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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Aaron Sorkin, #Kevin Costner
Le grand Jeu (Molly's Game - Aaron Sorkin, 2017)

Molly Bloom (Jessica Chastain) est une championne. De ski. Elle aurait dû se qualifier pour les Jeux Olympiques mais un accident l’en a empêchée. Et puis elle est partie à Los Angeles où elle a commencé à travailler dans un bar. Puis pour Dean Keith (Jeremy Strong). C’est quand ce dernier lui a demandé d’organiser des parties de poker clandestin qu’elle a trouvé sa voie : à son compte, elle va organiser des parties clandestines et ramasser beaucoup d’argent très rapidement.

Enfin ça, c’est sur le papier. Parce que ça ne fonctionne pas toujours comme on le voudrait. Surtout avec les mafieux riches qui viennent de Russie et qui sont surveillés par le FBI.

Ce dernier va donc arrêter Molly et essayer de la faire collaborer. Mais elle n’est pas spécialement d’accord et va voir un avocat de la dernière chance (pour elle) : Charlie Jaffey (Idris Elba).

 

IL n’y a pas à dire, les biopics de criminels sont une mine d’or pour les scénaristes américains. Et Aaron Sorkin, qui réalise ici son premier film, sait ce qu’il en est : il a d’abord été scénariste avant de passer de l’autre côté. Et côté intrigue, c’est du béton, comme on dit. Il faut dire que le livre de la véritable Molly Bloom est propice à un film spectaculaire, avec en prime le milieu du jeu (de cartes) qui nous a valu quelques séquences mémorables depuis quelques décennies (1).

Mais à la différence de ces aînés, le film de Sorkin ne s’attarde pas sur le jeu en lui-même. Et si les joueurs accumulent – et perdent – des fortunes, ce ne sont pas les cartes les éléments les plus importants. Non, c’est tout ce qu’il y a autour et qui devient la seule raison de vivre de cette femme hors du commun. Parce que même si elle n’a pas pu se qualifier pour les JO, Molly reste une championne dans sa partie.


Et Jessica Chastain est une Molly Bloom inoubliable. On sent la détermination de cette championne dans son attitude, ses tenues plus ou moins provocantes et aussi sa répartie. Et ses passes d’armes (mouchetées) avec celui qui sera son avocat sont de très haute volée : n’oublions pas qu’elle se destinait avant tout au Droit avant de mettre le doigt dans l’engrenage du jeu. On ressent d’ailleurs cette occasion manquée avec ce domaine des lois quand elle effleure la collection d’ouvrages concernant les jurisprudences. C’est très éphémère, mais c’est quand même là.

Aux côtés de Jessica Chastain, Idris Elba s’en tire très bien, ce qui est très louable vu l’importance du rôle de Molly. On retrouve la même détermination chez cet avocat que chez le père de Molly, mais dans un autre domaine. Cela peut expliquer aussi pourquoi le courant passe entre ces deux personnalités fortes et très différentes.

 

La figure du père, donc. Celui qui est à l’origine de tout cela. Kevin Costner campe un producteur de champions très ambigu. En effet, il n’est pas un de ces sportifs ratés qui veut que ses enfants aillent là où cela lui fut refusé : non, c’est un psychiatre réputé et son métier va lui servir dans sa relation avec sa fille,surtout du fait de leur « secret » partagé (2). Et sa réapparition impromptue relèverait plus du rêve (ou du délire) que de la réalité : il débarque de nulle part et se trouve au bon endroit et au bon moment. Et cette impression va mettre du temps à s’estomper avant d’être balayée par la réalité de l’héroïne.

 

PS : on aura le plaisir (enfin c’est mon cas !) de retrouver Graham « Ziŋtká Nagwáka » Greene à nouveau à l’affiche aux côtés de Kevin Costner… Essayez de le retrouver. Sans tricher !

 

  1. The Cincinnati Kid, The Sting, Casino Royal
  2. Je ne vous le dirai pas, ce n’en serait plus un.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #Lisa Joy
Reminiscence (Lisa Joy, 2021)

« J'ai une gueule à faire l'amour avec des souvenirs ? » Clara (Arletty) dans Le Jour se lève.

C’est à cette réplique que j’ai pensé une fois le film terminé. Il faut dire que ce que Prévert avait entrevu, Lisa Joy l’a fait !

Mais reprenons.

Nous sommes plus tard, quand la mer a envahi la terre, quand les gens ont les pieds dans l’eau, et quand les riches – toujours eux – jouissent d’endroits retirés constitués exclusivement de terre, sans pied dans l’eau. Un véritable pied-à-terre, donc.

Nick Bannister (Hugh « Wolverine » Jackman), après quelques années de guerre (la catastrophe a amené une nouvelle guerre totale, bien sûr), a mis au point un appareil qui permet de voyager (presque) physiquement dans sa mémoire. Il vend donc des souvenirs heureux.

Un soir, Mae (Rebecca Ferguson) débarque dans son échoppe : elle veut qu’il l’aide à retrouver ses clefs qu’elle a égarées. C’est le coup de foudre.

Mais c’est aussi là que bascule la vie de Nick, vers un terrible cauchemar, un de ces souvenirs qu’on préfère oublier…

 

Pas mal. Pas extraordinaire, mais quand même pas mal. L’utilisation du réchauffement climatique est intéressante, mais malheureusement, je trouve qu’elle manque un tantinet de réalisme. En effet, alors que certaines parties de villes (américaines, bien sûr) surnagent et que des gratte-ciel ont plus que les pieds dans l’eau, on remarque une activité électrique tout aussi importante qu’aujourd’hui. Vous me direz, c’est normal, avec les panneaux photovoltaïques et autre éoliennes (qu’on ne voit à aucun moment, d’ailleurs), on peut continuer à produire de l’électricité.

Mais le plus gênant, à mon avis, c’est l’importance des voitures qui sont toujours en circulation, même si les roues sont rarement sales puisque toujours humides. Alors nous sommes dans une période post-apocalyptique mais qui ressemble encore beaucoup (trop) à ce que nous connaissons.

 

Mais malgré cette révolution sociale maritime, le scénario reste essentiellement sur Nick et sa relation avec Mae d’un côté – la femme qu’il aime – et sa collaboratrice Watts (Thandiwe Newton), une ancienne de la guerre elle aussi. Deux histoires d’amour (presque) à sens unique. Et le trio qui l’interprète est à la hauteur, passant du rêve à la une réalité avec bonheur, donnant le change par rapport aux objections émises plus haut.

Mais il manque un petit quelque chose pour en faire un grand film, et c’est peut-être du côté obscur qu’on va le trouver. Ou plutôt pas assez le retrouver : si méchant il y a – et il y en a un – il n’est pas assez bien caractérisé. En clair, il n’est pas vraiment réussi. On aurait aimé quelque chose de plus fort le mettant en valeur. Et la dernière réplique que lui lance Nick résume assez bien ce que j’en pense (1).

 

Pour le reste, on aurait aimé une intrigue dénonçant un peu plus les dérives – inévitables – d’un tel procédé : l’utilisation des souvenirs par la Justice en est une illustration mais cela ne va pas assez loin. De même l’utilisation criminelle possible n’est là encore que survolée.

Bref, à chaque fois, il manque un petit quelque chose pour aller plus loin dans cette histoire et arriver à un univers aussi angoissant – et magnifiquement bien défini – que celui de Minority Report, dont l’apparentement me semble évident.

 

Mais voilà. Ca n’y est pas. On peut imaginer que comme c’est le premier long-métrage de Lisa Joy, c’est une erreur de débutante. Seul son prochain film pourra nous le dire…

 

  1. Non, je ne vous dirai rien. Voyez le film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Henry King, #Lillian Gish
Romola (Henry King, 1924)

Romola (Lillian Gish) est une jeune femme de Florence qui vit avec son père Bardo Bardi (Bonaventura Ibañez), un érudit au savoir plus que respecté. Elle est courtisée par le jeune artiste Carlo Buccelini (Ronald Colman). Arrive en ville un jeune homme inconnu, Tito «  Naldo » Melema (William Powell), rescapé d’un naufrage, et rempli d’ambitions.

Il fait la connaissance de la jeune Tessa (Dorothy Gish) qui s’amourache de lui. Mais il fait aussi la connaissance de Romola et de son père et voit tout de suite le parti qu’il pourrait en tirer. Surtout que le nouveau gouvernement de la ville lui a proposé d’y participer.

Bien entendu, Melema n’est pas vraiment celui qu’il prétend : Tito pour Romola et les citoyens de Florence et Naldo pour Tessa, une des nombreuses victimes des agissements de ce méchant personnage. Et il y en aura d’autres.

J’oubliais : l’avant-dernière séquence a lieu le 23 mai 1498, lors de l’exécution de Savonarole (Herbert Grimwood).

 

Un an après The white Sister, Henry King reforme son duo vedette Gish-Colman et nous propose une nouvelle intrigue italienne, tournée d’ailleurs à Florence (en partie), et qui se situe donc en fin de XVème siècle, à une époque où tout bouillonnait, les arts comme la politique. Des noms prestigieux sont évoqués dans les intertitres –Vinci, Michel-Ange, Laurent de Médicis – mais c’est tout de même la petite histoire qui nous intéresse ici, celle de Romola bien sûr, mais surtout l’ascension – et la décadence, cela va de soi – de Melema, interprété avec beaucoup de conviction par William Powell. Il n’est pas encore la star qu’il deviendra dans la décennie suivante : il a le mauvais rôle, et il le fait très bien.

Bien sûr, les sœurs Gish sont parfaite, chacune dans son domaine : à Lillian le rôle de jeune femme virginale, remplie de grâce et de vertus ; à Dorothy la fantaisie et l’insouciance, amenant les rares séquences comiques du film.

Le perdant dans l’affaire serait plutôt Ronald Colman qui est beaucoup moins mis en valeur, même si son rôle demeure important. Il est éclipsé par les deux femmes, cela va de soi, mais aussi par la prestation de Powell.

 

Et Henry King déroule, comme il sait le faire, illustrant avec beaucoup de bonheur cette histoire somme toute immorale : alors que Melema se marie avec Romola (et oui, cela arrive !) Tessa s’amuse avec son fils – qui est aussi le sien (1). King est assisté du même Roy F. Overbaugh qui avait signé les images du film précédent et les cadrages ont beaucoup fait pour la renommée du film : Lillian Gish y est magnifique. Comme d’habitude. Malheureusement la copie que j’ai pu visionner n’est pas de très bonne qualité, hélas.

Mais cela n’enlève en rien à la qualité du film qui n’hésite pas à tout nous montrer, la première mouture du Code Hays n’étant pas encore en vigueur : outre cette histoire immorale, la mort (inévitable) de Melema est tout sauf glorieuse et ne nous est pas épargnée.

 

Au final, si Romola ne se hausse pas au niveau de The white Sister, il reste tout de même un film intéressant, interprété avec conviction par des actrices et acteurs de premier plan, sinon des stars absolues, avec en prime une kyrielle de seconds rôles pertinents, recréant avec un certain charme cette époque, sublimée avec le temps (2). Et Savonarole est inoubliable.

 

  1. Vous me suivez ?
  2. Ne vous attendez pas à une reconstitution extraordinaire, nous sommes au cinéma, mais elle fut tout de même supervisée par quelques spécialistes de l’époque comme annoncé en ouverture.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Clint Eastwood
Créance de Sang (Blood Work - Clint Eastwood, 2002)

Alors qu’il est à la poursuite du « tueur au code », Terry McCaleb (Clint Eastwood), profileur au FBI), est victime d’un infarctus. Deux ans plus tard, il revit : une jeune femme, récemment décédée lui a donné son cœur.

Sauf qu’elle a été tuée, ce que McCaleb ne peut supporter. Surtout que la sœur de la victime (Wanda de Jésus) vient le relancer pour retrouver son assassin.

Terry va donc reprendre l’enquête, malgré ses ex-collègues du LAPD qui ne voient pas d’un bon œil son irruption dans une affaire qu’ils ont plus ou moins classée.

Mais ce qu’il découvre dépasse son imagination…

 

Eastwood retrouve la police mais dans un nouveau cadre : McCaleb est un homme diminué, vieillissant. Ca tombe bien, Eastwood a fêté ses 72 ans depuis quelques temps quand le film sort en août 2002. Et si Terry a certaines pratiques qui ne sont pas éloignées de celles de Harry Callahan (quand il s’occupe de l’homme dans la voiture qui le surveille), dans l’ensemble, il est beaucoup plus subtil et arrive aux même résultats : la neutralisation d’un coupable. Parce que le tueur au code sera neutralisé, ce dont nous ne doutons à aucun moment. Et si Brian Helgeland a un tantinet modifié le roman initial de Michael Connelly (1) – normal, nous sommes au cinéma –, ce dernier le signalera dans un autre de ses romans, faisant par là même un petit clin d’œil au cinéaste.

 

Encore une fois, on retrouve l’idée du creuset (melting-pot) qui est l’une des bases des Etats-Unis :ici, McCaleb dont le patronyme fleure bon l’Europe et les premiers colons américains se retrouve affublé d’un cœur d’origine mexicaine, ce qui amène certaines tensions avec un des policiers du LAPD, Ronaldo Arrango (Paul Rodriguez), lui-même un véritable « Cul-mouillé » (wetback) comme on nomme péjorativement les clandestins qui émigrent aux Etats-Unis (ils ont traversé le Rio Grande à la nage,d’où le sobriquet).

Mais cela ne gêne nullement McCaleb et même, cela va faire de lui, peut-être une meilleure personne, thème qui jalonne l’œuvre de Eastwood : on retrouvera cette idée, par exemple, dans Gran Torino, mais sans la dimension mystique voire christique de Walt Kowalski.

 

Aux côtés de Clint Eastwood, on a plaisir à retrouver Jeff « Tom Baxter » Daniels (Jasper « Buddy » Noone). Buddy est un personnage essentiel à l’intrigue sur plusieurs plans et Daniels compose avec conviction ce personnage nonchalant, véritable oisif – il passe son temps à boire des bières – mais qui ne dédaigne pas de donner un coup demain à son ami Terry (2).
De plus, ce sont les femmes qui jouent le rôle le plus important aux côtés de cet enquêteur singulier. Outre celle qui lui a donné son cœur et sa sœur qui le remet en selle, on trouve deux autres femmes importantes : la doctoresse Bonnie Fox (Anjelica Huston) et la détective Jaye Winston (Tina Lifford). La première pour son suivi médical, bien sûr mais aussi pour vérifier l’hypothèse centrale de l’intrigue ; la seconde quant à elle sous couvert d’un renvoi d’ascenseur, va lui permettre de travailler malgré les cadres juridiques stricts (3).

 

Bref, un film qui, s’il reste mineur en comparaison d’autres, se laisse regarder avec beaucoup de plaisir, et est interprété avec justesse.

Que demander de plus ?

 

  1. J’adore !
  2. « Buddy » signifie aussi « ami ».
  3. On ne s’improvise » pas enquêteur aux Etats-Unis, il faut une licence.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Science-Fiction, #David Cronenberg
Les Crimes du futur (Crimes of the Future - David Cronenberg, 2022)

Cronenberg est de retour ! Et de quelle façon !

C’est le grand retour de l’horreur de science-fiction comme il l’a déjà pratiquée par le passé. C’est sanguinolent à souhait, dans un décor futuriste où, la douleur a disparu, évolution oblige.

Encore que. Comme le dit Wippet (Don McKellar), la douleur n’est-elle pas un élément humain qui permet au corps de signaler un dysfonctionnement ? Donc un humain qui n’a plus mal est-il encore un humain ?

 

Reprenons.

Nous sommes donc dans un futur plutôt proche où la technologie de pointe concerne la chirurgie. A tel point qu’une opération est devenu un happening artistique, une performance très courue. Sans anesthésie, cela va de soi, puisque les humains (ou réputés tels) sont insensibles à la douleur.

Saul Tenser (Viggo Mortensen) et Caprice (Léa Seydoux) sont deux partenaires qui enchaînent les ablations artistiques : Saul secrète régulièrement de nouvelles tumeurs qui se révèlent être des organes nouveaux. Caprice opère en direct et devant caméras ces nouvelles protubérances dans un appareil incroyable : le Sark. Comme la destination première de cet appareil était l’autopsie, on propose au duo l’autopsie d’un petit garçon, tué par sa mère.

 

Bien sûr, ce film est dérangeant et parfois à la limite du supportable, mais après avoir vu Videodrome (1983) ou encore Dead Ringers (1988), je ne risquais plus grand-chose. Encore une fois, nous retrouvons des personnages torturés, voire inadaptés au monde qui les entoure, ce qui est d’autant plus vrai qu’on parle de mutation plus ou moins génétique. Mais qu’on ne s’y trompe pas, nous ne sommes certainement pas dans le monde des X-Men. A la limite, dans celui de Logan, et encore. Ce qui fait une grande différence avec l’univers Marvel, outre le fait que c’est Cronenberg qui est aux commandes, c’est l’aspect réaliste du film.

 

Pourtant, il n’y a aucune indication de date, seul le titre nous annonce que ce sont des lendemains qui déchantent que nous allons voir. Et même, on notera que ce futur est bien archaïque : les objets du quotidien n’ont rien d’ultramoderne, et outre l’anneau-caméra de Caprice, les autres appareils que possèdent les spectateurs (voyeurs ?) sont franchement vieillots ! Mais ces objets nous ramènent au quotidien des spectateurs, ainsi qu’à l’évolution actuelle de notre monde et surtout sa destruction progressive du fait de la pollution.

Autre élément futuriste, la faune.

Nous ne voyons que des humains. Pas de chat (comme dans Alien) ou autre chien…Un univers à la Delicatessen (1991). Et l’analogie avec le film de Caro et Jeunet se poursuit dans les décors tout aussi mieux (les intérieurs des différents appartements ne sont là encore pas très reluisants).

 

Mais si nous ne voyons que des humains, c’est l’absence de foule qui est la plus flagrante. On ne voit que très peu de gens dehors et on ne sent aucune activité plus ou moins fébrile autre que celles effectuées par les différents artistes corporels.

Ces différents artistes vont jusqu’aux limites du supportable dans leurs différentes mutilations qui nous sont montrées plutôt crûment. Et la question de Timlin (Kristen Stewart) sur une quelconque (façon de parler) substitution prend toute sa saveur quand on assiste aux différentes performances qui nous sont montrées (1).

 

  1. Je vous laisse découvrir cette question. Pour les autres qui ont vu le film, je ne ferai qu’une remarque : « nous sachons ! »

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Guillermo del Toro
Nightmare Alley (Guillermo del Toro, 2021)

[Encore une fois, des éléments de résolution de l’intrigue se sont glissés dans ce que vous allez (peut-être) lire : continuez à vos risques et périls si vous n’avez pas encore vu ce formidable film !]

 

1939.

Pendant que l’Europe prépare sa Deuxième Guerre Mondiale, Stanton Carlisle (Bradley Cooper) incinère son père qui vient de mourir. Puis, il prend le bus et en descend au terminus, au milieu de nulle part. Enfin pas exactement puisqu’on y trouve une foire avec tous les phénomènes qui font recette, de l’homme-animal (Paul Anderson) à Molly (Rooney Mara) la femme électrocutée, en passant par Bruno (Ron « Hellboy » Perlman) l’hercule et la Zeena (Toni Collette) devineresse.

1941.

Alors que l’Amérique se prépare à entrer en guerre, Stanton triomphe dans un numéro de mentaliste, secondé par Molly – ex-femme électrocutée -. Il fait alors la rencontre de Lilith Ritter, psychanalyste trouble, et va prendre une décision – fâcheuse, évidemment – qui va précipiter sa chute pourtant annoncée par Zeena.

 

Vous prenez le savoir faire de Guillermo del Toro, vous lui ajoutez une pléiade de noms prestigieux et vous obtenez un film d’ambiance (encore une fois) de très grande facture, où le surnaturel a encore une fois sa place, mais cette fois-ci sans l’aspect fantastico-merveilleux auquel nous étions habitués.

En effet, si le paranormal est au centre de l’intrigue, c’est surtout parce que Stanton Carlisle n’est rien d’autre qu’un charlatan qui ne fait illusion qu’auprès des crédules : des gens brisés par la perte d’un proche et que ce faux mage ferait revivre bien opportunément.

Mais, encore une fois chez del Toro, la mort rattrape ce singulier héros avec des conséquences hautement graves.

 

Bien sûr, Bradley Cooper est épatant dans ce rôle ambigu d’arriviste et son interprétation est à ce point convaincante qu’on en vient à se poser des questions sur sa clairvoyance : où commence la manipulation et où s’arrête-t-elle (si elle s’arrête) ? Et ce malgré les explications que nous avons eues au préalable quand Pete (David Straithairn) et Zeena lui ont expliqué les ficelles du spectacle.

A ses côtés, on a plaisir à retrouver la formidable Rooney Mara, manipulée elle aussi par cet homme au passé trouble (on aura toutes les explications nécessaires, rassurez-vous), ainsi que le formidable Ron Perlman, et on s’étonnepresque de l’absence de Doug Jones parmi ces personnages hautement atypiques.

 

De même, alors que Guillermo del Toro a cité une liste de films qui l’ont inspiré pour celui-ci, on s’étonne de ne pas trouver Freaks : était-ce trop évident pour ne pas le mentionner ? Toujours est-il qu’outre le milieu du spectacle des monstres et autres curiosités, on y retrouve deux personnages échappés du monde de Browning : une des deux sœurs Pinhead (Tête d’épingle) au début, ainsi que Kookoo dans les derniers plans. Autre personnage inspiré par le monde particulier et qu’on retrouve chez Browning, une femme araignée qui rappelle celle de The Show.

 

Bref, Guillermo del Toro, encore une fois, nous offre un superbe spectacle, dirigeant avec maestria des interprètes à la hauteur de l’événement et ce malgré les contingences sanitaires (une interruption due à la pandémie de COVID-19, comme c’est étonnant…) pas spécialement arrangeante quand on sait la somme impressionnante de travail et de personnels nécessaires pour un tel film, sans parler de la post-production.

Pour la reconstitution de la période concernée, les teintes utilisées (plutôt sombres) sont en parfaite adéquation : on y retrouve une atmosphère sordide de pauvreté, de bas-fond et de cauchemar que l’on associe naturellement à cette période de crise économique  sur la fin. En effet, la crise de 1929 s’achèvera véritablement avec l’entrée en guerre : rien de tel qu’une bonne guerre pour relancer l’économie ! Hum. Passons.

 

Quant au dernier plan, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à celui de City Lights, le rire de Stanton Carlisle évoquant pour moi le sourire du vagabond, rempli du même désespoir de quelqu’un qui sait que, de toute façon, une fin heureuse n’est pas possible.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Garry Marshall
Pretty Woman (Garry Marshall, 1990)

C’était la fin des années 1980. Ces années qui ont vu l’argent enterrer le Flower Power. Où les hippies ont laissé place aux yuppies, ces jeunes loups qui ne vivaient que pour l’argent, ne pensaient que par l’argent. Bref, ils étaient l’argent.

Et Edward Lewis (Richard Gere) est indubitablement l’un d’eux : dirigeant d’une société qui en rachète d’autres pour les dépecer et les revendre au détail. Donc plus cher. En clair, s’il fait de l’argent, il ne crée rien. Bien au contraire.

Et puis un jour, il rencontre une prostituée indépendante, Vivian Ward (Julia Roberts). Il l’emmène à son hôtel et lui propose de rester près de lui pendant son séjour à Los Angeles. Elle accepte, bien sûr, la paie proposée est alléchante.

Seulement voilà, Vivian n’est pas une femme comme les autres… Et sur beaucoup de point.

 

Attention : conte de fées.

Mais le personnage qui est transfiguré n’est pas vraiment celui du titre. Elle n’est que l’adjuvant, celle qui lui permet de changer et devenir meilleur, condition sine qua non de  la résolution d’un conte. Mais pour le reste, tout y est : un personnage qui s’ennuie et a besoin d’autre chose ; une rencontre qui change tout ; un méchant abject (je ne vous dis pas qui c’est) et donc une transfiguration qui amène la fin heureuse indispensable sans les enfants dont on nous rebat les oreilles et qui n’existent que dans l’imagination populaire (1).

 

Bon, il faut avouer que le fait que Edward est un homme riche facilite grandement la résolution heureuse. Mais quand même. Etre riche n’empêche pas d’être parfois un imbécile (2) ni d’être blessant. Mais le conte de fée, tel qu’on se l’imagine, c’est quand même la « pretty woman » qui le vit : là encore, l’argent y est pour beaucoup. Mais, et c’est pour cela que je considère que Vivian n’est pas transfigurée, la jeune femme ne change pas foncièrement : elle reste elle-même, avec sa générosité et son naturel qui font sa spécificité et son charme (aussi).

 

Si cette histoire est originale, je ne peux tout de même pas m’empêcher d’y voir un écho au film de Cukor : My fair Lady (1964). Tout comme Eliza Doolittle (sublime Audrey Hepburn), Vivian vient de très bas (3) et va s’élever, à l’aide d’un mentor fortuné. Et la belle Audrey fait même une apparition à la télévision lors d’une rediffusion de Charade (Stanley Donen, 1963) : un extrait du film de Cukor aurait été plus attendu, mais – à mon avis – trop facile.

De plus tout comme dans la comédie musicale, la musique – et surtout – les chansons – joue un rôle important, commentant ou illustrant les différentes étapes de l’intrigue, avec en point d’orgue (c’est le cas de le dire ) le tube (phénoménal) de Roy Orbison, Oh Pretty Woman. J’avoue pour ma part que le titre m’y avait tout de suite fait penser, amis cette chanson n’est, là encore qu’une illustration de ce qu’il se passe : Vivian fait chauffer la carte bleue (4) et essaie des tenues toutes plus somptueuses les unes que les autres, pour le plus grand plaisir des spectateurs qui ne peuvent que confirmer que Julia Roberts est extrêmement belle.

On y trouve même le pendant du  Royal Ascot (pour les chevaux) avec la partie de polo, de même que la réplique afférente (“Come on, Dover! Move your bloomin' arse!”) dans la séquence de l’opéra (“Oh, it was so good, I almost peed my pants!”). Je vous laisse le plaisir de découvrir la traduction…

 

Evidemment, Julia Roberts (dont c’était certainement c’était seulement le troisième film) crève l’écran et s’impose (déjà) comme un immense star. LA suite ne fera que le confirmer. A ses côtés, Richard Gere est encore une fois impeccable, en homme jeune (5) légèrement grisonnant à un tournant de sa vie. Auprès d’eux, on peut retrouver – pour la dernière foi à l’écran – le vétéran Ralph Bellamy, autre ingrédient de ce conte moderne (opposant/adjuvant), ou encore Hector Elizondo qui manage l’hôtel de luxe, lieu central de l’intrigue, avec beaucoup de subtilité. Quant au méchant, il est donc abject à souhait (non je ne vous dirai pas qui c’est !) et on se réjouit du châtiment qui lui arrive sur le coin du nez (c’est le cas de le dire, encore une fois !).

 

Alors mettons de côté le mépris (naturel) pour ce richissime yuppie et savourons cette comédie enlevée comme elle le mérite.

 

  1. Vérifiez par vous-même, les textes originaux ne parlent pas d’enfants après la réunion des amoureux. Juste qu’ils vont vire heureux longtemps.
  2. J’avais en tête un qualificatif désobligeant…
  3. Certain·e·s diront même qu’il n’y a pas plus bas…
  4. Il n’y a qu’en France qu’elles sont bleues, les cartes de crédit.
  5. Ce n’est plus un « jeune homme » : il a quarante ans ! (6)
  6. Il y a beaucoup trop de notes de bas de page !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Politique, #Biopic, #Uli Edel
La Bande à Baader (Der Baader Meihof Komplex - Uli Edel, 2008)

18 octobre 1977.

Andreas Baader (Moritz Bleibtreu), Gudrun Ensslin (Johanna Wokalek), Jan-Carl Raspe (Niels Bruno Schmidt) sont retrouvés morts dans leur cellule de la prison de Stammheim. Irmgard Möller (Annika Kuèhl) quant à elle, baigne dans son sang : elle a raté son suicide. Un peu avant (le 9 mai 1976), c’était Ulrike Meinhof (Martina Gedeck) qui avait mis fin à sa vie dans cette même prison.

C’en est terminé de la « Bande à Baader »comme l’ont surnommée les médias. Mais la Fraction Armée Rouge (Rote Armee Fraktion) va continuer pendant encore une vingtaine d’années avant de s’auto-dissoudre le 20 avril 1998.

 

Percutant.

Avec ce film très spectaculaire, Uli Edel nous démontre que le cinéma allemand n’a rien à envier aux Américains quand il s’agit de se tourner vers son passé récent douloureux. Comme nombre de pays en 1967, la RFA est engoncée dans ce monde ancien qui sera balayé l’année suivante. Et la visite du Shah à Berlin est le déclencheur qui va amener des jeunes gens révoltés par les pratiques d’un autre âge d’un gouvernement qui n’a pas su évoluer avec son peuple. Et entre nous, l’attitude passive puis très active de la police berlinoise n’a rien à envier à celle qui sévira à Paris l’année suivante. Ni à celle qu’on peut voir de temps en temps de nos jours, et pas seulement à Paris.

 

Mais la violence n’est pas seulement policière puisque Baader et sa bande vont en faire un usage exclusif jusqu’à l’arrestation totale des membres de cette première génération. Oui, on peut parler de terrorisme et certainement pas d’actes de déséquilibrés. Certes, Baader n’est pas présenté comme un héros romantique, et ses positions ne sont pas toujours très progressistes. Et l’autre atout de ce film est de ne pas réduire ce groupuscule à la seule figure de cet homme. Le titre original Der Baader Meinhof Komplex nous rappelle qu’il y avait des femmes (très) engagées dans cette aventure meurtrière. La personnalité d’Ulrike Meinhof est centrale pendant la plus grande partie du film, et c’est même elle qui l’ouvre, en famille au bord de la mer.  Nous allons alors assister à la destruction de ce schéma familial traditionnel, motivée par un engagement politique des plus radicaux dont la seule issue possible est bien entendu la mort. Ulrike, en s’engageant dans cette lutte ne fait rien d’autre que suivre les autres jeunes gens de cette époque qui rejettent cette société traditionnelle (et sclérosée) qui leur est proposée. Bien sûr, son engagement est extrémiste, tout comme les positions défendues par ce « complexe ».

 

Face à cette organisation terroriste, Uli Edel met en place une (très) petite cellule de lutte (qui va s’étoffer avec le temps menée par Horst Herold (Bruno Ganz). Cette organisation composée de représentants de cette ancienne conception réactionnaire du monde va réussir à neutraliser ces figures légendaires. Et Bruno Ganz est encore une fois remarquable dans le rôle de cet homme qui cherche à comprendre les motivations de ces jeunes gens. Il est d’ailleurs bien seul dans cette quête de sens : certains vont même jusqu’à penser qu’il justifie les actions des terroristes !

 

Bref, un film indispensable pour essayer de comprendre la situation de l’Allemagne des années 1970. Un nouveau paradoxe dans ce pays qui a vu dans le même temps une politique de Détente (die Spannung) chère à Willy Brandt à un niveau international alors que la situation intérieure se cristallisait.

Et si la violence tient une place importante, elle n’est qu’un reflet de ce qu’il se passait réellement à cette période. Et la force du film d’Edel est la façon de mixer adroitement les images d’archives à son film, rappelant que même si nous sommes au cinéma, c’est avant tout réalité qui nous est montrée.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Thomas Gilou
Maison de Retraite (Thomas Gilou, 2022)

Milann (Kev Adams) est un grand couillon. Fainéant par nécessité, un tantinet niais, mais surtout, il y a une chose qu’il déteste : les vieux. Pas les personnes âgées non, les vieux. Pas seulement ceux de Brel qui s’en vont progressivement et qui n’existent (presque) que dans sa chanson. Non ? Tous. Petits, grands, cons… Vous ajoutez n’importe quel qualificatif (2) et vous aurez une idée de son dégoût.

Comme il faut bien vivre, et surtout que son ami et frère d’orphelinat Sami (Omar Mebrouk) en a assez de son oisiveté, il trouve du travail. Mais là encore, il est en butte à sa phobie en la personne d’une petite dame un brin mauvaise (Marie-Pierre Casey, qu’on a plaisir à retrouver), qui lui fait péter les plombs (et le matériel). Résultat : 300 heures d’intérêt général.

Seulement voilà, c’est dans une maison de retraite, avec de nouveaux des vieux.

 

Décidément, les vieux ont le vent en poupe. L’année 2022 s’est achevée avec le Chœur de Rocker dont je vous ai déjà parlé ici,  alors qu’elle s’était ouverte avec ce film de Thomas Gilou qui, question comédie, a déjà fait ses preuves. Mais qu’on ne s’y trompe pas, nous sommes bien loin du Sentier et de La Vérité si je mens. Ici, bien sûr, ce sont les pensionnaires de cette maison de retraite qui sont l’enjeu de l’intrigue, à défaut d’être les personnages vraiment principaux. Parce que là encore, c’est Kev Adams qui fait le spectacle. Mais comme il est (très) bien entouré, le message passe bien et on apprécie avec délectation cette comédie inter âges.

Oui, les co-interprètes d’Adams ont tous bon pied et bon œil – malgré leur âge – et donnent à cette comédie le ton juste nécessaire. Avec des mentions spéciales pour Marthe Villalonga qui, malgré le fait qu’elle tutoie ses 90 ans au moment de la sortie du film, reste d’une vivacité étonnante et forme avec Daniel Prévost (que 82 ans au même moment) un duo formidable et attachant.

 

Mais ce qui fait la force du film, c’est avant tout que l’intrigue ne se donne aucun tabou : l’amour (physique), la mort, la maladie (etc.) tout est là chez ce nouveau « clan des 7 » qui va, et on s’y attend dès le début, prendre en main ce petit « taulard ».

Oui, l’intrigue est prévisible. Normal, nous sommes dans une comédie et c’est aussi ce que nous sommes venus voir. Mais c’est bien entendu la justesse de jeu des anciens qui lui donne sa force. Même Depardieu (Lino Vartan, ex-boxeur) est tout dans la sobriété, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

Par contre, il manque un petit quelque chose autour de ces résidents qu’on aurait aimé avec un petit peu plus de consistance. La découverte de chacun d’eux par Milann est le centre de l’intrigue mais on n’a pas le temps de les apprécier pleinement, ce qui aurait donné une plus grande dimension au film.

 

Mais on s’amuse, et en plus, le propos du film s’est vu télescoper la réalité puisqu’au moment de sa sortie, paraissait (le 26 janvier) Les Fossoyeurs, l’enquête de Victor Castanet sur les mauvais traitements en maison de retraite…

Parce que, ici aussi, les pensionnaires ne sont pas vraiment à la fête. Car s’ils ont développé une amitié, elle ne peut rien contre l’attitude du directeur de l’établissement, Daniel Ferrand (Antoine Duléry). Qu’on ne s’y trompe pas, c’est lui le méchant – indispensable – de l’histoire, et on prend plaisir à haïr cet homme infâme.

 

Bref, une belle comédie, qui a la grande prétention de faire rire.

Et y arrive.

 

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