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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Catastrophe, #Jean Negulesco
Titanic (Jean Negulesco, 1953)

15 avril 1912, 2 h 20 : le Titanic coule 2 heures et cinquante minutes après avoir heurté un iceberg. Environ 1500 morts et 700 rescapés.

Parmi les passagers, outre les personnalités – Guggenheim (Camillo Guercio) ou les Astor (Frances Bergen & William Johnstone), on trouve les Sturges. Elle (Barbara Stanwyck) fuit son mari (Clifton Webb) avec ses enfants (Audrey Dalton & Harper Carter). Sturges, averti au dernier moment, réussit à prendre place dans le bateau, pour une explication sérieuse, et malheureusement finale…

 

Nous sommes donc lors de la première – et dernière –è traversée du Titanic, et déjà, nous savons que tout cela se finira très mal. Mais comme d’habitude, c’est la façon dont la catastrophe va arriver qui nous intéresse. Tout comme les différente destins croisés : les Sturges, le révérend Healey (Richard Basehart) ou encore le jeune Giff Rogers (Robert Wagner), amoureux d’Annette (Audrey Dalton).

Côté Sturges, la moitié est sure de d’en tirer (les femmes), ce qui n’en va pas de même pour les deux hommes, même si Norman (Harper Carter) n’est pas ce qu’on peut considérer un homme, mais il porte tout de même un pantalon, alors…

 

Bien sûr, le nœud de l’intrigue (1) concerne les parents Sturges, et surtout l’attitude de Richard.

Autant le dire tout de suite, Richard Ward Sturges est un personnage très peu recommandable, bouffi de vanité et d’orgueil dont le seul plaisir dans la vie est de participer à n’importe quelle cérémonie mondaine, quelle qu’elle soit. Avec en prime le désir de placer sa fille dans les bras d’un riche héritier. Bref, un type assez répugnant. Surtout que les révélations que va lui faire sa femme ne sont pas pour apaiser les esprits.

 

Mais comme nous sommes dans un film américain, même si Negulesco était roumain, le naufrage va être le prétexte à différents rachats. Que voulez-vous, on en revient à la sempiternelle rédemption. Elle va toucher deux personnages plus que d’autres : Healey et bien sûr Sturges.

Healey parce qu’il est un prêtre défroqué qui rentre de Rome vers les Etats-Unis, chassé de l’Eglise pour alcoolisme. Sturges enfin, parce qu’un personnage aussi vil ne peut pas être complètement mauvais, surtout quand il est interprété par Clifton Webb. Dès que le choc avec l’iceberg se produit, ce sale personnage se transforme en véritable gentleman, conscient de ses responsabilités : un passager modèle. Il en profite pour faire la paix avec sa femme et quitter dignement ses enfants. Bref, il n’a pas volé son salut.

 

Il est le digne représentant des passagers de ce bateau qui est en train de sombrer : nulle panique, nulle excitation alors que le navire s’enfonce inlassablement dans l’océan. Seules quelques explosions nous rappellent le tragique de la situation, ainsi que les différents plans inclinés dus à l’avant qui s’enfonce.

Et c’est là que le bât blesse dans le film de Negulesco. Il est difficile de croire que tous ces hommes – les femmes sont dans les bateaux, ne l’oublions pas – ont attendu patiemment que le bateau les engloutisse tous pendant qu’ils chantaient Plus près de Toi, mon Dieu. Et cela d’autant plus quand on a vu le formidable film homonyme de James Cameron. Il y a un manque flagrant de réalisme. Et je ne parle pas de l’utilisation (impeccable) des maquettes (2) de Maurice Ransford et Lyle R. Wheeler.

D’une manière générale, ce naufrage est très statique, chacun attendant patiemment la fin. Difficile tout de même d’y croire.

 

Reste une adaptation très académique et ma foi fort agréable à regarder, scénarisée par un Charles Brackett en pleine forme et qui a beaucoup fait pour ce film. Outre l’écriture du scénario, il est aussi producteur de ce film à grand spectacle. Et ce fut payant : en plus du succès, le film reçut un Oscar… Pour le scénario (3).

 

  1. Principale, nous savons que le bateau coule, alors ça devient accessoire…
  2. Difficile, en 1953, d’avoir recours aux effets spéciaux numériques…
  3. « Original », comme ils disent…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Edward F. Cline
Miss Capitaine (Captain January - Edward F. Cline, 1924)

5 ans.

5 ans que le Capitaine Janvier (1) est entré dans la vie du vieux loup de mer Jeremiah Judkins (Hobart Bosworth). C’était une nuit de tempête et Judkins, le gardien du phare a vu, le temps d’un éclair, un bateau s’approcher dangereusement de son île. A l’éclair suivant, il ne restait qu’un petit paquet sur la plage : un bébé, seul rescapé du naufrage. Maintenant, ce bébé a grandi et est devenu une belle petite fille (Baby Peggy).

Une nuit, Judkins oublie d’allumer son phare. Et bien entendu, c’est ce soir-là qu’un yacht vient à passer. A son bord, Isabelle Morton (Irene Rich) et son mari Herbert (John Merkyl). Cinq ans plus tôt, la sœur d’Isabelle a péri dans un naufrage près de l’île…

 

Baby Peggy, qui nous a quittés l’an passé à l’âge de 101 ans, fait partie de ces enfants acteurs autour desquels furent tournés de nombreux films. Bien sûr, elle est très mignonne (« cute », comme ils disent), mais cela ne suffit pas pour faire un film et malgré ses 6 ans (quand a lieu le tournage) elle tient avec beaucoup d’aisance son personnage, compagne singulière d’un vieux briscard, isolés du monde par la mer. A ses côtés, Hubart Bosworth est un partenaire de choix, interprétant ce vieil homme attachant et touchant. On retrouve dans cette association un peu de celle qui prévalait dans My Boy (Albert Austin & Victor Heerman, 1921) entre Jackie Coogan et Claude Gillingwater. Mais l’aspect dramatique n’est pas le même, malgré une légère similitude d’intrigue (2).

De plus, la présence de d’Eddie Cline derrière la caméra est une bonne garantie même si nous sommes  loin de sa collaboration avec Buster Keaton. 

 

Et le film fonctionne, beau divertissement familial où Peggy-Jean Montgomery (3) est éclatante de justesse, véritable pendant féminin de Jackie Coogan (4), usant avec bonheur de son visage, passant du sourire aux larmes avec aisance. Et en plus, les costumes la mettent en valeur : de l’ensemble marin (pour la vie dans le phare) à la robe de ville (pour sortir) avec chapeau, sans oublier le pyjama « grenouillère », tout lui va !

Et en plus, elle a un charme fou, ce qui n’est pas pour déplaire. On retrouvera ce même engouement pour une très jeune actrice quelques années plus tard avec l’arrivée de Shirley Temple. Avec un plus non négligeable : Shirley parle (et chante aussi).

Pas étonnant que cette dernière jouera dans le remake de David Butler douze ans plus tard (5).

 

Si avec tout ça, vous n’avez pas envie d’aller y jeter un coup d’œil…

 

  1. Oui, ça sonne moins bien que « Captain January »…
  2. Bien sûr, les Morton sont la tante et l’oncle de Captain January.
  3. Le vrai nom de Baby Peggy.
  4. Elle sera sa seule véritable rivale pendant la période muette
  5. Et chose étonnante, dans le remake, « Captain January » désigne un homme (Guy Kibbee).

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Publié le par Djayesse
Les Oreilles entre les dents (Patrick Schulmann, 1987)

Patrick Schulmann était ce qu’on appelle un cinéaste complet : non seulement il réalisait des films, mais en plus il touchait à tous les autres domaines cinématographiques. Ainsi, en plus de réaliser, ici il signe le scénario et la musique, entre autres choses.

Le scénario ?

Boris (Gérard Manzetti), un tueur à gages exécute un homme qui l’a trahi, lui coupant, post mortem, les oreilles et les fourrant dans sa bouche par vengeance d’un coup antérieur : il a perdu un bout de son oreille et la boucle qui allait avec.

Dès lors, les choses s’accélèrent : chaque nouvelle personne tuée – pour des raisons plus ou moins crapuleuses – est retrouvée avec les oreilles entre les dents (d’où le titre). Le ministre Théron (Gabriel Cattand) missionne un de ses protégés pour mener à bien l’enquête, le criminologue Blido (Jean-Luc Bideau).

 

Si le cinéma de Schulmann n’est pas spécialement subtil, on ne peut négliger cette comédie policière et donc lui trouver un charme certain, servie par des acteurs pas toujours très célèbres mais dont la conviction n’est pas à remettre en cause. Parmi eux, on trouve Fabrice Lucchini (Luc Fabri, sourd), Laurent Gamelon (Max) ou encore Féodor Atkine (Phœbus).

Et bien entendu, cette histoire est hautement improbable : qui a jamais entendu d’un tueur qui fourre des oreilles entre les dents ?

Qu’importe, Schulmann conduit son intrigue dans la droite lignée de n’importe quel film policier, insistant, bien entendu, sur le rôle du criminologue incompétent, interprété par un Jean-Luc Bideau au mieux de sa forme. Sous couvert de méthodes à la pointe, ce sont avant tout les experts qui sont fustigés à travers son personnage : ces experts jusqu’au-boutistes qui trouvent toujours une raison pour étayer leur(s) théorie(s), jusqu’à l’absurde. Et ici, ça fonctionne admirablement.

 

Ajoutez à cela un gamin (très) turbulent (Kevin Burgos), un chauffeur de ministre en quête de reconnaissance (Philippe Khorsand)  et une héritière (Jeanne Marine, madame Bob Geldof) et un directeur de cabinet dépressif (Phœbus), sans oublier des concierges un tantinet à la masse, et vous obtenez un divertissement certes peu délicat mais dont le but premier, faire rire, fait mouche.

Que demander de plus ?

La présence de Christophe Salengro (Biguir), dont les organes de l’audition font un excellent appât contre ce tueur auriculaire.

 

« Put in, Carel, put in ! »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Gangsters, #Maurice Tourneur
Jimmy le Mystérieux (Alias Jimmy Valentine - Maurice Tourneur, 1915)

D’un côté, vous avez Lee Randall (Robert Warwick), un homme respectable, qui travaille à un haut poste dans une banque. De l’autre, il y a Jimmy Valentine (Robert Warwick), malfrat de haute volée, perceur de coffre-fort sans chalumeau oxhydrique ou autre dynamite.

Bien entendu, il s’agit de la même personne. Sauf que Jimmy Valentine, c’était avant.

Avant ? Oui, avant qu’il fasse un séjour à Sing Sing et soit sauvé (1) par le lieutenant gouverneur Fay (Frederick Truesdell) et surtout sa fille Rose (Ruth Shepley).

Mais son passé le rattrape en la personne de l’inspecteur Doyle (Robert Cummings), à propos de son séjour dans la prison « prestigieuse ».

 

Maurice Tourneur est donc aux Etats-Unis et on peut dire que ce séjour lui réussit : il s’épanouit derrière la caméra, livrant ici un film plutôt remarquable où les différentes prises de vue sont d’une très grande qualité. Certes, il manque quelques petits bouts au film, mais pas de quoi s’affoler.

Ce qui ressort le plus, c’est le placement parfait de la caméra à chaque nouveau plan. Tourneur sait où il doit placer son chef-opérateur (Lucien Andriot ?) pour arriver à un équilibre parfait de l’image, sans oublier la part esthétique des différents plans. Parce qu’en plus, c’est très beau.

 

Par contre, l’intrigue est beaucoup plus convenue, reflet d’une époque où la criminalité était combattue (rien de nouveau jusque là) et où on espérait contribuer à réformer certains esprits à travers ce nouvel art (qui n’était pas encore considéré comme tel). On retrouve la naïveté habituelle qui montre un ancien bandit repenti, ayant tiré un trait définitif sur son activité criminelle. Et en plus il fait des émules : ses anciens complices Red (Johnny Hines) et surtout Avery (Alec B. Francis). Ce dernier est l’occasion de voir Francis dans un autre rôle que celui d’un vieil homme débonnaire qu’on a l’habitude de voir. Et la séquence qui le montre veiller sur l’argent (une grosse somme), tiraillé entre son désir de fuir avec ou d’être fidèle à son ancien complice est tout à fait caractéristique de cet esprit réformateur.

 

Mais si le film tient une place importante, c’est aussi parce qu’il fut projeté en avant-première à Sing Sing ! Et c’était tout à fait normal parce que Tourneur est allé tourner (2) sur les rives de l’Hudson, directement dans la place. Et les images qui nous montrent la promenade des détenus est de ce fait un témoignage de cet univers carcéral. Les prisonniers qui défilent y sont de véritables criminels condamnés. On s’en rend compte rapidement car certains détenus placent leur képi devant leur visage, refusant d’être reconnus !

La seule chose qu’on peut regretter, c’est le format du film (65 minutes) qui aurait gagné en longueur et permis de développer certains aspects du film, en particulier le fait que la partie amenant Jimmy à Sing Sing est un flashback qui explique comment il est devenu Lee Randall.

 

Qu’importe, ne boudons pas notre plaisir et savourons ce film d’un réalisateur qui fut un des premiers maîtres du cinéma.

 

  1. Dans tous les sens du terme.
  2. Association inopinée de termes…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Julien Duvivier
Voici le Temps des assassins (Julien Duvivier, 1956)

C’était le Paris des Halles (les vraies !), où les garçons bouchers venaient écluser des muscadets, comme chez André Châtelin (Jean Gabin), le propriétaire du Temps des Innocents, un café restaurant. Outre les travailleurs des Halles, on y trouve aussi quelques personnes de la haute que la cuisine du patron attire, et un jeune étudiant en médecine, Gérard Lacroix (Gérard Blain). Châtelin a pris sous son aile ce dernier, le traitant comme le fils qu’il n’a pas eu. Parce que Châtelin a été marié. A Gabrielle (Lucienne Bogaert).

D’ailleurs, Catherine (Danièle Delorme), la fille de cette dernière, débarque chez Châtelin pour lui annoncer qu’il peut se considérer comme veuf, Gabrielle venant de mourir.

Bonne pâte, il accueille la jeune fille, qui va bouleverser sa vie : Gabrielle n’est pas morte !

 

Le titre est éloquent et va hélas se réaliser. Il y aura un mort dans cette histoire encore plus sombre que celles dont nous avons l’habitude chez Duvivier. Parce que bien sûr, comme toujours, les personnages ne sont pas très reluisants, et en particulier la mère et la fille. La mère, toxico et machiavélique est magnifiquement campée par Lucienne Bogaert (qui retrouvera au cinéma Gabin l’année suivante), dont la diction particulière ajoute à la déchéance du personnage. Et la fille, interprétée tout aussi magnifiquement (sinon plus) par une jeune Danièle Delorme extraordinaire. On ne peut s’empêcher de maudire cette jeune femme qui vient semer le doute et la zizanie dans ce microcosme équilibré. Et d’autant plus qu’on a vu le film plusieurs fois (c’est mon cas) : le rôle maléfique de Catherine s’installe progressivement, instillant le mal par petites touches réfléchies. Superbe.

 

Oui, nous sommes bien chez Duvivier. On retrouve ce même pessimisme pour les humains qui enrobe tous ses films. Même Châtelin qui semble la victime de ces deux femmes n’est pas non plus très positif. Le fiel que déverse Catherine le touche et d’une certaine façon il s’attend aux révélations (mensongères) qu’elle distille. Le conflit entre lui et Gérard ne naît pas de rien. Si Catherine fait tout pour les brouiller et surtout y réussit, c’est parce qu’il y a un terreau fertile pour développer ses mensonges : non Châtelin et Gérard ne sont pas si formidables que cela.

Malheureusement, il faudra que la mort arrive pour que Châtelin se dessille les yeux et comprenne la part mauvaise de Catherine.

 

Et ce qui donne toute sa dimension à cette œuvre sombre, c’est aussi la cinématographie d’Armand Thirard, vieux complice de Duvivier (1), qui signe ici un noir et blanc superbe, accentué par une teinte ténébreuse ambiante. En effet, tout est sombre, et pas seulement l’intrigue et les personnages. Même les rares moments dans la journée ne sont pas brillants : la chambre de Gabrielle reflète admirablement la décrépitude de son occupante, qu’on sent déjà au crépuscule de sa vie, crépuscule avancé du fait de sa toxicomanie.

 

Un film noir. Très noir.

A voir, mais surtout à revoir, pour savourer toute cette histoire ô combien sombre.

 

  1.    C’est avec lui qu’il a commencé comme chef-opérateur en 1926.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Aventures, #Paul Sloane
Made for Love (Paul Sloane, 1926)

Egypte, 192…

Nicholas Ainsworth (Edmund Burns), assisté de Lady Diana Trent (Ethel Wales) procède à des fouilles dans la Vallée des Rois. Sa fiancée Joan Whipple (Leatrice Joy) l’a accompagné mais est reléguée au second plan du fait des différentes reliques exhumées. Pour se consoler, elle a trois prétendants qui s’entêtent à la rendre heureuse.

Alors que Nicholas est sur le point de découvrir la tombe d’Aziru (Edmund Burns) et Herath (Leatrice Joy), entre en scène le prince Mahmoud Bey (Bertram Grassby), pilleur de tombe patenté, que la belle Joan ne laisse pas insensible.

Si la tombe fut ensorcelée par le pharaon (Brandon Hurst) lors de sa fermeture, le prince a l’intention de donner un coup de pouce à Isis quand Ainsworth y pénétrera.

Avec de la dynamite…

 

L’idée qui vient à l’esprit en voyant ce film, c’est « recyclage ». En effet, on a une impression de déjà vu dans ce film présenté par ni plus ni moins que Cecil B. DeMille. Et c’est certainement de là que vient cette idée. En effet, l’insertion d’un épisode égyptien antique dans l’intrigue n’est pas sans rappeler Les 10 Commandements sortis trois ans plus tôt, avec la même Leatrice Joy. Mais là s’arrête la comparaison, Sloane n’étant pas le grand Cecil B.

On y trouve aussi une autre influence à travers le personnage de Mahmoud Bey, Le Cheik (1921). Mais si Ahmed ben Assad (Rudolph Valentino) était surtout un jeune homme un tantinet mal dégrossi, Mahmoud est, au contraire, le méchant identifié.

Et surtout, Bertram Grassby ne possède pas le charme du beau Rudolph.

 

Encore une fois, le problème du film vient du fait que le réalisateur n’arrive à se positionner entre le drame et la comédie. D’un côté, nous avons cette intrigue égyptienne prétexte à une reconstitution en costumes, avec un méchant et son homme de main (1), et une occasion de faire monter la tension quand le couple se retrouve enfermé dans la tombe ; de l’autre, Sloane utilise deux types de personnages pour relâcher la tension (pas si forte que ça) : le trio de prétendant qui fonctionne avec bonheur en synchronicité ; lady Diana Trent dont la réplique d’introduction à chacune de ses interventions est un très bon exemple de comique de répétition.

 

Mais malgré la maîtrise technique due en grande partie à la caméra d’Arthur C. Miller, Sloane n’arrive pas au niveau de son maître : il manque un souffle plus ou moins épique ainsi que le savoir faire de DeMille pour les drames (hauts) bourgeois dont Joan est une représentante caractéristique, tout comme cet aspect comique que Cecil B. sait utiliser à bon escient.

Bref, sans être pour autant un navet, ce film n’atteint pas le niveau attendu dans cette intrigue exotique dont les ingrédients prometteurs auraient pu contribuer à faire un grand film.

Juste un petit divertissement, perdu dans la masse des grands films de la période (2).

 

  1. Edward Snitz interprète Selim, âme damnée de Mahmoud : malheureusement, il n’est pas employé à sa juste valeur. Edwards était avant tout un acteur comique comme on a pu le constater dans sa filmographie prestigieuse, même dans ses films catalogués de « sérieux ».
  2. Je l’ai déjà écrit ici : quand le film sort, le cinéma (muet) est à son apogée et les chefs-d’œuvre s’enchaînent.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Nicolas Pariser
Le grand Jeu (Nicolas Pariser, 2015)

Pierre Blum (Melvil Poupaud) végète.

Divorcé de Caroline (Sophie Cattani), écrivain oublié, il est contacté par un vieux monsieur étrange, Joseph Paskin (André Dussolier). Ce dernier a besoin d’un écrivain pour des services particuliers. Il faut dire que Paskin évolue dans les arcanes du pouvoir et des sphères impitoyables. Son dernier projet ? Faire tomber le ministre de l’Intérieur.

Parce qu’il n’a rien de mieux à faire, il accepte.

Bien entendu, tout ne va pas se passer comme (Paskin l’avait) prévu…

 

Voilà une bonne idée d’intrigue. Malheureusement, on ne fait pas toujours un bon film avec une bonne idée. C’est le cas de Nicolas Pariser qui signe ici son premier long métrage.

Certes, l’interprétation est à la hauteur, de Melvil Poupaud à Clémence Poésy (Laura Haydon), mais on se sent tout de même floué par le titre (très) prometteur.

Parce que question grand jeu, c’est plutôt une petite partie, où l’intrigue politique devient une toile de fond d’un pseudo débat sur l’extrême gauche, que le ministre de l’Intérieur – ici – veut éradiquer.

Parce que le film est bavard.

Quand est-ce que les cinéastes français vont apprendre à synthétiser leur propos et arrêter de se perdre dans les méandres d’une parole qui freine l’intrigue et du coup émousse l’intérêt du spectateur, voire le fait totalement décrocher ?

 

Mais s’il n’y avait que ça.

En plus d’être un tantinet indigeste du point de vue oral, la diction des différents interprètes n’est pas toujours très compréhensible, et une personne qui m’est proche, malentendante, peut faire une croix sur ce film : même en poussant le son, elle passera à côté de beaucoup d’échanges, les distributeurs (indépendants comme cela est précisé en ouverture du blu-ray) ayant négligé d’y joindre un sous-titrage indispensable pour une meilleure compréhension. Ou pour la compréhension tout court.

 

Sans oublier le suspense annoncé qui se résume à quelques éléments là encore prometteur même si déjà vus ailleurs (1), mais cela ne suffit pas, et on reste sur sa faim. Surtout que la résolution de l’intrigue n’en est pas vraiment une, le film se terminant, à mon humble avis, en queue de poisson, sans explication véritable ni ellipse pertinente (2) : ce n’est pas ce que j’appelle une véritable fin.

 

Bref, on vit très bien sans le voir.

 

  1. Ce n’est pas un problème de réutiliser des éléments déjà vus s’ils servent le film. Autant utiliser ce qui a fait ses preuves.
  2. Certains films n’expliquent pas tout quand ils se terminent, cela ne les empêche pas d’avoir une véritable fin.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Guerre, #King Vidor
Bud's Recruit (King Vidor, 1918)

1917.

Les Etats-Unis viennent d’entrer en guerre et le jeune Bud Gilbert (Wallace Brennan) appelle sa troupe. Après la revue, place à l’assaut… Interrompu par une femme qui n’a pas aimé comment on a traité son fils !

J’oubliais de vous dire : Bud a environ 12 ans et il se désespère de voir son frère Reginald (Robert Gordon) – une poule mouillée – inscrit à une association pacifiste.

Qu’importe, il s’engagera à sa place. Il suffit d’une paire de lunettes (celles de Reginald) et d’une fausse moustache et le tour est joué : au grand dam des pacifistes, et de sa maman, on annonce que Reginald Gilbert va conduire les nouvelles recrues !

 

Si ce film est très anecdotique et appartient à la pléthore de films de propagande, il n’en demeure par moins une date dans la carrière de King Vidor. En effet, il s’agit ici ni plus ni moins que de son premier film de fiction – un court-métrage de 26 minutes – qui en plus commence une série de films autour des scénarios du juge Willis Brown (il en tournera 16).

Certes, l’intrigue est très sommaire mais malgré tout, Vidor  se prête à l’exercice avec plaisir, utilisant les ressorts comiques attendus sans entrer dans le burlesque.

Bien sûr, nous sommes très loin de La grande Parade, mais on y trouve déjà le ton qui fera le succès du réalisateur. Sans oublier la maîtrise technique indispensable pour devenir quelqu’un en 1918.

 

Non, Vidor ne révolutionne pas le cinéma pour ce coup d’essai dans la fiction (1), mais il propose un film plaisant, un tantinet nationaliste (2) et dont la portée n’est pas négligeable à cette période : des jeunes gens se sont enrôlés après avoir vu ce film qui décrit une situation ô combien réaliste et proche des spectateurs.

Et puis c’est aussi une occasion d’apercevoir Mildred Davis (future Mme Lloyd) dans le rôle de la sœur d’Edith (Ruth Hampton), la petite amie de Reginald. Quant à Wallace Brennan, il refera une apparition chez Vidor (pour une autre histoire de Willis Brown)  et arrêtera sa carrière cinématographique. Qu’est-il devenu ? Aucune idée.

 

  1. Ses deux premiers films étaient des documentaires.
  2. Normal, quand il tourne, la campagne de recrutement bat son plein.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Ang Lee
Raison et Sentiment (Sense and Sensibility - Ang Lee, 1995)

Angleterre, fin XVIIIème.

John Dashwood (Tom Wilkinson succombe, laissant ses biens à sa famille. Enfin une partie de sa famille seulement : son fils John (James Fleet), puisque les filles étaient alors écartées des successions, tout comme l’épouse, qui devaient toutes trouver à se loger ailleurs, laissant la place à la nouvelle maîtresse de maison, ici Fanny (Harriet Walter).

C’est très dommage, et d’autant plus que la même Fanny a invité son frère Edward (Hugh Grant) et qu’il ne ressemble pas vraiment à cette nouvelle « propriétaire » du domaine : il montre du respect pour celles qui furent jusqu’à très peu les maîtresses du lieu, et l’attirance est réciproque, surtout chez Elinor (Emma Thompson), dont l’âge commence à avancer…

Mais la vie est ainsi faite : les quatre femmes doivent quitter les lieux qui les ont vues grandir et vieillir…

 

Vous n’imaginiez pas que j’allais vous faire un résumé détaillé de cette intrigue – magnifique – adaptée (par Emma Thompson, excusez du peu) du roman de la grande Jane Austen. Cette intrigue est aussi riche que certains de ses protagonistes, opposant, comme le titre l’indique, la raison et les sentiments, à travers les deux sœurs aînées Elinor et Marianne (Kate Winslet), la première tout en retenue quand la seconde possède une fougue inadéquate dans le milieu social qui est le leur.

Parce que le milieu social est le maître mot de cette société sclérosée qui va s’épanouir encore plus dans le siècle suivant, sous le règne de Victoria. Et Ang Lee réussit à reconstituer ce milieu impitoyable où l’argent mène la danse, rappelant dans sa manière de filmer le cinéma de James Ivory : on y retrouve d’ailleurs quelques-un(e)s de ses interprètes (Emma Thompson et Hugh Grant).

 

Et Ang Lee prend son temps pour nous exposer tous les tenants et aboutissants de cette intrigue où l’amour est l’idée principale, mais surtout les convenances qui n’aidaient pas toujours à la réalisation de ce même amour, privilégiant une distribution exclusivement britannique – normal – et des lieux de tournages qui le sont autant (1).

Et bien sûr, encore une fois, Emma Thompson est phénoménale. Elle interprète ici aussi avec beaucoup de brio cette fille jeune (2) coincée par les convenances et jouée par un destin des plus farceurs qui lui enlève Edward à peine découvert, alors que nous savons tous qu’ils sont faits l’un pour l’autre !

A ses côtés, on aura autant de plaisir à admirer une jeune actrice qui n’est pas encore la Rose de James Cameron (3). Kate Winslet est elle aussi une Marianne impeccable, aussi exaltée que sa sœur est calme et semble résignée, représentant une jeunesse encore pleine d’illusion(s), refusant – temporairement – les codes de ce milieu qui se retourne contre sa famille (enfin seulement le côté féminin).

 

Bien sûr, les hommes vont eux aussi  jouer un grand rôle, et on appréciera à leur juste valeur Alan Rickman (Colonel Brandon), qui interprète l’amoureux éconduit de Marianne qui lui préfère le jeune et fougueux Willoughby (Greg Wise) qui semble être son pendant masculin ; et Hugh Grant qui, s’il séduit ces dames Dashwood, n’a rien du séducteur (plus ou moins conscient) qu’on a pu le voir jouer avant ou après.

Je n’oublierai pas de citer au passage le couple Sir John Middleton (Robert Hardy) – Lady Jennings (Elizabeth Spriggs), véritable catalyseur de cette intrigue : ils sont le trait d’union entre ces deux parti(e)s : d’un côté les pauvres Dashwood et de l’autre les riches Londoniens. Certes, Middleton n’est plus le passionné invétéré de chasse du roman de Jane Austen, mais qui s’en plaindra ? Ils sont tous les deux des personnage dont la truculence va de pair avec la générosité. Des gens bien.

 

Bref, Ang Lee signe ici un film magnifique, recréant cette époque injuste envers les femmes (4), où partir trop tôt pour un père peut amener un véritable enfer, financier comme social : si les conditions de vie sont détériorées, il faut voir aussi le traitement que reçoivent les jeunes femmes Dashwood hors de chez Mrs. Jennings.

 

Superbe.

 

  1. Britanniques.
  2. Difficile de dire jeune fille pour Elinor, surtout quand on sait que la belle Emma a tout juste 36 ans quand le tournage commence. Mais son âge est aussi sa force dans le rôle, donnant une plus grande épaisseur à son personnage.
  3. Titanic (1997).
  4. Si les choses ont changé depuis 225 ans, permettez-moi de douter que les femmes britanniques (et les autres) ont trouvé pleine justice quant à leur(s) condition(s)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #John Huston
Dieu seul le sait (Heaven knows, Mr. Allison - John Huston, 1957)

1944, quelque part dans le Pacifique.

Un canot pneumatique dérive. A son bord, le caporal Allison (Robert Mitchum). Et comme c’est toujours le cas, il aborde une île déserte. Sauvé ? Peut-être. En tout cas, l’île n’est pas si déserte que ça : Sœur Angela (Deborah Kerr) est seule elle aussi, depuis la mort du prêtre qui l’accompagnait.

Va alors se développer une cohabitation entre la nonne et le soldat, rythmée par les allées et venues de l’armée japonaise, jusqu’à la découverte par ces soldats, de la présence ennemie : les jours de ce duo improbable sont alors comptés.

 

Il y a de l’African Queen, dans cette histoire de naufragé : c’est la guerre, et nous retrouvons deux solitaires très différents, à la merci d’un ennemi pas toujours invisible. Mais cette fois-ci, pas de périple : nos deux héros restent sur cette île, loin de tout et de tous. De plus, si Rose Sayer (Katharine Hepburn) était une vieille fille, Angela est au palier supérieur : c’est une nonne qui doit très prochainement prononcer ses vœux définitifs.

Mais dans les deux cas, nous avons un homme qui ne peut ignorer ses pulsions : tout comme Charlie Allnutt (Humphrey Bogart), Allison cède aux charmes de la religieuse. Mais qui pourrait résister ? C’est tout de même Deborah Kerr !


Deborah Kerr qui interprète une nouvelle religieuse, tout aussi rigoriste que chez Michael Powell et Emeric Pressburger dix ans plus tôt (Black Narcissus), mais la tentation demeure : là encore, c’est tout de même Robert Mitchum !

Et sous ses allures (habituelles) de brute plus ou moins bien dégrossie, il y a un homme généreux et séduisant, attentionné et courageux. Bref, de quoi faire renoncer à des vœux. Mais, si Rose Sayer pouvait convoler avec Charlie Allnutt – normal, c’était une vieille fille qui n’avait pris aucun engagement avec une quelconque entité supérieure – il n’en va pas de même pour Angela : la morale ne peut accepter qu’elle rende son voile pour s’être retrouvée quelques jours avec un soldat, fût-il Robert Mitchum.

 

Mais malgré cette barrière religieuse, on s’amuse à, cette rencontre singulière entre deux personnes tout compte fait pas si différente que ça. Et Huston joue sur les différents engagements qu’ont pris les deux protagonistes : la religion et l’armée. Tous deux ont un devoir qui va au-delà de leur(s) personnalité(s) et même si cela n’empêche pas les sentiments, chacun doit rester dans son rôle, dans son domaine.

Alors non, ils ne s’embrasseront pas, mais le lien qui va les unir occasionnellement ne sera jamais rompu : il sera un éternel compagnon dans sa vie (c’est elle qui le lui annonce). Et puisqu’on en est à une certaine mystique, on peut imaginer qu’ils seront réunis plus tard. Mais ceci est une autre histoire, comme on dit…

 

Et on ne peut qu’être d’accord avec Allison quand il déclare à sœur Angela : « pourquoi est-ce que vous n’êtes pas vieille et moche ? Pourquoi faut-il que vous ayez de grands yeux bleus… Et un magnifique sourire… Et des taches de rousseur ? » (1)

Les choses auraient été plus simples.

 

  1. “why ain't ya old and ugly? Why do ya gotta have big blue eyes... and a beautiful smile... and freckles?”

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