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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Série, #Histoire, #Comédie, #Marcel Bluwal
Les nouvelles Aventures de Vidocq (Marcel Bluwal, 1971-1973)

Exit Bernard Noël (le premier Vidocq à la télévision, mort quatre mois avant la première diffusion). Voici le nouveau chef de la Sûreté française, dans une période troublée par les changements de régime et autre chasse aux sorcières : Claude Brasseur.

La première chose qu’on peut dire, c’est que ce nouveau Vidocq a l’allure du premier : la tête ronde, la même coiffure (ça c’est plus facile), ainsi que le même succès auprès des femmes.

Autre redondance : Flambart (Alain Mottet a laissé la place à Marc Dudicourt) toujours aussi fonctionnaire et idiot et surtout cible privilégiée de son supérieur hiérarchique direct.

Parce que la grande différence, c’est bien sûr, comme prévu dans la série précédente, Vidocq a rejoint le côté lumineux de la Force et dirige d’une façon fort peu o’orthodoxe le service mis en place sous l’Empire : ses principaux collaborateurs – outre Flambart qui lui fut imposé – sont d’anciens compagnons de chaînes (Brest, Toulon). Et parmi eux, on retrouve une ancienne connaissance : Desfossés (Jacques Seiler). Sans oublier certaines figures qu’on a déjà vu dans la première série, Pierre Pernet (L’Acrobate) en tête.

 

Mais la grande différence c’est que Vidocq doit déjouer moult complots et surtout affronter son pendant obscur en la personne de la baronne de Saint-Gély (la magnifique Danielle Lebrun). C’est une femme redoutable qui sait toujours se placer du côté des vainqueurs, et ce malgré les tentatives répétées de Vidocq qui veut la mettre hors d’état de nuire.

Jusque là, rien de bien difficile, sauf que monsieur Eugène-François Vidocq a un terrible penchant pour cette belle jeune femme avec qui il va même s’autoriser un congé…

Cette relation ambiguë n’empêche pas  les différents épisodes de faire se croiser les grands de ce monde (d’alors) et des péripéties tout aussi rocambolesques qu’auparavant.

 

Pour le reste, on ne change pas une équipe qui gagne : Georges Neveux et Marcel Bluwal sont encore une fois derrière le projet, ce qui permet une transition tout en douceur. Et en plus, c’est en couleur.

Autre plus, et pas des moindres : la musique de Jacques Loussier qui succède à celle de Michel Colombier et surtout son générique en parfaite adéquation avec le rythme parfois effréné de ces nouvelles aventures. Une musique entraînante, avec des pauses plus calmes, dans l’esprit de ce que nous allons voir.

Et à nouveau, Vidocq est à l’aise, n’hésitant jamais à arpenter le terrain pour déjouer pièges et complots, sans oublier de séduire les jeunes femmes et de ridiculiser Flambart.

 

Bref, les nouvelles aventures sont aussi intéressantes que les premières, et beaucoup plus marquées par leur époque. I1l faut dire que nous assistons à plusieurs changements à la tête de l’Etat, très bien caractérisés par les gendarmes qui ne savent plus ce qu’ils doivent crier « Vive le Roi ! » ou « Vive l’Empereur ! ». Quoi qu’il en soit, Fouché (Robert Party) assure d’une certaine façon la continuité de ce même Etat, passant d’un côté à l’autre sous le prétexte de double-triple-quadruple jeu !

Vidocq essaie de s’y retrouver dans tout ce galimatias d’intrigues, et nous en arrivons à une conclusion totalement paradoxale : lui, l’ancien bagnard doit être l’un des rares personnages honnêtes de la série !

 

 Enfin jusqu’à une certaine limite…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Drame, #Teddy Lussi-Modeste
Pas de Vagues (Teddy Lussi-Modeste, 2024)

Julien Keller (François « D’Artagnan » Civil) est professeur de français au collège Paul Eluard. Suite à un début d’étude du poème de Ronsard Pour Cassandre (1), il se retrouve accusé par une élève – Leslie (Toscane Duquesne) Reynaud – de l’aguicher, voire de lui faire des avances.

La famille est avertie, famille dirigée par le frère aîné (Armindo Alves de Sa) du genre brutal, et le cauchemar commence, avec menaces de mort à l’appui.

Mais Julien est fonctionnaire d’état alors il peut compter sur sa hiérarchie pour le soutenir. Enfin il devrait, parce que cette histoire malencontreuse n’est pas une bonne publicité pour l’établissement et son principal (Francis Leplay) qui préfère attendre de voir ce qu’il va se passer avant de prendre une décision : surtout, ne pas faire de vagues…

 

Voilà déjà vingt ans que Teddy Lussi-Modeste traîne sa bosse dans les milieux cinématographiques et enfin, on entend vraiment parler de lui (2) ! Il faut dire que son dernier film a de quoi faire parler, contrairement à son titre emprunté à une tendance qui s’est épanouie dans l’Education Nationale…

De bout en bout, son film et ses différents interprètes sont absolument justes. Tout est plus que plausible. Et pour cause : Teddy Lussi-Modeste est parti de sa propre expérience en tant que professeur de français, injustement accusé de harcèlement par une élève de treize ans.

On trouve dans ce film non seulement les relations professeurs-élèves inévitables mais aussi toutes les autres qui ont tendance à être éludées quand on parle du métier d’enseignant (3) : avec les parents, la hiérarchie et les collègues.

 

Et c’est surtout là que ces vagues ont tendance à se créer : une sorte d’effet papillon contre lequel on ne fait rien. La rumeur, c’est le premier battement d’aile du papillon, il suffit qu’elle soit relayée opportunément et elle devient la tempête décrite par Don Basilio (Le Barbier de Séville, G. Rossini). Et ces relais funestes sont tous contenus dans les relations énoncées ci-dessus.

Et dans le cas de Julien s’ajoute une composante importante : son homosexualité. Parce que si la société dans son ensemble accepte plus les homosexuels qu’autrefois (4), cela ne concerne pas tous les individus : les homophobes sont très nombreux, encouragés de surcroît par certains religieux que je ne nommerai pas, vous le ferez vous-même.

Et cette homosexualité est ici un élément central dans la perception des autres de sa personnalité : on passe de la moquerie des élèves à l’indignation d’une collègue, Claire (Emilie Incerti Formentini), voire la menace du frère de Leslie à l’encontre de ce professeur.

 

La moquerie des élèves pourrait se comprendre : adolescents, le rire est avant tout une protection, surtout à un âge où on se cherche et où l’homosexualité peut-être une tentation quand elle n’est pas une réalité difficile à assumer face au regard de l’autre.

Mais l’attitude de la collègue est, à mon avis, inadmissible. Tout comme les reproches des autres collègues – pas si tendres que ça – qui ne comprennent pas (ou ne veulent pas comprendre, choisissez ; pour ma part, c’est fait) que Julien ait gardé pour lui son orientation sexuelle. C’est d’ailleurs lors de ce coming out forcé qu’ils se révèlent : ils ne le voient plus de la même façon et cette orientation devient un nouvel élément à charge contre lui. On comprend alors sa réticence à en parler.

Les parents enfin, ajoutent à ce climat délétère et suspicieux. En effet, entre celle qui commente sur son téléphone aux autres parents la sortie à laquelle participe Julien et une autre qui encourage sa fille à noter toutes ses interventions en cours, comment rester serein ?

On ne peut pas.

Et puis il y a l’Administration, à travers le principal, qui ne bouge pas. Au contraire, elle freine les velléités de l’enseignant en espérant que tout va se tasser, avec en prime une suspicion envers ce même enseignant. Si le principal ne lui dit pas qu’il l’a bien cherché (refrain très connu), il le reconnaît tout de même coupable d’une certaine façon de cette situation, occultant la réalité.

 

Parce que la réalité de cette situation, c’est avant tout une injustice flagrante née d’une volonté de nuisance avérée mais qui, malheureusement ne possède pas de véritable solution : il est plus facile d’accuser – ou de laisser accuser – un professeur plutôt que de s’attaquer au véritable problème qui gangrène l’Ecole depuis plusieurs décennie : la parole libérée plus ou moins délibérée. Moins ici pour Leslie, qui est entraînée dans cette situation par les véritables coupables (je ne vous dirai pas qui !). Beaucoup plus pour celle qui a amené la mort de Samuel Paty voici maintenant plus de trois ans.

 

Alors, à quand une vague ?

 

  1. « Mignonne, allons voir si la rose… »
  2. Personnellement, je le découvre.
  3. « Le plus beau métier du monde », c’est bien connu !
  4. Un autrefois pas si éloigné que ça, malheureusement…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Action, #Robert Clouse, #Bruce Lee
Opération Dragon (Enter the Dragon - Robert Clouse, 1973)

Han (Kien Shih) est un gros méchant. Non seulement il trafique, mais en plus, les jeunes femmes qu’il invite sur son île sont retrouvées mortes sur les plages de Hong-Kong. L’Amirauté ne peut intervenir facilement faute de preuves, alors elle fait appel à un spécialiste des arts martiaux pour placer quelqu’un à l’intérieur du lieu. Sa couverture : Han organise tous les trois ans un tournoi de kung-fu. Cet homme va y participer.

Son nom : Lee (Bruce Lee).

Mais il n’est pas seul, d’autres viennent de loin pour participer.

Mais tous ne reviendront pas…

 

Dernier film de Bruce Lee, qui devait s’éteindre six jours avant la première à Hong-Kong, cela fait bien longtemps qu’on m’en parle (depuis l’école primaire), et j’ai enfin franchi le pas. Qu’on soit bien d’accord, les films de kung-fu ne sont vraiment ma tasse de thé (chinois), mais il est clair qu’avec Bruce Lee, même (très) diminué, c’est un véritable spectacle. Le personnage de Lee (pas Bruce) est un homme d’honneur, qui est aussi capable de tuer quand la situation l’exige : un maître Shaolin, quoi.

Et ça marche. L’intrigue n’est pas riquiqui comme je le pensais et les différents interprètes sont à la hauteur de l’enjeu. Je citerai entre autres John Saxon (Roper) qui a ensuite rejoint le côté obscur des méchants du cinéma.

 

C’est donc un film très intéressant, et même s’il n’est toujours pas dans mes genres préférés, je dois avouer que j’ai pris beaucoup de plaisir à le voir, avec toutefois un (très) léger bémol : la sonorisation amplifiée des différents coups portés par les différents combattants. Déjà que dans les autres films, c’est le cas, mais là c’est un tantinet exagéré.

Par contre, ce qui ne l’est pas, c’est la pertinence des différents plans : entre les prises de vue (Gilbert Hubbs) et le montage dynamique sans pour autant être étourdissant (Kurt Hirschler & George Watters), Robert Clouse nous offre un spectacle de grande qualité, chorégraphié par Bruce Lee lui-même, c’est un véritable plaisir des yeux.

Et comme en plus, c’est Lalo Schiffrin qui signe la musique, tout est fait pour que le spectateur passe un bon moment.

 

Et si le film fonctionne, c’est aussi parce que Clouse a un scénario. En effet, chacun des hommes qui va participer au tournoi a un passé et nous découvrons, après une transition un peu éculée, ce qui les a fait venir. Seul Parsons (Peter Archer) est laissé de côté dans cette présentation : mais son attitude et celle des autres qui le connaissent nous annoncent que ce n’est pas un personnage très positif. Taciturne et un brin raciste, il nous paraît évident qu’il ne peut pas s’en sortir avec les honneurs. Tellement évident qu’il sera le premier à disparaître.

Trois autres méchants vont aussi disparaître (1) et parmi eux le chef, Han. On peut trouver certains points de ressemblance entre Han et d’autres méchants célèbres : Dr. No pour l’apparence, et Blofeld pour le chat. Mais ces références bondiennes ne s’arrêtent pas là puisque le système souterrain de Han ressemble à tous ceux qu’on trouve alors dans les films de l’agent secret britannique.

 

Mais la plus belle référence – pour moi – qu’on peut trouver, c’est La Dame de Shanghaï. En effet, à un moment, le duel final qui oppose Lee à Han se déroule dans une salle aux miroirs (plus de 8000, d’après ce que j’ai lu). Les effets d’optique sont tout aussi impressionnants que chez Welles, d’autant plus que là aussi, c’est l’explication finale. Mais sans flingue, à mains (presque) nues.

 

Bref, un film très intéressant et très bien ficelé (à tout point de vue) et surtout, qui m’a donné envie d’aller en voir d’autres avec cet acteur disparu trop tôt (32 ans).

 

  1. Je ne révèle pas grand-chose, c’est toujours comme ça que ça se passe : Les méchants sont châtiés, et puis c'est tout !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Politique, #Edouard Bergeon
La Promesse verte (Edouard Bergeon, 2024)

L’huile de palme. Un fléau pour la biodiversité, une bénédiction pour les industriels de l’agroalimentaire.
En Indonésie, la forêt primaire est régulièrement détruite pour laisser la place à des palmeraies, afin d’y tirer cette huile culinaire.

Martin Landreau (Félix Moati) est étudiant en anthropologie et a décidé d’aller là-bas pour essayer de comprendre et surtout de voir ce processus. Alors qu’il est dans un village dayak, il est témoin d’une expédition punitive contre les autochtones afin de les forcer à quitter leurs terres. Et en plus, il a filmé tout ça.

En danger, il tente de fuir mais est arrêté dans l’avion. Il est alors accusé de trafic de drogue et risque la peine capitale.

Aux Sables-d’Olonne, sa mère (Alexandra Lamy) tombe des nues.

 

Que de chemin parcouru depuis Nanouk l’Esquimau (1922) !

Alors que Robert Flaherty se contentait de nous montrer la vie quotidienne de son héros, Edouard Bergeon, pour sa part va au-delà de la présentation. Cette docu-fiction est avant tout un film engagé, et la part de fiction de son intrigue est des plus réalistes. Il est difficile de ne pas croire à toutes ces informations qui ressortent de cette histoire ordinaire – un étudiant qui vient observer un phénomène – qui se transforme en incident diplomatique, avec les ramifications sous-jacentes et autres tractations secrètes, voire pressions politiques qui sont mises à jour au fur et à mesure que Carole (la maman, donc) avance dans son combat pour la libération de son fils.

 

Parce que le personnage central du film, c’est bien Carole. Elle a déjà perdu son mari à cause d’un autre scandale – l’amiante – alors il n’est pas question qu’elle perde l’autre homme de sa vie.

Et Alexandra Lamy campe avec beaucoup de justesse cette femme qui se bat contre un système, une justice, un état. Un système de voyous, une justice défaillante et un état corrompu : Carole va passer de l’état de Mater dolorosa à celui de Mère courage, à mesure que la situation de son fils va empirer.

Et Bergeon, qui est un habitué du documentaire traite sa douleur et son combat comme un journaliste, toujours au plus près de l’action, accentuant l’authenticité de la détresse et de la détermination de cette femme brisée. La séquence qui voit Carole faire le ménage dans les étagères de sa cuisine est très représentative de cet état : alors qu’on a l’habitude des reporters qui ramènent des images mouvementées de lieux qui le sont tout autant, ici aussi la caméra est en mouvement pendant qu’elle compulse les différents emballages d’aliments à la recherche des trois mots fatidiques : « huile de palme ». On retrouve alors la frénésie – dérisoire – qui s’empare de l’esprit de Carole face à ce fléau qui est en train de lui enlever son fils.

 

Et si le constat est terrible, Bergeon agit avec beaucoup de subtilité, amenant progressivement cette forêt (1) que cache l’arbre : les intérêts en jeu (essentiellement financiers, comme c’est étrange) dans cette exploitation qui se moque éperdument de la vie pour privilégier l’enrichissement personnel, professionnel et étatique. Mais cette subtilité tient surtout à la discrétion des protagonistes – réels – de ce scandale : seul l’Indonésie et son système politique (et judiciaire) est mis en cause nommément. Pour le reste, aucun nom véritable, seules des fonctions sont mises en avant. Même le Président de la République est anonyme : quand Martin lui parle, on ne connaît pas son nom, et la seule photo – obligatoire dans les administrations – exposée au Ministère n’est pas nette. Et cela renforce l’importance de ce scandale écologique : depuis vingt-cinq ans que l’huile de palme est exploitée intensément, cette histoire peut se passer pendant n’importe laquelle de ces années…

 

Bien sûr, c’est un film choc, et très pessimiste. On en voit pas comment, pour toutes les raisons qui sont mises en avant tout au long du film, ce système va s’arrêter. Alors certes, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, et même s’il existe toujours des activistes pour dénoncer cet état de fait, cet espoir s’amenuise.

Surtout que l’huile de palme n’est pas le seul domaine touché par les massacres écologiques… Malheureusement.

 

PS : Alors que ce film est très pessimiste et fort peu porté sur la comédie, on trouve tout de même quelques éléments qui nous soutirent un sourire. Pas un franc évidemment, mais nos lèvres s’étirent tout de même un petit peu vers le haut.

Et à chaque fois, ça se passe en prison…

 

  1. C’est le cas de le dire, non ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Roscoe Arbuckle
Le Bal des domestiques (The waiters' Ball - Roscoe Arbuckle, 1916)

[Attention, le film est avant tout une reconstruction de Dave Glass d’après le livre de Steve Massa (1).]

 

Fatty (Roscoe Arbuckle) est cuisinier dans une sorte de café américain où les clients sont servis par un serveur pas toujours adroit (Al St. John). Une caissière (Corinne Parquet) est partagée entre les deux hommes : bientôt va avoir lieu le Bal des Serveurs (le titre original). Malheureusement pour celui du café, il n’a pas la tenue (correcte) exigée. Ce sera donc Fatty qui accompagnera la jolie caissière, car il a lui un magnifique complet.

Enfin, ça c’était avant que le serveur le lui vole et parte au bal avec la jeune femme…

 

Encore une fois, Fatty est dans la restauration,lieu qu’il semble affectionner et qui met en valeur les talents de Roscoe Arbuckle avec une poêle : c’est une série d’acrobaties qu’il nous offre, jetant en l’air et rattrapant avec toujours beaucoup de virtuosité la crêpe (pancake) qui y cuit indéfiniment. Ces différentes phases sont entrecoupées par l’utilisation d’un couteau de cuisine qui retombe toujours au bon endroit après avoir été lancé. Bref, Arbuckle annonce déjà le personnage du Garçon Boucher qui viendra l’année suivante.

Et si Buster Keaton n’est pas encore là, Al St. John s’en sort très bien pour mettre lui aussi de la fantaisie dans ce lieu de restauration, amenant immanquablement une dispute entre les deux hommes à propos – cette fois – de balayage, avec coups de balais et de pieds dans le cul inévitables.

 

Bien sûr, on a déjà vu ça de nombreuses fois, mais malgré tout, et surtout grâce à Arbuckle, ça fonctionne (2). Certes, les gags ne sont pas toujours très légers, mais il y en a tout de même quelques uns qui sont très drôles. Et encore une fois, Arbuckle va se déguiser en femme (avec perruque) et amener le chaos inévitable lui aussi. Et là encore, c’est avec Al St. John qu’il va semer un incroyable désordre dans ce qui donne son titre au film, le fameux bal.

Ce bal, d’ailleurs, n’est pas le moment le plus important du film puisqu’il s’agit de la dernière partie et dans cette version, cela ne dure moins de cinq minutes, l’essentiel de l’intrigue (mince) se déroulant dans le café.

 

Et encore une fois, c’est le personnage de Fatty qui recueille toute la sympathie. Outre son habileté à la poêle, il y a toute sa gentillesse qui transparaît dans ce personnage énorme aux manières si délicates. Encore une fois, la jeune femme de l’intrigue – la caissière, donc – tombe sous son charme malgré sa stature on ne peut plus imposante. Et même son travestissement en femme n’est pas si grotesque que ça. Il y a dans les poses d’Arbuckle devant la glace alors qu’il ajuste son costume la même finesse qu’on retrouve chez un de ses collègues de la même époque et avec qui il a joué : Charles Chaplin.

Comme à chaque fois, il est une femme (plus que) plantureuse aux maintien délicat et aux manières très féminines.

 

Tout ça jusqu’à ce que la situation dégénère, la perruque vole et la robe retrouve sa propriétaire (Kate Price, en personnage positif, pour changer) : le bal est fini, tout le monde s’en va, et les deux fauteurs de troubles sont châtiés. Et même si nous sommes chez Sennett (Keystone Film Company), nous restons tout de même chez Arbuckle : il n’y a qu’un seul flic, et il est plus dégourdis que les autres du studio…

 

  1. Steve Massa, Rediscovering Roscoe : the Films of Fatty (2019)
  2. Je sais, je ne suis pas objectif : j’adore le cinema burlesque.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Fanstatique, #Segundo de Chomòn
La Légende du fantôme (Segundo de Chomòn, 1908)

Zoraida (Julienne Mathieu) est une sorcière. Ou plutôt une ensorceleuse ensorcelée.
Ensorcelée par le fantôme qui hante les ruines prochaines. Pour annuler cette malédiction, elle va devoir descendre au plus profond de la terre y chercher la flamme éternelle qui permettra de dénicher la perle noire, unique objet capable d’annuler cet ensorcellement.

Aidée d’une escorte magique, elle va descendre au centre de la terre, pour y rencontrer le diable, mais aussi une souveraine bénéfique…

 

Segundo de Chomón, avec ce film étonnant, est beaucoup plus dans le cinéma que dans l’animation comme on avait pu le voir dans La Maison ensorcelée. Et à nouveau, c’est une histoire fantastique de revenants, d’une durée doublée (un peu plus de treize minutes, contre six), avec essentiellement des effets normaux. Quelques surimpressions tout de même, mais avant tout, nous avons affaire à des personnes réelles. Ce sont surtout les décors qui sont travaillés et peuvent rappeler ceux de l’époque, et bien sûr ceux de Méliès. Il me semble clair que le Maître a influencé les décors de ce film car on y retrouve le même esprit merveilleux que dans ses films exotiques.

Mais là où Chomón diffère, c’est dans sa narration qui, malgré les mouvements incessants de ses personnages et de leurs capes (1) démons agitant leurs ailes…

C’est pleinement grouillant et cela donne une impression plus tourmentée de l’enfer que la jeune femme découvre.

 

Et surtout, Chomón a du mal à se défaire d’une des pratiques qui a la vie dure et ne va pas disparaître tout de suite : le théâtre filmé. Malgré l’agitation (presque) perpétuelle dans laquelle baigne l’intrigue et les personnages, ces derniers sont plutôt statiques, rappelant l’art pictural, mais aussi l’opéra. En effet, les  changements de décors successifs qui permettent à Zoraida de descendre toujours plus profondément vers le  centre de la terre sont effectués comme les rideaux d’un théâtre : des voiles successifs qui se lèvent et créent l’illusion de la descente.

De même les différents chars (superbes) apparaissent à plusieurs reprises à l’écran en plein centre, avec à chaque fois la façade différente. On pense alors aux artifices de ces mêmes théâtres qui font apparaître des éléments de décors. Et si je parle d’opéra plutôt que de théâtre, c’est avant tout parce que la profusion de figurants qui s’agitent rappelle les ballets présents dans certaines œuvres lyriques.

De plus, le Diable présent ressemble plus au Méphisto de Faust chez Gounod ou Berlioz qu’à celui chez Murnau (au début)…

 

Quoi qu’il en soit, on suit avec plaisir cette histoire un peu convenue en admirant les différents décors qui rappellent que Chomón est avant tout intéressé par les images plutôt que le jeu, avec en prime différents filtres colorés (rouge, bleu) et des éléments coloriés au pochoir (2) qui accentuent l’aspect merveilleux décrit ci-dessus.

Encore une de ces curiosités qui émaillent le cinéma, et qui annoncent plus ou moins les grandes œuvres à venir : pour ma part, en voyant ce film, j’ai pensé au temple de Cabiria, et à l’apparition du dragon dans la première partie des Nibelungen

 

  1. Il a aussi tourné des films utilisant ce procédé : Metempsycose (1907), avec une femme-papillon.
  2. Chomón a commencé sa carrière en coloriant des films pour Pathé Frères.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Akira Kurosawa
Vivre (生きる - Akira Kurosawa, 1952)

Kanji Watanabe (Takashi « Kanbei Shimada » Shimura) est très malade : il a un cancer de l’estomac. Mais quand le film commence, il ne le sait pas. C’est un petit fonctionnaire qui travaille au service des Affaires Publiques, dirigeant le service et qui s’applique – tout comme ses subalternes – à ne pas faire bouger les choses : les dossiers s’empilent devant chacune de ces personnes, et quand une pile est trop haute, on la classe avec le reste, dans la pièce, le long des murs.

Alors quand Watanabe apprend qu’il est condamné, sa vie bascule : il ne va plus au travail, dépense son argent sans compter, se saoule et va même jusqu’à fréquenter des femmes…

Mais cette vie d’insouciance n’a qu’un temps et lui se rend bien compte qu’il n’en a plus beaucoup (de temps).

Alors pour la première fois depuis la mort de son épouse, il va faire quelque chose de sa vie.

 

J’ai déjà parlé ici du très beau remake qui en fut fait par Oliver Hermanus en 2022, alors il va être difficile de ne pas être redondant. Mais si ce film a très largement inspiré le second, il n’en garde pas moins une force qui, à mon avis, va plus loin que son cadet.

Kurosawa allie maîtrise cinématographique et pertinence à un très haut niveau. Pertinence de son intrigue et des actions, pertinence des cadrages avec ou sans mouvement, avec en fil rouge le regard perçant de Shimura qui est déjà au-delà de la vie de son personnage.

Quant à la bande-son, elle est elle aussi d’une grande justesse, alternant des musiques plus ou moins populaires et de grands instants de silence (un avant-goût de l’éternité qui l’attend ?) qui nous ramènent inlassablement à ce visage très humain.

 

Parce que la grande différence entre ce film et le remake, c’est avant tout le traitement des différents éléments de l’intrigue (1) qui diffère ici. Déjà, il y a cette rupture quand Watanabe décide de se mettre sérieusement au boulot. Et Kurosawa reprend le récit de ce changement au même instant qu’il l’avait quitté, avec changement de point de vue : ce sont ceux qui travaillaient avec lui qui racontent son changement radical qu’il a opéré et qui s’est remarqué pleinement avec l’apparition de son nouveau chapeau, à la couleur « criarde » comme le constate l’un des convives invités à sa veillée funèbre.

 

Et malgré cet événement triste, Kurosawa va y mettre des éléments de comiques – on rigole souvent à un enterrement – qui vont accentuer le caractère humain des différents protagonistes de cet événement. Les invités, une fois les officiels partis (les chefs des différents services et le maire), vont rendre justice à celui qu’ils appelaient encore peu de temps avant « La Momie ». Ce sont leurs souvenirs qui vont nous aider – et surtout aider son fils Mitsuo (Nobuo Kaneko) – à revivre les dernières semaines de la vie de ce petit homme qui ne l’était pas tant que ça. Mais ces souvenirs sont magnifiés par l’effet du saké que ces invités ingurgitent inlassablement, jusqu’à atteindre l’euphorie et les serments qu’on aura oublié une fois les vapeurs de l’alcool dissipées.

Et cette séquence alcoolique dépare complètement face à la solennité du moment qui est accentuée par les différentes personnes étrangères qui viennent se recueillir : les femmes pétitionnaires à l’origine du projet qui fera revivre Watanabe et le policier (Ichirô Chiba).

Ce dernier d’ailleurs demeure l’élément déclencheur final, soulignant le bonheur de Watanabe sur sa balançoire : celui qui confirme les supputations des fonctionnaires quant à la cause du brusque changement de Watanabe.

 

Bien entendu, c’est avant tout le jeu Shimura qui est essentiel dans ce film. Son regard surtout exprime toute l’étendue des sentiments qui passent dans son esprit à chaque moment du film. Kurosawa joue avec ce regard et l’absence de son avec maestria, donnant au film une teinte muette : les dialogues sont minimaux, le silence (et le regard) de Watanabe parlant de lui-même. Et à l’instar des films muets, la musique y a son importance, soutenant plus ou moins l’action. Mais ce qui marque le plus, c’est l’absence de musique traditionnelle japonaise. A un seul moment, on en entend une : quand Watanabe, déjà alcoolisé, se met à chanter Gondola no Uta, dans un dancing, accompagné au piano. C’est une chanson d’amour, bien sûr, mais aussi une chanson de vie qui exprime pleinement ce que ressent son interprète face à la maladie qui le frappe et surtout sa propre vie qui s’enfuit. Ce n’est pas le moment déclencheur du changement, c’est là encore une prémonition.

 

Parce que le véritable élément déclencheur, c’est la jeune femme, Toyo Odagiri (Miki Odagiri – notez le patronyme…). Elle est jeune et d’une certaine façon au début de sa vie, face à ce mort ambulant qui regarde sa fin de ses yeux tristes mais perçants. Elle est pétulante, vraie, sans fard et s’exprime franchement comme quelqu’un qui a tout le temps de mûrir et devenir sérieux. Mais surtout, sa vie a un sens depuis qu’elle a quitté le bureau de Watanabe où comme les autres, elle s’ennuyait et passait le temps.

Elle vit, et elle va faire passer sa vie et son envie de vivre à ce mort en sursis, l’amenant (vers la moitié du film) à sourire pour la première fois depuis bien longtemps. On peut alors dire que c’est ce sourire qui va faire basculer la vie de ce petit homme condamné. Pas étonnant qu’on retrouve ce sourire quand il se balance, attendant plus ou moins la mort qui s’était annoncée, et qui est mis en valeur sur certaines affiches (voir ci-dessous).

 

Superbe

 

  1. La façon de filmer est inévitablement différente. A part le Psycho de Gus van Sant, je ne connais pas beaucoup d’exemples d’un film refait à l’identique…
Vivre (生きる - Akira Kurosawa, 1952)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #İlter Çatak
La Salle des profs (Das Lehrerzimmer - İlter Çatak, 2023)

Un collège.

Des élèves.

Des professeurs.

Des vols.

Un vol.

Un ordinateur allumé.

Un chemisier avec des étoiles.

 

[Attention : De vrais bouts de résolution de l’intrigue se sont glissés dans le texte qui va suivre. A vous de voir le film avant, de lire malgré tout, ou de passer votre chemin…]

 

Terrifiant.

Quinze ans après La Vague, le cinéma allemand nous propose une nouvelle immersion dans le système scolaire. Et cette analogie n’est pas innocente parce que nous assistons encore une fois – mais de façon moindre – à la réapparition des anciens démons. En une séquence, tout est résumé :

La direction fait une descente dans une classe, suite à une dénonciation, exclut toutes les filles, et fouille tous les porte-monnaie. Et c’est Ali (Can Rodenbostel) qui est emmené. Ali, un enfant issu de l’immigration…

 

Mais c’est avant tout le vol d’argent dans la veste de la jeune Carla Nowak (Leonie Benesch, formidable) qui va faire basculer le scénario dans une atmosphère malsaine, pleine de suspicion, de doute et de malaise. Parce que Carla est professeure – de maths et d’EPS – et le vol principal s’est passé dans la fameuse « salle des profs » du titre. Et surtout, le chemisier étoilé n’appartient pas à un élève : alors que les vols dont on parlait au début ressemblait plutôt à des histoires d’ados (portable, argent, crayons…), ce nouveau délit concerne les adultes. En effet, ce n’est rien moins que la secrétaire – et un peu factotum – du collège, Mme Kuhn (Eva Löbau), qui est la seule que nous voyons porter un tel chemisier. Mme Kuhn qui travaille au collège depuis bientôt quinze ans !

 

Seulement voilà : il est interdit de filmer les gens à leur insu. Et cela v&a devenir l’un des enjeux de cette intrigue, qui va déborder de l’univers clos de la salle des professeurs. Parce que, au final, nous ne sommes pas si souvent que cela dans cette salle emblématique. Et si c’est delà que part le « scandale » (la une du journal du collège), ce sont avant tout les relations entre les élèves et les professeurs – et en particulier avec Carla Nowak – qui sont le véritable ressort de l’intrigue. Parce qu’il faut ajouter un élément supplémentaire à cette atmosphère malsaine : Oskar (Leonard Stettnisch).

 

Oskar n’a pas beaucoup de chance. En effet, en plus d’être l’élève le plus doué de la classe – ce qui lui amène des jalousies, il est le fils d’un des personnels du collège. Oui, vous avez deviné – ou vu le film – son nom de famille est Kuhn. Et Oskar va devenir, malgré lui (?), le centre de l’intrigue. Il se retrouve à faire le tampon entre sa mère et le collège – pas seulement avec Carla – tout en étant le centre de l’attention de ses camarades de la classe (et du reste du collège). Avec d’un côté ceux qui le soutiennent et de l’autre ceux qui le méprisent. Doublement parce qu’il est le plus fort de la classe. Avec en prime quelques idées nauséabondes sur l’hérédité : le fils d’une voleuse ne peut être que voleur…

 

Et İlter Çatak va progressivement développer son intrigue tel un rouleau compresseur qui écrase tout sur son passage, détruisant les relations entre les différents individus qui composent ce microcosme fermé qu’est l’école. Il n’y a plus de confiance : toutes les relations qui se sont créées pendant les premiers mois de l’année scolaire se retrouvent remises en cause. Et les différentes stratégies élaborées par Carla pour capter l’attention des élèves vont-elles aussi en pâtir.

Carla est une jeune prof et elle vient d’arriver dans cet établissement. Si elle a été bien acceptée par ses collègues, on comprend rapidement qu’elle n’est pas complètement à l’aise du fait de son arrivée récente dans l’établissement qui s’ajoute à sa jeunesse dans le poste. Alors se retrouver à accuser – plus ou moins ouvertement – une collègue de travail revêt une autre importance. Surtout que la personne soupçonnée est tout sauf une inconnue pour les élèves qui la consultent souvent et l’apprécient beaucoup.

 

Et Çatak (avec son complice de toujours Johannes Duncker au scénario) va utiliser avec beaucoup d’habileté ce rapport entre les élèves et les personnels, amplifiant une différence déjà fortement définie : morphologiquement (adulte-enfant) et fonctionnellement (autorité-obéissance).

Cela passe par le rejet du système – à travers la professeure – ainsi que des prises de position un tantinet exacerbées comme savent le faire les adolescents. Et je pense que tous les enseignants qui ont vu ce film ont éprouvé le même malaise que Carla quand ses élèves ont décidé de ne pas parler pendant son cours, en réaction à cette information terrible qui s’est mêlée à la rumeur inévitable. Et même si ce silence ne dure pas, l’impression reste gravée au plus profond de la professeure comme des spectateurs.

 

Bien entendu, Çatak et Duncker ne résolvent pas l’aspect policier de l’intrigue et on ne sait pas vraiment si Mme Kuhn est coupable ou non, et d’ailleurs, nous n’en sommes plus là : Oskar, malgré son éviction est revenu en cours, et n’a pas l’intention de partir, malgré l’insistance de Carla et de ses supérieurs.

Et la séquence finale est absolument fabuleuse : Oskar est porté sur sa chaise, tel un souverain son trône, à travers le collège, tandis que la musique est devenue munificente (ouverture du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn), donnant une emphase à l’aspect monarchique de la situation.

 

Mais, outre un basculement final, cette parade grandiose tombe à plat à cause des différents plans qui l’ont précédée : le collège est absolument vide !

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