adverse par les Tommies, mais c’est avant tout une nouvelle ère qui vient de commencer, reléguant à l’âge de pierre ce premier fait d’armes pour entrer de plain pied dans le XXème siècle et surtout la guerre moderne.

En prime, nous avons une image superbe du premier assaut qui voit les mitrailleuses allemandes crépiter pendant que les chevaux sans cavaliers leur sautent par-dessus. Magnifique.

 

Et comme nous sommes chez Spielberg, il faut chercher l’enfant. Et il n’y a pas beaucoup à chercher pour le trouver. Il prend trois formes.

La première, c’est bien sûr Albert, qui voit grandir Joey avant de l’adopter. Leur relation est une véritable relation d’amitié, plus forte que celle qui le lie avec son ami Andrew (Matt Milne), avec ses promesses illusoires qu’on espère tenir malgré tout.

La seconde concerne la jeune Emilie (Céline Buckens) qui, à l’instar d’Albert va nouer une relation forte avec Joey – qu’elle appelle François – et qui aura une incidence sur le final où intervient le grand-père de la petite jeune fille (2). Elle est un mélange de naïveté et de gravité qui lui donne une épaisseur intéressante : à la croisée des chemins entre l’enfance et l’adolescence.

La troisième forme est plus subtile et concerne les soldats eux-mêmes : il est de coutume pour les Anglo-Saxons d’appeler leurs militaires « boys », ce qui signifie « garçons ». Et Spielberg ne s’y trompe pas : tous ces jeunes gens qui sont partis se battre – et surtout mourir – ne sont que de grands enfants, à peine sortis des jupons de leurs mères. Il suffit de voir la rencontre entre le Britannique Colin (Tobby Kebbel) et l’Allemand Peter (Hinnerk Schönnemann) pour s’en convaincre : la relation qu’ils nouent en peu de temps abolit les frontières et nous fait oublier ce conflit – qui arrive à son terme. Ce ne sont plus deux soldats qui évoluent devant nous mais bien deux copains qui s’allient pour se sortir d’une situation inextricable.

Et c’est là que l’on retrouve la dimension merveilleuse du cinéma de Spielberg : sans artifice ni effet numérique spectaculaire, il nous sort de cette guerre sordide et amène un espoir de paix.

J’ajouterai une quatrième forme avec les deux jeunes soldats allemands qui vont déserter. Si Günther (David Kross) semble avoir l’âge requis, Michael (Leonard Carow), son frère, n’a que 14 ans (3). Et la désertion ne s’explique que par la même raison qui fait promettre Albert à Joey de se retrouver quand tout sera terminé : Günther a promis à sa mère de veiller sur son jeune frère. Et c’est précisément cette promesse qui va précipiter leur mort : vous connaissez le sort des déserteurs en temps de guerre.

 

Bref, Spielberg réussit à nouveau un grand film, servi par une intrigue originale et habile : voir la guerre à travers les yeux d’un cheval (4). A cette belle histoire s’ajoute le talent de Spielberg, mais pas que : la musique de son complice John Williams crée elle aussi l’ambiance, et l’interprétation est à la hauteur de l’événement : outre les personnes déjà citées, j’ajouterai Emily Watson (la mère d’Albert) ou encore David « Lupin » Thewlis, ou encore Tom « Loki » Hiddleston et Dominic « Sherlock » Cumberbatch qui se retrouvent tous, finalement, dans des seconds rôles.

La vraie vedette, c’est Joey !

 

  1. Treize pour être précis.
  2. Niels Arestrup, formidable.
  3. La fin de la guerre vit entrer dans le conflit des très jeunes soldats.
  4. Et on les voit ces yeux : ils appartiennent même aux 14 chevaux qui ont été nécessaires pour interpréter Joey…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Muet, #Charles Brabin, #Colleen Moore
Le Lys de Whitechapel (Twinkletoes - Charles Brabin, 1926)

Twink « Twinkletoes » Minasi (Colleen Moore) est la fille d’une danseuse et d’un peintre en bâtiment (Tully Marshall). Bien sûr, elle ne rêve que de devenir comme sa regrettée mère.

Mais le milieu dans lequel elle vit n’est pas des plus agréables : Limehouse (1), où la violence et le crime sont monnaie courante.

Parmi les personnages patibulaires de l’endroit, Chuck Lightfoot (Kenneth Harlan) : c’est un boxeur, marié, qui n’est pas insensible au charme – naturel – de Twinkletoes (2).

Mais il est marié, et surtout, le père « formidable » de Twink ne l’est pas tant que ça : il est, lui aussi un voleur.

 

Il s’agit d’un film sur mesures pour Colleen Moore qui apparaît à nouveau en flapper, mais avec toutefois une différence notable : elle est blonde !

Pour le reste, elle est pimpante et a même appris à danser pour le film : elle enchaîne d’ailleurs entrechats et pointes avec beaucoup de grâce.

A ses côtés, on retrouve le vétéran Tully Marshall à nouveau dans un rôle plutôt positif et un Kenneth Harlan tout en muscles. Sans oublier un méchant récurrent du cinéma de l’époque : Warner Oland qui interprète le maître de ballet Roseleaf (« Feuille de rose »), plus porté sur les danseuses que sur les ballets. Ici encore, il est un personnage très négatif qui essaie d’abuser de la jeune et innocente Twink.

 

Si le film est plaisant à regarder – surtout grâce à la belle Colleen – il semble que Charles Brabin hésite quant au genre qu’il tourne : on ne sait s’il s’agit d’une véritable comédie ou d’un drame, les deux thèmes étant longtemps effleuré pendant les deux tiers du film environ.

Puis, il semble que son choix fût arrêté, et le drame l’emporte. Mais dans les grandes longueurs : la femme de Chuck dénonce le père, le père est arrêté et emprisonné, Roseleaf profite de l’émotion de Twink et la fait boire pour pouvoir plus facilement abuser d’elle… C’est absolument apocalyptique.

 

Mais rassurez-vous, nous avons droit à une fin heureuse même si on peut la considérer comme « téléphonée » : très convenue, quoi, voire un tantinet hors de propos. En effet, après les événements tragiques évoqués ci-dessus, Twink s’enfuie. On la retrouve, sans transition, à la campagne, ses chaussons de danse ayant été remplacés par des chaussures plus adaptées aux activités agricoles.

Malgré tout, on remarque quelques éléments techniques notables comme des travellings divers et un recours à la surimpression surtout pour les séquences de danse, quand Twink rêve.

 

Mais Colleen Moore est là, et c’est une raison suffisante pour apprécier ce film pas si petit que ça, où l’action se situe en Angleterre, ce qui permet l’ingestion d’alcool par les différents protagonistes sans vraiment encourir les foudres des censeurs : 1926 se situe en plein milieu de la période de Prohibition !

 

  1. Hello professeur Allen John.
  2. Littéralement « Orteils qui scintillent ». Chuck lui est « pied léger ».

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