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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Histoire, #Marvin J. Chomsky
Holocauste (Marvin J. Chomsky, 1978)

1935-1945 dix années qui ont détruit la famille Weiss : Joseph (Fritz Weaver) le père, médecin à Berlin ; Berta (Rosemary « Aunt May » Harris) la mère, Karl (James Woods), Rudi (Joseph Bottoms) et Anna (Blanche Baker) les enfants. Sans oublier Inga (Meryl Streep), la femme de Karl.

C’est par le mariage de ces deux derniers que s’ouvre cette série : un mariage « mixte » (une chrétienne et un juif) auquel ont été conviés Hans Helms (Michael Beck) un soldat qui est aussi le frère d’Inga, mais surtout Heinrich Müller (Anthony Haygarth), un ami de la famille qui est aussi membre du parti nazi.

Puis ce sont les dix années qui vont séparer tous ces gens, plus ou moins définitivement jusqu’à la fin de cette guerre et de son bilan effrayant.

 

Bien sûr, c’est une histoire très romancée voire aseptisée qui nous est contée ici par Marin J. Chomsky, et je ne reviendrai pas sur les reproches (justifiés) élevés par d’anciens déportés qui ont de leur côté transmis leurs récits de la Shoah (Primo Levi, Simone Veil, etc.). Mais quand la série est passée pour la première fois en France, je n’avais que 11 ans et j’ai alors découvert une (infime) partie de ce génocide atroce qui reste encore (heureusement) inégalé.

Parce que Chomsky a aussi émaillé sa série de documents authentiques qu’en général Erik Dorf (Michael Moriarty), un jeune juriste opportuniste montre à son supérieur, l’ignoble Reinhard Heydrich (David Warner).

 

C’est pourquoi je garde un souvenir fort de cette série car ce fut aussi l’occasion de discuter de ce qu’il s’était passé en marge de la Seconde Guerre Mondiale : les quelques films de guerre que j’avais pu voir à l’époque ne traitaient jamais ce sujet et j’étais resté sur des superproductions du style Le Jour le plus long ou Paris brûle-t-il ?

Et je sais que je ne suis pas le seul qui ai apprécié cette série : ce fut un grand moment de télévision dans beaucoup de pays du monde. Et ce fut aussi le début d’une recrudescence des films et documentaires sur le sujet, avec en point d’orgue l’extraordinaire Shoah de Claude Lanzmann. Mais attention depuis 1934, on connaît l’existence des camps de concentration au cinéma : le film documentaire Hitler’s Reign of terror (Hitler, le Règne de la terreur) est sorti sur les écrans le 30 avril de cette année-là.

 

Et n’oublions pas les différents interprètes de cette série qui ont mis beaucoup de conviction pour interpréter ces personnages, bons ou méchants. Les méchants surtout, comme d’habitude. Si Ian Holm fait une courte apparition en Himmler, c’est vers le duo Heydrich-Dorf qu’on trouve des personnages véritablement terribles. Il faut dire que David Warner a une filmographie qui parle dans ce sens et il est un Heydrich redoutable de bout en bout : froid et calculateur comme le fut son modèle. Quant à Erik Dorf, cet opportuniste, il n’est chaleureux que quand il exécute son service : planification des exécutions des Juifs de l’Est (Einsatzgruppen & camps de la mort). Et ce sont donc eux qui nous permettent de voir de véritables images (trop rares ?) des massacres effectués.

Quant aux gentils, on admire déjà Meryl Streep ou James Woods, ainsi que les deux parents Weiss, et bien évidemment Joseph Bottoms dans le rôle de Rudi qui me fit rêver quand j’étais enfant : je voulais posséder son courage et sa combativité. Et sa fiancée, Helena (Tovah Feldshuh).

 

Alors, près de 45 ans plus tard, je pense qu’il faut encore regarder Holocauste. C’est à mon avis une bonne entrée en matière pour les plus jeunes avant de découvrir la véritable horreur nazie dans toute son immensité et son abjection.

Pour ne pas oublier.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Horreur, #Alex Garland
Men (Alex Garland, 2022)

Une jeune femme qui saigne du nez. Elle regarde par la fenêtre. Un reflet. Elle crie.

La jeune femme, c’est Harper Marlowe (Jessie Buckley), elle s’est rendue dans la campagne (4 heures de Londres) pour se ressourcer, loin de tout et surtout de la mort de son mari, James (Paapa Essiedu). Ce dernier serait tombé du balcon des voisins : accident ou suicide ? Il faut dire que James avait prévenu qu’il se suiciderait si elle le quittait…

C’est cela qui ronge Harper dans cette campagne si verte et si tranquille. Enfin pas si tranquille que ça puisqu’un homme nu se balade alentour.

Et il va même essayer d’entrer dans la maison de Harper. Mais la police veille et le danger est – momentanément – écarté.

 

J’avais beaucoup aimé Ex Machina, le premier film d’Alex Garland et me réjouissais de cette nouvelle œuvre (1), mais je dois avouer que je suis resté sur ma faim. A nouveau on retrouve une solitude, et à nouveau Garland fait monter progressivement la tension, mais alors que son premier film avait un scénario solide, ici on ne peut pas vraiment en dire autant. Certes, le film est très beau, la première heure étant une véritable féerie visuelle qui magnifie la campagne anglaise.

Dans cette première heure d’ailleurs, Alex Garland prend le temps de mettre en place son histoire, amenant une progression régulière de la tension jusqu’au basculement : on y découvre de rares personnages : Geoffrey (Rory Kinnear), le propriétaire qui loue la maison à Harper ; Sam (Zak Rothera-Oxley) un jeune garçon à la figure d’homme mûr ; et un vicaire (Rory Kinnear) on ne peut plus troublant.

 

L’isolation du personnage principal combinée à la nuit va laisser la place à un véritable cauchemar dont les différents éléments sont à retrouver dans la Bible ou la mythologie grecque, avec comme élément central mythologique : un pommier dont Harper a cueilli et croqué une pomme dès son arrivée.

Et si Geoffrey s’en amuse, citant « le fruit défendu », cette référence n’est certainement pas anodine. En effet, en pénétrant dans ce qui semblait être un véritable petit paradis (2), c’est tout naturellement qu’elle est attirée par ce pommier et ses fruits. On ne la verra d’ailleurs mordre qu’une seule fois dans la pomme qui terminera sur la table, non finie, comme celle d’Adam & Eve avant d’être chassés du Jardin d’Eden. La présence de l’homme nu près de ce même pommier renforce cette idée de faute à partir de laquelle rien ne va plus.

 

Mais malgré tout, et surtout le superbe maquillage de Sara Fagan et son équipe, on se sent un tantinet floué quand la dernière image disparaît pour laisser place au générique de fin. Il manque quelque chose et je n’ai pas envie, en tant que spectateur, de trouver ce que c’est. C’est peut-être de la paresse mais je trouve dommage que Garland n’ai pas fait une véritable fin (3).

L’ambiance est là, les images sont belles, la musique et d’une manière générale la bande-son est elle aussi magistrale, mais, à mon avis, cela ne suffit pas.

 

Dommage.

 

  1. Non, je n’ai pas (encore) vu Annihilation.
  2. C’est ce que pense son amie Riley (Gayle Rankin).
  3. D’un autre côté, il ne nous a pas fait le truc facile du rêve…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Michael Cacoyannis, #George P. Cosmatos
Zorba le Grec (Αλέξης Ζορμπάς - Michael Cacoyannis, 1964)

Basil (Alan Bates) se rend en Crète, où il a hérité d’un terrain avec une mine. Au Pirée (?), il fait la connaissance d’Alexis Zorba (Anthony Quinn) qui lui propose ses services. I9ntrigué par cet homme qui tombe de nulle part, le jeune homme accepte et se rend donc toucher son héritage.

Là il fait aussi la connaissance de madame Hortense (Lila Kedrova), une ancienne « femme de tout le monde » qui vit dans ses rêves de jeunes amiraux qui se partageaient ses faveurs. Il rencontre aussi une jeune veuve (Irene Papas), dont tous les hommes alentour sont amoureux mais qui leur reste inaccessible.

Et puis il y a l’exploitation de la mine : et comme Zorba sait tout faire, ça ne devrait pas poser de problème…

 

Superbe.

Une formidable leçon de vie pour le spectateur, mais aussi et surtout pour Basil (1), ce jeune homme moitié british et moitié grec, véritable pendant de Zorba. En effet, alors que Zorba est un être fantasque et exubérant, Basil lui est plein de cette retenue britannique traditionnelle. Mais il n’y a pas que lui qui reste campé sur des traditions : les Crétois présents autour des deux hommes semblent hoirs du temps, hors du siècle, vivant comme ils l’ont toujours fait depuis l’invasion de l’île par les Anatoliens près de 10 000 ans plus tôt. La seule modification qui serait arrivée depuis est la religion orthodoxe qui s’y est solidement implantée.

Il est d’ailleurs difficile de dater le temps de l’intrigue tant ce qui nous est proposé pour le faire est ténu. Ce que nous appelons civilisation moderne se cantonne au port du début du film. Tout le reste semble figé, comme si le temps s’était arrêté avec l’apparition de Zorba.

 

Nous sommes donc dans une Crète traditionnelle et un tantinet stéréotypée, avec ses habitants fiers (et farouches !) et mutiques tels des mafiosi siciliens, qui règlent leurs affaires en vase clos : la seule présence de l’administration consiste en un officier à képi qui ne fait rien pour établir un quelconque ordre. Bien au contraire : il y participe sans vergogne !

Cette Crète traditionnelle est un véritable choc culturel pour notre Basile, qui ne comprend pas le mode de vie de tous ces gens, même s’il tente d’en découvrir les différents éléments.

Et tel un chien dans un jeu de quilles, Zorba se détache totalement des différents interprètes. D’un côté, il connaît les coutumes locales mais s’en est affranchi, et de l’autre il se démarque formidablement de cet anglais intellectuel et réservé.

 

Et cette combinaison d’une Crète hors du temps conjuguée à la présence de cet homme tombé du ciel donne une impression irréelle voire surréelle à l’intrigue. Comme si Basil rêvait ce qui lui arrive. Avec certains moments qui virent au cauchemar, bien entendu. Le temps est distendu et on devine qu’une année (environ) s’écoule pendant le film, mais rien n’est sûr. Et l’attitude fantasque qu’adopte ce drôle de Grec contribue pleinement à l’aspect irréel qui baigne le film : sa première danse de joie (et de peine, c’est la même) est incroyable et irrésistible puisque même le musicien qui est là va se calquer sur son propre tempo pour l’accompagner. Cette danse, c’est la véritable expression de Zorba, c’est avec elle qu’il se réjouit et qu’il calme sa peine. C’est là qu’il est encore plus Zorba qu’à la normale, encore plus exubérant, encore plus grandiose.

Parce que Zorba est avant tout grandiose : dans la victoire ou dans la défaite, il n’est jamais petit. Il fait tout à fond, même s’il sait que de toute façon c’est vain : ses fiançailles avec sa Bouboulina l’illustrent admirablement.

 

Il faut dire qu’Anthony Quinn est inoubliable dans ce rôle presque taillé sur mesure : sa prestance, sa démesure en font un Zorba hors norme, irréel voire surréel comme écrit plus haut. A ses côtés, bien sûr qu’Alan Bates fait pâle figure, mais son rôle l’exige avant tout et c’est l’association de ces deux contraires (opposés ?) qui est l’un des points forts du film. Parce que si la vie d’avant de Basil est hautement prévisible et se devine comme un livre ouvert (c’est le cas de le dire), celle de Zorba est plus complexe, et aussi plus tragique comme en témoignent ses marques.

Et si Basil, en fin de compte n’a pas gagné grand chose, il repartira tout de même plus riche qu’avant : Zorba lui aura appris sa danse.

Cette fausse danse traditionnelle est avant tout l’œuvre (réelle) de l’immense Mikis Theodorakis, qui signe ici l’une des ses œuvres les plus emblématiques, puisqu’elle sera unanimement célébrée dans le monde entier, et encore plus une fois les colonels en poste à Athènes.

Un grand film, pour un grand personnage. Et un grand acteur, cela va sans dire.

 

PS : la compagnie Royal de Luxe s’en servira même pour illustrer une mémorable bataille navale qui verra s’affronter les galères romaines aux réales égyptiennes !

 

  1. Il n’est jamais nommé pendant le film.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Histoire, #Michael Caton-Jones, #Ridley Scott, #Tony Scott
Un Monde sans fin (World without End - Michael Caton-Jones, 2012)

Retour à Kingsbridge, deux siècles (environ) après Les Piliers de la Terre.

La cathédrale est toujours debout et le prieuré a beaucoup prospéré, devenant alors la proie des convoitises de certains frères qui n’en ont que le titre. C’est le cas de Godwyn (Rupert Evans) qui rêve de devenir prieur. Et comme il peut compter sur sa mère, Petranilla (Cynthia Nixon) qui connaît certaines poudres, il va y arriver. Dans le même temps, les enfants du comte de Shiring voient leur père être exécuté pour trahison et se retrouvent livrés à eux-mêmes : Ralph (Oliver Jackson-Cohen) va tout de même devenir chevalier quand Merthin (Tom Weston-Jones) va devenir bâtisseur.

A cela se greffe la Grande Histoire : la Guerre de Cent Ans qui commence et la Peste Noire qui va s’étendre sur l’Europe. Sans oublier les procès en sorcellerie dont les femmes (déjà) feront les frais.

 

A nouveau, les frères Scott (Ridley et Tony) ont eu le nez creux en investissant dans ce deuxième opus de Ken Follett. Tout comme dans le premier, on retrouve ce même mélange savamment dosé entre la petite et la grande histoire, avec des personnages très bien caractérisés, se positionnant du bon ou du mauvais côté de la morale afin de donner toute sa puissance à cette nouvelle fresque médiévale. Et donc, encore une fois, ça fonctionne : on est à nouveau happé par cette épopée haute en couleur où les enjeux (économiques) sont synonymes de puissance (politique) et où les méchants le sont vraiment, même si on s’éloigne progressivement du roman initial.

Qu’importe, le spectacle est là et on en profite pleinement.

 

Il faut dire que Godwyn et sa mère sont des affreux rarement rencontrés, donnant véritablement le ton dans cette série. Si vous avez aimé haïr Waleran dans la première série, vous n’allez que vous complaire à abhorrer ces deux protagonistes, avec en prime (« jamais deux sans trois », c’est bien connu) sir Ralph, un chevalier qui ne s’embarrasse pas vraiment du code qui régit cet ordre. Bref, là encore, le succès de la série est porté par des méchants de première force, ce qui ne gâche rien.


Ce qui est bien rendu aussi, ce sont les différentes sous-intrigues qui émaillent cette histoire :

  • l’antagonisme entre Godwyn, ce clerc fanatique et frustré, et sa cousine Caris (la belle Charlotte Riley) qui doit renoncer à son amour pour Merthin afin d’échapper au bûcher ;
  • Celui entre ce même Godwyn et la mère supérieure du couvent pour contrôler les richesses de l’Eglise ;
  • Celui entre Ralph et Merthin, frères ennemis du fait des circonstances et dont l’apparentement avec Abel et Caïn est d’ailleurs mentionné ;
  • Celui entre Ralph et Wulfric (Tom Cullen) qui été injustement dépossédé et doit survivre en serrant les dents ;
  • Et bien sûr celui opposant un fils – Edward III (Blake Ritson) – et sa mère – Isabelle de France (Aure Attica), né après l’exécution d’Edward II, père du premier.

Et au milieu de toute ces oppositions, la présence de Thomas Langley (Ben Chaplin), dont le rôle autour de cette même exécution n’est pas très clair, surtout qu’il possède un secret qu’on aimerait bien voir disparaître.

 

Donc, n’hésitez pas et plongez-vous dans cette fresque formidable, portée par des interprètes à la hauteur de l’enjeu, même s’ils n’ont pas obligatoirement la même notoriété que ceux qui étaient là dans la série précédente.

On en redemande !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Politique, #Dennis Gansel
La Vague (Die Welle - Dennis Gansel, 2008)

« Essayez la dictature, et vous verrez ! » (E. Macron, 23-01-2020)

 

C’est la semaine politique au lycée Marie Curie ! Pendant une semaine, les professeurs vont parler de différents systèmes politiques aux élèves, afin de leur faire prendre conscience les bienfaits de la démocratie.
Rainer Wenger (Jürgen Vogel), professeur d’EPS et de politique a prévu de faire cours sur l’anarchie, son domaine de prédilection. Seulement voilà, cette leçon a été confiée au professeur Wieland (Hubert Mulzer), un professeur un tantinet plus modéré (euphémisme). Rainer doit donc s’occuper de l’autocratie.

Bien sûr, derrière l’autocratie, les jeunes Allemands pensent au nazisme et à Hitler et commencent par rejeter ce cours qu’ils considèrent « culpabilisateur ».

Qu’à cela ne tienne, Rainer va leur proposer un jeu de rôles : il est leur leader et ils vont vivre une expérience afin d’améliorer leurs conditions de travail et surtout leurs relations dans la classe.

Bien sûr, « tout nouveau tout beau », alors ça fonctionne. Mais quand certains refusent une règle, ils sont virés du cours…

Et ça, ce n’est que le début.

 

Peut-être, tout comme moi, avez-vous lu La Vague (The Wave) de Todd Strasser (1981) adapté du téléfilm du même nom lui-même adapté de l’expérience menée en 1967 au lycée Cuberley de Californie par le professeur Ron Jones. Dans ce cas, vous serez peut-être d’accord avec moi pour dire que cette nouvelle adaptation est encore plus forte que ce roman. En effet, avec ce film, non seulement Dennis Gansel actualise le propos mais surtout le transpose là où est né le nazisme. Et le résultat de l’expérience de Wenger est on ne peut plus parlant : oui, une dictature nazie peut revenir. Mais là où il rejoint l’expérience de Jones, c’est que cette transposition peut être exportée n’importe où dans le monde dans chacune des différentes démocraties qui existent avec le même résultat. Hélas.

 

Et Dennis Gansel (aidé de Peter Thorwarth, co-scénariste) réussit pleinement sa démonstration, montrant que ces jeunes, conscients du passé de leur pays et vigilants à ne pas réitérer les mêmes erreurs, vont tout de même retomber dans les mêmes ornières que leurs aînés, progressivement, insidieusement, sans véritable coup de force de la part de leur leader : ils ont accepté à l’unanimité sa direction. Oui, comme Hitler, il est arrivé légitimement au pouvoir.

Et ce qui fait la force de ce film, outre son propos, c’est aussi la justesse des différents élèves : chacun est défini succinctement mais précisément et va induire on comportement dans cette expérience de fascisme moderne. Et le réalisme de cette expérience va jusqu’à utiliser un uniforme : une chemise blanche. Bien sûr, cette chemise n’est pas noire mais cette opposition chromatique ne peut pas nous faire oublier celles de Mussolini. Et Gansel va encore plus loin puisqu’il prend le temps de nous montrer une dernière fois Rainer s’habiller pour le dernier « meeting » : sa calvitie avancée et sa posture nous rappellent fortement le Duce. L’aspect prognathe en moins.

 

Et si le leader (1) est bien réussi, la présence des jeunes acteurs qui l’entourent est primordiale. Non seulement ils jouent au même niveau que Vogel, mais en plus, le scénario donne à chacun de leurs personnages ses propres dispositions pour entrer dans un mouvement fasciste. Entre Tim (Frederick Lau), geek solitaire un peu bêta qui cherche à s’intégrer dans un groupe et les autres élèves qui cherchent une existence, Gansel a su retransmettre ce besoin de reconnaissance qui fut le terreau du nazisme. On est absolument « bluffé » par ces personnages qui illustrent admirablement le propos. Sans oublier les regroupements occasionnels qui ressemblent aux intimidations violentes des SA au début des années 1930.

De même l’utilisation du water-polo comme sport d’une partie des élèves est on ne peut plus pertinente. Alors qu’on aurait pu avoir un match de foot, milieu propice à l’avènement du fascisme (2), Gansel et Thorwarth choisissent ce sport aquatique en référence à une tragédie issue de la dictature : la rencontre entre l’équipe de Hongrie et celle de l’URSS à Melbourne le 12 décembre 1956 qu’on peut résumer simplement par « du sang dans la piscine ».

 

Le tout accentué par les couleurs qui baignent ce mouvement : outre le blanc, on retrouve le rouge et le noir dans les logos disséminés sur la ville (Berlin). Les trois couleurs du drapeau nazi.

Et puisque nous en sommes aux couleurs, on notera celle que va porter une des élèves qui va entrer en résistance : alors que tous ses camarades ont accepté de porter une chemise blanche comme le leur a demandé Wenger, elle est la seule à porter une autre couleur, le rouge. Son choix est présenté comme arbitraire, comme si c’était le premier tee-shirt qui s’était présenté à elle. Mais quand on sait ce que les nazis (et affiliés) réservaient comme sort aux « rouges », on comprend pourquoi elle n’est pas en bleu ou jaune (ou autre).

 

Bref, le film, comme l’expérience de Vogel est une magnifique démonstration du danger fasciste qui se développe autour de nous.

En 2008 quand le film est sorti, tout comme aujourd’hui.

 

  1. Je n’ose parler de « Führer » !
  2. J’aime bien le foot ! Si, si !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Histoire, #Marvin J. Chomsky
Racines (Roots - Marvin J. Chomsky & Co, 1977)

1767, Gambie.

Kunta Kinte (LeVar Burton puis John Amos) est un jeune guerrier mandinka fraîchement initié. Alors qu’il est en forêt à la recherche d’un tronc pour faire un tambour, il est capturé par des esclavagistes et est envoyé en Amérique (1) et vendu au riche juge Reynolds (Lorne Greene).

Bien entendu, Kunta n’a qu’un seul souhait : s’échapper de cet esclavage. Mais à chaque fois, il est rattrapé, fouetté et même mutilé (on lui coupe le pied).

Alors il se marie avec Bell (Madge Sinclair) et a une fille, Kizzy (Leslie Uggams). Il lui apprend alors sa vie d’avant, faisant naître en elle ce désir de liberté qui l’a sans cesse étreint.

Puis, c’est Kizzy qui le transmettra à son fils « Chicken » George (Ben Vereen). Et il en serait ainsi jusqu’à la fin des temps (2) s’il n’y avait eu la Guerre de Sécession…

 

Epoustouflant.

C’est une extraordinaire série qui nous est proposée là, d’après le livre d’Alex Haley – copié, certes, mais c’est tout de même celui-ci qui sert de trame – et qui a eu un succès fort mérité à sa première diffusion, voici déjà plus de 25 ans (3). Et ce qui transparaît surtout, c’est le rôle maléfique joué par tous ces esclavagistes et autres propriétaires terriens du Sud. La cruauté, l’injustice, le racisme sont leur ferment et la famille de Kunta (entre autres) va en faire les frais à différents niveaux et pendant près de cent ans (la série se termine après la Guerre Civile).La plupart des Blancs sont d’affreux réactionnaires racistes, baignés de religion mais surtout confortés dans des stéréotypes tout à leur avantage.

 

Et plus de vingt-cinq ans après cette première diffusion, Racines n’a rien perdu de sa force, même si on a pu constater certaines erreurs factuelles. Mais cela ne nous intéresse pas : à partir du moment où nous sommes dans une adaptation, c’est avant tout le(s) réalisateurs et les scénaristes qui sont aux commandes et peuvent (presque) faire ce qu’ils veulent. Ce n’est pas le cas, rassurez-vous, et c’est pourquoi nous sommes ici plus dans une espèce de docu-fiction où, même s’il y a des erreurs, la force de ce qui nous est montré est suffisante pour emporter le soutien du spectateur. Enfant (j’avais 9 ans quand c’est passé pour la première fois à la télévision), j’étais bien sûr révolté par les mésaventures de Kunta Kinte et espérais qu’il réussirait à s’évader et rentrer en Afrique. Et aujourd’hui (vous calculerez donc facilement mon âge…) son sort est tout aussi abject. Mais ce qui me révolte le plus aujourd’hui, ce sont ces riches propriétaires racistes qui sont férus de religion : ils convertissent de force leurs esclaves à la religion chrétienne (4) et surtout se prévalent de valeurs religieuses tout en traitant d’autres êtres humains comme des êtres inférieurs, moins bien traités que leurs chiens.

 

Bien évidemment, les méchants de la série sont blancs, mais pas tous, certains le sont (un peu) moins que d’autres (les Harvey) et quelques très rares individus sont carrément du côté des Noirs - Vieux George (Brad Davis) et Martha (Lane Binkley), par exemple – mais la palme de la méchanceté doit certainement revenir à Evan Brent (Lloyd Bridges), en Reb raciste et amer de la défaite du Sud.

Et si Lloyd Bridges est magnifique dans cet ignoble personnage, on ne peut pas taire la justesse des acteurs et actrices noires qui ont quasiment vécu leur rôle, créant même, paraît-il, une certaine tension pendant le tournage. On ne peut pas oublier les deux interprètes de Kunta Kinte, tout comme Kizzy, Mathilda (Olivia Cole)  ou encore Tom Harvey (Georg Stanford Brown), ni bien sûr Chicken George et sa malice, ni, un de mes préférés, Violon (Fiddler – Lou Gossett Jr.).

 

A (re)voir !

 

  1. Encore quelques années avant que ce soient les Etats-Unis…
  2. Peut-être pas, quand même…
  3. 23-1-1977 aux Etats-Unis, 28-1-1978 en France.
  4. La Bible et le fusil, les deux bases de la conversion dans l’Ouest…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Biopic, #Franco Zeffirelli
Jésus de Nazareth (Jesus of Nazareth - Franco Zeffirelli, 1977)

Six heures et vingt-deux minutes.

Des semaines de tournages.

Une liste d’interprète prestigieux longue comme le bras, et pour « seulement » 30 000 $ par semaine.

Pour au final une épopée digne des cinéastes qui ont précédé Franco Zeffirelli qui réussit ici un formidable pari : faire de l’histoire de Jésus (Robert Powell) une histoire (presque) ordinaire, où le merveilleux n’est pas aussi omniprésent qu’on aurait pu le croire.

Zeffirelli, avec cette mini-série, nous propose une synthèse des quatre évangiles, reprenant les événements les plus marquants, ainsi que les répliques les plus attendues même si ma préférée n’y est pas (1) : elle n’est pas non plus la plus importante.

 

Tout le monde est là et bien là, de Hérode le Grand (Peter Ustinov) à son fils Antipas (Christopher Plummer), en passant par Marie (Olivia «  Juliette » Hussey), Pilate (Rod Steiger), Jean-Baptiste (Michael « D’Artagnan » York), et bien sûr l’incontournable et indispensable Judas (Ian « Waleran » McShane).

Et Zeffirelli prend son temps pour nous narrer cette incroyable histoire (2), fondement de la religion chrétienne. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard qu’il met l’accent sur les deux éléments qui délimitent la vie de Jésus, sa naissance et sa mort. En effet, ces deux éléments correspondent aux deux plus grandes fêtes de la religion, véritables éléments fondateurs : c’est de la croyance en la résurrection et donc que Jésus était le Messie annoncé que les chrétiens se sont démarqués des Juifs : n’oublions jamais que Jésus lui-même était juif…

 

Mais nous ne sommes ici que pour parler d’un spectacle, pas pour nous lancer dans un débat théologique. Et je dois avouer que cette fresque zeffirellienne est absolument magnifique. Non seulement, il réussit à développer surtout la nature humaine de Jésus, mais surtout, il limite les interventions surnaturelles au strict minimum, évitant la grandiloquence demillienne (cf. Les dix Commandements) qui était alors la référence en terme d’adaptation visuelle des Ecritures (3). Et surtout, il dépoussière cette histoire fantastique, utilisant des interprètes plus jeunes que les représentations picturales qui émaillent l’histoire de l’art : la Cène, par exemple n’a plus grand-chose à voir avec celle qui nous a été proposée depuis fort longtemps. Ce sont de jeunes hommes qui suivent Jésus, plus en adéquation avec une certaine authenticité : si Pierre doit Mourir à Rome entre 64 et 68, il ne peut pas déjà avoir des cheveux et une barbe aussi blancs !

 

Tout comme dans son Roméo & Juliette (1968), il joue sur l’authenticité des personnages et on peut alors sourire de la présence ici de Olivia Hussey qui fut sa Juliette à ce moment-là.

Mais cette authenticité a ses limites, sacrifiée sur l’autel des croyances : Robert Powell est un extraordinaire Jésus, pleinement dans son rôle, mais on a du mal à croire que ce même Jésus avait des yeux aussi bleus, Fils de Dieu ou pas ! De même, en faisant arrêter Jésus par le Sanhédrin, il tend à accréditer la thèse comme quoi les Juifs sont les assassins du Christ. Non. Les Romains ont un rôle plus important que ce qui nous est montré ici. De même, on aurait pu avoir le lavage des mains par Pilate, autre épisode, à mon avis, incontournable de cette épopée.

 

Mais là encore, nous sommes dans une adaptation, et il a fallu faire des choix. Ceux de Zeffirelli peuvent paraître contestables, et pour ma part je trouve que l’essentiel y est, servi par une distribution aussi prestigieuse que talentueuse. De plus, l’accent mis sur les deux événements fondateurs (la naissance dans le premier épisode qui prend les trois quarts du temps) et la Passion qui concerne tout le dernier est un choix très judicieux, sans pour autant sombrer dans la superstition ni l’emphase. Et l’interprétation de Robert Powell, dont le visage aux yeux clairs n’est pas sans rappeler l’Autoportrait à la fourrure de Dürer (voir ci-dessous), lui-même rappelant les représentations christiques antérieures.

 

Bref, une très belle adaptation des évangiles, même si l’aspect un tantinet sulpicien de Jésus peut lasser. Mais utiliser un acteur comme Powell et surtout ses yeux clairs, c’est peut-être aussi pour s’ouvrir aux chrétiens orthodoxes : ce visage n’est pas bien loin de celui qui fut autorisé par l’Eglise orthodoxe pour représenter Jésus.

Si vous ne me croyez pas, allez voir à Sainte-Sophie (Istanbul)…

 

  1. Jean, 19 : 28. Je vais encore me faire des amis, tiens…
  2. Tout est question de foi…
  3. Si, si, même Wyler et son Ben Hur y sacrifient…
Autoportrait à la fourrure (Albrecht Dürer, 1500)

Autoportrait à la fourrure (Albrecht Dürer, 1500)

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