Il n’est pas très grand. Il n’a plus beaucoup de cheveux.
Et pourtant, quand il entre sur la grande scène du Théâtre de Saint-Nazaire, qu’il s’installe au piano qui n’attendait que lui, le silence se fait automatiquement (1). Et ce silence, Abdel Rahman va le remplir, pendant près de trois quart d’heure.
De musique tout d’abord, avec les compositions de son compositeur fétiche, le grand Frédéric (2), dont il connaît l’œuvre complète par cœur, m’a-t-on dit. Ce sont des polonaises et des mazurkas qui vont s’enchaîner pour notre plus grand plaisir avec en bouquet final la Polonaise n° 6 en La bémol majeur, incontournable aussi parce qu’elle est archiconnue. Mais qu’on ne s’y trompe pas, il est toujours plus difficile de réussir une œuvre extrêmement connue : les spectateurs ne peuvent pas s’y méprendre.
Et Abdel Rahman enchaîne ces différentes œuvres dans un silence religieux (3), ponctué par de nouveaux applaudissements, d’admiration cette fois-là.
Mais il n’y a pas que la musique. En plus d’une présence incroyable, ce petit bout de pianiste qui ne paie pas de mine a une prestance formidable. Le silence évoqué plus haut n’a qu’une seule explication : l’émotion.
L’émotion que ressent ce maître-musicien qui fait courir ses doigts agiles sur le clavier noir et blanc, donnant une dimension aérienne tant ses appuis sur les touches semblent des frôlements. Et quand la musique se durcit et que le volume sonore augmente, ces mêmes doigts ne perdent en rien de leur gracilité, rebondissant, tressautant pour notre plus grand plaisir.
Cette émotion est alors partagée avec chacun des spectateurs et grâce à ce jeu aérien se répand progressivement à travers la salle jusqu’aux derniers rangs du balcon, pour les malchanceux qui ont eu les dernières places (4).
Et cette émotion, musicale et personnelle se prolonge bien sûr dans les applaudissements du public et dans le moment qui suit le concert – hélas fini. Nous restons submergés par cette musique et surtout cette interprétation qui fige le temps et nous fait tout oublier, le temps d’un concert : l’harmonie parfaite ?
Oui, on aurait aimé que ça dure un petit peu plus longtemps, mais la Folle Journée étant ce qu’elle est, le programme n’en est que (trop) abrégé. Alors on chérit ce moment de grâce partagée et on repart avec ce contentement qui suit les grands moments d’une vie.
C’est d’ailleurs en repartant vers ma voiture que j’ai croisé Abdel Rahman El Bacha : il repartait lui aussi, tout aussi souriant que le public et se prêtait gracieusement aux sollicitations des spectateurs tout aussi étonnés que moi de le voir aussi abordable. Et je dois avouer que quand je me suis retrouvé près de ce grand monsieur, je n’en menais pas large (je suis timide de nature) et il m’était difficile de lui parler tant l’émotion qu’il dégageait me submergeait. Alors on dit des banalités dans ce cas-là : même pas, car je ne pouvais exprimer tout ce que j’ai pu ressentir pendant ce moment de grâce. Alors je lui ai dit tout simplement « merci. »
Oui, du fond du cœur, merci Monsieur Abdel Rahman El Bacha. Et revenez-nous vite !
PS : un grand merci aussi à mon ami Thierry qui m’a invité et donc permis de participer à ce grand moment d’émotion.
- Après les applaudissements d’accueil, bien entendu.
- Chopin !
- Certes, on n’échappe pas aux catarrheux qui choisissent toujours de venir au(x) concert(s) pour s’exprimer.
- Ces malchanceux ne le sont pas tant que ça : ils étaient là !
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