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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Western, #Reginald Barker, #William S. Hart
Le Serment de Rio Jim (The Bargain - Reginald Barker, 1914)

Il est clair que le titre français est plus vendeur et nous replace dans l’Ouest mythique américain. Il n’empêche : le titre original – Le Marché – est plus proche de l’intrigue de ce western du grand Reginald Barker.

Le marché dont il est question, c’est celui que passe Jim « the two gun man (1) » Stokes (William S. Hart avec le shérif Bud Walsh (J. Frank Burke). Quel marché ?

Reprenons.


Jim est un bandit de grand chemin qui attaque, malgré l’avertissement, la diligence qui transporte u chargement d’or. Poursuivi, il réussit à s’échapper, blessé, et trouve refuge chez le prospecteur Phil Brent (J. Barney Sherry) et sa fille Nell (Clara Williams).

Et comme c’est souvent le cas, Jim tombe amoureux de Nell et ils se marient. Sauf que le forfait de Jim doit trouver une résolution légale.

Il est alors arrêté par le shérif qui n’a rien de mieux à faire que de perdre l’argent du hold-up au jeu.

Le marché est alors simple : Jim lui fera récupérer son argent contre sa liberté.

 

Reginald, que les cinéphiles ont vite oublié (2), était un grand réalisateur et qui était à l’aise partout, capable de réaliser l’inoubliable l’Italien comme ce western, superbement servi par le non moins grand William S. Hart. On retrouve d’ailleurs dans le personnage de Jim Stokes l’archétype des personnages Hartiens : un bandit au grand cœur et un homme d’honneur. La preuve : le serment dont parle le titre français, ou plutôt le marché qu’il va proposer à Walsh, et surtout qu’il va tenir.

 

Mais comme nous sommes en 1914, l’Ouest qui nous est proposé est bien loin de ceux plus romantiques qui nous seront exposés dans les décennies suivantes, avec ces héros tout aussi honorables mais autrement plus distingués. Non pas que Jim est un barbare. Loin de là, mais les personnages qui l’entourent possèdent une touche autrement plus réaliste que celle qu’on trouvera chez Walsh et consorts une quinzaine d’années plus tard.

 

On retrouve dans ces « véritables » cowboys l’aspect dont Harvey Kurtzman et Jack Davis se sont moqués dans MAD (Cowboy! – 1955) : grosses moustaches tombantes avec (peut-être) des restes de haricots rouges à la sauce chili, à moins que ce soient des barbes fournies…

Seul Jim échappe à cet aspect rudimentaire : toujours impeccable, les cheveux bien coiffés avec une belle raie bien droite sur le côté gauche.

Bref, il n’est pas un héros ordinaire et ouvre la voie à tous ceux qui vont lui ressembler dans les années qui suivent, en particulier Ringo Kid (John Wayne) vingt-cinq ans plus tard (3) : un autre méchant qui se réforme.

 

Au final, Reginald Barker nous livre ici un très beau western – sous le patronage de l’incontournable Thomas Ince à la production – où Hart rayonne encore une fois dans ce rôle sur mesure. Un seul (petit) regret toutefois : nous n’avons pas droit à la séquence de soleil couchant comme c’est souvent le cas chez Barker.

Entre nous, ce n’est pas bien grave !

 

  1. « L’homme aux deux flingues ». Ce qui n’est pas exact : « l’homme aux 5 flingues » eût été plus approprié.
  2. Sauf les acharnés du muet tels le professeur Allen John ou moi-même.
  3. Stagecoach (John Ford, 1939)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jacques Tati
Playtime (Jacques Tati, 1967)

Monsieur Hulot (Jacques Tati) est de retour !

Après des vacances à Saint-Marc-sur-Mer et un rendez-vous avec son neveu, il nous revient dans ce qui est pour moi le film le plus emblématique de son auteur et peut-être le plus personnel, sublime mélange d’humour et de poésie, et où les fausses pistes sont très nombreuses, détournant continuellement ce que nous voyons en ce que nous croyons voir avant de nous révéler la réalité.

Hulot revient donc : il a rendez-vous à Paris dans un grand centre d’affaires avec un personnage important qu’il ne rencontrera qu’après de multiples pérégrinations (1).

Dans le même temps, un groupe de touristes américain débarque à Orly et va passer la journée dans Paris, à la recherche des différents monuments emblématiques (eux-aussi) de la Ville Lumière. Parmi eux, la jeune Barbara (Barbara Dennek), une touriste un tantinet timide et qui, comme d’aucune avant elle, va tomber sous le charme de notre héros dégingandé.

 

Si Mon Oncle montrait la progression de la société moderne dans la ville traditionnelle (le monde de Hulot en opposition à celle de sa sœur et son beau-frère), avec Playtime, nous savons qui a gagné : la modernité l’a emporté et les terrains vagues qui attendaient en 1958 ont été remplis de buildings moches et uniformisés. Tellement uniformisés qu’on sourit devant les différentes photos publicitaires de voyages qui annoncent des destinations prestigieuses avec toujours ce même immeuble laid. Mais tout est tellement uniformisé que la première séquence nous parachute dans un lieu aseptisé et froid véritable carrefour architectural entre la salle d’attente d’un hôpital et celle d’un aéroport. Et bien sûr, les personnages qui y évoluent ne nous aident pas à faire le choix et cette indécision va durer jusqu’à l’annonce d’une hôtesse qui nous confirme que nous sommes à l’aéroport, au moment où arrive le groupe de touristes annoncé.

 

Mais cette première fausse piste n’est pas la seule : dans cet aéroport, nous apercevons un homme grand, au pantalon trop court, par-dessus informe, chapeau mou et parapluie. Mais ce n’est pas Hulot, juste quelqu’un qui lui ressemble, jusque dans sa démarche ! Et ce « sosie » n’est que le premier d’une série qui va émailler le film, dans des lieux – uniformisés, on s’en doute – avec des conséquences pas toujours heureuses, avec en point d’orgue l’industriel allemand (Reinhard Kolldehoff) qui propose des portent qui claquent ans bruit (!) et s’emporte devant un Hulot abasourdi et surtout intrigué par cette porte qui claque silencieusement.

 

Mais bien sûr, Hulot reste Hulot et amène – involontairement comme toujours – les catastrophes avec en point culminant l’ouverture du restaurant-night club Royal Garden. Et si Hulot se retrouve dans ce lieu à cent lieues de ses habitudes, c’est parce qu’il y connaît le portier (Tony Andal) avec qui il a fait son service militaire. Cette relation est un nouvel élément dans l’univers de monsieur Hulot. Alors que Les Vacances de Monsieur Hulot nous présentaient un homme seul boudé par ses co-vacanciers, et que Mon Oncle proposait un élément familial à cet homme toujours solitaire, Playtime introduit des amis dans son univers. Outre le portier, il va se retrouver invité chez un autre ancien compagnon d’armes (Yves Barsacq). Et ces deux hommes nous confirment ce que nous savions et que peu de vacanciers avaient remarqué : Hulot est un type formidable.

C’est très certainement l’opinion des convives avec lesquels il se trouve mêlés dans le restaurant qui commence à partir en morceaux. Et surtout de la jeune femme avec qui il va même danser. Et ce dernier élément nous renvoie – encore une fois – aux Vacances : Barbara n’est pas très éloignée de Martine (Nathalie Pascaud) : comme elle, elle est (très) réservée, et voit d’un bon œil ce grand échalas aux belles manières.

 

Mais Playtime, comme son nom l’indique est aussi un prolongement du livre d’Etiemble : Parlez-vous Franglais ?, sorti trois ans plus tôt. A aucun moment, alors que nous sommes à Paris (?), nous ne voyons un quelconque élément écrit en français. Tout est écrit en anglais, et nous trouvons même une femme d’un certain âge s’en offusquer, remarquant « qu’ils pourraient écrire en français ». Les personnages que nous rencontrons, à l’exception de Hulot et ses copains de régiment parlent d’ailleurs presque tous la langue de Shakespeare (ou celle de Poe) à l’exception de l’industriel allemand, bien sûr, qui mélange allègrement les trois langues. Mais tout cela n’a pas beaucoup d’importance : comme le disait Gotlib, Hulot « se bat contre les moulins à parole », qui sont, encore une fois, nombreux dans cet univers moderne, uniforme et froid.

 

Mais malgré cette victoire de la modernité, Tati réussit à y glisser quelques éléments merveilleux dont l’effet poétique est magnifique : il transforme un embouteillage matinal (et habituel) en véritable carrousel soutenu par la musique Francis Lemarque qui s’adapte parfaitement à la situation, avec les soubresauts des moteurs qui complètent l’impression de manège et de fête foraine : parmi les véhicules qui tournent, on trouve un bateau qu’un petit garçon choisit avant d’être rattrapé par ses parents qui s’engouffrent dans un taxi. Avec en plus un vendeur de glace empêtré lui aussi dans ce ballet motorisé et qui fait ce qu’il sait faire (vendre des glaces aux passants) accentuant l’illusion de la fête.

Dernier élément poétique : le brin de muguet (factice, nous sommes en pleine modernité !) qui se retrouve dans les lampadaires de la route qui mène à l’aéroport, vers où repartent les touristes après cette journée (2) si riche.

 

Paris, d’ailleurs, dont les monuments ne font que se refléter dans les vitres des portes vitrées, apportant un peu de couleur aux bâtiments noir et blancs (et donc gris). Ces reflets permettent alors à la ville de se distinguer des autres capitales prestigieuses (voir plus haut) qui ont malheureusement tendance à toutes se ressembler (3).

Mais à nouveau Hulot veille au grain et offrira à la jeune touriste ce Paris qu’elle est venue admirer, et qu’elle emportera avec son brin de muguet.

 

Un film sublime qui fut – hélas – un échec cuisant pour Tati.

 

  1. Avec Hulot, tout se complique.
  2. Tout se déroule en moins de 24 heures.
  3. « Ça serait pourtant le moment de revoir nos plages
    Car les pays se ressemblent de plus en plus » (Adelaïde, Jacques Debronckart, 1965).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Quentin Tarantino, #Steve Buscemi
Reservoir Dogs (Quentin Tarantino, 1992)

Ils sont 6 : Mr. White (Harvey Keitel), Mr. Orange (Tim Roth), Mr. Pink (Steve « Donnie » Buscemi), Mr. Blonde (Michael Madsen), Mr. Blue (Edward Bunker) et Mr. Brown (Quentin Tarantino). Ce sont des gangsters. Ils ont été rassemblés par Joe Cabot (Lawrence Tierney) et son fils « Nice Guy » Eddie (Chris Penn) pour dérober un lot de diamants.

Mais le braquage ne se passe pas comme prévu et Mr. Brown y reste. Quant à Mr. White, il ramène au point de rendez-vous un Mr. Orange en piteux état : il a pris une balle dans le ventre et se vide de son sang.

Oui, le braquage a foiré. Normal, l’un des protagonistes est un flic infiltré.

Lequel ?

 

Malgré cette dernière question, savoir qui est le flic infiltré n’est pas spécialement l’enjeu du film. Il s’agit plus d’un exercice de style cinématographique entrepris par un petit débutant (son premier film en l’occurrence) qui renouvelle le genre et surtout casse le schéma narratif habituel. Et ce sera une constante dans ses films ultérieurs : la narration n’est pas linéaire même si le temps de l’intrigue principale – la rencontre dans la planque après le casse – s’écoule presque normalement ou tout du moins de façon linéaire. Cette phase de retrouvailles et d’explications (à plusieurs niveaux) est interrompue par des flashbacks plus ou moins explicatifs, resserrés autour des trois truands les plus emblématiques : Mr. White, Mr. Orange et Mr. Blonde. Et c’est bien sûr un de ces trois-là qui est l’infiltré (1).

 

Il y a dans ce film une véritable volonté de trancher avec ce qu’on connaît et qui se faisait avant (2). Tout d’abord, c’est l’histoire d’un braquage raté. Jusque là, rien de bien nouveau, on en connaît d’autres (3). Par contre, ce qui change, c’est que ce ratage commence par la fin : le coup est manqué et on le sait tout de suite, puisque nous suivons White et Orange en fuite.

Et l’utilisation des flashbacks va nous permettre de comprendre comment on en est arrivé là, sans toutefois tout nous montrer : à aucun moment on n’entre dans le lieu du casse qui ne sera pour nous qu’une façade (4). Et donc on ne verra pas le point de rupture qui a fait capoter l’affaire : l’activation de l’alarme et la tuerie qui s’ensuit. Et si la violence est très présente, Tarantino ne montre pas tout : l’imagination est toujours un meilleur stimulant…

 

Et Tarantino prend son temps pour nous distiller les informations, ramenant l’intrigue à différents points du passé des protagonistes. Et on sent une maîtrise technique dans les prises de vue d’Andrzej Sekula tout au long du film, soutenue par un montage équilibré.

Mais – et nous ne le savons pas encore puisque ce n’est que son premier film – Tarantino se laisse aller à son péché mignon : les dialogues.

C’est (déjà) un film où on parle. Trop à mon avis, mais je sais qu’il y a des inconditionnels de la « tchatche » de l’auteur. Ca parle, ça parle, ça parle. Tellement qu’on a peur que l’intrigue se noie. Cela donne peut-être un certain cachet voire une forme de réalisme, mais je trouve que c’est tout de même un peu trop.

 

Pire même : la séquence d’introduction où tous les protagonistes principaux (voir 1er paragraphe) dégoisent autour d’une table en fin de repas n’est même pas indispensable. Elle n’y serait pas que la compréhension du film n’en serait pas altérée.

 

  1. Non, je ne vous le dirai pas.
  2. Et encore maintenant, rassurez-vous !
  3. Le sublime The Killing (S. Kubrick, 1956) est un formidable fiasco qui ne s’annonce qu’au tout dernier moment.
  4. Même sur les photos utilisées par le gang, on n’a aucun plan nous montrant les intérieurs.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Alexander Korda, #Douglas Fairbanks
La Vie privée de Don Juan (The private Life of Don Juan - Alexander Korda, 1934)

Don Juan est de retour ! Et comme Don Juan, c’est Douglas Fairbanks, vous imaginez l’émoi suscité par ce retour inespéré pour les femmes de Séville et la crainte d’éventuelles cornes qui hantent les esprits de leurs maris.

C’est alors une succession d’ascension de balcons avec distribution de roses aux belles Sévillanes.

Seulement voilà : le vrai Don Juan (Douglas Fairbanks, donc) n’a pas passé la nuit à distribuer des fleurs. Il s’agit d’un admirateur-imitateur : Rodrigo (Barry MacKay).

Et comme Rodrigo n’est qu’une pâle copie du séducteur, il est tué dans un duel provoqué par un mari jaloux, don Alfredo (Gibson « McTeague » Gowland).

S’ensuivent évidemment des funérailles quasi nationales où les pleureuses sont légion, mais qui sont une bonne occasion pour le vrai Don Juan de s’éloigner et donc de « faire le mort ».

Mais l’éloignement lui pèse et il s’en retourne à Séville. Seulement voilà, Don Juan est mort, et qui va croire cet inconnu à l’âge un tantinet avancé qui se prétend être le défunt regretté ?

 

C’était un pari pour Douglas Fairbanks : revenir au premier plan. Malheureusement, ce pari risqué fut un échec et on ne revit plus jamais ce grand acteur au cinéma (1). Il s’éteignit même cinq ans plus tard, terrassé par une crise cardiaque. Il avait 56 ans.

On peut déceler une certaine analogie entre Fairbanks et ce personnage emblématique qu’il interprète. Depuis Le Masque de fer (1929), son dernier muet, il n’a tourné que trois fois, et son style bondissant n’est plus d’actualité : le parlant a remplacé l’action par des dialogues et sa voix n’est peut-être pas à la hauteur de son physique. En effet, on aurait imaginé une voix plus forte et plus profonde. Attention, il n’y a aucun problème avec, mais il y a tout de même un décalage avec ses personnages d’« avant ».

 

Mais la véritable analogie, c’est l’âge de l’artiste et de son personnage. Fairbanks a passé la cinquantaine et ce qui faisait son charme et son empreinte devient ici très accessoire : il ne bondit plus beaucoup et l’humour inhérent à ses personnages a presque totalement disparu. Fairbanks est vieux, et il le sait, engageant ce pari – osé – sur un personnage célèbre certes, mais vieillissant. Et la séquence qui illustre le mieux cette idée le voit en présence d’une jeune femme qui lui a donné rendez-vous. Pour qu’il passe un message à son amant, un homme beaucoup plus jeune que lui. Et elle lui explique qu’il pourrait être son père. Le baiser d’adieux qu’elle lui demande doit aussi être celui d’un père, et donc pas d’un amant fougueux…

 

Quant au retour de Don Juan  à Séville, il est aussi réussi que celui de Fairbanks au cinéma : un fiasco total dû aussi à la parution d’un livre posthume (2) racontant ses frasques supposées : La Vie privée de Don Juan. Ce livre décrit un jeune homme fougueux séducteur en diable et continuellement en mouvement (d’un balcon à l’autre…), bien loin de l’image qu’offre cet homme qui a vieilli et n’est plus que l’ombre de lui-même. Le public le refuse préférant la légende à la réalité.

C’est bien connu : « Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende. »

 

Un bel adieu (involontaire) au cinéma de celui qui fut l’un de ses plus grands acteurs.

 

  1. Enfin pas exactement : il apparaît dans Ali-Baba goes to Town (1937) de David Butler mais n’est pas crédité au générique.
  2. Qui donne son titre au film

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