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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Gangsters, #Pablo Trapero
El Clan (Pablo  Trapero, 2015)

Argentine, 1985.

Voilà près de deux ans que le pays est redevenu une démocratie quand la police déboule dans la maison des Puccio, à la recherche d’une femme (âgée) enlevée. Le fils, Alejandro (Peter Lanzani) est arrêté, ainsi que ses sœurs et sa mère. Alejandro, c’est une star en Argentine : joueur de rugby doué, il fait partie de la sélection nationale (les Pumas), et est célébré à chaque apparition publique.

Seulement voilà : son père, c’est Arquímedes Puccio (Guillermo Francella), qui fut membre des services de renseignements de la junte, et accessoirement un truand de grande envergure, couvert par cette même junte. Et Alejandro a longtemps participé aux exactions de son père. Et l’enlèvement de la vieille femme, c’est celui de trop : le pays a changé et Arquímedes n’a pas voulu le croire.
Lui qui a toujours tout fait pour sa famille va donc achever son œuvre en la détruisant complètement.

 

Nous sommes trente ans après les faits (1), et Pablo Trapero nous livre ici un tableau sans concession des dernières années de la junte de Galtieri & consorts, à travers un personnage redoutable : Arquímedes Puccio. Sous couvert d’activités gouvernementales, il n’est rien d’autre qu’un parrain qu’on qualifierait de mafieux s’il était sicilien, se conduisant peu différemment de Don Corleone : seule sa participation effective lors de chaque enlèvement n’en fait pas seulement un PDG du crime organisé. Mais c’est d’ailleurs cette participation active qui amènera sa perte, puisqu’il sera (facilement) identifié par les services de police du nouveau gouvernement.

 

Mais cette police pose tout de même question : à l’instar du vieux gangster, il semble que beaucoup de personnes sont restées aux mêmes postes lors de la transition démocratique. Le « commodore » (Miguel Ángel Lembo) qui a couvert si longtemps les exactions est toujours là, même si son influence a beaucoup diminué. Et l’entrevue d’Arquímedes avec un autre profiteur/criminel de la junte qui a été arrêté montre bien l’état d’esprit de ces profiteurs : ils sont convaincus que ce n’est qu’une passade et que tout redeviendra comme avant (c'est-à-dire une nouvelle junte). Trente ans plus tard, on ne peut que se réjouir qu’ils avaient tort.

 

On ne peut que louer le travail de Pablo Trapero qui revient sur une période (très) sombre de l’histoire de son pays. Et c’est un film qui lui a tenu à cœur : outre la réalisation et la production, il a participé au scénario et au montage. Et le résultat est là : le public argentin ne s’y est pas trompé et lui a fait un triomphe. Mérité de mon point de vue. Outre la description de ce criminel faussement politique – malgré ses appuis haut placés, Puccio n’est rien d’autre qu’une crapule – c’est aussi la réalité de ce pays prisonnier d’un système répressif où les enlèvements étaient monnaie courante : pour des raisons politiques au début (opposants), puis pour des raisons financières ensuite (quand il n’y a plus d’opposition, on cherche une nouvelle cible).

Et le système bien huilé de Puccio en est l’illustration parfaite : la Guerre des Malouines est l’événement qui fait basculer Puccio dans ce qu’on appelle le banditisme. Mais s’il se met à son compte, il utilise une technique bien rôdée et qui a fait ses preuves : celle qu’il a mise au point pendant les premières années de la junte. Et les alibis politiques qu’il donne aux familles de ses victimes passent d’autant plus facilement qu’ils sont certainement identiques à ceux qu’il utilisait quand il était partie prenante du système.

 

Si Trapero conduit son film de main de maître, il s’appuie sur une distribution solide, et en particulier sur le jeu de Guillermo Francella, acteur plutôt spécialisé dans la comédie. Son regard clair et froid donne plus de poids à son personnage : à chacun des plans rapprochés on ne voit que ses yeux qui lui donnent un aspect encore plus inquiétant. Et à ses côtés, Peter Lanzani interprète lui aussi avec beaucoup de justesse son fils, un être complètement construit par son père, tiraillé entre son rester de morale et son amour filial. Parce que la place de la famille reste centrale dans cette histoire, et c’est certainement ce qui a amené Pedro Almodovar (et son frère Agustín) à la production du film.

Les exactions du père sont connues de tous et créent une tension qui augmente avec le temps. Deux solutions sont offertes aux différents membres : collaborer (activement en participant ou passivement en se taisant) ou fuir. C’est ce deuxième choix que vont faire le benjamin Guillermo (Franco Masini) et le fils cadet Maguila (Gastón Cocchiarale). Si le premier réussit à s’en sortir, le second cède et revient dans le giron familial, avec ce que cela implique.

 

  1. Cette histoire terrible est malheureusement vraie.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Baz Luhrman, #Tom Hanks
Elvis (Baz Luhrmann, 2022)

Epoustouflant.

A nouveau, les Américains nous démontrent qu’ils ont toujours l’un des meilleurs cinémas du monde. Et pour cela, ils nous gratifient d’un nouveau biopic de toute beauté, reprenant – encore une fois – la vie de l’un des artistes les plus emblématiques, le King soi-même, Elvis Presley (Austin Butler).

Nous sommes en 1997 quand commence le film, et le « colonel » Tom Parker (Tom Hanks) est à Las Vegas, pour les derniers instants de sa vie. Va s’ensuivre la vie d’Elvis, raconté par ce personnage trouble mais d’une certaine façon génial, celui qui fut son agent même après sa mort.

Ce sont donc une vingtaine d’années qui nous sont présentées, de l’éclosion du phénomène jusqu’à l’issue fatale annoncée, et surtout les rapports entre les deux hommes qui vont évoluer d’une symbiose prometteuse à une décadence annoncée elle aussi.

 

Bien sûr, on trouve une portée didactique dans l’intrigue, mais ce n’est certainement pas là que se situe le véritable intérêt du film. Et malgré la narration de Parker, c’est toujours le King le centre de l’attention. Et Austin Butler est incroyable.

Evidemment, il ne ressemble pas physiquement à Elvis (1), mais son allure, sa voix et surtout son déhanché ne trompent personne : il est Elvis. Parce que c’est là le talent de ce jeune acteur : réussir à être son personnage sans lui ressembler (2).

Les différentes prestations en concert d’Elvis sont alors de fabuleux moments où on retrouve l’époque qui a vu les grandes étapes de sa vie : sa découverte, son retour (en 1969) et Las Vegas, dernier lieu de représentation de la Légende. Et à chaque fois, c’est formidable. Ca fonctionne parfaitement : on s’y croirait, comme on dit ! Les premières prestations sont surtout l’occasion d’une belle reconstitution. Des décors/costumes/ coiffures, bien sûr, mais ça, c’est inévitable, mais aussi des mentalités, accentuées par les commentaires de Parker (« on ne sait pas si on a le droit d’aimer ») : toutes les femmes sont subjuguées par le déhanchement – lascif – du chanteur. Cette séquence eut nous paraître quelconque, près de 70 ans après, mais il faut absolument se replacer dans le contexte. Nous sommes en plein cœur des années 1950 dans le Sud des Etats-Unis, une région au moins aussi prude, voire pudibonde que le reste du pays. Les références sexuelles sont taboues quand elles ne désignent pas une certaine partie de la population : les Noirs. N’oublions pas que la ségrégation est encore de rigueur et de façon assez autoritaire. Et pour la population blanche (qui dirige), les gesticulations lascives du jeune homme sont une atteinte aux bonnes mœurs, ravalées au rang bestial et même pire : noir. Pire insulte de la part de gens qui sont extrêmement racistes comme le montrent les interventions d’un sénateur à un meeting en même temps que le concert de charité que donnait le « nouvel Elvis ».

Et la ségrégation va émailler le film, avec les différentes rencontres musicales d’Elvis – B.B. King (Kelvin Harrison Jr.), Little Richard (Alton Mason), Mahalia Jackson (Cle Morgan)… – ainsi que des événements tragiques qui n’en sont pas étranger – assassinats de Martin Luther King et Robert Kennedy – ramenant Elvis à son enfance dans les quartiers proches du ghetto noir de Memphis.

 

Encore une fois, Tom Hanks est magnifique dans ce rôle ambigu d’homme d’affaires « charitable » (3) qui n’était rien d’autre qu’un escroc. Génial peut-être, mais escroc avant tout. Comme le disait Hitchcock, pour qu’un film soit réussi, il faut (mais ne suffit pas) que le méchant soit réussi : c’est chose faite ici. Parker a un aspect salaud (quand Elvis a une attaque en 1973) qui ne dénature absolument pas son personnage. Bien entendu, les autres interprètes (très justes) sont un tantinet éclipsés par ce duo vedette, n’étant rappelés que par leur aspect anecdotique. N’empêche : Alton Mason est  vraiment impressionnant quand il interprète Tutti Frutti.

 

Autre élément important du film : sa construction. Baz Luhrmann démontre tout son savoir faire. Outre la réalisation, il participe au scénario et il participe à la production (on n’est jamais mieux servi que par soi-même). Sa construction du film – grandement aidée par le montage éclairé de Matt Villa et Jonathan Redmond – est très pertinente, que ce soit dans la narration de Parker – l’errance du vieil homme malade dans un casino désert – ou le mélange des images d’archives et tournées.

Parker erre, malade, poussant son goutte-à-goutte de morphine et nous raconte sa vérité : on dit que quand on meurt, toute sa vie défile devant ses yeux. Et c’est ce qu’il se passe ici : Parker est en train de mourir et tout lui revient, presque dans l’ordre, avec certaines incursions dans le passé (Elvis enfant dans la chapelle improvisée reviendra souvent). Quant aux images d’archives, les reconstitutions sont parfois bluffantes, surtout quand la dernière séquence nous montre le « vrai » King.

Et l’apothéose de ce mélange, c’est bien entendu la dernière chanson qui nous est proposée, lors de son dernier concert, Unchained Melody. C’est Austin Butler qui la commence, bouffi par les années de boulimie (encore un maquillage réussi), mais à un moment tout bascule, et c’est Elvis lui-même qui la termine, avec, même s’il est assis (il ne peut plus tenir debout), la même énergie que par le passé.

 

Un film phénoménal. Autant que le personnage dont il est question.

 

PS : Un petit bémol malgré tout, alors que le générique de fin se déroule, la voix d’Elvis (le vrai) entonne In the Ghetto (merveilleuse chanson !)… Et on se dit que ce (long) générique va être agréable à regarder. Et puis patatras, c’est une espèce de meddley elvissien à la sauce actuelle qui lui succède. Je veux bien (feindre de) croire que cela illustre l’un des derniers intertitres à propos de son influence, mais là, je ne peux pas. Je suis sorti.

 

  1. Le film n’est pas un concours de sosies
  2. On trouvera le même cas de figure dans le téléfilm Hitler: the Rise of Evil (Robert Duguay, 2003) où Robert Carlisle interprétera cet ignoble personnage avec, comme Austin Butler, beaucoup de brio.
  3. « Charité bien ordonnée commence par soi-même ».

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Frank Capra
Milliardaire pour un Jour (Pocketful of Miracles - Frank Capra, 1961)

Comment faire du neuf avec du vieux (et je ne parle pas de l’âge de Bette Davis) ? Vous prenez un film qui a bien réussi. Vous embauchez quelques valeurs sûres. Vous le tournez en couleurs et le tour est joué.

Enfin ce résumé est un tantinet sommaire : nous parlons ici de l’immense Frank Capra qui tire sa révérence au grand écran.

 

Nous sommes donc toujours pendant la grande Dépression (on assiste d’ailleurs à l’abolition du Volestead Act qui interdisait l’alcool), toujours à New York où Apple Annie (Bette Davis, donc) vend ses pommes à la sauvette, et en particulier à Dave the Dude (Glenn Ford) qui leur voit un signe de bonne fortune. Louise (Ann Margaret) doit toujours venir la visiter avant son mariage avec dom Carlos (Peter Mann), fils du comte Romero (Arthur O’Connell). Il est toujours aidé par Queenie Martin (Hope Lange) et son homme de main Joy Boy (Peter Falk) et le miracle annoncé dans le titre original a toujours lieu.

 

Mais quel est donc l’intérêt de refaire le même film ? Justement, c’est de ne pas le refaire. Et Capra réussit son pari, modifiant un élément essentiel par rapport au modèle : le point de vue. Alors que le film de 1933 se concentrait sur Apple Annie, ici, c’est Dave the Dude qui est le centre de l’intrigue. Capra et ses complices (Hal Kanter & Harry Tugend) vont étoffer ce personnage trouble, truand sans arme mais tout aussi efficace que les autres. Avec ce resserrement sur Dave est créé un passé avec Queenie qui se trouve ici être la fille d’un ancien collaborateur et créancier du Dude. C’est même lui qui va l’embaucher pour qu’elle règle les dettes de son père, et bien sûr plus puisque affinités…

 

Bien sûr, on retrouve le microcosme cher à Capra qui entoure ses personnages principaux : les mendiants autour d’Annie (parmi eux, on reconnaît Angelo Rossito : normal, c’est un film MGM) ainsi que ses voisins qui apprécient la musique qu’elle fait jouer à son vieux gramophone pendant qu’elle écrit à sa fille ; les truands et filles légères autour de Dave, pas plus évolués 28 ans plus tard !

Parmi eux, on remarque (comment ne pas faire autrement ?) surtout Peter Falk qui a repris le rôle de Happy (Ned Sparks) et dont le nom n’est toujours pas en accord avec son visage (1).

 

Et Capra va donc refaire son film, accentuant certains passages et en abandonnant d’autres : les explications finales du Dude aux autorités sont abrégées (2) ; la transformation d’Annie en grande dame voit l’équipe chargée du « ravalement » sortir absolument épuisée…

Et puis il y a Bette Davis (3). Et c’est peut-être là le maillon faible du film : c’était (et on le voit ici aussi) une actrice phénoménale, et sa prestation en Annie est presque trop bien pour être vraie. Alors que May Robson était une Apple Annie initiale tout à fait crédible dans sa misère comme dans sa splendeur passagère, Bette Davis reste, du début à la fin, Bette Davis.

Attention, je ne dis pas qu’elle joue mal, certainement pas. Mais elle n’a pas la prestance de May Robson, dont le physique se prêtait plus à ce rôle de grande dame occasionnelle.

 

Mais qu’importe, le film reste un bel adieu au cinéma (4), où le charme et le miracle fonctionnent toujours de la même façon. Capra sera resté jusqu’au bout l’un des plus grands cinéastes de comédie de Hollywood. Et soixante ans après, il l’est toujours.

 

  1. « Joy Boy » : le Garçon de la Joie
  2. On part du principe que le spectateur connaît l’issue de l’intrigue.
  3. Je l’adore !
  4. Capra se tournera vers la télévision, malgré un dernier projet avorté.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Espionnage, #James Bond, #Cary Joji Fukunaga
Mourir peut attendre (No Time to die - Cary Joji Fukunaga, 2021)

Dernier avatar de Daniel Craig en James Bond, il l’est dans l’intrigue et dans les faits (1) : on n’a plus de nouvelle depuis…

Si l’arrivée de Daniel Craig a redonné un nouvel élan à la série, on remarquera aussi que ce dernier opus ne laisse aucun doute quant à ses adieux définitifs. On y retrouve tous les personnages emblématiques : Moneypenny (Naomie Harris) M (Ralph Fiennes), Q (Ben Wishaw), Felix Leiter (Jeffrey Wright) et bien sûr l’infâme Blofeld (Christoph Waltz), archétype du méchant de la série.

 

Cette (dernière) fois-ci, Bond doit sauver le monde d’une arme implacable et terrifiante : un virus artificiel qui ne tue que le possesseur d’une ADN particulière… Mais si Blofeld est bien là, ce n’est pas lui qui le fait : il est interné. Par contre, il se retrouve lui-même cible de cette curieuse arme de destruction (très) massive. Le super méchant, ici, c’est Lyutsifer Safin (Rami « Freddie » Malek), dont les consonances de son prénom ne sont pas inopinées : c’est un personnage franchement diabolique.

Mais heureusement, Bond va une dernière fois sauver le monde, avant de disparaître. Oui, Bond disparaît à la fin, mais pour une raison très honorable, ou « comment quitter la scène avec élégance ».

 

Et Cary Joji Fukunaga réussit cette sortie de scène de l’agent secret le plus célèbre du monde avec beaucoup de brio. Il faut dire qu’il a coécrit le scénario ce qui aide beaucoup dans la réalisation d’un film. Bien sûr, on a droit aux éléments du cahier des charges (humour british, poursuites en voiture, jolies femmes et armes à feu) mais avec parfois quelques variantes comme la réplique attendue « My name is Bond, James Bond » : comme dans la première interprétation de Daniel Craig (Casino Royal), c’est cette réplique qui conclut le film, histoire de bien faire comprendre qu’il en a terminé avec le MI6. Et en plus, ce n’est pas lui qui la dit : normal, il est mort (1).

 

Mais ce dernier film est aussi la fin d’une série et Fukunaga s’en amuse, truffant ses images et autres répliques d’emprunts aux autres films. Bien sûr, son rapport avec Madeleine (Léa Seydoux) n’est pas sans rappeler celui qu’il entretint avec Tracy (Diana Rigg dans Her Majesty’s secret Service) : outre la chanson finale (par Louis Armstrong), la réplique « We have all the time in the world » est mentionnée deux fois.

Autre clin d’œil à la série :, Bond est dans un tunnel de forme arrondie quand il se tourne vers nous et abat un homme… Comme dans le générique d’introduction !

 

Bref, ce dernier opus (en attendant le suivant) est un véritable régal pour les amateurs de la série (dont je suis), et Daniel Craig, même s’il est lui aussi rattrapé par son âge comme ses aînés avant lui, réussit sa sortie du rôle, mentionnant lui-même qu’il n’est plus un jeune premier.

Et même si Bond meurt, 007 survit : c’est Lashana Lynch qui l’interprète et son personnage – Nomi – a récupéré son matricule. Comme le lui dit James : « c’est juste un numéro. »

 

PS : J’oubliais, on a droit à des représentations peintes des M qui ont marqué la série avant Mallory… Bref, il ne manque que Desmond Llewellyn (Q) et Lois Maxwell (Miss Moneypenny historique) ! 

 

  1. Curieusement, La toute dernière annonce du film nous indique que James Bond va revenir !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Richard Brooks
Graine de Violence (Blackboard Jungle - Richard Brooks, 1955)

« 1, 2, 3 o’clock, 4 o’clock, rock ! »

 

Un tableau noir (1) où s’écrivent les éléments du générique pendant que Bill Haley (et ses Comets) chante ce qui est devenu l’un des plus grands standards du rock’n’roll. La raison de cette chanson ? C’est bien connu (en 1955), le rock est « une musique de sauvages, prétexte à tous les débordements, et ceux qui écoutent cette musique – si on peut qualifier ces éructations de musique – sont des voyous en devenir, s’ils n’en sont pas déjà. »

Et les intertitres de présentation nous ont prévenus : ce que nous allons voir concerne la délinquance juvénile.

Richard Dadier (Glenn Ford) vient d’être embauché dans un lycée de New York (North Manual High School) situé dans un quartier pauvre. Les élèves n’y sont pas intéressés par ce qu’on y enseigne et certains d’entre eux trouvent plus d’intérêt à monter des petits coups, lucratifs mais surtout illégaux. Ces véritables voyous sont menés par Artie West (Vic Morrow), qui va harceler son professeur, allant jusqu’à user de violence à son encontre.

 

C’est un film sans concession que nous propose ici Richard Brooks, traitant avec justesse et réalisme un problème de société, à mon avis insoluble. Et Brooks n’a pas de solution à nous donner, ce n’est pas son affaire. Par contre, il réussit à nous dresser le portrait d’une jeunesse à la dérive, née avant la guerre, livrée à elle-même. Parce que les grands absents de ce film, ce sont les parents. Il n’est quasiment pas fait référence à eux et même on n’en voit aucun. Et les rares fois où Brooks va sortir de l’école, c’est pour nous montrer des exactions où la violence est omniprésente. Mais cette violence ne se contente pas d’occuper la rue : elle est entrée dans l’école et la séquence finale monte en intensité jusqu’au basculement irréversible : un couteau à cran d’arrêt que West sort dans la classe.

 

Irréversible parce que West ne peut plus simuler : il entre officiellement dans l’illégalité. C’est aussi le moment du choix pour ses autres « camarades » de classe : le suivre ou suivre le professeur. Bien sûr, le choix va être favorable au professeur  il n’est pas question de noircir le tableau – qui l’est déjà assez, dans tous les sens du terme – et il faut tout de même laisser un peu d’espoir aux spectateurs. Mais malgré tout, un élève comme West est un échec pour le système éducatif. Et l’horizon qui s’ouvre (!) à lui (après la fin du film) va comporter beaucoup de barreaux…

 

Graine de Violence se situe dans une année marquée par l’adolescence au cinéma : quand le film est présenté, c’est dix jours après A l’Est d’Eden, et La Fureur de vivre va bientôt arriver sur les écrans. Même en France, Delannoy nous gratifie d’un Chiens perdus sans Collier dans la même verve. Mais Brooks va encore plus loin dans le traitement de la violence, omniprésente tout au long du film. Dans les faits, bien sûr, mais aussi dans les mots : issus d’origines géographiques très différentes, les élèves n’hésitent pas à s’invectiver en usant de termes péjoratifs relatif à cette origine. Bien qu’américains, c’est avant tout cela qui les définit.

 

Et on retrouve là l’idée du creuset (melting-pot) qui est l’une des bases de ce pays : c’est de la diversité (ethnique, géographique…) que naît la richesse et tous ces personnages se rassemblent autour d’un même drapeau. Et ce drapeau n’est pas seulement un élément de décor. Outre l’aspect emblématique évoqué ci-dessus, c’est ici un accessoire hautement symbolique : c’est avec lui que Santini (Jamie Farr) va clore définitivement l’affrontement final, tel un chevalier s’élançant dans un tournoi, lance en avant.

 

Oui, il reste de l’espoir quand le film se termine, mais au final, la violence est toujours présente dans les écoles (pas dans toutes, fort heureusement), aux Etats-Unis et ailleurs. Et en plus, maintenant, des élèves ont des armes à feu qu’ils n’hésitent pas à utiliser contre ceux qui furent leurs camarades.

 

  1. Le titre original : la Jungle du tableau noir.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Frank Capra
Grande Dame d'un jour (Lady for a Day - Frank Capra, 1933)

Annie (May Robson) vit à New York. Elle a une fille (Jean Parker) qui vit en Espagne et qui va bientôt venir la visiter : elle doit se marier avec le vicomte Carlos (Barry Norton). Depuis le temps que Louise (la fille d’Annie) lui raconte les épisodes de sa vie fastueuse, le comte Romero (Walter Connolly), père de Carlos, veut rencontrer cette grande dame.

Seulement voilà : Annie vit de la vente de ses pommes qu’elle propose à la sauvette sur les grandes artères de la Grosse Pomme… Et si elle envoie des lettres à l’en-tête d’un hôtel luxueux, c’est parce qu’elle a un ai qui y travaille.

Heureusement, elle peut compter sur Dave « The Dude » (Warren William), truand notoire au grand cœur, auquel les pommes d’Annie ont toujours porté chance.

Sur lui et aussi sur Frank Capra…

 

« Vous croyez aux contes de fées j’espère ? »

Cette réplique que le Dude adresse au commissaire (Wallis Clark) résume très bien le ton du film : il s’agit d’un conte de fées moderne, où les fées se sont transformées en voyous au grand cœur. Tout est bon pour permettre à Apple Annie de ne pas perdre la face. Et il n’est pas totalement étonnant de voir un bandit à l’œuvre : la tendance en 1933 est au changement d’attitude par rapport aux gangsters, plus question de les admirer pour leurs prouesses criminelles, et le code Hays va enfoncer le clou. Mais en attendant, on trouve toujours quelques truands gentils dans le cinéma hollywoodien : à aucun moment d’ailleurs, on ne verra une quelconque exaction du Dude (1), sa réputation parle pour lui.

 

Et Capra, aidé par le scénario de Robert Riskin (c’est le second film d’une collaboration qui se révèlera très fructueuse), qui n’en est pas à son coup d’essai déroule : c’est un microcosme de petites gens qui peuple son film et lui donne une truculence attachante. On retrouve la solidarité indispensable qui baigne les films de Capra : ce sont les gens comme Annie qui vont démarcher le Dude pour qu’il intervienne. Ces gens sont bien loin de ceux de la Haute qu’on pourra apercevoir dans la dernière partie du film : des mendiants plus ou moins handicapés (aveugles, cul-de-jatte…), mais aussi les voisins de la vieille femme qui apprécient pleinement chaque fois qu’elle passe un disque sur son gramophone… Les laissés pour compte de la vie. Ce n’est pas encore la faune bigarrée de You can’t take it with you, mais on n’en est pas loin.

 

Et Capra s’amuse avec ses truands : outre Happy McGuire (Ned Sparks) qui ne sourit à aucun moment (2), c’est une brochettes de personnages frustes, incapables de retenir deux lignes de texte pour donner une bonne impression à une réception arrangée pour mettre en valeur la « grande dame d’un jour ». Sans oublier le « juge » Henry G. Blake (Guy Kibbee) dont le prétoire n’est rien d’autre qu’une salle de billard. Et au milieu de tout ce petit monde, on trouve un Dude qui doit batailler ferme pour arriver à quelque chose. Surtout avec la police qui va faire s’écrouler son projet : arrêté, il ne peut aller avec sa clique à la réception.

 

Mais c’est toujours quand on atteint le point culminant de la tragédie qu’on reconnaît un grand réalisateur de comédies. Et on en arrive à la réplique énoncée ci-dessus : nous sommes dans un conte de fées. Et la magie opère, relevant alors du miracle : la réception d’Annie est sauvée au moment où tout semblait désespéré. Au cinéma, n’oublions jamais que tout est possible.

 

Et puisqu’on parle de miracle, en 1961 Capra sortira une nouvelle version de cette Grande Dame d’un jour (on n’est jamais si bien servi que par soi même…), dont le titre original s’intitule tout naturellement Une Poche pleine de miracles (3)…

Mais ceci est, encore une fois, une autre histoire qui n’est pas une autre histoire…

 

  1. Certes, les journalistes sont mis au secret sur son ordre, mais c’est pour une bonne cause…
  2. « Happy » signifie heureux…
  3. Pocketful of miracles

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Robert Schwentke
The Captain: L'Usurpateur (Der Hauptmann - Robert Schwentke, 2017)

C’est un homme qui court, en noir et blanc. Il a le visage un brin ensanglanté et on entend un clairon (mal) sonner. Cet homme, c’est un soldat. Quand le champ s’élargit, on voit qu’il est poursuivi par un véhicule militaire dans lequel des hommes sont debout et lui tirent (mal) dessus. C’est un soldat allemand, poursuivi par d’autres soldats, eux aussi allemands.

En cette fin de Deuxième Guerre Mondiale, les militaires dont la chasse aux déserteurs. Et cet homme poursuivi en est un.

Une fois qu’il a échappé à ses poursuivants, notre homme découvre une voiture abandonnée. Dedans, une valise avec un uniforme de capitaine, et même un livret militaire. Après une courte hésitation, il endosse l’uniforme et va devenir le capitaine Herold (Max Hubacher), en mission spéciale pour le Führer afin d’évaluer la situation à l’arrière du front.

 

Après le décevant Divergente 3, Robert Schwentke se retourne vers ses racines et va tourner en Allemagne, d’après une histoire vraie, celle de Wili Herold qui fut condamné à mort avec ses hommes pour crimes de guerre (environ 125 victimes). A sa mort, il avait 21 ans. Comme quoi la valeur n’attend pas le nombre des années…

Et en plus de tourner dans un superbe noir et blanc, Schwentke joue avec le scénario (qu’il a aussi écrit) : cet homme poursuivi a toute notre sympathie (1) : peut-on en vouloir à un soldat de déserter ? Et encore plus quand la guerre est perdue (2)… Mais la découverte de la voiture est le basculement nécessaire au scénario : sans cette voiture, pas d’usurpation. Pas de crime ? Je n’irai pas jusque là. Herold est un abominable salaud, écoeurant jusqu’aux autres officiers du camps n°2 dans lequel il va exécuter sans procès 90 prisonniers qui encombrent les nazis.

 

Et Schwentke va sans cesse jouer sur deux tableaux : on veut (presque) croire que Herold est un type bien. Sa première exécution ressemble à un rite de passage : il tue un déserteur pour donner le change à ceux qui sont autour de lui. C’est aussi une façon de faire authentifier son mensonge et donc de faire passer son usurpation. Mais plus le film avance et moins il a de circonstances atténuantes. Et même s’il dit à son aide de camp Freytag (Milan Peschel) que les hommes qu’il va faire exécuter vont de toute façon mourir, cela ne l’exonère en rien de ses crimes. Pire : il va partager sa culpabilité de manière tout à fait ignoble : ce sera Freytag (3) tout d’abord qui se tient toujours en retrait des exactions de son supérieur, à qui il demandera d’achever un fusillé ; puis les acteurs à qui il demandera d’exécuter d’autres prisonniers. Cette façon de procéder est franchement abjecte : une fois la première victime tuée, on ne peut plus faire marche arrière.

 

Et si le film a commencé par une séquence bizarre, rappelant sur certains points le surréalisme (la poursuite au son du clairon mal joué), celle qui va clôturer (provisoirement, voir ci-dessous) le film relève cette fois-ci plus du rêve voire du symbole qu’autre chose : ce capitaine s’en va, traversant une plaine jonchée de squelettes jusqu’à disparaître dans la forêt avoisinante. Si cette (presque) ultime scène relève du cauchemar, elle fait aussi écho à la suite que nous ne verrons pas : arrêtés, Herold et ses hommes devront déterrer toutes les victimes du camp dans lequel ils auront « officié ».

 

Quand lez film se termine, deux intertitres silencieux nous relatent ce qu’il advint de cet ignoble individu. Sans musique. Et d’une certaine façon, c’est l’absence de musique qui domine tout au long du film. Mais ce n’est pas pour autant un film silencieux : la bande son est très importante, mettant l’accent sur le bruit (donc pas vraiment agréable) plus ou moins naturel, renforçant l’aspect terrible et brut (voire brutal) de l’intrigue, sans soutien musical.

 

Et dans la séquence finale qui va se dérouler pendant le générique de fin, Schwentke réussit un dernier coup de force : d’une certaine façon, on peut y établir un parallèle avec le film en lui-même : on retrouve ce commando dans le blindé qui l’a amené dans la dernière ville. On se dit que Schwentke nous propose quelques rushes supplémentaires. Mais rapidement le plan se décale par rapport à la séquence précédente et on aperçoit des vitrines d’échoppes qui n’ont rien en commun avec celles de 1945. Puis ce sont les voitures qui jonchent le parcours (garées ou en mouvement) qui sont celles d’aujourd’hui, tout comme les personnes qui voient ce curieux cortège évoluer.

Une dernière séquence qui crée un nouveau malaise : ces soldats de cinéma se comportent de la même façon que dans le film lui-même, un peu plus de 70 ans après, les exécutions en moins.

Ne serait-ce pas pour nous montrer que nous ne sommes pas à l'abri d'un tel retour ?

 

PS : une séquence est en couleurs, mais pour un daltonien comme moi, ça ne fait pas beaucoup de différence…

 

  1. La mienne, en tout cas.
  2. Ce que confirmera un contre-amiral (Hendrik Arnst) en fin de film.
  3. En allemand, « Freitag » signifie vendredi. Certes, c’est écrit avec un i. Mais cela sonne de la même façon que le nom de ce personnage qui va accompagner Herold dans son errance. A l’instar du compagnon de Robinson Crusoé, Freytag sembler venir de nulle part, tant la situation militaire fin avril 1945 était compliquée en Allemagne.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Leo McCarey
Elle et Lui (Love Affair - Leo McCarey, 1939)

Michel Marnay (Charles Boyer) est un riche oisif mâtiné d’un playboy. Il est sur un transatlantique qui le ramène aux Etats-Unis pour épouser une riche héritière (Astrid Allwyn). Sur le paquebot, il fait la connaissance de Terry McKay (Irene Dunne), qui rentre aussi aux USA pour épouser son patron (Lee Bowman). Bien entendu, ils tombent amoureux l’un de l’autre (1).

A l’arrivée, ils se promettent de se retrouver six mois plus tard avec une véritable situation, sauf si entre temps ils ont trouvé autre chose de plus sérieux. Où ? En haut de l’Empire State Building, l’endroit (en 1939) le plus près du ciel.

Le premier juillet, Michel est en haut du gratte-ciel (terme on ne peut plus pertinent en ce qui nous concerne). Il attend Terry. Qui ne viendra pas. Elle a eu un accident juste en bas de l’immeuble.

 

Superbe.

Leo McCarey, l’un des princes de la comédie hollywoodienne, réussit ici sa rencontre avec la tragédie, donnant un film magnifique, avec une histoire d’amour inoubliable. Tellement que le film sera refait, et même par McCarey (mais ceci est une autre histoire, même si c’est la même histoire…). Certes, le duo de stars qui tient le haut de l’affiche est impeccable, mais cela ne suffit pas : le talent de McCarey et son sens de la mise en scène sont primordiaux ici. Sans oublier quelques noms glanés durant le générique d’introduction : Delmer Daves (scénario), Edward Dmytryk (montage), Rudolph Maté (prises de vue)… On a vu largement pire !

 

Mais surtout, ce qui fait (aujourd’hui encore) le succès du film, c’est son aspect humain. Si Marnay n’est pas une personne très fréquentable quand commence le film – un riche oisif qui ne sait rien faire d’autre que peindre (2) – sa rencontre avec Terry va l’ouvrir à la vraie vie : Terry, si elle doit épouser son patron, ne vient pas d’un milieu aisé comme lui. Elle s’est faite toute seule, et ce mariage est la consécration de son parcours – sans qu’elle soit pour autant une croqueuse de diamants (3).

Et cet accident qui fait basculer le film dans la tragédie, est au bout du compte une très bonne chose. Sans lui, cette grande humanité des personnages ne se serait pas révélée à eux-mêmes. Et à cela s’ajoute l’incontournable magie de noël (le film se termine le 25 décembre) : c’est la période des miracles et ce qui arrive en est (presque) un.

 

Bien entendu, la révélation finale est extraordinaire et comme toutes les grandes révélations, elle est muette : les images se suffisent à elles-mêmes et l’émotion des personnages se transmet naturellement, d’autant plus que nous savons ce qu’il s’est passé, à la différence Marnay. Mais cette révélation magnifique passe aussi par des retrouvailles d’une immense subtilité. Les deux amants se retrouvent après presque un an sans se voir (ils s’étaient quittés le premier janvier) et le rendez-vous manqué, véritable tournant de l’histoire, est abordé avec beaucoup d’habileté et d’élégance par Marnay qui a attendu la véritable fin du jour (minuit) avant de renoncer. Et si Terry entre dans son jeu – un mensonge (très) pieux – c’est aussi pour lui montrer qu’elle n’est pas dupe de son subterfuge.

 

Je terminerai en revenant sur ce qui est, à mon avis, le véritable basculement de cette liaison : la rencontre de la grand-mère de Marnay à Madère, Janou (Maria Ouspenskaia). C’est une vieille femme adorable, qui comprend les choses indicibles, et même avant ce couple en devenir. C’est ce (très court) séjour chez elle qui va rapprocher Terry et Michel, et la chanson qu’elle interprète au piano, rapidement accompagnée par Terry, n’est pas innocente : Plaisir d’Amour. Le « plaisir d’amour, c’est ce que vit quotidiennement Marnay avant sa rencontre avec Terry. Et le « chagrin d’amour », c’est l’une des conséquences éventuelles du rendez-vous manqué.

Mais McCarey, spécialiste de la comédie, ne peut pas les laisser s’en tirer avec le seul chagrin.

Et quand le film se termine, le sourire qui reste sur nos lèvres, est aussi l’œuvre de McCarey…

 

  1. Le titre original : Histoire d’amour / Liaison.
  2. Et encore, il n’a créé qu’une toile !
  3. Autrement, l’histoire (et donc le film) n’aurait pas marché.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie dramatique, #Jacques Feyder
Crainquebille (Jacques Feyder, 1922)

Alors que la nuit se termine, les chariots de marchandises entrent dans Paris pour déverser leur(s) contenu(s) aux Halles (une cinquantaine d’années avant leur destruction) : les bourgeois dorment du sommeil du juste, les fêtards rentrent chez eux, la police effectue une descente et ramasse les autres noctambules (prostituées, truands…).

La journée peut alors commencer et les camelots ambulants qui se sont ravitaillés font le tour des quartiers pour proposer leur marchandise. C’est le cas de Jérôme Crainquebille (Maurice de Féraudy), vendeur de légumes : il arpente son secteur, choyé par ses habitués. Un jour, un gendarme zélé (Félix Oudart) lui fait prononcer l’insulte suprême (pour un gendarme) : « Mort aux vaches ! »

Malgré les protestations de Crainquebille et les protestations des témoins, Crainquebille est arrêté, emprisonné, jugé, condamné et à nouveau emprisonné. Quand il sort de prison, plus personne ne veut de sa marchandise : il a fait de la prison.

 

Voilà un peu plus de trente ans que j’ai eu le privilège – accompagné par mon ami le professeur Allen John – d’assister à une présentation du film dans une salle de cinéma, avec accompagnement (live) au piano par le pianiste de la Cinémathèque française (rien que ça !). Et ces années passées n’ont pas émoustillée le plaisir que procure la vision de ce film : Feyder allier maîtrise technique, comédie et tragédie ainsi qu’une direction irréprochable. Un chef-d’œuvre !

Ca commence comme un documentaire, mais déjà perce une certaine ironie avec le docteur Mathieu (Charles Mosnier), le bourgeois qui dort sauf quand les roues ferrées passent trop près de chez lui ; ou quand l’avocat Lemerle (René Worms) rentre chez lui en « galantes compagnies ». Puis ce sont des plans généraux des halles, comme on en retrouvera à chaque fois que ce lieu sera le théâtre d’autres films (Voici le Temps des assassins, Un Idiot à Paris…).

Mais bien sûr, c’est quand Crainquebille arrive que nous passons pleinement dans ce que nous appelons le cinéma : moustaches tombantes de type gaulois, charrette à bras et couvre-chef, c’est un pauvre bougre qui nous est présenté là. Un type insignifiant aux yeux des bourgeois susnommés. Sauf pour ce même docteur Mathieu qui témoignera à son procès en sa faveur.

 

Le procès d’ailleurs est le moment charnière du film : outre son déroulement qui se rapproche plus de la comédie qu’autre chose, il est le véritablement basculement de l’intrigue dans la tragédie. Jusque là, le spectateur garde le sourire aux lèvres et le rendu du procès, d’une haute maîtrise technique, amène immanquablement le rire. Mais c’est pour mieux dénoncer l’injustice qui va frapper Crainquebille et le faire descendre progressivement les différents échelons sociaux jusqu’à tomber dans la cloche : tout ça parce qu’un gendarme est un incompétent notoire, voire un provocateur patenté (1).

 

Derrière l’aspect comique du déroulement de l’audience, c’est un système qui va broyer un individu qui est ici dénoncé (par Anatole France tout d’abord et Feyder ici).

Et Maurice de Féraudy est un Crainquebille formidable voire inoubliable tant son jeu s’accorde parfaitement avec les exigences du réalisateur. Lui aussi fait partie de cette satire sociale illustrée par le film où les différents personnages ont tous des détails personnels qui relèvent plus de la caricature que de la réalité : normal, nous sommes au cinéma.

On pourrait même voir dans ces différents protagonistes pittoresques (masculins & féminins) les ébauches des personnages de l’immense Albert Dubout qui va commencer à publier l’année suivante.

 

Bref, une pépite du cinéma muet français, qui se découvre et se déguste sans modération, d’une très grande rigueur cinématographique : normal, la comédie, c’est une chose sérieuse !

 

  1. A bas les manœuvres policières !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Tom McCarthy
Stillwater (Tom McCarthy, 2021)

Bill Baker (Matt Damon) vit à Stillwater, dans l’Oklahoma. Il travaille sur des chantiers, quand la demande est là. Parallèlement, il se rend régulièrement à Marseille pour visiter sa fille Allison (Abigail Breslin) : elle est en prison pour le meurtre de sa colocataire et amante – Lina – depuis cinq ans. Elle a beau clamer son innocence, rien ne bouge.

Bill va alors se mettre en chasse pour retrouver le véritable meurtrier de Lina, Akim (Idir Azougli). Le problème (de taille), c’est qu’il ne parle pas un mot de français. Il est alors aidé par Virginie (Camille Cottin) et sa fille Maya (Lilou Siauvaud).

 

Dernier film en date de Tom McCarthy, Stillwater est un film qui prend son temps, ce qui nous repose de la production américaine actuelle où tout va vite et de manière spectaculaire. Ici, rien n’est spectaculaire, ou alors dans un autre sens : les différentes prestations des interprètes le sont, par exemple. Avec ce film, McCarthy réussit à fusionner deux conceptions fort différentes du cinéma : le blockbuster (1) et l’exception culturelle qui fit couler beaucoup d’encre. Et le résultat est plus que concluant : c’est un film équilibré où les personnages ne sont pas que des ombres, au service d’un scénario pas si couru d’avance.

 

En effet, combien de films où un innocent clame son innocence qui se termine inévitablement par sa relaxe ? Ici, ce n’est pas aussi simple : le personnage principal est en butte à deux éléments primordiaux : la langue et la culture.

La langue parce que Bill n’est rien d’autre qu’un Américain (très) moyen qui n’a pas traîné longtemps sur les bancs de l’école, n’ayant même pas le minimum BSMA (2) dans la langue du pays qu’il visite, et ce malgré les nombreuses visites déjà effectuées (on aperçoit la liste lors de son premier passage aux Baumettes). La culture enfin parce que les choses ne se passent pas de la même façon de ce côté-ci de l’Atlantique et encore moins à Marseille.

Mais Bill est un type simple, voire simpliste et tous les moyens sont bons pour lui afin de libérer sa fille, même les extrêmes.

 

Et Matt Damon nous démontre une fois de plus qu’il est un grand acteur. A nouveau, il est un type plus que normal, humain, et dont les motivations n’ont rien de philosophiques : il n’a que très peu d’éducation et est prisonnier de son Oklahoma natal : quoi qu’il puisse arriver, il y retournera pour vivre comme il l’a toujours fait, et ses parents avant lui. On comprend alors pourquoi sa fille a voulu échapper à cette routine (mortelle).

A ses côtés, Camille Cottin est (encore une fois) très juste dans son jeu et la petite Lilou Siauvaud est une très bonne surprise : la relation entre Bill et Maya est aussi un élément important de l’intrigue, les liens entre cet homme et cette petite fille préfigurant ceux – distendus, et pour cause – qu’il a avec sa propre fille, comme s’il essayait de rattraper le temps perdu, essayant de profiter d’une nouvelle chance que la vie lui offre.

 

Mais ce film, c’est avant tout une nouvelle histoire de rédemption (3) : celle d’un homme qui réalise pleinement qu’il a une fille et qui se décide (enfin) à agir comme un père : être là quand elle en a besoin. Certes, c’est un peu tard, surtout qu’Allison a déjà purgé plus de la moitié de sa peine de prison. Mais il n’est jamais trop tard, et l’intrigue semble lui donner raison.

Mais cette rédemption, pour qu’elle s’accomplisse doit coûter à son bénéficiaire (sinon, ça ne compte pas). Ce sera bien sûr le cas, et d’une manière tragique alors que tout semblait lui sourire. Et quand il retourne à Stillwater, une fois que tout est terminé, il le ressent en lui-même : les choses ont changé. Mais je ne vous dirai pas en quoi, ce serait révéler la résolution de l’intrigue, et là, je ne peux pas. Sachez toutefois que le titre, s’il vient bien du nom de la ville, est avant tout un élément de résolution de cette intrigue intelligente. Le mcguffin (4) étant d’ailleurs lui aussi relié à ce titre.

 

A l’arrivée, si l’effet blockbuster ne s’est pas réalisé, le film n’en demeure pas moins une valeur sûre : la maîtrise technique est là, l’interprétation est solide et l’intrigue tient la route.

Que demander de plus ?

 

  1. Au final pas tant que ça…
  2. Bonjour – S’il vous plaît – Merci – Au revoir
  3. C’est avant tout un film américain, ne l’oubliez pas.
  4. Il y en a un ! (Il n’est pourtant pas question de lion dans les montagnes d’Ecosse)

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