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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #George Clooney
The monuments Men (George Clooney, 2014)

1943.
Pendant que les nazis pillent l’Europe, Frank Stokes (George Clooney) est investi d’une mission : retrouver les œuvres d’art pillée par ces affreux personnages. Il va engager un groupe de six hommes autour de lui : James Granger (Matt Damon), Richard Campbell (Bill Murray), Walter Garfield (John Goodman qui interprète à nouveau un Walter), Jean-Claude Clermont (Jean Dujardin), Donald Jeffries (Hugh Bonneville) et Preston Savitz (Bob Balaban), tous spécialistes des arts, si pas des armes.

Ils vont remonter les différentes routes prises par les œuvres d’art avant une éventuelle destruction, programmée en cas de défaite allemande et surtout de disparition de son guide suprême.

Un mois après le Débarquement, les Monuments Men arrivent en France et commencent leur travail, qui les mènera jusqu’à la fin de la guerre, et même après.

 

C’est au film de guerre que George Clooney s’attaque pour son cinquième film, encore une fois inspiré d’une histoire vraie (1). Cette traque permit tout de même de retrouver une très grande partie des œuvres pillées, même si elles ne purent pas toutes être restituées : beaucoup de leurs propriétaires ayant été tués par les nazis.

On peut considérer cette quête un tantinet déplacée par rapport aux véritables combats qui eurent lieu dans le même temps, tuant des centaines de milliers d’hommes. Et cette réflexion point à différents moments du film jusqu’à sa conclusion. Et la meilleure justification de cette mission incongrue en apparence est donnée par Stokes avant que commence pour eux les recherches : on ne détruit totalement un peuple ou une civilisation qu’en s’attaquant à sa culture qui en fait sa grandeur.

 

Si le film n’eut pas le succès escompté, il n’en demeure tout de même un bel hommage à ces hommes et femmes qui se sont battus à leur manière contre  les nazis. Et les interprètes e ces Monument Men sont à la hauteur de leurs rôles. Et Clooney, qui traite ici un sujet grave, réussit à placer quelques touches comiques qui éclairent ce film parfois sombre, surtout dans son rapport à la guerre.

Sans oublier l’indispensable émotion qui nous étreint à certains moments, dans les bons comme dans les mauvais moments.

 

Les bons moments, c’est quand Richard Campbell se lave et que Savitz lui passe le message enregistré par sa fille sur le haut-parleur du camp, qui lui chante un émouvant Have yourself a merry little Christmas, qui va mêler les larmes d’émotion de ce dernier avec l’eau de la douche, le tout pendant qu’à des dizaines (des centaines ?) de kilomètres de là, Stokes et Epstein (Dimitri Leonidas) ramènent un homme blessé à l’hôpital de campagne.

Les mauvais, c’est la destruction au lance-flamme des œuvres d’art dirigée par le colonel Wegner (Holger Handtke) : c’est une attaque terrible pour un amateur d’art comme moi que de voir ces chefs-d’œuvre réduits à néant inutilement. On retrouve le même gâchis que lors de ces autodafés géants qui voyaient les livres brûler par le fait de ces mêmes personnes répugnantes.

 

Et puis il y a la guerre. Si nos héros n’en sont pas des foudres, elle demeure tout de même omniprésente : par ses dégâts (des ruines innombrables) et ses incursions dans l’histoire de ces hommes. Tous ne reviendront pas vivants (je vous laisse découvrir qui y reste), donnant une nouvelle raison d’existence à ce fantastique projet.

On y retrouve aussi quelques éléments déjà vus dans d’autres films : je pense notamment cet enfant qui se bat comme un soldat et qu’on peut trouver dans The Horsemen de John Ford ou plus près de nous The big red One de Samuel Fuller. Bien sûr, on pense aussi au Train de Frankenheimer, et on retrouve Cate Blanchett (Claire Simone) interprète un avatar de Rose Valland (Suzanne Flon chez Frankenheimer) qui fut conservatrice au Musée du Jeu de Paume et qui participa à ces Monuments Men, ou plutôt au projet : Monuments, Fine Arts, and Archives program. Puisque nous n’avons pas droit à des « Monuments Women »…

 

Bref, un film aussi nécessaire que les personnes et leurs actions décrites dedans. Où la guerre s’oublie le temps d’une émotion, surtout due aux œuvres d’art, mais revient toujours plus dure, rappelant que cette mission était avant tout militaire et surtout très périlleuse.

Et si vous trouvez que le vieil homme qui conclut le film a un faux air de George Clooney, c’est tout à fait normal : c’est son père, Nick Clooney.

 

  1. Les noms des différents membres des Monuments Men (les vrais) ne sont pas repris ici : nous sommes au cinéma.
The monuments Men (George Clooney, 2014)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Christy Cabanne, #Bessie Love
Conspiracy (Christy Cabanne, 1930)

New York, 17 h 30.

Alors que des touristes se plaignent de la vie ennuyeuse de la Grosse Pomme, un homme vient d’être poignardé. Cet homme, c’est James Morton (Otto Matieson), un gangster notoire. C’est une femme qui l’a tué : Margaret Holt (Bessie Love). C’est la sœur de l’assistant du District Attorney qu’elle aide depuis plusieurs années.

En fuite, elle se réfugie dans un foyer pour jeune travailleuses. Là elle y fait la rencontre de John Howell (Hugh Trevor), un jeune reporter venu visiter le foyer, et surtout de Winthrop « Little Nemo » Clavering (Ned Sparks), auteur de romans policiers à succès, à l’intelligence très affutée.

Pour se protéger de la police et des gangsters qui sont après elle, elle accepte le poste de sténodactylo de l’écrivain.

 

Avec l’avènement du parlant, Hollywood se mit à adapter de plus en plus de pièces de théâtre. C’est le cas de film (1), avec malheureusement les limites de ce genre d’adaptation : ce sont exclusivement des intérieurs et une (très) grande part est laissée aux dialogues, comme c’était en plus le cas depuis deux ans. Et c’est bien dommage parce qu’on sent un véritable potentiel dans le placement et le jeu de caméra de Nicholas Musuraca pour les rares scènes d’extérieur : ce zoom vers le principal de l’intrigue ou encore la plongée sur l’escalier de service qu’emprunte Margaret nous laissaient présager de belles choses.

Mais Christy Cabanne va  nous enfermer dans des intérieurs plus ou moins conventionnels, laissant peu de latitude à son chef-opérateur.

 

Mais heureusement pour nous, il y a le duo de vedettes : Bessie Love (toujours aussi magnifique) et non pas le jeune premier comme on pouvait s’y attendre, mais plutôt un vétéran du métier dans un rôle formidable : Ned Sparks. Affublé d’une voix égrillarde, il interprète ici un vieux romancier un tantinet excentrique, sorte de détective amateur très éclairé. Vieilli pour l’occasion (il n’a que 46 ans quand le film sort), il n’est pas sans annoncer le vieil homme de Ain’t we got fun de Tex Avery qui sortira quelques années plus tard (1937) : irascible et perclus de rhumatismes, il oublie facilement ces derniers quand l’intrigue se corse et sa curiosité redouble. De plus, c’est un personnage hautement comique de par ses manies et ses ennuis de santé.

 

Par contre, comme nous sommes en 1930, on n’échappe pas à certains stéréotypes habituels en la personne de la servante Martha (Gertrude Howard) : c’est une grosse femme noire, archétype des servantes de l’époque (et d’après), un brin superstitieuse et demeurée.

Quoi qu’il en soit, le jeu de Bessie Love et Ned Sparks, hérité du cinéma muet fonctionne à plein dans cette comédie légère, elle du côté tragique, lui comique.

 

Une curiosité, donc.

On peut vivre sans tout de même, mais ce serait dommage de passer à côté de Bessie Love…

 

  1. La pièce de John Emerson et Robert B. Baker a déjà adaptée au cinéma en 1916 par Henry MacRae.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Clint Eastwood
Le Maître de guerre (Heartbreak Ridge - Clint Eastwood, 1986)

Tom Highway (Clint Eastwood) est un vétéran de l’armée des Etats-Unis. Soldat en Corée et au Vietnam, il ne sait pas ce que c’est que la victoire, celle qu’on célèbre à coups de flonflons et de public heureux. Entre le conflit mitigé de Corée et la défaite du « Nam », le score est plutôt 0-1-1 : 0 victoire, 1 nul et 1 défaite, comme dans les classements sportifs. Parce que la guerre se résume à ça : une rencontre sportive un tantinet plus définitive.

Et comme Tom Highway voit la fin de son engagement s’approcher, il décide de revenir à ses premières amours : l’instruction des jeunes recrues.

On lui confie alors un peloton de bras cassés qu’il va, à force de persévérance et grâce à une discipline de fer, transformer en groupe d’élite, s’illustrant dans une (petite) guerre qui sera (enfin) gagnée : l’Invasion de la Grenade (25 octobre – 2 novembre 1983).

 

Autant le dire tout de suite, Tom Highway n’est pas un homme très délicat. Mais ce n’est pas ce qu’on demande à un sergent instructeur, comme le montrera avec beaucoup de brio Stanley Kubrick l’année suivante  dans Full metal Jacket. Mais si Highway est un homme dur pour ses hommes, il n’atteint tout de même pas le degré de sadisme mâtinée d’humiliation du sergent Hartman : normal, pour R. Lee Ermey, c’était son vrai boulot, Eastwood est avant tout un acteur.

Mais on retrouve tout de même ce même mélange de sadisme et d’allusions sexuelles (un peu trop récurrentes, à mon goût) chez Highway.

Et bien sûr, son peloton deviendra un groupe de choc qui participera avec succès à la prise de l’île de la Grenade. Ce même peloton est aussi le prétexte à quelques éléments comiques surtout du fait de la présence de Mario van Peebles (le fils de Melvin) en rocker raté, mais séducteur en diable comme le confirme la séquence finale.

Ce sont d’ailleurs ces éléments comiques qui diffèrent du film de Kubrick (du point de vue de l’instruction), évitant la surcharge sadique déjà évoquée.

 

Et s’il y a des soldats, il y a aussi des « filles ». On en trouve beaucoup au bar que fréquentent les jeunes recrues. Mais on y trouve aussi des femmes. Elles sont deux : Little Mary (Eileen Heckart) et Agnes-Ann « Aggie » (Marsha Mason). Si la première n’est plus de la première jeunesse – son mari était marine avec Tom en Corée – la seconde est l’ex-épouse de notre héros, séparée parce qu’elle ne supportait plus l’esprit militaire de son mari.

Mais avec le temps, Tom a (un peu) mûri, et un rapprochement est envisageable (1).

 

Et s’il y a des soldats, il y a surtout la guerre.

Elle occupe le dernier quart du film, et Clint Eastwood nous montre qu’il sait y faire, même si on peut contester son point de vue. La guerre, cette horreur, est avant tout meurtrière. Et elle l’est ici tout autant que les autres, dans la proportion de l’enjeu : c’est une petite guerre donc peu de morts comparé à des films comme Le Jour le plus long ou plus près de nous Save Private Ryan. Et c’est le traitement de la mort que je reproche à ce film. La seule attitude humaine que nous pouvons relever chez ces soldats concerne Aponte (Ramón Franco) qui se rend compte réellement de l’effet des armes sur des jeunes soldats qui ne sont pas tellement plus âgés que lui.

Que Highway soit insensible aux morts qui tombent autour de lui, cela n’a rien de bien étonnant, mais qu’on oublie aussi fortement l’aspect mortifère de la guerre pour ne retenir que le côté festif de la victoire demeure tout de même un peu gênant.

 

Et au bout du compte, Highway reste un personnage dans la lignée de ceux interprétés par Eastwood, une sorte de Harry Callahan militaire pour qui la fin justifie les moyens, la mort étant un élément comme un autre car seul le résultat compte : 1-1-1.

 

  1. Là encore, c’est très prévisible.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #David Cronenberg
A History of violence (David Cronenberg, 2005)

Décidément, l'Indiana est un état dans lequel il fait bon vivre.

Après Greenleaf (In & out, 1997), nous y voici de retour, avec la petite ville de Millbrook, où là encore la vie est douce et agréable : tout le monde se connaît, Sam (Peter MacNeill), le shérif, veille sur ses concitoyens, et Tom Stall (Viggo Mortensen) tient un café où celui qu’il y prépare est de très bonne facture.

Et puis voilà que deux petits truands – meurtriers sauvages qui plus est – viennent s’approvisionner chez Tom, flingues à l’appui. Ni une, ni deux, Tom les met hors d’état de nuire. Définitivement.

Il devient alors le héros de Millbrook, ayant droit à son quart d’heure de gloire warholien dans les journaux télévisés.

Son café devient alors un endroit très couru où même les gens de Philadelphie viennent le voir, et en particulier Carl Fogarty (Ed Harris), qui l’appelle Joey Cusack, comme s’ils se connaissaient d’avant.

D’avant quoi, d’ailleurs ?

Rassurez-vous, nous l’apprendrons, cet avant, quand Tom était Joey, et avait un frère riche mais hors-la-loi (William Hurt).

 

C’est une histoire simple qui nous est donnée ici, filmée avec sobriété, avec toujours le même savoir-faire de David Cronenberg. Simple en apparence, et surtout en comparaison avec ses films fantastiques du siècle passé. Depuis Spider, Cronenberg s’est (enfin) tourné vers le réalisme, sans pour autant bannir la violence toujours présente dans ses films. Mais ici la violence semble ordinaire – pour Tom – voire    intrinsèque. L’agression des deux truands et surtout la réaction de Tom semblent automatiques : nous sommes entre professionnels du genre, et l’avantage définitif que prend Tom a plus l’air d’un automatisme qu’autre chose.

Du point de vue de Tom, c’est donc une (simple) histoire de violence, comme l’annonce le titre.

 

Mais c’est pour les autres que c’est le plus difficile : qui est cet homme qu’Edie (Maria Bello) a épousé, ce bon père de famille si tranquille, si calme ? Qui est ce père que Jack (Ashton Holmes) découvre qui règle ses problèmes à coup de pistolet ? Seule la petite Sarah (Heidi Hayes) semble étrangère à tout cela : elle ne s’exprime que très rarement, voire pas du tout, sans pour autant être inutile à l’intrigue.

Ce père est donc un ancien gangster et Cronenberg va progressivement nous le faire comprendre : après avoir nié être ce Joey Cusack, il va imposer à sa famille ce lourd passé dans l’illégalité, donnant par la même occasion un aperçu de son activité d’avant.

 

Ce passé qui le rattrape se trouve être très sordide et va se rappeler à lui avec son frère qui, lui, n’a pas raccroché. Mais ce sera tout ce que nous saurons de ce passé criminel : l’intrigue reste vague, permettant alors au spectateur de se faire sa propre idée de qui était Joey Cusack avant qu’il devînt Tom Stall.

Et cette implication du spectateur par rapport à l’intrigue va se renouveler à la fin du film, quand Tom aura – définitivement encore une fois – réglé ses affaires : quel avenir pour cette famille désorientée ?

Cronenberg ne répond pas, concluant sur les visages des différents membres de cette famille éclatée, brisée.

 

Oui, David Cronenberg a très bien réussi son passage au réalisme.

Mais qui en aurait douté ?

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Claude Sautet
Max et les Ferrailleurs (Claude Sautet, 1971)

Max (Michel Piccoli), c’est un inspecteur. Un de ces policiers qui en a un peu assez de ces truands qui s’en sortent toujours grâce à un bon avocat, malgré tout le mal qu’ils aient pu faire.

Un jour qu’il est sur un coup, il retrouve un ancien camarade de régiment Abel Maresco (Bernard Fresson), devenu petit truand depuis. A travers Lily Ackermann (Romy Schneider), prostituée, Max va amener  ce dernier à élaborer un grand coup : braquer une banque.

Pour un petit ferrailleur comme Abel, c’est inespéré. Sauf que la mort est au rendez-vous.

 

Voici un de ces films – très beau  par ailleurs – qui fleure bon les années1970 : De Gaulle a passé la main (un peu forcé d’ailleurs) à Pompidou, et la sécurité est toujours un élément prépondérant dans la politique française. Tellement qu’on en est à espérer des grands coups chez les gangsters, histoire de limiter le cheptel. Rappelez-vous, c’était déjà le cas chez Lautner dans son Pacha trois ans plus tôt (1). C’est bien sûr gênant cinquante ans plus tard, mais il faut se replacer dans le contexte : on comprend mieux pourquoi Jacques Mesrine n’a pas réchappé à l’embuscade qui lui a été tendue le 2 novembre 1979.

 

Mais nous sommes ici au cinéma, et foin de polémique. Nous avons droit avant tout à un de ces films français de l’époque, avec ces figures connues appartenant à des figurants plus ou moins habitués de l’époque – Dominique Zardi (le garagiste Barduch) en tête – et qu’on va retrouver dans cette décennie et même après. Et parmi cette brochette de gueules connues, on appréciera à sa juste valeur la prestation de Boby Lapointe, dans le premier d’une série de quatre films cette année-là (sa plus prolifique). Hélas, son rôle semble prémonitoire…

 

Mais c’est aussi la grande période de cette extraordinaire actrice qu’était Romy Schneider (Lily Ackermann), déjà aux côtés de Michel Piccoli qu’elle retrouve après Les Choses de la vie (1970), avec le même Claude Sautet à la réalisation. Même si son rôle est assez limité – elle n’apparaît pas tout de suite, l’accent étant mis sur l’enquête (le coup ?) de Max, elle interprète avec toujours le même talent cette jeune femme amoureuse, victime et instrument dans les mains e ce policier qui ne veut pas dire son nom (et surtout sa fonction), mais qui est amoureux d’elle (2).


Et au final, nous avons un film plutôt sombre – voire noir ? – où Max va tout maîtriser jusqu’au point de rupture qui le fera plonger par amour (non révélé) pour cette jeune prostituée rencontrée quelques semaines (jours ?) plus tôt.

 

ATTENTION, une grande partie de la résolution de l’intrigue va être révélée.

 

Bien sûr, Piccoli est formidable, tout en sobriété, face à d’autres pointures telles Georges Wilson (le commissaire) ou encore François Périer (Rosinsky, inspecteur à Nanterre où vivent les ferrailleurs). Mais ce qui fait la force – involontaire ? – de ce film, c’est le contraste, voire l’opposition de l’intrigue par rapport à l’objectif annoncé de ce même Max : certes, il v a amener ces petits truands à passer à l’acte, mais son geste final envers Rosinsky, mais surtout pour Lily, remet totalement en cause sa position initiale.

Qu’est-ce qu’on est idiot quand on est amoureux ? Je ne pense pas.

Max, de ce fait, donne les limites de cette politique sécuritaire qu’il appelle de ses vœux.

Rien n’est simple : le monde n’est ni blanc ni noir.

 

Un film à voir. Vraiment.

 

  1. « Moi, les peaux-rouges je vais plus les envoyer devant les jurés de la Seine, comme ça il n’y aura plus de non-lieu ni de remise de peine : je veux organiser la Saint Barthélémy du mitan ! » (Louis Josse)
  2. Qui ne le serait pas à sa place ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Peter Brook
Sa Majesté des mouches (Lord of the Flies - Peter Brook, 1963)

A Bernard Hamel, en souvenir de ses merveilleux cours de littérature anglaise.

 

Alors que le générique de présentation se déroule, des images d’avions succèdent à celles d’élèves dans quelque grande école anglaise (Eton ?), sous l’égide de l’inamovible Big Ben. Quand le nom de Peter Brook s’inscrit, l’avion s’est écrasé en mer, laissant comme seuls survivants de jeunes garçons, perdus sur une île déserte, mais pas tant que ça.

Rapidement, ils vont reproduire les codes sociaux de leur pays, désignant Ralph (James Aubrey) comme leur chef, soutenu par un autre « grand » : Jack Merridew (Tom Chapin).

Et comme ils ont copié les codes sociaux de leurs aînés, des dissensions vont naître, entre Jack et son groupe de chasseurs et Ralph, garant du bon fonctionnement de cette microsociété infantile.

 

C’est vraiment une très belle adaptation du roman de William Golding que nous propose ici Peter Brook (qui a fêté ses 96 ans en mars dernier), fidèle sans toutefois l’adapter à la lettre, tributaire du jeu improvisé des enfants : seule la trame du récit est conservée ainsi que quelques répliques emblématiques (1), le reste étant improvisé par les enfants. Et comme tout fut tourné en bord de mer, le bruit de ressac obligea ces mêmes enfants à réenregistrer leurs dialogues après une journée de tournage afin de bien les comprendre. Cette dernière précision explique aussi la grande part prise par le silence dans le film, le son devenant alors d’une grande pertinence. Mais cela explique aussi la diction particulière de Hugh Edwards (Piggy) qui manque un tantinet de naturel.

 

Et puis il y a la bête. Elle n’est pas identifiée par les enfants qui vont la craindre et en même temps vouloir s’en débarrasser. Cette bête est tout à fait réelle même si elle n’a rien d’animal (comprenez « non humain »), mais la véritable, celle qu’on ne voit pas est celle qui donne son titre au film : le Diable. Pourtant la seule référence visuelle qu’on en a est la tête de cochon exposée sur une pique en offrande, grouillant de ces mouches affamées qui font bombance.

Pour tant le Mal est omniprésent dans cette intrigue, générée par Jack qui va faire basculer ce qui ressemble à une démocratie – réglée par la conque de parole – en société totalitaire violente dirigée d’une main de fer par Jack, ce chef vénéré et craint que progressivement les soutiens de Ralph vont rejoindre, par peur d’éventuelles représailles.


Il ne faut pas oublier que le roman a été publié neuf ans avant la sortie du film et que le souvenir de la deuxième guerre mondiale était encore vivant pour les lecteurs. Et cette bête devient le prétexte à l’instauration de ce régime autoritaire par Jack qui n’est pas sans rappeler celui qui s’étendit sur l’Europe la décennie précédente.

Et comme nous le disait le professeur à qui est dédié cet article, si le film avait été en couleurs, on aurait vu les couleurs rouge blanc et noir sur les corps de Jack et ses acolytes, ces mêmes couleurs qu’on retrouve sur le drapeau nazi.

 

AU final, c’est un film assez dur qu’a réalisé ici Peter Brook, aussi dru que l’est e roman, n’éludant pas les morts (il y en a) malgré la présence (presque) exclusive d’enfants. Ces enfants n’ont rien à envier aux adultes qu’ils ont copiés – presque trop bien – jusqu’à en reproduire les dérive mortifères. Mais ce sont tout de même ces adultes qui vont interrompre cette situation dégénérée, sonnant en quelque sorte la fin d’une récréation funeste.

Et comme le conflit pour mondial précédent, c’est l’armée qui y met un terme.

Pas très optimiste tout ça…

 

(1) « Kill the pig ! Slit her throat ! Bash her in ! » (Tuons le cochon ! Egorgeons-le ! Assommons-le !) ; « I’ll hunt and feast and have fun » (je vais chasser, faire la fête et m’amuser).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Aventures, #William A. Wellman
L'Appel de la forêt (The Call of the wild - William Wellman, 1935)Wi

Deuxième adaptation du roman de Jack London, il ne faut pas s’attendre à une grande exactitude. En effet, outre le chien et Jack Thornton, on ne retrouve pas grand-chose de ce roman devenu mythique.
Mais cela est tout à fait normal : nous sommes au cinéma. Et aussi, parce que le Code Hays qui sévit depuis presque un an à Hollywood (et sur toute la production hollywoodienne) n’aurait pas permis une plus grande fidélité à l’œuvre originale : il faut dire que la fin est plutôt tragique et violente, deux raisons d’en faire autre chose.

Mais si l’adaptation est loin d’être fidèle, le reste est fort appréciable, mais reprenons.

 

Jack Thornton (Clark « Rhett » Gable) retrouve son ami Shorty (Jack « Napaloni » Oakie) et decide de partir en expedition avec lui pour retrouver la mine d’or d’un certain John Blake (Frank Conroy) parti avec son épouse Claire (Loretta Young et ses beaux yeux tristes).

En chemin, ils rencontrent cette dernière que son mari a laissée pour chercher du secours. Les deux aventuriers emmènent Claire vers cette mine, à travers l’Alaska sauvage. Parmi les chiens qu’ils ont achetés pour ce périple se trouve Buck, un bâtard à moitié sauvage que ses racines ne cessent d’appeler.

Mais la mine de Blake fait beaucoup d’envieux, et pas toujours très recommandables…

 

Oui, nous sommes loin du roman, mais la présence de Clark Gable et Loretta Young vaut toutes les digressions, avec en prime un Jack Oakie formidable en faire valoir de Gable. Et comme en plus c’est Wellman qui dirige, il n’y a pas de quoi bouder son plaisir.

Et comme c’est Wellman, on peut être sûr qu’il va tout faire pour donner une vision réaliste de ce que nous allons voir. Et c’est le cas. Ce Nord terrible est un vrai piège pour les humains et tout ne va pas se passer comme prévu. Surtout entre Jack et Claire, dont nous nous doutons rapidement qu’ils vont tomber amoureux l’un de l’autre. Mais ce n’est pas le coup de foudre habituel et cet amour va progressivement grandir avant le premier baiser attendu (1). Ce sont des regards, et des petits gestes qui motivent – ou sont motivés par – ces mêmes regards qui vont amener à cet amour naissant. Mais même cet amour ne sera pas si facile : Blake va revenir !

 

Bien sûr, il y a cet « appel du monde sauvage » (2) pour Buck, et ce dernier est un chien magnifique au passé trouble (3), mais il n’est lui aussi qu’un faire-valoir de Thornton, une sorte d’alibi pour le film.

Quoi qu’l en soit, on se délecte de ces grandes étendues et de cette intrigue presque aussi sauvage que le titre, où même la fin fut retournée afin d’éviter la mort de Shorty, pourtant annoncée par ses dés. Par contre, la mort frappe tout de même, une sorte d’instant karma pour le méchant du film (il y en a toujours un, rappelez-vous le précepte hitchcockien), l’infâme Smlith (Reginald Owen) et ses deux complices franchement patibulaires (4).

 

Quant à la fin, sans pour autant tout dévoiler, sachez qu’elle respecte le Code déjà cité, Clark Gable interprétant, comme d’habitude, un homme d’honneur et de grande dignité, même s’il nous montre qu’il tient bien l’alcool (le Volstead Act a été abrogé, ne l’oublions pas !).

 

  1. Bien sûr qu’il y en a un. Il n’était pas possible d’imaginer y couper !
  2. Plus proche du titre original que celui de la forêt.
  3. Que vous ne connaîtrez que si vous lisez le roman.
  4. Mais presque ?

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Charles Crichton
Un Poisson nommé Wanda (A Fish called Wanda - Charles Crichton, 1988)

Depuis 1982 et le Monty Python: Live at the Hollywood Ball, beaucoup de spectateurs, dont je fais partie, guettent avec intérêt les différentes sorties mettant en scène les différents membres de ce sextet extraordinaire. Bien sûr, Terry Gilliam nous a régalés plus d’une fois, mais quand il fut annoncé la sortie de ce film mettant en scène deux des plus fameux membres de ce groupe (les plus populaires, peut-être, mais après c’est plus une question de goût), ce fut la liesse !

John Cleese (le grand) et Michael Palin (l’autre) sont de retour ensemble – vraiment, même s’ils ne sont réunis qu’à la fin – pour notre plus grand plaisir !

 

Donc, une équipe de braqueurs – George Thomason (Tom Georgeson, notez l’interversion), Otto West (Kevin Kline), Ken Pile (Michael Palin) et Wanda Gerschwitz (Jamie Lee Curtis) - va mettre la main sur 13 millions de livres en diamants. Mais le goût du lucre et une bonne dose d’égoïsme vont décider Otto et Wanda à dénoncer George qui sera arrêté et en attente de jugement, défendu par un ténor du barreau, Archie Leach (John Cleese).

Si Wanda a la clef qui mène au coffre où est caché le butin, il lui manque l’emplacement du coffre. Elle va donc fréquenter Leach pour lui extorquer le renseignement nécessaire pour toucher le pactole.

 

Si Charles Crichton n’est pas le premier venu dans le cinéma britannique (il réalise depuis une bonne quarantaine d’années), il reçoit ici un secours inappréciable en la personne de John Cleese qui, outre son interprétation irrésistible dans ce rôle d’avocat ultra british, a contribué grandement au scénario : on retrouve d’ailleurs la patte remplie de nonsense de cet ancien Python, mêlant avec bonheur les différentes formes de comique classique : visuel, de mot et psychologique. La présence de son complice Michael Palin ne fait qu’accentuer l’aspect absolument absurde et foutraque qu’on aime chez les hommes du Cirque volant (1).

 

Mais malgré ces gages d’humour irrésistible, c’est un troisième homme qui l’emporte dans la loufoquerie débridée : Kevin Kline. Il y a chez cet acteur la marque des grands. J’ai déjà écrit sur certains films dans lesquels il tient des rôles prépondérants, et celui d’Otto West ici les surpasse tous. Il est un abruti absolu, mélangeant les références tout en se donnant des allures d’intellectuel : mais comme le lui dit Wanda, lire Nietzsche est à la portée de n’importe qui, le comprendre est une autre paire de manche.

Otto est, malgré ses différentes menaces à ceux qui le considèrent ainsi, l’archétype du type stupide, possédant en outre quelques tics notables comme se respirer les dessous de bras avant de faire l’amour, ou respirer à travers la botte en cuir de sa partenaire… Mai surtout il est d’une jalousie maladive qui amène des situations des plus absurdes dont en général Archie Leach fait les frais.

 

Et dans l’ensemble, les quatre membres de ce quatuor ont des rôles bien définis et des plus complémentaires : de la séductrice prête à tout pour emporter le magot mais ne résistant pas à une langue étrangère, à l’avocat coincé qui se révèle au contact de la jeune femme, en passant par le tueur psychopathe (Otto) et l’autre qui bégaie (Ken), nous avons une belle brochette de dingos tous plus attachants les uns que les autres.

A cela s’ajoute les différentes situations amenant le comique sous les formes annoncées ci-dessus : Leach criant « Wanda » en plein tribunal avant de se rattraper avec un jeu de mot des plus bancales (assez plat en VF, d’ailleurs, mais que voulez-vous), Ken tentant désespérément de tuer une veille dame témoin du braquage, et Otto réservant un sort particulier au poisson du titre…

 

C’est un festival. Absolument improbable, mais qu’importe : au cinéma, tout est possible. Surtout quand un ancien des Monty Python est aux commandes, sinon derrière la caméra, du moins de bout en bout du scénario…

 

  1. Monty Python’s flying Circus était le nom de leur émission diffusée pour la première fois en 1969.
  2. « Don’t call me stupid » est la réplique qu’il répète le plus souvent (« ne me traitez pas de débile » dit la VF)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Barbet Schroeder
More (Barbet Schroeder, 1969)

Stefan (Klaus Grünberg) arrive de Lübeck (Schleswig-Holstein) à Paris, en transit vers le Maghreb : récemment diplômé en mathématiques, il entend bien étudier les mathématiciens arabes avant de se lancer dans la vie active. Dans la capitale, il rencontre Charlie (Michel Chanderli), un petit escroc sympathique qui lui donne accès à ses petites combines (il faut bien vivre) et une certaine vie parisienne un tantinet insouciante où la jouissance prônée en mai semble la règle.

Nous sommes en 1968, et le mouvement hippie vient de s’installer en Europe, avec ses idéaux pacifiques, son amour libre, mais aussi son usage pas vraiment raisonné de la drogue…

 

En France, nous en étions restés à Razzia sur la Schnouff, sorti quinze ans plus tôt et qui dressait un tableau du trafic de drogue dans Paris, du producteur jusqu’au consommateur, ce dernier n’étant pas le plus important de la filière. En effet, outre le jeune homme secoué de spasmes qui clôturait le film, Henri Decoin ne nous montrait pas spécialement les effets nocifs de la drogue auprès des consommateurs. Aux Etats-Unis, par contre, cela fait déjà plus de quatre décennies que les spectateurs ont été avertis de la dangerosité des drogues : la mort prématurée de Wallace Reid, ultra-dépendant à la morphine suite à un accident de travail (1), avait motivé Dorothy Davenport, sa veuve, à produire et coréaliser Human Wreckage (1923), un film-documentaire sur les méfaits de ces substances (2).

 

Alors quand sort le film, en octobre (3), c’est plutôt un choc pour les spectateurs, Barbet Schroeder dressant un portrait sans concession de l’usage des drogues. Et surtout, il montre la lente et progressive déchéance de ce jeune homme « bien sous tout rapport » qui met le doigt dans l’engrenage, et ce pour une bonne raison : il est amoureux. Il est amoureux de la belle Estelle (Mimsy Farmer) qui va progressivement l’initier à l’amour libre et surtout aux drogues de plus en plus dures, jusqu’à l’héroïne fatale.

Et le titre du film (more = plus) est extrêmement bien choisi, il illustre et annonce l’accoutumance inévitable à l’héroïne qui amène ses consommateurs à en vouloir toujours plus, à la recherche illusoire de leur premier voyage (trip) : illusoire parce que jamais on ne l’atteint une seconde fois.

 

Et Schroeder, pour bien souligner l’effet néfaste du produit, va faire monter son film par Rita Roland et Denise de Casabianca comme un immense trip. Cela commence doucement, avec introduction progressive des différentes substances jusqu’à la frénésie liée au manque qui va accélérer le montage à mesure que l’état de Stefan se détériore, à la recherche toujours plus forte et plus rapprochée de paradis artificiels. Cette frénésie cinématographique est à rapprocher de la chanson du Velvet Underground sorti deux ans avant le film et qui porte le titre emblématique d’Heroin, dans laquelle le rythme s’intensifie et s’accélère à mesure que la drogue pénètre l’esprit de celui qui raconte son expérience jusqu’à l’extase attendue.

Mais ici, l’extase attendue ne viendra plus.

Et puisqu’on parle de musique, le succès du film est aussi dû à la présence de Pink Floyd qui signe ici une bande originale en totale adéquation avec le sujet, des titres planants, « groovy » comme dit Estelle à propos du formidable Cymbaline, derniers soubresauts de cette ère psychédélique qui avait fait connaître le groupe.

 

Bref, ‘est un véritable témoignage d’une époque que nous présente ici Barbet Schroeder pour son premier long-métrage. Un témoignage d’une époque où l’usage de la drogue était encore normale, même si pas toujours très légal (4), et nombre des figurants hippies étaient de véritables membres de cette communauté naissante.

A voir, donc, et à écouter.

 

  1. Sur un tournage.
  2. Ce ne fut pas le seul film traitant de ce fléau.
  3. Il fut présenté à Cannes en mai.
  4. rarement d’ailleurs, et ce malgré l’espoir énoncé par Estelle que ce sera « légalisé dans cinq ans. »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Frank Oz
In and out (Frank Oz, 1997)

Bienvenue à Greenleaf, une immense grande petite ville d’Indiana. Outre une communauté soudée, on y trouve un professeur de littérature anglaise hors du commun. D’ailleurs, le jeune acteur prodige Cameron Drake (Matt Dillon), qui vient d’être récompensé de l’Oscar suprême le lui a dédié : il fut l’inspiration de son personnage à l’écran, un soldat émérite mais qui avait le défaut (pour l’armée des Etats-Unis) d’être homosexuel.

C’est la consternation à Greenleaf : ce professeur, Howard Brackett (Kevin Kline), serait homosexuel! Pourtant, il doit se marier très prochainement avec Emily Montgomery (Joan Cusack) après trois années de « fiançailles »…

 

Bien sûr, c’est le discours de Tom Hanks lors de sa récompense pour son rôle dans Philadelphia qui est la base de l’intrigue, mais Frank « Yoda » Oz transforme cette situation en comédie un tantinet grinçante, où l’homophobie en prend pour son grade, sans toutefois ouvrir de polémique (1).

Et la réussite de cette comédie, c’est aussi de jouer sur les stéréotypes habituels concernant l’apparence ou certains penchants – puisque Howard nie catégoriquement être homosexuel – les tournant en ridicule : il n’y a que la dérision qui peut lutter efficacement contre les préjugés (2).

 

Outre cette situation, le jeu des différents interprètes est aussi un gage de réussite. Kevin Kline est magistral, lui qui fut cet incroyable amant de Jamie Lee Curtis dans A Fish called Wanda (3), d’une virilité décomplexée. Kline confirme, s’il en était besoin, l’étendue de son talent. Autre personnage qu’on n’attendait pas dans ce registre : Tom « Magnum » Selleck (Peter Malloy, le journaliste), qui a rasé sa mythique moustache pour l’occasion. Outre être un journaliste sensationnaliste, il est le deuxième élément déclencheur de l’intrigue, amenant le rebondissement (presque) inattendu qui va la relancer vers une résolution certes convenue, mais tout de même très réjouissante.

 

Bref, on s’amuse, on rit même beaucoup (enfin moi, en tout cas), mais on se dit que ce n’est tout de même pas gagné pour la communauté homosexuelle un peu partout dans le monde. Si Howard, « dénoncé » comme homosexuel, est accepté par sa famille, la position du directeur de son école (Bob Newhart) est malheureusement très répandue dans le monde et par conséquent aux Etats-Unis d’où vient le film, même près de vingt-cinq ans après sa sortie. Là encore l’actualité nous le rappelle régulièrement : de la Hongrie d’Orban à la Russie de Poutine (4), les homosexuels ne sont pas à la fête.

 

  1. Sauf toujours chez ceux qui en sont atteints : malheureusement, l’homophobie ne se soigne pas…
  2. Il suffit de voir les atteintes à la vie qui font régulièrement l’actualité : comiques et dessinateurs de presse sont toujours des cibles privilégiées chez les enragés de tous poils.
  3. C’est d’ailleurs la statuette qu’il remporta avec ce film qui est utilisée ici.
  4. La liste est longue qui comprend ces deux noms.

 

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