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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Brian G. Hutton, #Clint Eastwood
Quand les Aigles attaquent (Where Eagles dare - Brian G. Hutton, 1968)

Hiver 1942-43.

Un commando doit récupérer un général allié emprisonné dans un nid d’aigle autrichien. Bien entendu, on envoie des aigles britanniques, et un Américain (Clint Eastwood). Seulement voilà, le commando est rongé par un ennemi intérieur et un premier homme est tué à l’atterrissage (ce sont des parachutistes).  Et Smith (Richard Burton), le chef de l’expédition, se rend compte que ce n’est pas un accident.

Mais la mission est cruciale pour l’Intelligence britannique…

 

Brian G. Hutton n’est pas un réalisateur très prolixe mais ses deux collaborations avec Clint Eastwood restent parmi ses films ceux dont on se souvient le plus ! En effet, après cette expédition guerrière, Hutton reviendra deux ans plus tard pendant la même période, mais pour une aventure un tantinet moins glorieuse (De l’Or pour les braves).

Quoi qu’il en soit, ici il nous offre un film efficace, porté par un duo de choc : d’un côté Richard Burton, britannique à souhait, et surtout star reconnue ; de l’autre Clint, nouvelle star montante depuis la Trilogie de l’Homme sans nom. La différence de traitement entre les deux acteurs se répercutera bien sûr dans les cachets…

A ce duo classique s’ajoute une femme, rarement utilisée – au cinéma – dans un commando sur cette période : Mary Elison (Mary Ure). Et cette femme n’a pas à rougir d’être là : non seulement elle est pertinente pour l’intrigue, mais en plus elle n’hésite pas à utiliser les armes à sa disposition. Fini le petit pistolet dans le sac à main : c’est à coup de mitraillette qu’elle arrose les ennemis à sa portée.

 

Bref, c’est de l’action pure et dure… Mais pas que !

En effet, Alistair McLean, qui adapte son propre roman, nous a gratifié de quelques retournements (regroupés), semant le désordre dans les esprits, des protagonistes et surtout des spectateurs : le numéro de Smith-Burton devant les hauts gradés allemands est on ne peut plus réjouissant, tout comme le basculement final (dans tous les sens du terme) qui relance une dernière fois l’intrigue.

 

Bien sûr, prestige oblige, c’est Richard Burton qui est mis le plus souvent en avant. Eastwood n’a pas encore tout à fait la notoriété qu’on lui connaît. Mais Hutton saura l’utiliser au premier plan par la suite. Ici, il n’est ni plus ni moins qu’un assassin, abattant froidement – et silencieusement – les différents Allemands (nazis ou non) qui se mettent en travers de son passage. De toute façon, les Allemands plus ou moins concernés sont très peu mis en avant : outre le général (Ferdy « von Korlock » Mayne) et le colonel SS Kramer (Anton Drifting), on ne remarque que l’homme de la Gestapo, von Hapen (Derren Nesbitt). Ce dernier est d’ailleurs le véritable méchant de ce film, blond à souhait et sans scrupule aucun : on n’est pas spécialement triste qu’il disparaisse.

 

Toujours est-il que cette aventure se laisse regarder avec beaucoup de plaisir, et que n’en déplaise à Hutton, les braves sont ici, et ils ne sont pas assoiffés d’or !

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Publié le par Djayesse
Le Labyrinthe (Labyrinth - Jim Henson, 1986)

Sarah (Jennifer Connelly) en a assez : alors qu’elle rêve de théâtre et de contes de fées, elle doit garder son petit frère Toby (Toby Froud, le fils de Brian) pendant que ses parents sortent. Excédée par les pleurs de cet encombrant bambin, elle souhaite qu’il soit emporté dans le royaume des gobelins et en devienne un. Bien sûr, c’est un souhait irréalisable. Normalement.

Normalement, parce que Jareth (David Bowie), roi de ce petit peuple a réalisé son souhait. Et si à minuit, elle ne récupère pas son frère, il sera perdu à jamais.

Il a beau n’être que son demi-frère, ce n’est pas une raison pour l’abandonner.

 

Quatre ans après le fabuleux Dark Crystal, Jim Henson et toute son équipe reviennent pour un nouveau film fantastique, dans tous les sens du terme. La grande différence, c’est de mêler les marionnettes aux humains, comme dans le Muppet Show, mais en beaucoup plus dramatique. Et à nouveau, ce sont des créatures (presque) étranges qui emplissent ce labyrinthe, un peu moins sombres que dans le film précédent, mais tout de même inquiétantes pour nombre d’entre elles. Encore une fois, les monstres du Muppet Show paraissent gentils face à certaines de ces créatures.

 

Bien sûr, nous avons droit aux effets spéciaux « à l’ancienne » (fond bleu…), mais le film n’a pas perdu de sa beauté et on a plaisir à suivre cette aventure pour une fois menée par une jeune fille. Et si Henson & Dennis Lee ont imaginé cette histoire, on retrouve en plus la patte du scénariste : Terry Jones. L’humour développé rappelle celui de son ancien groupe, et la confrontation entre ces deux mondes donne un résultat fort agréable. C’est picaresque, étrange et comique : du grand spectacle. De plus, le labyrinthe imaginé par les auteurs est lui aussi très spectaculaire, empruntant même dans la séquence qui voit Sarah affronter Jareth l’univers sens dessus dessous d’Escher. Mais pas que.

 

En effet, quand Sarah se réfugie – en colère – dans sa chambre, nous avons un aperçu de ses lectures qui – comme c’est étonnant – vont être plus ou moins exploitées dans le film. Tout comme Dorothy (Le Magicien d’Oz) elle part retrouver un personnage dissimulé dans le château final et Jareth remplace la Sorcière de l’Est (ou d’un autre point cardinal). Mais il y a aussi quelque chose d’Alice dans cette jeune fille qui tombe, rattrapée (in extremis ?) par des « mains secourables » qui ont une façon magnifique de parler !

 

Bref, ce serait absolument féerique si celles qui donnent leur qualité à cet adjectif n’étaient pas aussi surprenantes !

C’est d’ailleurs un petit clin d’œil concédé au directeur artistique que ces fées étonnantes : Brian Froud a fait paraître le superbe Fairies (Les Fées) en 1978 ! Et toutes ces créatures, échappées de l’univers de cet artiste se retrouvent dans cette histoire doublement fantastique. De plus, engager Bowie pour diriger ce petit monde singulier fut un choix plus que pertinent : il était vraiment un « homme qui tombe du ciel » : sa coiffure (bien dans son époque) et ses yeux vairons en font une sorte d’extra-terrestre dans ce monde enchanté.

Et en plus d’incarner un méchant peu sympathique, mais dans les limites du monde de Henson – pas complètement méchant et un tantinet idiot, comme de bien entendu Bowie signe aussi la moitié (chantée) de la BO (avec Trevor Jones).

Bref, du velours pour lui.

 

Alors laissez-vous emporter par cette aventure merveilleuse où la légende côtoie le quotidien, et où les Gobelins sont bien différents de ceux de Tolkien. Sans oublier le savoir faire de Henson et ses marionnettistes : ce sera la dernière fois sur grand écran car malheureusement, ce dernier mourra précocement (en 1990 à 56 ans) nous empêchant de profiter d’un autre film (voire plus) de cet acabit.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Cape & Epées, #Alexandre de la Patellière, #Matthieu Laporte
Le Comte de Monte-Cristo (Alexandre de la Patellière & Matthieu Laporte, 2024)

Tout y est.

La référence bonapartiste, la dénonciation calomnieuse, le château d’If, la belle Mercedes (Anaïs Demoustier), le trésor, la vengeance et bien sûr : Edmond Dantès (Pierre Niney).

Mais ce n’était pas gagné au vu de l’adaptation des trois Mousquetaires de l’an passé…

Parce que les scénaristes sont les mêmes, avec une différence notable : Martin Bourboulon n’est pas revenu, et ses deux scénaristes sont passés à leur tour derrière la caméra !

Et je dois avouer que c’est avec une certaine réticence que je suis entré dans la salle obscure (c’était la pub).

Trois heures après, j’étais séduit !

 

Mais reprenons.

Edmond Dantès revient d’un périple maritime sous les ordres du capitaine Danglars (Patrick Mille) au cours duquel il a sauvé une jeune femme, Angèle (Adèle Simphal) qui se trouve être agent de Bonaparte, contre les ordres de son capitaine. Pour son acte de bravoure, Dantès est élevé au rang de capitaine et Danglars remercié. Lejeune Edmond retrouve alors sa fiancée, la belle Mercedes, et ils vont pouvoir se marier. Le cousin de Mercedes prend cette nouvelle en pleine figure, et va alors participer à une conspiration pour éliminer le jeune homme, aidé par Danglars et le procureur Villefort (Laurent « Pradelle » Laffite) : Angèle est sa sœur.

Après quinze ans d’exil forcé, Dantès revient distribuer sa justice, sous l’identité du comte de Monte-Cristo.

 

Oui, j’ai été séduit par cette nouvelle version qui n’a pas à rougir des autres. Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière ont à nouveau dépoussiéré un classique de Dumas, mais sans toutefois l’altérer autant que leur méfait précédent. Certes, on ne retrouve pas tous les éléments comme chez le père d’Alexandre (1979), ou même chez Dayan (1998), mais c’est normal : le film ne dure que trois heures contre le double ou plus pour les deux autres versions.

Quoi qu’il en soit, l’essentiel de l’intrigue est là, et les modifications ne trahissent pas vraiment l’œuvre originale. Je sais, on est au cinéma et tout est possible, mais il n’empêche : quand une histoire est archi-connue, on se doit de la respecter un minimum… Alors les regrets exprimés ici même pour l’œuvre précédente n’ont pas de raison d’être : on passe un moment très agréable avec une intrigue plausible et une distribution à la hauteur de l’événement.

 

Pierre Niney est phénoménal, possédant plus le physique du personnage qu’un vigneron célèbre, et ce nouveau comte de Monte-Cristo est plus que crédible. Il possède la finesse et les manières du personnage et la froideur inhérente et indispensable à la vengeance. La séquence attendue de l’histoire du bébé enterré est un sommet du film : l’ambiance et les attitudes des uns et des autres rendent ce moment terrible (dans le sens premier du terme) et les remarques de Danglars contrebalancent avec bonheur celles de Villefort…

Et si les deux réalisateurs ont ajouté des éléments, c’est avant tout pour donner un peu plus de corps à l’intrigue : par exemple, on s’attarde sur les causes de la conspiration, mais pas sur sa rédaction, passage obligé attendu par une partie du public (dont moi).

 

Quoi qu’il en soit, il faut saluer le travail accompli pour cette nouvelle adaptation qui donne une plus grande dimension humaine aux différents personnages et surtout fait de Villefort un être franchement abject. A croire que Laurent Laffite est préposé à ce genre de rôle !

Quoi qu’il en soit, le jeu de Pierre Niney est de la trempe de celui de Jacques Weber et les trois heures passent sans lasser, et une fois les derniers crédits effacés, on se dit qu’on en reprendrait bien encore un peu.

Alors, à quand une nouvelle adaptation de Dumas ?

 

PS : Ils sont toujours là ! Malgré les efforts de Philippe IV Le Bel, les Templiers font une apparition dans cette intrigue…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Action, #Simon West, #Sylvester Stallone
The Expendables 2 (Simon West, 2012)

On prend les mêmes, et on recommence.

Après une séquence d’ouverture – et de libération – l’équipe de Barney Ross (Sylvester Stallone) retourne au boulot : récupérer la carte d’un dépôt de plutonium. Rien que de très classique, en somme.

Bien entendu, il y a de l’opposition qui s’exprime à travers un groupe armé marginal, les Sangs (prononcer le g) menés par un chef impitoyable – bien évidemment – le terrible Vilain (Jean-Claude Van Damme) qui porte très bien son nom.

 

Après les Antilles, nous nous retrouvons en Europe centrale, où la guerre civile fait rage, ce qui permet de développer l’intrigue sans réel souci. C’est donc une débauche de flingage en règle avec tout de même quelques éléments plaisants dans la lignée de l’épisode précédent. Cette fois-ci, Arnold Schwarzenegger (Trench) a un rôle significatif, mais surtout des références : Terminator, bien sûr, mais pas que. Il faut dire que la présence de Bruce Willis (Church) est propice à d’autres ouvertures. Et puis surtout, il y a le guerrier solitaire qui apparaît aux accents de la musique d’Ennio Morricone (1) : Booker (Chuck Norris). C’était celui qui manquait dans ce défilé de gros bras ! Et les scénaristes ne s’y trompent pas quand ils l’introduisent dans cette saga : Chuck Norris s’amuse de son personnage, sans pour autant oublier de montrer qu’il est le plus fort !

 

Bref, on s’amuse à nouveau, même sin on peut regretter le recentrage de l’intrigue autour de l’action elle-même. La dimension presque philosophique inhérente au personnage de Tool (Mickey O’Rourke) manque, et le contexte – succinct – qui entourait les personnages n’est pas repris. Seul véritable élément personnel (d’une certaine façon) que vit chacun des éléments de ce groupe d’élite, la mort de Billy (Liam Hemsworth, le frère de Thor), causée par l’inévitable méchant : c’est un choc pour ces hommes, malgré leur constante intimité avec la mort. Il faut dire aussi que c’est le plus jeune membre du groupe, appelé à un avenir plus conventionnel.

Mais Simon West ne leur (et nous) laisse pas le temps de s’apitoyer, relançant la machine guerrière vers l’issue prévisible et attendue : la mort du méchant ! Et Simon West s’y connaît dans ce genre, ce qui explique peut-être aussi les réserves exprimées ci-dessus. C’est efficace, spectaculaire, mais on reste sur sa faim face à cette débauche guerrière, et ce malgré les quelques moments à portée comique exposés précédemment.

 

Et les femmes ? La dernière fois, il n’y en avait qu’une qui avait la prédominance. C’est aussi le cas ici, avec Maggie Chang (Yu Nan), combattante qui fait oublier la faible présence de Jet Li (Yin Yang). Mais si sa participation est pertinente, elle reste tout de même plutôt anecdotique, confirmant le précepte (indicible) que les Expendables sont avant tout des hommes et que les femmes n’ont pas vraiment leur place auprès d’eux (si ce n’est dans leur cœur, et encore !).

Quant aux villageoises qui accueillent nos héros, elles semblent plus là pour donner une sorte de cachet authentique à l’intrigue, parce que je pense tout de même que si elles n’étaient pas là, cela ne changerait pas grand-chose !

 

Au final, les méchants sont châtiés et chacun repart (presque) de son côté, mais il manque tout de même une partie de la fraîcheur du premier opus. Après, si on a passé un bon moment…

 

  1. Le Bon, la brute et le truand

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Biopic, #Guerre, #Terrence Malick
Une Vie cachée (A hidden Life - Terrence Malick, 2019)

C’est un homme dans une voiture, sur une place de passager. La fenêtre est ouverte et une main pend tranquillement, lui permettant de s’aérer le temps du (court) déplacement.

Cet homme, c’est Franz Jägerstätter (August Diehl), et son « voyage » l’emmène vers la mort : autrichien, il a refusé de prêter serment au nouveau maître de son pays, Adolf Hitler.

Franz Jägerstätter est un paysan de Sankt Radegund, dans l’Inn (Nord-Ouest de l’Autriche). Marié avec Fani (Valerie Pachner), ils ont trois petites filles.

Mais Franz refuse ce nouveau maître de l’Autriche, qui mène une guerre injuste. Personne, au village, ni ailleurs, ne semble comprendre son geste : tous lui reprochent un vain sacrifice. Mais Franz tient bon, jusqu’au 9 août 1943, date de son exécution : il est guillotiné.

 

Magistral. Peut-il en être autrement d’un film de Malick ? Peut-être, mais je suis mauvais juge dans ce cas, aimant beaucoup les (trop rares) réalisations de cet immense cinéaste. Il faut dire qu’ici, outre une intrigue solide et phénoménale, on assiste à une maîtrise technique incroyable, soutenue par le merveilleux travail de Jörg Widmer derrière la caméra. Mais là encore, cela ne suffit pas : la musique de James Newton Howard et les différents emprunts classiques qu’on y trouve est en parfaite adéquation avec ce que nous voyons. Et bien sûr, le montage d’une lenteur pertinente permet pleinement d’apprécier ce qui nous est montré : les mains qui se croisent, la nature qui se renouvelle, le travail au champ, la détention… Tout a son importance, sans qu’il y ait un élément qui prime sur un autre.

Franz Jägerstätter est un homme bon, simple et très pieux. Son attitude est avant tout en parfait accord avec ce qu’il pense et croit : il est un objecteur de conscience oublié, une de ses vies cachées dont fait référence le titre du film. Et ce n’est qu’en 2007 que l’Eglise se rappellera à son bon souvenir : lui qui est mort dans la confiance absolu du Rédempteur, il aura donc fallu plus de soixante ans pour qu’on daigne lui accorder une reconnaissance.

Et cette même Eglise n’est pas épargnée au vu de cette vie sacrifiée : l’attitude de ses différents ministres reste sinon molle, du moins très frileuse, voire penchant du côté des forts (1). Mais Franz reste sur sa position et l’assume pleinement, jusqu’à la mort. Et ce sacrifice ne sera pas vain : je vous laisse découvrir en quoi.

 

Pendant près de trois heures, nous allons donc suivre cette passion moderne (2), d’un homme qui va mourir pour ses idées, et de mort lente : cinq ans séparent sa première position (ratification de l’Anschluss) de sa mort, même si Malick s’intéresse plus aux derniers mois. A partir du moment où il refuse officiellement (3), c’est un véritable calvaire qui l’emmènera de Linz (ville de naissance de Hitler) à Berlin où : il est exécuté, à l’instar de Jésus, dans la capitale.

Et la lenteur assumée du montage de Malick (c’est ce qui a pris le plus de temps) prend toute sa mesure dans l’incarcération de Franz. Il l’explique d’ailleurs dans une de ses lettres (4) : le temps ne passe pas vite en prison. En effet, la routine immuable (sévices compris) amène la longueur, surtout quand on n’a rien à faire : rien à lire à part les lettres de Fani. Et l’impression donnée par cette partie du film correspond pleinement à ce que raconte Franz : ces quelques mois semblent des années.

 

Et puis il y a les prises de vue : Malick a pris le parti d’utiliser une lentille qui amène une certaine déformation de l’image sur les bords, donnant une autre dimension aux faits et gestes de ses protagonistes. Il y a comme une distorsion de la réalité, tant cet acharnement semble disproportionné : il va mourir tout simplement pour avoir dit non. (Malheureusement, d’autres ont eu ce même sort aussi injuste)

Le marteau du tribunal aussi est affecté par cette distorsion, donnant une importance démesurée à la décision finale : la sentence délivrée par le juge (Bruno Ganz) est totalement disproportionnée au vu du fait bénin qui la provoque. D’ailleurs, la rare séquence qui voit Ganz et Diehl ensemble (le juge et l’accusé) résume à elle seule la position de certains militaires par rapport à ce régime inique. Mais il ne peut rien faire, le véritable maître du tribunal, c’est le SS (Thomas Mraz). Toute la lâcheté de la période s’exprime ici.

Parce qu’il s’agit avant tout de lâcheté : celle de Franz pour les autres qui ne comprennent pas qu’il refuse de servir son pays, ou pour son avocat qui parle lui aussi de sacrifice vain. On y parle aussi de conscience qui amène la lâcheté, ce qui est assez paradoxal : le véritable courage, c’est bel et bien celui de Franz. En effet, il est toujours plus facile de faire comme les autres, même le mal, que d’aller au bout de ses idées et de mourir pour elles.

 

Et si Franz revêt d’une certaine façon – et malgré lui – une dimension christique, il reste absolument humain de bout en bout, respectant même ceux qui vont le conduire à la mort. Et cette humanité a pleinement sa place dans les images qui nous sont montrées. Jusqu’au dernier moment, Franz va profiter de ce qu’il voit, de ce qu’il ressent. Et Malick ne nous épargne que sa mort, tellement convenue et attendue qu’elle en devient inintéressante en elle-même. Mais tous les détails qui la précèdent sont là : les portes, les habits de l’assistant du bourreau (Leonard Kuntz) et de son supérieur (Alexander Radszun), l’arbre hors de l’enceinte, le soleil rayonnant, le ciel bleu ennuagé.

Parce que le soleil est à chaque fois rayonnant, mais le ciel toujours nuageux. Celui de Sankt Radegund semble toujours annoncer l’orage (qui va s’abattre surtout sur les Jägerstätter), celui de Berlin et d’ailleurs n’est jamais clair, comme si la menace mortelle était omniprésente.

 

Je terminerai sur un détail concernant cette fin tragique. Il y a dans les derniers instants un aspect spectaculaire inattendu : c’est derrière un rideau que se trouve la guillotine fatale. Il y a un côté théâtral dans cette exécution qui ne fait malgré tout pas fléchir Franz, et cette invitation au spectacle est accentuée par les tenues « impeccables » du bourreau et son assistant. Seul le sol détrempé (et rouge, évidemment) dément cet aspect spectaculaire de mauvais goût. Sans oublier l’évacuation de la tête précédente… Ignoble.

 

Au final, un véritable chef-d’œuvre signé Malick, qui revient au linéaire après presque quinze ans, soutenu par une interprétation magnifique et de superbes images.

Certes, les festivaliers cannois ont hué l’absence de Malick au palmarès 2019. Pour ma part, je m’en contrefiche, n’aimant pas spécialement ce déballage médiatique. Et n’oublions jamais que John Ford n’a pas eu d’Oscar pour La Chevauchée fantastique

 

  1. Il semble que ce n’est pas la première fois…
  2. On peut entendre l’ouverture de celle de Bach selon Matthieu.
  3. Il avait voté contre l’Anschluss dans son village (il était le seul), mais le résultat avait été arrangé : une seule voix contre faisait mauvais effet…
  4. Ce sont ses véritables et celles de son épouse qui sont lues par leurs interprètes.
Franz Jägerstätter (1907-1943)

Franz Jägerstätter (1907-1943)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Pierre Granier-Deferre, #Jean Gabin
La Horse (Pierre Granier-Deferre, 1970)

Messais (fausse localité du Calvados). Ses marais, son gibier d’eau, ses exploitations agricoles, ses truands.

Parmi les fermes du coin, on trouve celle d’Auguste Maroilleur (Jean Gabon), sexagénaire éleveur de bovins, qui tient sa ferme d’une main de maître, fils et petit-fils d’agriculteurs.

Mais la relève est difficile : il n’a eu que des filles, et son petit-fils est plus intéressé par la vie facile que par se lever à cinq heures tous les matins.

Et en plus, ce petit monsieur (Marc Porel) fait dans le trafic de drogue : il travaille sur un transatlantique et a des facilités pour passer des commandes…

Seulement voilà : quand on utilise son repère de chasse pour stocker la marchandise (1), une limite a été franchie.

Maroilleur, en plus d’ordonner le silence à sa progéniture (et rapportés), va régler cette histoire à sa manière.

 

Gabin continue à vieillir, et continue aussi à trouver des rôles à sa mesure. Il est ici un patriarche autocratique normand, dont les réponses – au juge (Pierre Dux) par exemple – sont dans la lignée de ses origines… C’est un homme de peu de mots, mais qui agit sans hésiter. Pour protéger sa famille (ses filles et leurs enfants surtout), et aussi sa ferme dont il a hérité et à qui il voue un respect démesuré.

Et comme tout cela est menacé, il va tout faire pour éliminer cette menace, et par extension ceux qui en sont à l’origine. Alors ça casse, ça viole et ça flingue, comme la plupart du temps dans ces cas-là. Et quand la police arrive sur les lieux : il n’y a (presque) plus rien, ou alors rien de bien grave.

Parce qu’à l’instar des mafieux, cette famille paysanne n’est pas très diserte. Il faut dire que le patriarche dirige  son monde d’une main de fer et nul n’ose remettre en cause ses ordres. Pis que cela : ses deux gendres n’ont aucune voix au chapitre, restant dans un rôle de géniteur-travailleur.

 

Avec La Horse, Pierre Granier-Deferre renoue avec le film paysan, dans la droite lignée du formidable Goupi Mains Rouges de Jacques Becker (1943) : des dialogues brefs, une famille de trois générations sous le même toit, et même un cousin qui revient d’Indochine, Bien-Phu (André Weber), après sept ans passés là-bas. Mais alors que Goupi-Tonkin (Le Vigan) était ravagé, Bien-Phu, lui, a encore toute sa tête, et obéit aveuglément à son oncle : il est son bras armé, dans tous les sens du terme.

C’est un vase très clos, où les étrangers – et encore moins la police – n’ont à intervenir. Et Granier-Deferre fait reposer le poids de la famille sur les épaules solides de son acteur principal, qui trouve » là un de ses meilleurs rôles de l’époque. Pas très éloigné dans les faits d’un autre patriarche dans son film précédent (Le Clan des Siciliens) : pour lui aussi, la famille est primordiale.

 

De plus, Granier-Deferre réussit à éviter les gueulantes célèbres du patriarche, ne lui laissant qu’une occasion de s’emporter (un petit peu), mais à bon escient.

Bref, Gabin termine sa quatrième décennie de cinéma en beauté, et avec le même Granier-Deferre ? Il abordera la suivante dans un autre film marquant, Le Chat.

Bien sûr, on a aussi plaisir à retrouver quelques figures de l’époque : outre André Weber et Christian Barbier (Léon, le premier gendre), on reconnaît, malgré ses lunettes noires, l’inévitable Dominique Zardi, dans un rôle un tantinet plus sérieux que d’habitude.

Le tout servi par des dialogues adéquats signés par Pascal « Le Zubial » Jardin (qui cosigne aussi le scénario), et les musiques conjointes de Vannier et Gainsbourg qui s’adaptent parfaitement à cette intrigue rurale plutôt noire.

 

Quant aux femmes, elles n’ont pas la meilleure place : tout juste leur est-il possible démettre un quelconque avis, elles doivent surtout tenir leur langue et servir les hommes.

 

  1. De l’héroïne, appelée aussi « horse », d’où le titre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Western, #Roscoe Arbuckle
Fatty et les Peaux-rouges (Fatty and Minnie Hee-Haw - Roscoe Arbuckle, 1914)

Fatty (Roscoe Arbuckle) est en voyage. Comme clandestin, alors évidemment, il est rapidement éjecté du train par l’homme demain du convoi (Slim Summerville). Seul, au milieu de nulle part, il feint l’inanition pour attendrir Minnie Hee-Haw (Minnie Devereaux). Et ça marche.

Non seulement elle le ramène à son village (de tipis), mais en plus, elle envisage de l’épouser. Ce qui n’est pas complètement au goût de Fatty qui va s’enfuir et se retrouver dans un village de cow-boys.

Mais Minnie est à ses trousses…

 

Autant le dire tout de suite : Minnie Devereaux s’est aussi appelée Minnie Ha-ha (dans Mickey), et ici, son patronyme (Hee-Haw) rappelle fortement le braiement d’un âne. Quoi qu’il en soit, c’est une femme indienne (véritable) et sa stature est en parfaite adéquation avec celle Fatty, comme en témoigne la séquence du baiser. Parce que Roscoe Arbuckle, à travers son personnage, va embrasser une Indienne ! Si je mets en évidence ce fait, c’est parce que les lois américaines ne sont pas – en 1914 – pour la mixité, et au cinéma, n’oublions pas qu’« un bon Indien est un Indien mort » !

 

Alors quand Fatty embrasse Minnie Hee-Haw, après contorsions, c’est un grand coup donné aux racistes de tous poils qui peuplent l’Amérique de l’époque (et aussi de maintenant, d’ailleurs). Mais je ne suis pas sûr qu’il y ait un message quelconque dans ce baiser. Il est on ne peut plus naturel, même si Fatty n’a qu’une envie : s’en aller. Il faut dire que Minnie n’est pas de la première jeunesse, et la présence d’une rivale (Minta Durfee) va précipiter la séparation.

Malheureusement pour Fatty, cette jeune femme a un père, et leur amour (inexistant bien que latent) ne pourra se développer.

 

Quoi qu’il en soit, on s’amuse beaucoup de cette histoire fort improbable, où le héros (?) va tout faire pour se sortir d’une situation de toute façon inextricable, tout en utilisant les canons du western. Ca tire, ça se bagarre et ça boit sec. Sauf Fatty, bien sûr, qui boit du lait plus ou moins élégamment.

 

NB :un gag qui sera repris maintes et maintes fois, et en particulier chez Goscinny : la nourriture indienne qui contente l’étranger jusqu’au moment où il apprend ce qui compose réellement sa pitance (1)…

 

On attend quand même avec impatience Out West !

 

  1. Astérix, La grande Traversée ; Oumpah-Pah le Peau-rouge

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