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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Claude Chabrol
Docteur Popaul (Claude Chabrol, 1972)

Tout commence par un défi mâtiné de pari : Paul Simay (Jean-Paul Belmondo) propose à ses acolytes un concours. Celui qui se fera la fille la plus moche gagnera la mise.

Et bien sûr, c’est lui qui l’emporte, photos à l’appui.

Mais le jeu ne fait que commencer : en vacances en Tunisie, il fait la connaissance de la jeune Christine Dupont qui « n’a pas un physique facile. » Rapidement, il l’emballe et au final, il l’épouse.

Mais ce que le docteur Popaul n’avait pas prévu (?), c’est que Christine avait une sœur, Martine (Laura Antonelli), qui n’a rien du physique disgracieux de son aînée.

 

Comme très souvent chez Chabrol, on tire à boulet rouge sur la bourgeoisie. Et ce Docteur Popaul ne déroge pas à la règle, le milieu social des Dupont, entrevu aux diverses cérémonies de fiançailles de Martine, étant déjà très étouffant (1). Mais ce milieu honni par Chabrol est alourdi par la présence de ce nouveau venu, dont le caractère ne détone absolument pas dans le décor.

Il faut dire que ce docteur est un personnage peu reluisant. Déjà, ce « concours de boudins » annonce la couleur. Mais à cela s’ajoute une bonne dose de mauvaise foi, de mensonge et d’hypocrisie qui s’intègre parfaitement dans ce milieu social, cible de Chabrol.

 

Et dès le titre, on a une idée du personnage : juxtaposer « docteur », situation des plus honorables, et « Popaul », surnom plus ou moins grivois, donne le ton du film. Le personnage que nous allons voir n’est pas recommandable. Et c’est bien sûr le cas : s’il est véritablement docteur – il reprend même la clinique de son beau-père – il n’en demeure pas moins un homme roué dont les manigances font capoter les différentes tentatives de mariage de sa belle-sœur dont le titre n’est absolument pas usurpé.

 

Mais, et c’est là que pêche le film, l’histoire de ce sale personnage est un tantinet outré et la critique escomptée s’en retrouve alors émoussée. Et ce qui draina les spectateurs en 1972 ne fonctionne plus aussi bien : les mentalités ont changé et surtout, cette accumulation lasse. Certes, les interprètes sont à la hauteur, mais le sujet lui-même est excessif.

On préférera – en tout cas, c’est mon avis – d’autres productions de Chabrol où la bourgeoisie est mise à mal de façon un peu plus subtile, même si certains personnages ne sont pas obligatoirement plus reluisants que notre bon docteur (Que la Bête meure, par exemple).

 

Mais le succès de ce film aurait-il été équivalent avec quelqu’un d’autre que Belmondo dans le rôle-titre ?

Encore une fois, poser la question, c’est déjà un peu y répondre…

 

  1. On reconnaîtra Dominique Zardi dans le rôle de l’évêque.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Cecil B. DeMille
Sous le plus grand Chapiteau du monde (The greatest Show on earth - Cecil B. DeMille, 1952)

« Le plus grand spectacle sur terre. »

Tel est le spectacle que le cirque Barnum & C° (1) va nous offrir pendant plus de deux heures trente, sous la houlette de l’un des plus grands réalisateurs-dictateurs que Hollywood ait connu : Cecil B. DeMille.

Ce dernier ne fait pas que diriger tout son (grand) monde, il est aussi le narrateur de cette fresque spectaculaire, qui tient les promesses de son titre original.

On y trouve du spectacle, bien sûr, mais aussi de l’amour, du crime et un clown – Buttons (James Stewart) – qui ne quitte jamais son maquillage en quelque situation que ce soit.

 

Il s’agit de l’avant-dernier film de DeMille qui a espacé ses tournages – sa santé se détériore – et va terminer dans une apothéose de spectacle : son dernier film, qui sortira quatre ans plus tard, n’est rien moins que Les dix Commandements. On y retrouvera celui qui est ici le directeur de ce cirque grandiose : Charlton Heston.

Certes, DeMille n’a pas perdu la main question faste et spectacle, mais depuis la mort de Jeannie Macpherson, les scénarios ont tendance à perdre en qualité et ce film ne fait pas exception à la règle. Comme d’habitude, le film reste dans le cadre de la morale de son époque, et seule la sous-intrigue concernant Button et son passé trouble retient notre attention (2). Il faut dire que la présence de James Stewart y fait beaucoup : son interprétation y est comme toujours magistrale.

Et Stewart n’est pas le seul fleuron de ce film : DeMille a su s’entourer de quelques gloires cinématographiques dont Betty Hutton (Holly), Gloria Graham (Angel), Cornel Wilde (the great Sebastian), sans oublier la belle Dorothy Lamour (Phyllis), ma préférée.

 

Rythmé par la narration du réalisateur (3), il s’agit avant tout d’un vibrant hommage au cirque « à l’Américaine », avec ses trois pistes et ses parades somptueuses, où les différents artistes et animaux font de ce spectacle un moment unique et magique… Qui se reproduit à chaque représentation !

Mais malheureusement, cet hommage très appuyé a tendance à phagocyter l’intrigue et reléguer l’aspect cinématographique au second plan, l’intrigue, déjà peu consistante se perdant dans l’enchaînement des différents numéros interprétés par les véritables artistes du cirque qui ont participé au film, ainsi que par les différentes stars : DeMille a demandé à chacun de ses interprètes de savoir faire ce dont leur personnage était capable.

 

Mais même cette touche authentique ne fait pas oublier la trop grande part que prend le spectacle en lui-même, si ce n’est à la suite de l’accident ferroviaire, là encore une fois très spectaculaire. En bon amateur de DeMille, j’ai tout de suite pensé à The Road to yesterday (1925), le voyage dans le temps en moins. Par contre, si la collision ferroviaire peut sembler impressionnante, nous sommes bien loin de celle dans The General ! L’utilisation de maquette ne rend pas toujours un très bon effet. Et puisqu’on en est aux (petits) défauts, l’incrustation a tendance à laisser à désirer, surtout dans la parade finale.

 

Sous le plus grand Chapiteau du monde (4) a longtemps été programmé pendant les fêtes sur la télévision française. On comprend pourquoi : de bonnes intentions et du spectacle à l’envi. Un vrai divertissement familial. Et cet aspect se retrouve dans les spectateurs qui viennent se remplir les yeux de toute cette féérie. Par contre, on se dit que ces gens-là (ceux qui viennent voir) ne font que manger !

Quant au spectacle lui-même, on s’étonne de voir le nombre de nains présents dans le spectacle et les différents numéros animaliers qui sont aujourd’hui honnis.

Autre temps, autres mœurs…

 

Alors pour passer le temps, on essaie de reconnaître quelques figures connues qui émaillent ce même parterre de spectateurs. Bob Hope est difficile à rater (à côté de Bing Crosby). Par contre, les autres…

 

PS : parmi la distribution (un peu moins) prestigieuse, on peut retrouver quelques figures connues telle Daisy Earl ou encore Angelo Rossito, ainsi que Julia Faye (Birdie, la costumière) qui fut, un temps, l’une des actrices de premier plan de DeMille. Le temps a passé depuis The Road to yesterday …

 

  1. Ringling Bros. and Barnum & Bailey Circus, pour être précis.
  2. La mienne, en tout cas…
  3. Serait-ce lui qui dirige les otaries ? Je n’ose le croire. Pourtant, ça lui ressemble fortement.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Alexandre Dovjenko
La Terre (Земля - Alexandre Dovjenko, 1930)

Le vieux Semyon (Nicolaï Nademsky) se meurt.

Semyon est mort, au milieu des pommes, sous les yeux de son fils Opanas (Stepan Shkurat) et de son petit-fils Vassili (Semyon Svashenko).

Avec Semyon, c’est la Russie d’avant qui meurt en même temps, son système un tantinet féodal où les koulaks exploitent les paysans russes.

Mais la jeune garde soviétique est là, et par l’intermédiaire du même Vassili, elle amène une ère nouvelle dans les campagnes et simultanément les machines pour exploiter la terre : Vassili revient de la ville au volant d’un tracteur, signe de la modernité russe.

Mais ce tracteur n’est pas bien vu de tous : les koulaks Belokon père (Ivan Franko) et fils (Piotr Masokha) voient la menace pour leur exploitation (de la terre et des paysans).

 

En 1958, un jury de 137 critiques de cinéma a classé parmi les douze meilleurs films au monde (1) ce classique d’Alexandre Dovjenko. Certes, ce film possède des qualités, mais c’est surtout – semble-t-il – son aspect communiste qui est avant tout mis en avant, tout comme la beaucoup des autres films retenus.

Parce que le film de Dovjenko est avant tout un film de propagande, utilisant à l’envi les symboles pour montrer l’avènement inexorable et impossible à arrêter du communisme dans les campagnes jusqu’alors exploitées par les koulaks, ces « ennemis du peuple » qui s’enrichissaient sur le dos des paysans.

J’ai déjà parlé ici de Vertov et son Homme à la Caméra sorti l’année précédente, et d’Eisenstein, autre chantre du régime bolchévique. Et si le thème de La Terre se rapproche plus dans « l’intrigue » de Vertov (l’aspect moderne de la Russie, même si ici nous sommes en Ukraine), la façon de filmer et de monter, par contre, est à l’opposé de celle du grand Sergueï Mikhaïlovitch.

 

Tout d’abord, sa présentation des différents personnages est essentiellement individuelle et par l’utilisation de plans rapprochés voire gros, comme des portraits instantanés de ces acteurs d’un monde qui change. De plus, l’utilisation de la foule est très limitée, et à chaque fois dans des attitudes raisonnables : les obsèques de Vassili se passent dans le calme malgré l’acte criminel qui les a entraînées. Et surtout, Dovjenko prend (un peu trop) son temps pour montrer ce changement radical qui s’opère dans ce territoire reculé de « l’empire » (2) soviétique : ce sont de longs plans statiques (3) où les personnages le sont eux aussi assez souvent, renforcés par un montage calme, bien loin de la frénésie – formidable – d’Eisenstein.

Le seul moment de folie du film concerne ces mêmes obsèques qui voit donc la foule défiler calmement pendant que Natalya (Elena Maksimova) souffre fébrilement, seule et nue dans sa chambre.

A ce parallèle entre ces deux situations antinomiques, s’ajoute celle d’une femme enceinte qui va délivrer au même moment : alors qu’on enterre Vassili, un être nouveau arrive.

 

Bien sûr, les images de Daniïl Demoutski sont très belles et le jeu sobre des différents interprètes est en adéquation avec le film dans son ensemble. Mais ce qui me gêne le plus, c’est le propos du film : c’est la mort de Vassili qui va, par la voix du représentant du Komsomol (Pavel Petrik), annoncer l’avènement inéluctable de cette nouvelle ère.

En effet, alors que Vassili est assassiné par Khoma, le fils Belokon, à aucun moment on ne va demander justice pour lui. Sa mort est acceptée par tous, sauf bien sûr sa fiancée (voir plus haut), jusqu’à son père qui se tourne résolument vers la modernité et refuse l’apport religieux traditionnel, tournant définitivement la page tsariste (4).

Et c’est ce manque de justice qui me paraît le plus gênant, dans ce régime qui se dit moderne et tourné vers le peuple. Vassili devient alors une victime nécessaire pour bâtir ce nouveau monde. Le message est clair : il y aura de nombreux morts avant l’avènement généralisé du communisme.
Et malheureusement, ce fut le cas, surtout avec les dérives de celui qui était déjà aux commandes du pays quand le film est sorti.

 

Alors,  , ce chef-d’œuvre incontournable du cinéma mondial (de 1958) ? Peut-être. Mais surtout peut-être pas. Il s’agit ni plus ni moins d’un film de propagande assumée comme on en a fait des centaines à la même époque. On peut y apprécier la structure  et (surtout) les images, mais pour ma part, je reste fidèle à Eisenstein, dont le dynamisme reste la meilleure arme de propagande.

 

  1. Un classement, c’est comme les Oscars : ce ne sont pas toujours ceux qu’on aurait aimé voir qui sont récompensés…
  2. Difficile de passer à côté de cet oxymore…
  3. A un seul moment la caméra bouge : il s’agit d’un travelling arrière qui voit Opanas s’en aller demander l’autorisation d’enterrer son film de façon « nouvelle » : sans religion.
  4. On a même droit aux imprécations du pope (Vladimir Mikhaïlov) devant cet enterrement d’inspiration obligatoirement satanique.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Alain Bonnot
Liste noire (Alain Bonnot, 1984)

 

Une bande de petits braqueurs se fait doubler par une équipée plus « sérieuse ». Au final : six morts dont Nathalie (Sandrine Dumas), la fille de Jeanne Dufour (Annie Girardot).

L’équipée se retrouve d’ores et déjà sur la liste noire de Jeanne, qui n’aura de cesse d’éliminer les différents éléments coupables d’avoir fait mourir sa fille.

 

L’intrigue est on ne peut plus simple et s’adresse donc aux bas instincts.

En effet, comment ne pas comprendre cette femme dont la fille meurt (presque) dans ses bras suite à une machination criminelle (habile) ?

Comment ? En faisant comme moi. A aucun moment je ne m’identifie à cette mère désespérée,  ni ne cautionne cette vendetta primaire, héritage dispensable de l’abolition de la peine de mort presque trois ans plus tôt.

Et ce malgré le discours final convenu du juge d’instruction (Michel Aumont), qui entend bien remettre de l’ordre dans cette histoire de sombre vengeance maternelle couverte par un inspecteur complaisant (François Marthouret).

 

Pourtant, cela commençait plutôt bien : Alain Bonnot mettait sen place son film et surtout le casse principal du film – celui des professionnels – de manière très américaine, avec séquence dans un entrepôt désert, comme on pouvait en voir dans le cinéma américain de la décennie précédente. Le braquage qui suit, et sa divergence « professionnelle » est très intéressante, du point de vue de l’intrigue. C’est l’aspect vengeur qui a du mal à passer.

 

Surtout que le premier élément de la liste noire donne lieu à un assassinat en règle soutenu par un ralenti de très mauvais aloi. Ce ralenti, au lieu de montrer le franchissement de ligne de la mère (1) a tendance à alourdir la narration et tourner cette scène en ridicule : le ralenti confère à cet assassinat un aspect grandguignolesque certain, et la présence de Jean-Claude Dreyfus (la victime) n’y fait rien. Non seulement ce ralenti ne s’imposait pas, mais en plus la lenteur de défilement des images a tendance à affaiblir la séquence, abandonnant (peut-être) sur la route les derniers spectateurs qui pouvaient croire à cette histoire.

Dès lors, les morts suivant(e)s vont s’enchaîner jusqu’au dénouement final, sans pour autant rehausser l’intérêt du spectateur.

 

Et pourtant, il y a Annie Girardot. Elle est – comme toujours – formidable dans ce rôle de mère éplorée, mais beaucoup moins intéressante, voire crédible, dans celui d’ange exterminateur. On est obligé de penser à un de ses films antérieurs quand on la voit évoluer dans ce rôle : Elle cause plus... elle flingue. Non pas parce qu’elle tue tout les membres de sa liste (seulement le premier), mais parce que tous ceux qui en font ^partie meurent de façon violente et absolument pas naturelle dès qu’ils l’approchent. Et en plus, sans les dialogues du maître.

A ses côtés, on aura la consolation de voir le grand Paul Crauchet, ou encore la (déjà) vieille Dominique Marcas (cent ans en août dernier), et à travers une sorte de judas, André Chaumeau, quelques figures secondaires du cinéma français de l’époque et même d’avant.

 

Léger comme avantage, non ?

 

  1. l’effet recherché ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #John Huston, #Orson Welles
Moby Dick (John Huston, 1956)

Nous connaissons tous la baleine blanche d’Herman Melville, que le capitaine Ahab (Gregory Peck) s’en va chasser envers et contre tous – et surtout son second Starbuck (Leo « Pétrone » Genn). Et ici, John Huston nous offre sa version de l’immense – par la portée comme par le nombre de pages – roman de Melville, le réduisant à un affrontement à mort entre ce capitaine entêté et ce cachalot blanc, chimère entre toutes les chimères, sous l’œil fasciné d’un équipage prêt à aller jusqu’au bout pour ce capitaine singulier.

Jusqu’à la mort, évidemment, sauf celle du narrateur, parce qu’il fallait bien que quelqu’un rende compte de cette bataille de titans.

Appelons-le Ishmaël (Richard Basehart).

 

Bien sûr, les puristes et autres amateurs du roman ont été déçus par cette adaptation. On ne le serait à moins : réduire un tel roman à moins de deux heures était une gageure que Huston, au final, a tout de même mené à bien ! N’oublions pas que nous sommes au cinéma et qu’il ne peut en aucun cas être question d’adapter au plus près un livre, fût-ce le plus important. Il faut choisir et conserver le plus important. Bien sûr, les considérations sur les différents cétacés n’ont pas leur place ici, mais on aurait peut-être aimé un peu plus de fidélité quant aux relations entre Ishmaël et Queequeg (Friedrich von Ledebur), par exemple, ou les mésaventures de Pip (Tamba Allen), le jeune mousse qui perd la raison.

Mais il n’en est rien, et il faut se contenter de ce que l’on a.

 

Et il serait malvenu de faire la fine bouche, tant Huston nous emmène dans cette dernière équipée du Pequod (1), de ses marins rudes et loyaux envers ce capitaine qui les envoie vers une mort certaine, comme l’annonce en préambule Elijah (Royal Dano) : Elie, prophète majeur de la Bible ne peut que leur prédire une fin à laquelle ils ne croiront pas (2).

Mon seul véritable regret concerne le personnage d’Ishmaël, beaucoup trop âgé par rapport à l’original (près de vingt ans de trop).

Pour le reste, Huston nous embarque pour une véritable odyssée où rien ne nous est épargné : homme à la mer, chasse implacable et tempête monstrueuse accompagnée de feu de la Saint-Elme, moment mystique entre tous dans cette chasse qui n’a plus rien d’humain mais tend vers le mystique.

 

Et cette quête mystique est soutenue par la performance de Gregory Peck, Ahab inoubliable de par son entêtement et son apparence : les traits et le corps marqués par sa rencontre antérieure avec le Léviathan blanc. A

A ses côtés, on a plaisir à retrouver Leo Genn dans le rôle de Starbuck, le seul second homme capable de véritablement s’opposer à un tel monument maritime : ni l’insouciant Stubbs (Harry Andrews ni l’insignifiant Flask (Seamus Kelly), n’auront le courage insensé du troisième. Jusqu’au dernier moment il s’opposera à Ahab, sauvé  par l’apparition de Moby Dick qui lui évitera de montrer une forme de lâcheté par rapport au but qu'il s’était fixé. Il ne tuera pas le capitaine à la jambe d’ivoire, ce dernier exerçant une fascination même sur lui, qui semblait revenu de tout.

 

Et Huston, par l’intermédiaire du scénario de Ray Bradbury (s’il vous plaît) donne à l’affrontement final la mesure qu’on attendait : alors que Melville ne consacrait que le dernier dixième de son roman à ce choc des titans, Huston en fait un épisode des plus marquants, servi par de très beaux effets spéciaux de Wally Armitage et son équipe, réussissant à ressusciter ce monstre blanc en studio, faisant passer une maquette pour un véritable monstre des mers meurtrier.

 

Du grand Huston. On en redemande.

 

PS : On notera la présence d’Orson Welles, ami de Huston, dans le rôle du père Maple et surtout de sa montée en chaire (en forme de proue de navire) à l’aide d’une échelle de corde comme tout bon marin qui se respecte.

Et de quoi parle-t-il dans son sermon ? De Jonas et la baleine, bien sûr.

 

  1. Du nom d’une tribu amérindienne aujourd’hui disparue et qui explique la proue du navire.
  2. Nul n’est prophète en son pays, c’est bien connu.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Western, #John Ford
Vers sa Destinée (Young Mr. Lincoln - John Ford, 1939)

Près de 75 ans avant Spielberg (1) et son formidable Lincoln, ce même président apparaissait pour la seconde fois chez John Ford, cette fois-ci sous les traits d’Henry Fonda. On y trouvait déjà la silhouette longiligne et un tantinet dégingandée de ce président hors norme, mais dans une intrigue somme toute très fordienne, inspirée des débuts du grand homme. Inspirée – nous sommes au cinéma ne l’oublions pas – et non recréée, puisque cet épisode n’est jamais arrivé.

C’est la troisième fois que ce grand personnage historique s’invite dans les films du maître (2).

 

En marge de la Fête Nationale, et alors qu’on brûle les tonneaux goudronnés – la fin des réjouissances – deux hommes se battent : Matt Clay (Richard Cromwell), un jeune paysan, et Scrub White (Fred Kohler Jr.), un bon à rien qui traine du côté de Springfield (Illinois) avec son acolyte pas spécialement mieux que lui, J. Palmer Cass (Ward Bond). Lors de l’échauffourée, Scrub sort un revolver, amenant Adam Clay à intervenir. Le coup de feu part. Scrub reste allongé. Les deux frères sont alors incarcérés en attendant un procès équitable (3). Leur avocat est un jeune homme plein d’avenir : Abraham Lincoln.

 

L’histoire des Etats-Unis est un thème récurrent dans l’œuvre de John Ford, et spécialement l’histoire autour de la Guerre de Sécession. Et ce film n’échappe pas à la règle puisqu’on y trouve celui qui, indirectement, sera à l’origine de cette guerre : Abraham Lincoln. Et on trouve, malgré les arguments que le réalisateur a adressés à Fonda pour qu’il accepte le rôle, un grand respect pour cet homme exceptionnel qu’était Lincoln (4). Et le jeu subtil, voire discret de ce même Fonda, accentue ce respect, faisant de chacune de ses interventions un moment de solennité et parfois même d’émotion. La diction de Fonda s’accorde très bien avec son personnage, retenant l’attention de son auditoire, pendant le procès comme dans chacune de ses interventions. La meilleure illustration en étant celle qui le voit réfréner l’ardeur de ses concitoyens qui veulent lyncher les deux frères.

 

Et comme nous sommes chez John Ford, nous retrouvons le microcosme dans lequel baigne ses films, où la famille a un rôle important, et la fête, primordial. Le 4 juillet et ses festivités est l’occasion de retrouver la truculence habituelle des membres de la communauté fordienne – celle de Springfield ici – dans des situations où l’humour a sa place, Lincoln n’étant pas le dernier pour participer aux réjouissances.

Mais on retrouvera aussi cette même communauté un brin exubérante pendant le procès : les spectateurs vivent le procès, réagissant fortement à chaque nouveau coup de théâtre, sans oublier les hommes qui se désaltèrent, en plein prétoire, directement au goulot d’une jarre remplie d’un quelconque tord-boyaux.


Et bien entendu, on retrouvera parmi cette communauté quelques têtes connues : outre Ward Bond, on reconnaît Donald Meek (le procureur John Felder), Russell Simpson («  Brother » Woolridge), l’indéfectible Jack Pennick (Big Buck Troop), et bien sûr Francis, le frère de John Ford, dans un rôle encore une fois de (très) peu de mots.

N’oublions pas non plus la séquence de danse : elle n’est pas populaire cette fois-ci. C’est un square-dance très particulier qui nous est proposé puisque c’est lors d’une soirée donnée par un notable de la ville qu’il a lieu. C’est l’occasion pour le jeune avocat de danser avec une jeune femme qui va compter dans sa vie : Mary Todd (Marjorie Weaver).

 

Et comme toujours chez Ford, les femmes ont un rôle très important. Outre Mary Todd, qui deviendra madame Lincoln en 1842, on trouve les femmes de la famille Clay, avec en tête la mère Abigail (Alice Brady). C’est elle aussi une de ces femmes fortes qui jalonnent l’œuvre de Ford, déchirée par cette affaire de meurtre qui voit ses deux fils menacés de la corde. Et comme toutes les autres (avant et après ce film), elle fait front face à l’adversité, spécialement dans son affrontement avec le procureur Felder, un tantinet abject quant à lui.

A ses côtés, les deux autres femmes (Arleen Whelan et Dorris Bowdon) sont des soutiens de la même trempe pour Abigail autant que pour les deux hommes avec lesquels elles sont liées. Ce lien trouve son apogée dans la prison où les trois femmes sont venues réconforter les deux frères.

 

Et Lincoln ?

Henry Fonda est – encore une fois – magnifique dans un rôle à la mesure de son talent. Même s’il lui manquait quelques centimètres pour atteindre la taille de son modèle (il porte des bottes spéciales pour le rehausser), il interprète un Lincoln très convaincant, de par son jeu et surtout sa diction comme je l’ai dit plus tôt. Le choix de Fonda, préféré à Tyrone Power un moment envisagé, fut crucial dans le résultat : la séquence du procès en est la meilleure illustration de par ses déplacements et ses différentes interventions, alternant l’humour et le sérieux avec pertinence pour arriver à ses fins. Un grand moment.

On notera aussi la position de Fonda-Lincoln, assis dans la même pose que sa statue dans son Mémorial à Washington comme nous le confirme le dernier plan du film.


Quant au titre français, il pourrait n’illustrer que la dernière séquence qui voit Lincoln sortir du palais de justice, franchissant une porte ouverte (5) qui mène à la lumière. En la franchissant, il prend cette stature nationale qu’on lui connaît, l’aboutissement de tout le film. Et cette destinée prestigieuse est soulignée par le déclenchement d’un orage, prémonition évidente de celui qui va secouer le pays après son élection de 1860, la terrible Guerre Civile qui va enflammer les états pendant quatre ans.

 

Un très grand film, par un très grand réalisateur, pour un TRES grand personnage.

 

PS : il s’agit du dernier film d’Alice Brady, terrassée par un cancer le 28 octobre de cette même année. Elle avait 46 ans.

 

  1. 73 ans seulement, mais 75 ça marque plus !
  2. The iron Horse (1924) ; The Prisoner of Shark Island (1936) furent les deux précédentes. Lincoln apparaîtra une dernière fois dans le segment de How the West was won dirigé par Ford.
  3. C'est-à-dire : qui devrait se terminer par une pendaison légale.
  4. Fonda ne voulait pas interpréter Lincoln, le comparant au Christ. Mais Ford lui expliqua qu’il s’agissait du même homme, jeune et pas encore bien dégrossi : « C'est uniquement un sacré plouc d'avocat de Springfield ! »
  5. Ford se souviendra-t-il de cette porte ouverte pour le plan final de The Searchers ? Poser la question, c’est déjà y répondre, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Steven Spielberg
Lincoln (Steven Spielberg, 2012)

Janvier 1865.

Alors que la Guerre de Sécession (« Guerre Civile » en VO) s’éternise (quatre ans), Abraham Lincoln (Daniel Day-Lewis) et ses partisans veulent faire voter un treizième amendement à la Constitution de leur pays, cette même constitution qui perdure depuis 1783 (1)

Le 13ème amendement  la Constitution des Etats-Unis, c’est l’abolition pure et simple de l’esclavage dans toute l’Union.

Seulement voilà : cette Union est déchirée depuis 1861, et parmi les Nordistes qui constituent la quasi unanimité des protagonistes du film, il est de farouches opposants à cette émancipation voulue par ce président devenu légendaire.

C’est ce combat final avant la paix d’Appomattox que nous livre ici Steven Spielberg, dans un film magistral. Encore une fois.

 

Evacuons tout de suite les approximations, voire les erreurs historiques : nous sommes (encore) au cinéma, et il n’est pas question d’une quelconque reconstitution historique irréprochable. IL existe des livres et des documentaires pour y remédier. Et encore une fois, Spielberg nous offre du cinéma, dans la plus belle acception du terme : grandiose, superbe, émouvant.

Certes, il est servi par une distribution prestigieuse - comme on dit, et c’est le cas ici (2) – puisque, outre Daniel Day-Lewis, on y retrouve quelques ténors hollywoodiens tels Tommy Lee Jones ou Hal Holbrook, ainsi qu’un magnifique diva (3) en la présence de Sally Field qui a la lourde tâche d’interpréter Mary Lincoln, la femme, obligatoirement effacée par cet immense homme qu’était Lincoln.

 

Parce que Lincoln était un homme extraordinaire, qu’on le veuille ou non. IL a laissé une empreinte à son pays qui est telle qu’aujourd’hui encore de nombreux Américains se déplacent à Washington pour se recueillir au Lincoln Memorial, espérant y trouver une inspiration dans leur vie.

Et Spielberg, avec ce Lincoln, va réussir à faire revivre cet homme au-delà de ce que nous avions pu déjà voir pendant toutes ces décennies cinématographiques : de The martyred Presidents (Edwin S. Porter, 1909) à The Conspirator (Robert Redford, 2011, l’année précédant le film). Avec une mention spéciale à John Ford qui l’inclut dans quatre de ses films…

 

Mais à la différence des autres, Spielberg ne se contente pas de nous faire revivre un moment-clé de l’histoire américaine : il ressuscite pour nous Lincoln, en la personne de Daniel Day-Lewis qui ne se contente pas d’interpréter ce personnage : il est Lincoln, dans toute sa dimension, physique et morale. Lincoln n’est plus une légende, il est avant tout un homme.

Et Daniel Day-Lewis est un Lincoln plus vrai que nature, avec ses certitudes et surtout ses doutes et ses faiblesses, toujours en proie avec son passé que lui rappelle constamment Mary « Molly » Lincoln.

 

Il n’est alors pas étonnant de voir le nombre de récompenses attribuées à Daniel Day-Lewis tant sa performance est époustouflante (4). Parce que Spielberg réussit la prouesse d’emmener son personnage vers son destin (tragique) en conjuguant les deux aspects de ce grand homme : légendaire et humain. La ressemblance physique est frappante – tout comme celle de Jared « Moriarty » Harris avec Ulysses S. Grant pour ne citer que lui – et sa stature, sa silhouette sont constamment exploitées dans les différentes prises de vue. On retrouve le Lincoln qu’on a pu voir sur les photos et autres documents iconographiques qui nous ont été transmis avec le temps.

Mais, et c’est là qu’est l’immense talent de Spielberg, sans pour autant basculer dans une hagiographie facile quand il s’agit d’un personnage de cet acabit.

Et en plus, il réussit à éviter la séquence que tout le monde attend, maintes fois représentée depuis que le cinéma existe : l’assassinat du président. Avec en prime une superbe fausse piste qui accentue encore la portée tragique de l’événement.

 

Encore une fois : merci, monsieur Spielberg.

 

  1. En France, nous en sommes à la cinquième. Pour combien de temps encore ? Je me garderai bien de répondre…
  2. On aura plaisir à reconnaître Adam Driver dans un petit rôle…
  3. Restons dans le vocabulaire de l’opéra.
  4. N’oublions pas pour autant ceux qui lui donnent la réplique, indissociable de sa brillante performance.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Jack Nelson
The Shamrock and the Rose (Jack Nelson, 1927)

New York, East Side.

Pendant que la famille Kelly tient le commerce de hot-dogs, la famille Cohen, elle, s’occupe de crèmes glacées pour les gens du quartier. Ces deux commerces sont mitoyens et ce voisinage n’engendre pas vraiment l’entente. Il faut dire aussi que leur différence de confession est un autre sujet de discorde comme l’exploite l’intrigue du film : alors que les Kelly sont des bons Irlandais catholiques, les Cohen sont juifs. Et surtout, Rose Cohen (Olive Hasbrouck) est amoureuse de Tom Kelly (Edmund Burns), au point que chacun des deux amants est prêt à abandonner sa religion pour épouser (celle de) l’autre.

 

Mack Swain (interprétant ici le rôle du père, Patrick Kelly) n’a pas toujours été le faire valoir de Chaplin (The gold Rush) ou de John Barrymore (The beloved Rogue), pour ne citer qu’eux. Il est ici en tête de la distribution et compose un père de famille américano-irlandaise truculent, et surtout au caractère (très) impulsif, source de comique inépuisable. Cet emportement régulier est soutenu par la stature (très) imposante de l’acteur. Et le comique est accentué par celle de son antagoniste récurrent, Abie Cohen (William H. Strauss), petit et malingre. Mais il ne faut pas croire que ce dernier est le souffre-douleur du premier : Cohen, malgré sa chétivité apparente ne se laisse pas faire par cette montagne.

Mais si les deux patriarches s’affrontent régulièrement, ce sont tout de même les deux épouses – Mrs. Kelly (Dot Farley) et Mrs Cohen (Rosa Rosanova) – qui portent la culotte et ne se gênent pas pour le montrer.

 

Mais ce n’est pas de ce côté qu’il faut chercher l’intérêt du film. En effet, ce film – sous couvert de la comédie – est un véritable manifeste pour la différence et surtout la tolérance. La véritable base de l’intrigue concerne les enfants  premiers-nés et surtout leur amour que les parents Cohen considèrent comme contre-nature : chacun a sa propre religion.

Bien sûr, on n’échappe pas aux stéréotypes parfois un tantinet antisémites qui baignaient les mentalités de l’époque : Abie Cohen ne pense qu’à l’argent (1), les différents membres de la famille juive parlent avec un accent yiddish retranscrit sur différents intertitres.

Mais malgré cela, Jack Nelson – obscur réalisateur qui a tout de même réalisé presque 60 films – réussit à aire passer son message, de manière comique sans pour autant tomber dans la caricature.

Et sans faire de prosélytisme ni de favoritisme (2) : les deux représentants des religions – le père O’Brien (Maurice Costello) et rabbi Naser (Otto Lederer) sont frère d’armes (ils se sont rencontrés dans les tranchées) et tous deux découragent les deux (grands) enfants de renoncer à leur foi.

 

Et ça marche ! On s’amuse des facéties des (petits) enfants – Sammy Cohen (Leon Holmes) et Mickey Kelly (Coy Watson) – comme des emportements des deux pères, et on applaudit l’audace des deux aînés qui s’unissent malgré les réticences.

Parce que c’est là qu’est le message du film (3) : c’est la jeune génération qui fait bouger les choses et d’une certaine manière fait entrer la société dans la modernité.

Mais surtout, elle justifie l’appellation de « creuset » (melting pot), chère aux Américains, dans lequel se fondent les différentes communautés pour ne former qu’une seule société.

Même si, comme l’indique le premier intertitre narratif : le bouillonnement du creuset a tendance à le faire déborder… (4)

 

PS : les Cohen et les Kelly ont aussi été les protagonistes d’une série de films initiés par Harry A. Pollard, dont le premier, sorti un an plus tôt, comportait – déjà – la belle Olive Hasbrouck.

 

  1. Intertitre : « With Abie Cohen, everything was cash – unless it was notes » (Avec Abie Cohen, tout n’était qu’argent – sauf quand il s’agissait de billets)
  2. Enfin presque : seuls les Cohen voient d’un mauvais œil l’union des deux amoureux.
  3. Inspiré de la pièce de théâtre d’Owen Davis
  4. « The East Side of New York, where the melting pot often boils over. »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #D.W. Griffith, #Lillian Gish
Le Roman de la Vallée heureuse (A Romance of Happy Valley - D.W. Griffith, 1919)

Dans cette vallée heureuse (1), on trouve un jeune homme – John L. Logan Jr. (Robert « Bobby » Harron) –, une jeune femme – Jennie Timberlake (Lillian Gish) –, leurs familles et tout ce qui compose les petites villes rurales américaines du début du XXème siècle.

Et comme toujours à cette époque et dans les films, la Grande Ville est au cœur des préoccupations : elle attire les jeunes gens qui veulent s’enrichir plus rapidement que par le travail des champs, et elle effraie les aînés qui voient en elle une nouvelle Babylone ou pour reprendre un des intertitres, Sodome et Gomorrhe (2).

Et le jeune John va succomber à la tentation et quitter cette vallée si heureuse pour la grande ville corruptrice, laissant ses parents et sa jeune promise. Pour une année.

Mais il va y rester huit ans.

 

Si l’intrigue est un brin (euphémisme) convenue, c’est avant tout du côté technique qu’il faut se pencher pour apprécier ce film. Oui, le scénario est très simple et on ne peut plus prévisible : il va revenir riche de la grande ville et épouser celle qu’il aime (3).

Et l’intérêt réside essentiellement sur la façon de résoudre cette intrigue.

Comme nous sommes chez le premier grand maître du cinéma et qu’à ses côtés, on trouve l’un des plus grands chefs-opérateurs du moment (et depuis, d’ailleurs), on ne peut qu’apprécier les différentes techniques utilisées tout au long de ce film.

 

On peut lire un peu partout qu’il s’agit ici de l’une des première utilisations du flashback au cinéma, ce çà quoi je réponds que peut-être aux Etats-Unis, mais qu’on trouve déjà cette technique presque vingt ans auparavant chez Ferdinand Zecca dans Histoire d’un Crime.

Mais on ne cite pas assez les différents montages parallèles qu’on peut y trouver, l’utilisation pertinente des gros plans ou encore la mobilité de la caméra. Parce qu’il y a tout ça dans cette romance (4) de quat’ sous. Griffith et Bitzer nous gâtent tout au long de cette histoire qui ne se termine pas par un sauvetage de dernière minute comme on en a l’habitude chez le maître.

 

Et puis la distribution soutient admirablement le film, à commencer par le couple vedette du studio Biograph : Lillian Gish et Robert Harron. Certes, les personnages qu’ils interprètent sont calqués sur ceux qu’on a pu déjà voir dans ceux qu’ils ont interprétés chez Griffith, mais quand on a sous les yeux ces deux grands interprètes, on ne peut que savourer…

Parmi les personnages secondaires, on trouve le grand George Fawcett – ici dans le rôle du père de John – en homme torturé par sa mauvaise fortune, capable de tout (même du meurtre) pour éviter la misère.

Et bien sûr, nous avons droit au séducteur à moustaches, incontournable à cette époque, en la personne de Bertram Grassby, dont la ressemblance – grossière – avec Robert Harron sert la résolution de l’intrigue.

 

PS : on notera aussi la présence d’une autre (jeune) actrice griffithienne en la personne de Carol Dempster, une des filles de la Ville. Mais pas d’infidélité du héros cette fois-ci.

 

  1. Du Sud des Etats-Unis, semble-t-il.
  2. Rien que ça !
  3. Cette dernière assertion n’est pas montrée, mais on la devine aussi facilement que le reste.
  4. Autre traduction plus pertinente du titre original.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Julien Duvivier
Poil de Carotte (Julien Duvivier, 1925)

« Poil de Carotte », c’est François Lepic (André Heuzé), le fils de M. Lepic (Henry Krauss) et de Mme Lepic (Charlotte Barbier-Krauss, la véritable épouse du précédent), le frère de Félix (Fabien Haziza) est d’Ernestine (Renée Jean).

Mais il a deux handicaps dans cette famille : il est né le dernier, et surtout à un moment où  ses parents ne s’aimaient plus beaucoup.

Alors François est malheureux : souffre-douleur d’une mère tyrannique, malmené par un frère aîné bien-aimé, et délaissé par un père tout aussi malheureux.

Il reste une solution pour échapper à toute cette somme de malheur(s).

Définitive, certes, mais peut-il en être autrement ?

 

Heureusement, oui. Et même, ce qui ne va pas durer chez Duvivier comme on le verra dans ses films postérieurs, nous avons droit à une fin optimiste !

Il faut dire que la majeure partie du film est assez noire, surtout du fait du personnage de madame Lepic, une mégère mâtinée de rombière dotée d’une dose certaine de sadisme envers son fils qu’elle brime à chaque occasion. Et Charlotte Barbier-Krauss, que son mari n’avait pas « sentie » quand l’actrice initiale prévue pour jouer cet affreux personnage avait dû abandonner le rôle, est une madame Lepic formidable.

Engoncée dans une tenue aussi stricte que noire, une allure hommasse soulignée par un duvet au-dessus de sa lèvre supérieure, elle est une mère Lepic qu’on a envie de haïr. Hypocrite et sournoise, autant que méchante, elle campe cet archétype de la marâtre avec brio, faisant vivre celle qui, avec Folcoche, est l’une des héroïnes les plus méprisables de la littérature française.

On sent que Duvivier s’est plu à faire évoluer ce personnage à l’âme aussi noire que sa tenue.

 

Et d’une manière générale, les différents plans traitant de la noirceur humaine sont les plus réussis : la rumeur qui se propage est accentuée par les gros plans de visages (pas vraiment jolis !) qui se fondent plus ou moins dans le décor de cette ville de province, au pied des montagnes.

Cette rumeur trouve son origine dans le personnage de Maria (Suzanne Talba), une chanteuse réaliste de cabaret que Félix fréquente. C’est d’ailleurs quand Félix, amoureux, la fait venir qu’a lieu le basculement de l’intrigue qui va ouvrir les yeux du père Lepic et amorcer sa résolution heureuse pour François. On retrouve là le thème de la femme de la ville corruptrice (1) alors très répandue dans les mentalités comme dans le cinéma (2).

 

Et puis il y a bien sûr le petit Poil de Carotte. L’interprétation du jeune André Heuzé  est à la hauteur de ce qu’on aurait pu attendre. Nous retrouvons le jeune garçon imaginé (à moitié) par Jules Renard : un mélange d’enthousiasme débridé – quand son père lui propose de l’accompagner à la chasse ou Annette (Lydia Zarena) pour une promenade – et de mélancolie extrême du fait de l’indifférence de son père et du rejet de sa mère.

Et le jeune garçon reste dans la bonne mesure sans jamais être excessif campant lui aussi le personnage attendu par ceux qui, comme moi, ont lu et apprécié l’œuvre de Renard.

 

Je terminerai en parlant des différentes techniques visuelles. Le film est rempli de surimpressions. On dirait que Duvivier vient de découvrir cette technique tant il l’utilise à l’envi pour illustrer les pensées de ses personnages ou les cauchemars du jeune garçon. Certes, les utilisations sont pertinentes, mais tout de même un tantinet trop nombreuses.

On appréciera alors d’autant mieux les plans récurrents de l’eau où s’exprime une sensation funeste prémonitoire qui se révélera avec l’épisode du seau.

Dernier élément remarquable : l’utilisation du gros plan. Duvivier accentue la noirceur des différentes situations par des plans (très) rapprochés des visages – et pas seulement pour illustrer la rumeur. Ces visages expriment plus surement le mal que n’importe quel intertitre : c’est ça, avant tout, le cinéma.

 

Sept ans plus tard, Duvivier proposera une nouvelle version de Poil de Carotte, parlante cette fois.

Mais bien sûr, ceci est une autre histoire.

 

  1. Corruptrice : la femme, la ville ou les deux ?
  2. Rappelez-vous l’extraordinaire Sunrise de Murnau.

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