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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame
Women talking (Sarah Polley, 2022)

A l’origine, un fait divers en Bolivie, dans les années 2000. Ensuite, un roman (1). Aujourd’hui, un film. Et quel film.

 

Huit femmes se retrouvent dans une grange pour prendre une décision.
Depuis de (trop) nombreuses années, les femmes d’une communauté mennonite sont agressées par les hommes : droguées, elles sont ensuite violées. Une nuit, elles identifient l’un des violeurs qui est arrêté et dénonce à son tour ses (nombreux) complices.

Mais les anciens du village ne voient pas d’un bon œil ce développement et surtout l’incursion du monde extérieur dans leur communauté : ils posent un ultimatum aux femmes pour qu’elles pardonnent à leurs agresseurs.

Trois choix s’offrent alors à ces femmes : ne rien faire (pardonner, donc) ; rester et se battre ; partir.

Après un vote (trop) serré, les huit femmes sont missionnées pour prendre une décision.

La décision.

 

Magnifique !

C’est un superbe film qu’a signé ici Sarah « Sally (2) » Polley, tout en subtilité et nuances, qu’elles soient morales ou physiques, voire lumineuses. C’est à l’origine une histoire banale pour ces femmes, mais avec la découverte des agresseurs, la donne change : ce ne sont pas des rôdeurs qui sont responsables mais bel et bien les propres membres de cette communauté sectaire qui sont impliquées. Et à la lumière des témoignages des plus anciennes, on se rend compte que cela a toujours existé, et a été sinon encouragé, du moins fut-ce couvert par les victimes elles-mêmes. On retrouve aisément dans cette partie de l’intrigue l’actualité #metoo qui a non seulement défrayé la chronique mais aussi (enfin) libéré la parole des femmes abusées sexuellement.

 

Mais revenons au film. Les premières minutes sont assez déstabilisantes, Sarah Polley jouant sur l’aspect archaïque de cette communauté où les femmes sont habillées sombrement et exclusivement de robes, quel que soit leur âge. Bien sûr, on pense à la communauté Amish qui nous avait été présentée par Peter Weir dans Witness, mais certains éléments sont là pour détoner par rapport à ce qu’on aurait pu attendre, et atténuer l’atemporalité : un frigo, un stylo à bille… Il faut dire que le choix du noir et blanc accentue l’effet suranné dégagé par ces femmes mennonites, ainsi que les tenues vestimentaires uniformisées : longtemps, on se demande quand peut bien se passer ce que nous voyons. Il faut dire que le fait que ces femmes n’aient reçu aucune éducation (seuls les garçons vont à l’école) là encore ajoutent dans l’ambiguïté temporelle : XIXème siècle (avant ?) ? Début XXème ? …

Outre le frigo, un autre indice nous est donné : August (Ben « Q » Whishaw) raconte une anecdote qui traite de la seconde Guerre Mondiale. Puis la vérité tombe : un pick-up passe dans la campagne, sa sono braillant qu’il faut se préparer au recensement de 2010 !

Nous sommes en 2010 (pour le monde) mais dans la tête de ces gens, nous sommes 150, voire 200 ans en arrière (sinon plus…).

 

Mais une voix ce premier cap franchi, on se plonge avec bonheur dans cette histoire – à l’origine sordide – qui nous permet de voir des esprits s’ouvrir enfin : ces huit femmes qui vont décider sont des pionnières, et de leur choix va découler un changement radical pour toutes les autres, sauf si elles décident de céder. Bien sûr, céder n’est qu’une option, rapidement balayée par une majorité avant l’unanimité. Et ce groupe de femmes est extraordinaire, de par ses réflexions (et donc sa décision) mais aussi par sa composition : trois générations se côtoient, donnant une parole qui diffère selon l’âge et l’expérience. Mais toutes se rejoignent sur un point : refuser la violence des hommes. Ces différences d’âge sont aussi égalitaires : autour de quatre jeunes femmes – Ona (Rooney Mara), Salome (Claire Foy), Mariche (Jessie Buckley) et Mejal (Michelle McLeod) – on trouve deux femmes plus âgées – Greta (Sheila McCarthy) et Agata (Judith Ivey), dont l’âge est contrebalancé par deux jeunes filles – Autje (Kate Hallett) et Nietje (Liv McNiel). On a ainsi trois niveaux de conscience qui vont s’affronter puis s’accorder. Et si Nietje ne parle jamais, son expression se fait par le dessin, croquant sur le vif la vie de ces femmes.

 

Si le film possède une forme de huis clos (bien que les portes de la grange sont ouvertes) resserré autour de ces femmes, la violence des hommes reste très présente et le sang y a une place prépondérante, rappelant le tribut mensuel et menstruel, amenant là encore des images fortes de réactions féminines à ces agressions devenues banales, sinon normales pour la communauté.

Et cette communauté est terrible dans son fonctionnement : outre le fait que seuls les garçons sont éduqués, on remarque une forme de ségrégation entre les deux sexes, qui se cristallise à l’adolescence. Avant, les enfants des deux sexes jouent et vivent ensemble, après, c’est une autre histoire, l’éveil des sens et par conséquent les viols amenant cette séparation de fait. Ici, on peut voir deux formes de cette ségrégation qui s’installe avec Salome et son fils Aaron (Nathaniel McParland) : chacun est de son côté de la table à manger, et si le contact est permis, le bois forme une barrière physique éloquente ; autre bois qui forme une autre séparation, effective celle-là, quand nous voyons les deux mêmes protagonistes se promener sur un chemin, chacun de son côté d’une véritable barrière.

 

Bien sûr, la religion est primordiale dans cette communauté, et donc pour ces femmes. C’est dans les Ecritures qu’elles trouveront des éléments de réponse ou tout au moins des pistes de réflexion(s) : leur absence d’éducation (scolaire) ne leur laisse que cette option, et quand la réflexion s’enclenche, on entend des remarques qui s’éloignent rapidement de cette religion très prégnante, voire l’attaquent. Dans un autre contexte, on pourrait même parler de blasphème, mais nous n’en sommes pas là et une pensée résume magnifiquement la situation, empêchant un retour à un « monde d’avant » : « un pardon forcé est-il un véritable pardon ? »

Evidemment, ces femmes ne peuvent plus rester dans cette communauté qui les a trop longtemps exploitées et leur départ est inévitable. Et ce départ en rappelle un autre bien célèbre, qui s’accorde pleinement avec leurs convictions : l’Exode. Tels les Hébreux fuyant Pharaon, elles fuient les hommes qui les traitent comme des moins que rien.

 

Mais elles ne partent pas pour « un pays où coulent le lait et le miel » (Exode 3 :08), et même, l’herbe n’y est pas plus verte : Sarah Polley a tourné pratiquement tout le temps en noir et blanc et les étendues qui s’offrent à cette procession finale restent grises.

Mais la couleur est présente dans le film, tranchant avec ce noir et blanc malgré tout très lumineux. C’est seulement quand la nuit tombe que les couleurs se révèlent. Ce ne sont pas, bien sûr, des couleurs franches, mais elles apportent une autre atmosphère à cette intrigue existentielle. Paradoxalement, c’est quand le nuit tombe et le noir s’installe que les couleurs se révèlent, comme si c’était à ce seul moment que la vie de ces femmes prenait enfin une teinte optimiste, comme un peu de répit avant une nouvelle journée grise et uniforme. Et les couleurs vont subsister jusqu’au dernier moment de la nuit, avant que cette nouvelle aube riche en promesse les chassent provisoirement, encore une fois, s’estompant alors que le soleil apparaît, blanc et froid.

Mais cette aube nouvelle est quand même chargée d’espoir, et c’est ça le plus important.

 

PS : on notera que le rôle androgyne de Nettie/Melvin a été confié à August Winter qui, avant s’appelait Abigail…

 

  1. Ce qu’elles disent (Minam Toews, 2018)
  2. Le Baron de Munchhausen (Terry Gilliam, 1988)

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Robert Wise
Le Récupérateur de cadavres (The body Snatcher - Robert Wise, 1945)

Décidément, tout le monde veut voir le docteur MacFarlane (Henry « Garbitsch » Daniell) !

Quand ce n’est pas le jeune (apprenti) docteur Fettes (Russell Wade) qui vient apprendre sous ses ordres, c’est la jeune madame Marsh (Rita Corday) et sa petite fille Georgina (Sharyn Moffett) qui est paraplégique et espère que ce bon docteur pourra la guérir.

Mais une fois la nuit tombée, c’est un autre genre d’individu qui vient lui rendre visite : le mystérieux et un tantinet inquiétant John Gray (Boris « the Beast » Karloff) arrive avec sa carriole, tirée par son cheval blanc, et vient déposer sa cargaison lugubre.
Gray fournit le dispensaire de MacFarlane en cadavres que ce dernier va disséquer avec ses étudiants afin de tout connaître de l’anatomie humaine.

Le premier arrivage, c’est un jeune homme qu’on vient d’enterrer et que Gray s’est empressé de déterrer. Le second, c’est une chanteuse des rues (Donna Lee), qui n’avait pas prévu de mourir prématurément.

Fettes s’inquiète de ces livraisons, tout comme Joseph (Béla « Dracula » Lugosi) qui s’en va trouver Gray afin de le faire chanter…

 

NB : si vous ne voulez pas savoir comment se termine ce film, je vous conseille de revenir plus tard : quand vous l’aurez vu, ou quand vous en aurez assez d’attendre de le voir…

 

Il s’agit ici de la dernière confrontation entre Karloff et Lugosi (la 8ème) et si Lugosi peut, d’une certaine manière, sembler inquiétant, il reste loin derrière son partenaire qui tient le rôle-titre. Encore que. Si Gray déterre bel et bien les cadavres, c’est avant tout pour fournir le docteur MacFarlane qui devient alors un peu plus qu’un complice. Karloff est encore une fois magistral, sans maquillage outrancier mais surtout avec une voix normale, voire douce. Donc en opposition à son personnage. En face de lui, c’est vers Henry Daniell qu’il faut se tourner pour trouver un adversaire à sa hauteur. Daniell était d’ailleurs un tel acteur que même Karloff n’était pas serein en face de lui : la peur de mal jouer. Parce que MacFarlane est un personnage complexe, tiraillé entre son besoin de découvrir de nouvelles choses anatomiquement parlant, mais en même temps (1) il ne veut plus avoir à faire avec cet homme inquiétant.

 

Bien sûr, il y aura une explication entre ces deux hommes qui ne pourra pas se terminer bien, pour l’un ou pour l’autre. Ou plutôt pour l’un et pour l’autre ! Et Wise conclut cet affrontement – et son film par la même occasion – avec toute sa maîtrise et surtout dans la plus grande veine hollywoodienne du genre, avec nuit pluvieuse et revenants : il faut voir MacFarlane hanté – une dernière fois – par Gray alors qu’il revient d’avoir récupérer un ultime cadavre, entendant sa voix qui se répète, tel le cœur révélateur de ce cher Edgar Poe, jusqu’à l’apparition finale de Karloff, torse nu et très pâle, qui va entraîner la fin funeste prévisible et inévitable. C’est un final haut en couleurs (bien qu’en noir et blanc) qui est la dernière bonne raison de voir ce film.

 

Malgré tout, Robert Wise n’est pas vraiment un cinéaste d’horreur, tout juste d’épouvante : son « truc qui fait sursauter » n’est pas très convaincant, peut-être (déjà) éculé… Surtout plus de 75 ans après.

 

Il n’empêche que ce Récupérateur de Cadavres tient ses promesses. On en redemande !

 

  1. Comme ils disent…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Musique, #Kirill Serebrennikov
La Femme de Tchaïkovski (Жена Чайковского - Kirill Serebrennikov, 2022)

Saint-Pétersbourg, 1894.

Piotr Ilitch Tchaïkovski (Odin Lund Biron) est mort, terrassé par le choléra (1). Son épouse, Antonina Milioukova (Aliona Mikhaïlova), se précipite auprès du corps, munie d’une couronne achetée pour l’occasion. Elle pénètre dans la chambre ardente et là miracle : Piotr Ilitch se relève et l’invective, affirmant qu’il ne l’a jamais aimée !

Mais revenons au début.

1872. Antonina Milioukova fait la connaissance du jeune Tchaïkovski (32 ans). Subjuguée, elle tombe amoureuse folle de cet homme brillant et va tout faire pour le conquérir et l’amener à l’épouser.

1877. Piotr Ilitch épouse Antonina Milioukova, de guerre lasse (?). S’ensuivent quelques jours de bonheur… Pour elle. Pour lui, c’est un calvaire : il est homosexuel. Et il n’y a qu’elle qui ne s’en est pas rendue compte.

 

NB : ce qui va suivre révèle la résolution de l’intrigue. Lisez à vos risques et périls…

 

Ce n’est pas la première fois qu’ Antonina Milioukova est interprétée à l’écran. La première fois, c’était dans le film de Ken Russell : La Symphonie pathétique (1971). Mais le ton ici est très différent : il s’agit avant tout de la femme du compositeur dont il est question. Piotr Ilitch n’est qu’un second rôle dans cette intrigue terrible : « une liaison malheureuse, tragique, quelque chose d'espagnol, même de russe. » (Michel Audiard in Les Tontons flingueurs)

Mais surtout, une liaison fantasmagorique, née de (dans ?) l’imagination d’une jeune femme un tantinet perdue, incapable de voir pourquoi elle a réalisé son rêve : si Tchaïkovski l’a épousée, c’est avant tout pour se protéger, l’homosexualité étant alors (déjà ?) fortement proscrite en Russie.

 

Fantasmagorique ? Bien sûr, (presque) tout le film est une fantasmagorie issue de l’esprit d’une femme malade. J’en veux pour preuve la première séquence du film qui se situe en 1894 : malgré le décalage entre les calendriers julien (en Russie) et grégorien (chez nous), Tchaïkovski est mort en 1893 !

Mais si cette folie est présentée dès le début, le spectateur n’a pas le temps de s’en rendre compte tout de suite, ce qui permet au réalisateur de dérouler tranquillement lez fil de cette histoire singulière, où tout le monde, au final est malheureux (voir citation plus haut).

Et d’une manière générale, Serebrennikov procède par touches successives pour raconter le destin hors du commun de cette femme déséquilibrée : mariée au plus grand compositeur russe (de l’époque ? de tous les temps ?).

 

Après cette première séquence fantasmée, la raison commence par s’installer et on suit avec curiosité la liaison qui s’instaure entre ces deux personnes que rien ne rassemble, si ce n’est une connaissance commune. Un peu au fait de la vie de Tchaïkovski, on peut se désoler de voir l’espoir qu’entretient Antonina Milioukova dans cet homme de génie. Et le réalisateur compte sur l’information du spectateur pour présenter les différentes rencontres entre les deux êtres : nous sommes, d’une certaine manière complices et voyons avec quelque regret cette femme s’enfermer dans une chimère et ressentons facilement les différentes hésitations, sinon les malaises du compositeur face à cette femme amoureuse.

Et cela avec en point d’orgue le mariage, véritable révélateur de l’état d’esprit de Piotr Ilitch : le cierge qu’il tient à la main s’éteint, son alliance trop étroite qui résiste à passer la phalange pour s’installer à son doigt, et celle de Antonina Milioukova qui est bien trop lâche (2), deux voitures distinctes (qui sont d’ailleurs orientées en deux directions opposées) pour les emmener au repas. Quant au repas de noces, comme le dit Liza Milioukova (Ekaterina Ermichina), la sœur de la mariée : on aurait dit un enterrement. Il faut dire que pour le compositeur, c’est sont de véritables, celles de son homosexualité. Enfin pas tout à fait. Mais pendant très peu de jours, il va, sans l’encourager spécialement (3), la conforter dans son bonheur. Au grand étonnement de ses amis (amants ?). Et ce qu’on pourrait considérer comme la « nuit de noces » tournera court, marquant définitivement la rupture entre Tchaïkovski et sa femme. A partir de là, il va fuir et ne la reverra jamais.

 

Et Serebrennikov développe la folie naissante de cette femme, par petites touches, accentuant progressivement ces débordements jusqu’à un autre point d’orgue : l’incendie du bâtiment où elle vit. Cet incendie se déclare alors qu’elle rêve. Elle rêve bien sûr de celui qu’elle aime et des enfants qu’elle n’a pas eus avec lui. Dans ce rêve il est fait référence à sa chemise de concert, qu’elle a ensorcelée pour qu’il lui revienne (c’est le cas dans son rêve), parlant même d’un pacte avec le diable. Pas étonnant alors que ce même diable se retourne contre elle et la dépouille de tout ce qu’elle avait, jusqu’à son alliance, dernier vestige physique de son amour.

 

Cette réalisation par touches successives baigne le film du début à la fin, replaçant cette liaison dans son contexte historique : là encore, ce sont des touches successives qui dépeignent la société russe de la seconde moitié du XIXème siècle : la condition féminine n’était pas très prisée, ce qui s’exprime dans les différentes prières qu’Antonina Milioukova effectue hors de l’église quel que soit le temps. On retrouve une grande différence entre l’aristocratie qui baigne dans l’opulence et s’exprime même en français, signe d’éducation, alors que les miséreux sont plus crasseux les uns que les autres. Et si la folie a gagné rapidement Antonina Milioukova, sa diatribe contre les Juifs n’est que le reflet de l’opinion publique d’alors : n’oublions pas que « pogrom » est avant tout un mot russe.

 

Ces touches successives s’expriment aussi par les différentes oppositions qui émaillent le film : l’ombre et la lumière, bien sûr, on ne peut pas y échapper (et en plus cela est très bien rendu) ; mais aussi et plus manifestement l’opposition entre le milieu masculin dans lequel s’épanouit le compositeur par rapport à la maisonnée de Sacha (Varvara Chmykova), la sœur de Piotr Ilitch, qui est composée presque exclusivement de femmes ; le temps réel et ressenti enfin, celui que vit Antonina Milioukova et qui se distord progressivement et irrémédiablement.

Je terminerai par souligner le jeu phénoménal d’Aliona Mikhaïlova qui interprète une Antonina Milioukova fantastique (au premier sens du terme) et donc fantasque, femme malheureuse par excellence, mais qui laisser toutefois planer une légère ambiguïté : cette femme a tout de même le mauvais rôle…

 

  1. Officiellement : certains pensent qu’il s’est suicidé.
  2. Voir plus bas.
  3. On notera aussi la distance qui prédomine dans les différentes « confrontations » des deux personnages.

 

 

 

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musique, #Martin Scorsese, #Robert de Niro
New York, New York (Martin Scorsese, 1977)

15 août 1945.
Jimmy Doyle (Robert De Niro) troque sa chemise de militaire pour une hawaïenne, ses rangers pour des chaussures bicolores et il part à la chasse. Son gibier ? Une jeune femme qui voudra bien de lui en cette grande occasion. Il rencontre Francine Evans (Liza Minnelli) qui n’est absolument pas sensible à son baratin.

Mais il y a la musique qui va les rassembler, et ils vont écumer les patelins de l’Amérique avant de se séparer : Francine est enceinte et doit se ménager.

L’orchestre continue mais doit s’arrêter, faute de public, pendant que Francine effectue quelques enregistrements, qui se révèlent de qualité.

Francine et Jimmy s’éloignent l’un de l’autre.

 

Bien sûr, on attend avec impatience la chanson éponyme, et quand elle arrive enfin, c’est presque une délivrance, pour le spectateur et les protagonistes. Il faut dire qu’elle est magnifiquement amenée, et Liza Minnelli la chante avec beaucoup de classe (1).

Mais New York, New York, c’est aussi – et surtout – un hommage aux musicals américains de l’après-guerre, et une parenté avec Singin’ in the Rain (2), autre film hommage au cinéma d’antan (les débuts du parlant). Mais, à la différence du film de Donen & Kelly, la noirceur a tendance à primer, et quand Francine s’ouvre aux couleurs (3), cela conduit à l’une des séquences les plus tragiques du film, avec la séparation inévitable. Pas étonnant alors que Scorsese parle de film musical noir.

 

On notera aussi que la dernière séquence voit Jimmy s’éloigner dans une rue sous la pluie, armé d’un parapluie qu’il ne va pas ouvrir lui non plus, mais il ne peut pas y avoir l’explosion de joie qui voyait Don Lockwood (Gene Kelly, donc) dans une situation (géographique) similaire : nous sommes chez Scorsese et la fin ne peut être une apothéose pour son personnage.

Certes, Jimmy Doyle progresse, grâce à son tube (éponyme, donc), et possède même son propre club où il reçoit quelques pointures de swing, mais au final, il n’a pas beaucoup évolué : ses chaussures sont unicolores, mais il est seul, comme au début. Et difficile de l’imaginer accompagné un jour.

 

Pour la troisième fois, Robert De Niro suit Scorsese dans cette nouvelle histoire un tantinet tragique, interprétant avec beaucoup de brio ce saxophoniste doué et on en arrive presque à croire que c’est lui qui joue vraiment à chaque fois (4) tant la posture est juste.

A ses côtés, il a une véritable chanteuse qui est – encore une fois – incroyable ! Liza Minnelli est elle aussi à la hauteur de l’enjeu, avec en point d’orgue son interprétation de ce qui est devenu depuis un standard. Encore une fois, ce sont des partitions signées par John Kander & Fred Ebb (la fois d’avant, c’était Cabaret). On vibre, et c’est ça le plus important.

Alors tant pis si ce fut un échec commercial, la musique est là, les stars aussi, et on a en prime le plaisir de voir le regretté Clarence Clemons, qui interprète Cecil Powell, un trompettiste ! (5)

 

Un film qu’on aime beaucoup, ou pas du tout.

Pour ma part, j’aime.

 

  1. Je sais que c’est Sinatra qui l’a véritablement popularisée, mais il n’empêche, je préfère Liza.
  2. On retrouve ici You are my lucky Star qui est conclut 
  3. Un cocktail qui devrait les lui faire découvrir.
  4. C’est Georgie Auld en fait qu’on entend, ce dernier interprétant aussi Frankie Harte, celui avec qui Jimmy part en tournée avant de récupérer son orchestre.
  5. Pour les néophytes, Clarence Clemons est surtout connu pour avoir joué du saxophone ténor (comme Doyle) pour le groupe qui accompagne son ami Bruce Springsteen, the E-Street Band.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Steven Spielberg, #David Lynch
The Fabelmans (Steven SPielberg, 2022)

1952.

Les parents du petit Sam Fabelman (Mateo Zoryan) l’emmènent pour la première fois au cinéma. Ce n’est pourtant pas l’envie qui l’étouffe et les deux adultes ont beaucoup de mal à le persuader d’y aller. Mais une fois dans la salle obscure, c’est la révélation : Sam veut un train électrique pour Hanoucca. Pendant huit jours, il va recevoir un élément, jusqu’au dernier, le transformateur qui fait fonctionner le jouet.

Pourquoi un train ? Dans le film, Sous le plus grand Chapiteau du monde (1), nous assistons à une formidable catastrophe ferroviaire.

Et avec ce train, le petit Sam va (enfin) pouvoir recréer cet événement fort (traumatisant ?) : l’accident. Seulement voilà, ce n’est pas vraiment du goût de son père, Burt Fabelman (Paul Dano). Qu’à cela ne tienne, Maman, Mitzi (Michelle Williams) lui propose un marché : il va recréer cet accident (en cachette de son père cela va de soi) et le capturer sur caméra, comme ça, il pourra le regarder autant de fois qu’il le souhaite.

Le doigt est dans l’engrenage, Sam va devenir l’un des plus grands cinéastes au monde. Mais bien sûr, cela ne se fera pas sans mal, heurts et autres déceptions…

 

Bien sûr, Sam Fabelman, c’est Steven Spielberg, et cette passion, c’est celle qui l’a étreint toutes ces années, jusqu’à ce dernier film, véritable aboutissement de tout son travail. Un retour aux sources qui illustre formidablement plus de 50 ans de production cinématographique.

Et il commence par ce qu’il a toujours su (bien) montrer : l’enfance. Mais pas seulement, on y trouve aussi ce qui éloigne cet enfant des adultes qui l’entourent, d’autant plus que la relation entre les deux parents est ambiguë. Dès les premières images de ce couple à la maison, on ressent une sorte de malaise du fait de la présence d’un troisième personnage, l’oncle Bennie (Seth Rogen).

 

Bennie est « le meilleur ami » de Burt avec qui il collabore étroitement dans ce qui promet d’être la technique d’avenir : les ordinateurs. Mais très rapidement, la présence de ce « troisième homme » ne nous paraît pas très innocente, et il apparaît qu’il y a quelque chose entre lui et Mitzi qui n’est pas dit mais fortement sous-entendu. Et ce n’est que beaucoup plus tard qu’on aura l’explication de ce malaise : quand les parents divorceront et que Mitzi retournera vers Bennie qu’ils avaient laissé en Arizona alors qu’il s’installait en Californie.

Et cette histoire qui ronge le jeune Fabelman éclaire magnifiquement l’œuvre du cinéaste tous ces enfants qui aspirent au bonheur et qui se heurtent plus ou moins violemment à l’incompréhension de leurs parents, voire ces parents qui s’éloignent l’un de l’autre, amenant des situations dramatiques pour ces familles qui, à l’instar de celle du réalisateur, se délitent :

  • Roy Neary (Richard Dreyfus dans Rencontres du 3ème Type) qui se conduit bizarrement depuis l’événement lumineux, délaissant tout ce qui faisait sa vie pour construire cette structure ;
  • Jack Banning (Charlie Korsmo dans Hook) et son père (Robin Williams) absorbé par son travail au point de ne plus voir son fils qui s’éloigne de lui jusqu’à se réfugier auprès d’un personnage des moins recommandables (Dustin Hoffman) ;
  • Robbie Ferrier (Justin Chatwin dans La Guerre des mondes), un cran au-dessus de Jack, qui ne veut surtout pas ressembler à son père (Tom Cruise), docker plus ou moins raté qui n’est pas sans rappeler Roy Neary. ;
  • Et bien sûr Elliott (Henry Thomas dans E.T. l’Extraterrestre) déconstruit par un divorce et  qui semble se réfugier dans l’imaginaire (comment croire à cette histoire d’extraterrestre tombé de la lune quand on est un adulte ?)…

Et tous ces enfants qui sont au centre de l’œuvre de Spielberg, petits ou/et grands.

 

Il va être difficile, à mon avis, pour Spielberg de retourner au travail après un tel film : c’est une extraordinaire mise en abyme qui nous est présentée ici. Non seulement il réalise un film sur le cinéma, mais en plus, il s’y inclut, et de quelle manière : avec ce film, nous trouvons tout Spielberg et en plus, nous y trouvons Spielberg lui-même !

Encore une fois, il nous emmène dans une histoire exceptionnelle, la sienne ! Bien sûr, il y a un parti pris et la vérité est distordue : quel intérêt à voir la vraie vie puisque nous sommes au cinéma ! Mais ces éléments autobiographiques prennent magnifiquement leur place dans une histoire qui en devient alors fabuleuse, avec en point d’orgue la rencontre avec celui qui est alors l’une des dernières légendes en activité : John Ford (David Lynch). On a du mal à croire à cette rencontre, tout comme le jeune Sam (Gabriel LaBelle), mais rappelez-vous une chose : au cinéma, tout est permis.

Et cela permet, en outre, une dernière pointe d’humour…

 

  1. Vous allez dire que je fais une fixation, mais encore une fois, la traduction dessert l’intrigue : ce titre si reluisant à sa sortie tombe à plat ici. La traduction (plus fidèle) « le plus grand spectacle au monde » cadrait parfaitement avec cet éveil au cinéma : pouvait-on rêver meilleur titre ?

 

PS : on notera la présence d’un certain Josh McLaglen dans la production du film. Ultime clin d’œil à John Ford qui a souvent dirigé son grand-père Victor ?

PPS : à l’évocation de Hogan’s Heroes (Stalag 13), la première des photos des acteurs principaux est celle de Robert Clary (Caporal LeBeau), le dernier encore en vie au moment de la première présentation du film à Toronto, le 10 septembre 2022. Clary décédera deux mois plus tard, le 22 novembre. Lui aussi était juif, ayant même survécu à la déportation.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Julien Duvivier
Diaboliquement vôtre (Julien Duvivier, 1967)

 

Quand on est ivre et qu’on roule à
140 km/h, pas étonnant qu’on se retrouve dans le décor. Surtout sur une route de campagne.

C’est ce qui arrive à Georges Campo (Alain Delon). Amnésique, il n’a que de très vagues souvenirs. Il est marié ? Première nouvelle. Il revient de Hong-Kong ? Le mystère s’épaissit.

Mais qui est donc ce dénommé Pierre Lagrange qui hante ses cauchemars ? Et pourquoi son chine ne le reconnaît-il pas ? Mais surtout, quel est ce chien qu’on dit sien ?

Aidé de celle qui est présentée comme son épouse, Christiane (Senta Berger), et de l’ami de la famille, le docteur Launay (Sergio Fantoni), Georges va progressivement remettre en place les éléments de cette vie qu’on lui dit être sienne.

Mais l’est-elle vraiment : est-il ce Georges Campo, fraîchement de retour d’Extrême-Orient ?

 

Pour la dernière fois, Julien Duvivier nous brosse un tableau pessimiste, avec des gens peu recommandables, preuve de son dégoût des hommes et de leur soi-disant bonté. Et encore une fois, ce sont les femmes qui en font les frais, avec cette Christiane, femme on ne peut plus rouée. Mais encore une fois, c’est à travers un beau jeune homme qu’elle est vue, donc forcément à travers un prisme (1). A l’instar de Jean (Gabin) dans La belle Equipe, Campo est le jouet de la femme, Christiane, qui mène la danse de bout en bout du film. Il faut dire que son charme certain a tendance à faire tourner la tête, surtout celle d’un amnésique convalescent.

 

Et Duvivier s’en donne à cœur joie, manipulant son personnage ainsi que le spectateur vers le dénouement, fatalement tragique : cela ne peut pas se terminer bien, révisez vos classiques !

Et le grand Julien s’y prend progressivement, comme pour mieux sceller les destins vers un avenir qui n’a absolument rien de glorieux ni lumineux.

Et il va nous mettre dans la confidence, révéler cette machination dont est victime Campo, nous donnant un coup d’avance sur ce jeune homme. Mais toujours un coup de retard sur les véritables tireurs de ficelle, jusqu’à la résolution finale qui, et sinon ce en serait pas Duvivier, va aussi échapper à ces protagonistes troubles.

 

Il s’agit donc du dernier film du maître, terrassé par une crise cardiaque pendant qu’il conduisait, ce qui donne un aspect prémonitoire à la première séquence du film qui voit un décor défiler à toute allure, avec bruit de moteur – c’est donc Campo qui conduit, avant son accident – et insert du couloir de l’hôpital – le terminus du même Campo à l’issue du voyage – qui s’inscrit superbement dans la ligne droite du périple. Il faut dire que Duvivier a à ses côtés le grand Henri Decaë derrière l’objectif, ce qui ne gâche rien.

De plus, Alain Delon est en plein essor et va pleinement se réaliser dans la décennie qui vient. Aucune raison donc pour bouder son plaisir.

 

Mais malgré tout, on en vient à regretter ces petites gens qui émaillaient les tableaux brossés par le cinéaste autrefois. La mesquinerie des petites gens en devenant redondante, sinon pléonastique. Ces  gens aisés n’ont pas cette petitesse, l’argent étant là pour les en protéger. Mais au final, ils ne seront pas épargnés : à l’instar de la mort, ils seront frappés comme les autres, sans distinction. Et si ces personnages ne trépassent pas tous, ceux qui survivront n’en seront pas plus vivants.

 

  1. Déformant, sinon, ce ne serait pas un prisme.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Jean-Paul Salomé
La Syndicaliste (Jean-Paul Salomé, 2022)

« Ligotée, avec un couteau dans le… Entre les jambes »

C’est comme ça que Maria (Anne-Lise Kedvès) a retrouvée son employeuse, Maureen Kearney (Isabelle Huppert).

Pourquoi ? C’est le nœud de l’intrigue : pour la gendarmerie, cela ne fait aucun doute, elle mitonne. Ca tombe bien, ça arrange Luc Oursel (Yvan Attal), le directeur d’AREVA où travaille Maureen : c’est une mytho, et on n’en parle plus.

Mais quand on sait que Maureen est aussi la déléguée syndicale dans cette même entreprise (« fleuron de l’industrie française »), et qu’elle demande régulièrement au même Oursel de s’expliquer à propos d’un accord secret avec la Chine, poussant à bout ce « brave chef d’entreprise », on peut se demander s’il n’y aurait pas du vrai dans ce qu’elle raconte…

 

Jean-Paul Salomé nous revient en pleine forme avec un film coup de poing comme on aimerait en voir un peu plus souvent en France. Non pas qu’on n’en fasse pas, mais de cette façon, pas souvent !

C’est dirigé de main de maître et interprété au même niveau, ce qui nous offre un spectacle de grande qualité.

En effet, loin du bavardage récurrent dans le cinéma français, Salomé, qui tient un sujet en or, va montrer, démontrer et démonter :

  • Montrer : une femme qui se maquille, un rouge à lèvre dans un lavabo qui y a laissé une trace, le café qui passe tranquillement ;
  • Démontrer : les images précédentes se situent au moment de l’agression mais nous n’avons rien vu de violent de notre côté et l’enquête progresse vers une affabulation manifeste ;
  • Démonter : cette enquête a été bâclée, Maureen s’en sortira (1).

 

Malheureusement, on ne sort pas indemne d’une telle expérience. Maureen Kearney a deux défauts pour une partie de ceux qu’elle est amenée à côtoyer : elle est syndicaliste, ce qui lui met à dos une bonne partie des gens pour qui elle travaille ; et elle est une femme ce qui va diriger l’enquête de gendarmerie vers l’affabulation. N’oublions pas que malgré tout ce qui a été dit, montré et fait, on a tendance à prendre une femme qui se plaint d’un viol pour une aguicheuse (4) si elle n’est pas mythomane (5). Et cette défiance vis-à-vis des femmes est palpable chez les différents cadres de la gendarmerie. Seule une stagiaire (Aloïse Sauvage) s’insurge contre ces pratiques : « on ferait çà si c’était un homme à qui on avait fourré un couteau dans le c… ? ». Bien entendu, nul ne répond. Et comme c’est une stagiaire, on n’en tient pas compte.

 

Et c’est là qu’est tout le talent de Jean-Paul Salomé qui utilise avec beaucoup d’habileté la bande-son. Et surtout le(s) silence(s). Avec deux grands moments :

  • une bouche qui s’ouvre pour crier mais le plan s’arrête avant qu’on entende quoi que ce soit ;
  • l’histoire de l’autre femme (Geno Lechner) qui raconte sa propre histoire, proche de ce qu’a pu vivre Maureen.

Et d’une manière générale, il y a une subtilité qui se dégage de ce film, de cette histoire sordide qui cache un scandale autrement sordide (2), oublié au profit de cette histoire sensationnelle. Et même quand il montre ce qu’il s’est réellement passé, c’est avec une dose de discrétion : faire voir sans vraiment montrer en quelque sorte, l’imagination – indispensable – du spectateur se chargeant du reste.

Et cette subtilité s’étend progressivement au film, où même quand nous avons – enfin – la possibilité de voir l’agression, c’est feutré, discret.

 

Je ne suis pas un grand admirateur d’Isabelle Huppert, c’est un fait, mais il faut avouer qu’elle interprète avec beaucoup de justesse cette femme tour à tour passionnée et froide, intériorisant beaucoup de ce qu’elle vit, pour protéger les siens entre autres, et la ressemblance avec la véritable Maureen Kearney est impressionnante (le maquillage y est pour beaucoup). Seul son accent anglais laisse à désirer. Mais on ne peut pas tout avoir. Et si je ne dis pas un tout petit peu de mal, on va croire que je fais du parti pris.

D’ailleurs, je fais du parti pris, comme d’habitude. J’ai beaucoup aimé ce film, et aux côtés de la belle Huppert, les différents protagonistes sont à la hauteur de l’enjeu. Yvan Attal, bien sûr est répugnant à souhait, véritable méchant du film (3), mais pas de l’histoire puisqu’on ne le voit pas vraiment et de toute façon, il ne mérite pas qu’on le cite, même s’il aurait été intéressant de l’identifier afin de remonter à la source : le commanditaire.

 

Quoi qu’il en soit, Salomé réussit son pari – et son film – réalisant un œuvre magistrale tout en montrant comment un grand groupe peut  agir afin de préserver ses intérêts. Ou plutôt ceux de quelques uns… Et pendant qu’on parlait de Maureen Kearney, qu’on remettait en cause son témoignage, on n’enquêtait pas sur les véritables enjeux d’un démantèlement scandaleux qui a mis à la rue 50 000 personnes.

 

  1. Je ne révèle pas la fin : la publicité autour de la sortie du film et les différents articles s’y référant vous diront la même chose que moi.
  2. Le démantèlement d’AREVA ne fut pas glorieux, loin de là, comme le signalent les incrustations finales.
  3. Le film est réussi aussi parce que le méchant l’est. Rappelez-vous Hitchcock.
  4. On utilise même un terme encore moins agréable.
  5. Et non pas « mythowoman ».

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Sport, #Richard Thorpe
La Foule en délire (The Crowd roars - Richard Thorpe, 1938)

Elle rugit (1), cette foule en délire, quand Tommy McCoy utilise sa droite magique et envoie au tapis son adversaire. Pour de bon.

Tout commence quand le jeune Tommy (Gene Reynolds) accompagne son père (pour chanter dans des lieux de « spectacle », essentiellement des salles avec rings de boxe. Il y rencontre Johnny Martin (William Gargan) qui le prend sous son aile.

Les années passent et Tommy monte en puissance : il va rencontrer Martin sur le ring !

Hélas, de sa droite magique, il envoie son ami au tapis, avec en prime un aller simple vers le cimetière.
Il devient alors Tommy « Killer » McCoy, acquitté certes, mais un tueur tout de même pour ses congénères. Il veut raccrocher les gant – ce qui se comprend – mais son père (Frank Morgan) le contraint à travailler pour un nouveau manager pas très clair, Jim Cain (Edward Arnold), bookmaker. Heureusement pour Tommy, Cain a une jolie fille : Sheila (Maureen O’Sullivan). Mais il a aussi une accointance  plus que douteuse : « Pug » Walsh (Nat Pendleton), gangster notoire.

 

Veuillez excuser cette longue présentation, mais ce film de boxe n’est pas facile à résumer en deux mots, l’intrigue, un brin complexe, mérite un détour littéraire. Si ce n’est pas le film le plus célèbre de son auteur, il  n’en demeure pas moins un jalon dans sa carrière et surtout le véritable début d’une collaboration avec un acteur emblématique d’Hollywood : Robert Taylor. Ayant travaillé l’année précédente sur un court métrage avec Hathaway, Thorpe va donc commencer une série de huit films en presque vingt ans avec cet acteur, dont deux de chevalerie déjà évoqués ici. Et là. Et pour un début, c’est plutôt prometteur, même si la résolution de l’intrigue est fort convenue (2), avec en prime l’inévitable rédemption chère au cinéma américain.

 

Bien sûr, Robert Taylor crève l’écran dans ce rôle fait pour lui : il est jeune et beau – brun aux yeux clairs – et possède un sacré punch, et pas seulement celui de son personnage ! A ses côtés, on trouve deux pères fort différents : l’un calculateur (Cain) et l’autre pas du tout (McCoy Sr.) au point d’ailleurs d’être débiteur du premier !

Bien sûr, les frasques du vieux McCoy sont indispensables à l’intrigue et vont, d’une certaine façon, amener le bonheur du fils, et ce malgré les coups durs qu’il crée et que son fils doit encaisser. Et comme on va bientôt fêter les 5 ans de l’abolition du Volstead Act (Prohibition), le vieil homme est rarement sobre, ce qui amène à nouveau un coup dur et surtout un rebondissement dans l’intrigue, avec l’enlèvement de la fiancée de Tommy, qui est donc aussi la fille de son manager trouble.

 

Mais là encore, ce rebondissement (3) est indispensable pour la résolution de cette intrigue, et surtout, cela amènera la rédemption annoncée (voir plus haut) : McCoy Sr. Gagnera son salut et de manière aussi magistrale que radicale.

Bien sûr, si la Prohibition n’est plus de mise, le code Hays reste en vigueur et tous les éléments « troubles » (truands, activité douteuse de Cain…) sont éliminés l’un après l’autre, amenant une véritable fin heureuse.

 

Et la boxe ? Elle tient ses promesses et on en arrive presque à aimer passionnément ce « noble art » qui consiste avant tout à frapper un adversaire jusqu’à le faire tomber. Parfois définitivement. Je ne vois pas où est la noblesse là-dedans.

Mais comme c’est Robert Taylor (4)…

 

  1. D’où le titre original.
  2. Même si elle difficile à résumer en deux mots !
  3. N’y a-t-il que moi qui y vois une réminiscence dans Le grand Combat (1950) dans la série Lucky Luke de Morris ?
  4. Tommy McCoy possède un point commun avec Rocky Balboa (Sylvester Stallone). Saurez-vous trouver lequel ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Gangsters, #Serge Leroy
Le Mataf (Serge Leroy, 1973)

Un mataf, selon l’inusable Robert (1), c’est un matelot. Et celui dont il est question ici, c’est Bernard Solville (Michel Constantin). Ce n’est pas un marin de profession, plutôt un plaisancier qui ne rechigne pas à sortir son bateau de temps en temps, pour une virée solitaire. Mais ce qui lui vaut avant tout son surnom, c’est son engagement de cinq ans dans ce corps d’armée.

Maintenant c’est un truand spécialisé dans la cambriole, assisté de deux complices indéfectibles : Basilio (Georges Géret) et Mazier (Pierre Santini).

Après un braquage annulé Gare du Nord, ils sont poussés à effectuer un nouveau coup par ceux qui ont saboté le précédent : récupérer des microfilms pour un avocat véreux, maître Desbordes (Adolfo Celli).

Mais cet avocat n’est pas seulement véreux, il est aussi déloyal…

 

Serge Leroy était avant tout un cinéaste qu’on aurait tendance à qualifier d’efficace, et il nous le prouve avec ce Mataf, un petit film qui n’a pas bouleversé le cinéma mondial, mais a quand même une qualité : c‘est un film de gangsters français « à l’Américaine ». Et de ce côté-là, c’est plutôt réussi.

Et la séquence d’introduction qui voit ce hold-up rater est aussi réjouissante que si le coup avait réussi, soutenu par une voix off (Jacques Deschamps) qui crée une tension bienvenue.

Bien entendu, nous sommes loin des films spectaculaires de la décennie portés par Belmondo, mais la prestation de Michel Constantin est plus qu’honorable.

 

Son physique – loin de celui d’un jeune premier – est aussi un atout dans cette histoire de gangsters : il est un gangster assumé, ordinaire, avec une certaine honnêteté dans sa démarche. C’est un truand à l’ancienne avec ce « code d’honneur » qu’on trouve dans les films des décennies précédentes. Mais le monde est en mouvement et bientôt, il va entrer en récession, rebattant les cartes qui avaient alors cours. Et le banditisme n’y fera pas exception.  D’une certaine manière, Solville représente une époque révolue, qui sera balayée par des hommes tels que Desbordes, pour qui la loyauté n’est pas vraiment une valeur.

A ses côtés, on a plaisir à retrouver Georges Géret et (plus brièvement) Pierre Santini, qui donnent à ce film un cachet d’authenticité : là encore, c’est avant tout leur jeu qui prime, donnant une épaisseur à ces gangsters ordinaires.

 

Et les femmes là-dedans ? Elles sont surtout deux : l’une qui s’insinue progressivement dans le paysage de Solville avant d’en faire pleinement partie – Cathy Mondor (Cathy Rosier) – et l’autre la compagne de toujours de Basilio – Nina (Annie Cordy) – qui regrette les tournées qu’ils ont faites (elle aimerait qu’il reprenne sa guitare pour l’accompagner) mais lui reste fidèle (et loyale) malgré certaines passes plutôt gênantes financièrement.

 

Je terminerai en vous disant qu’un vieux Nantais comme moi se réjouit de certains plans : on y a rendez-vous à Saint-Nazaire, et surtout, on y voit Georges Géret échapper à des tueurs en courant à partir de la rue de l’Arche sèche (au pied de la tour de Bretagne) vers la place du Bon Pasteur sans son manège (2), montant frénétiquement l’escalier qui la relie à la rue de l’Echelle. Le tout pendant que Michel Constantin et Cathy Rosier prenne un pot place du Commerce (3).

 

  1. De 1982, les plus récents ont un peu délaissé ce substantif suranné.
  2. La rue Contrescarpe n’est pas encore piétonne !
  3. A mon avis, ils sont au Café de la Bourse.
Rue de l'Echelle

Rue de l'Echelle

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