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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Drame, #Louis Malle
Lacombe Lucien (Louis Malle, 1974)

13 juin 1944.

Les Alliés ont débarqué en Normandie depuis maintenant une semaine. Et Lucien Lacombe (Pierre Blaise) n’a toujours pas pris position. Il s’engagerait bien dans la Résistance, mais quand il en parle à l’instituteur du village (Jean Bousquet), celui-ci le décourage du fait de son jeune âge.

Alors il se tourne vers la Collaboration, un peu par hasard, puis par facilité. Il dénonce, bien sûr, ce même instituteur et participe aux opérations de terrain contre les résistant.

Et puis il rencontre France Horn (Aurore Clément), et tombe de suite amoureux d’elle. Elle aussi n’est pas insensible à ce jeune homme qui représente l’autorité (« la police allemande » comme il le répète à l’envi).

Seulement voilà, France est juive…

 

C’est une errance magnifique que nous montre Louis Malle. Celle de ce jeune garçon paumé qui se dit bien tardivement qu’il faut choisir un camp. Enfin, il ne se le dit pas explicitement, il le fait. Il n’y a aucune animosité envers les uns et les autres. D’ailleurs, le choix se fait presque malgré lui : il rôde autour du siège des collabos et est découvert puis amené à leur chef, Tonin (Jean Rougerie). Et il va rester jusqu’au bout : jusqu’à la mort, donc. Et la grande différence avec les vrais collabos, c’est son état d’esprit. Il n’y a aucune conscience politique chez lui, et s’éprendre d’une femme juive ne lui pose aucun problème : avec la famille Horn, on a l’impression qu’il découvre la judéité. De plus, quand il visite cette famille (réduite), il laisse toujours quelque chose, des fleurs ou de l’argent. L’argent qu’il donne à la mère de Horn (Therese Ghiese) renvoie à celui qu’il avait donné à sa mère au début du film : il fait des Horn sa nouvelle (belle-)famille et entend l’aider. Sa famille « à lui » étant bien évidemment la Milice où il installe ses quartiers. Et il vit entre ces deux adresses.

 

Bien sûr, quand le film est sorti, beaucoup de gens ont vu d’un mauvais œil cette histoire ordinaire d’un criminel (tuer et voler étaient les deux mamelles de la Milice…) dans une France où on avait tendance à rejeter ce passé trouble, considérant que la France avait été dans l’ensemble à l’image du Général. Et au pouvoir, ce sont d’ailleurs les gaullistes qui n’apprécient pas spécialement ce film. Et Louis devra s’exiler aux Etats-Unis pour ne revenir qu’une bonne douzaine d’années plus tard. Quoi qu’il en soit, le film, cinquante ans après, garde toute sa force et son ambiguïté due à son (anti)héros.

Mais son absence de conscience politique peut expliquer une telle dérive : nous n’entendons qu’une seule fois Radio-Londres tout comme Radio-Paris, ce qui ne permet pas à Lucien de se faire une idée de la situation de la Guerre. Pas une seule fois, nous ne voyons un journal. On peut même se demander si les habitants du village ont entendu parler du Débarquement.

Est-ce ce manque d’information qui justifie l’engagement de Lucien ? Peut-être. Mais malgré tout, je trouve que c’est bien tard pour choisir : on a entendu parler des « résistants de la vingt-cinquième heure », mais pas spécialement des collabos tardifs…

 

Quoi qu’il en soit, Pierre Blaise incarne magnifiquement ce paumé qui fait le mauvais choix au mauvais moment. Il correspond tout à fait au personnage, venant en plus de la même région que son rôle (Lot). Malheureusement, il ne tournera que quatre fois avant de mourir d’un accident de voiture. C’est bien dommage.

A ses côtés, on retrouve la formidable Aurore Clément, qui interprète avec brio cette femme juive tiraillée entre son amour pour un collabo et les (ex)actions de ce dernier.

Et bien sûr, on a plaisir à retrouver Jean Rougerie et sa magnifique tête de faux cul : Tonin est un bourgeois pépère qui profite d’une situation. Il s’enrichit sans vergogne et torture tout à fait naturellement, sans véritablement avoir d’état d’âme. Un parfait salaud.

 

Bref, Louis Malle décrit une situation peu reluisante pour la « France éternelle », décrivant avec justesse ces épisodes peu glorieux qu’on aurait préféré voir rester sous le tapis,surtout trois ans seulement après Le Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls, qui n’avait pas beaucoup été apprécié par ces mêmes gaullistes et affidés…

Mais Louis Malle reviendra donc et fera un film qui sera le contrepoint de celui-ci : Au Revoir, les enfants.

Et bien sûr, ceci est une autre histoire…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Télévision, #Drame, #Denys de la Patellière
Le Comte de Monte-Cristo (Denys de la Patellière, 1979)

Avec le retour en force d’Alexandre Dumas sur les écrans français, et surtout le superbe Comte de Monte-Cristo de Mathieu Laporte et Alexandre de la Patellière, il m’a paru urgent de revoir la version du père de ce dernier, Denys, diffusée sur les petits écrans français fin 1979. L’histoire de cette vengeance implacable m’avait marqué à cette époque, et quarante-cinq ans après, mes sentiments sont les mêmes, et la prestation de Jacques Weber (Edmond Dantès) est à ce jour la meilleure que j’ai pu voir (1).

Mais souvenons-nous.

 

Edmond Dantès est envoyé au château d’If suite à un complot orchestré par l’infâme Danglars (Roger Dumas), avec la complicité de Caderousse (Claude Brosset) et Fernand Mondego (Manuel Tejada), le jour de ses noces avec la belle Mercedes (Carla Romanelli), et celle indispensable du substitut du procureur, Villefort (Jean-François Poron).

Dantès y rencontrera l’abbé Faria (Henri Virlojeux) qui lui permettra de retrouver un trésor perdu, celui de l’île de Monte-Cristo.

Une quinzaine d’années après son incarcération, Dantès débarque à Paris pour châtier ceux qui lui ont volé sa vie (les quatre) et sa fiancée (Mondego).

 

Bien évidemment, Denys de la Patellière n’a pas à sa disposition les moyens numériques qu’aura son fils, mais sa version du roman de Dumas reste magistrale. Il prend le temps de bien exposer les éléments qui vont entraîner cette terrible vengeance (ruine, déshonneur, mort), et en particulier le complot ourdi par l’ignoble Danglars : ce sera d’ailleurs lui qui conclura cette histoire (il survit !), Monte-Cristo s’occupant des quatre complices dans l’ordre des responsabilités, se gardant le comptable devenu banquier pour la fin.

 

De la même manière, il nous montre comment Monte-Cristo avance progressivement ses pièces dans cette partie d’échec qu’il est en train de jouer. Chacun des complices étant une pièce maîtresse adverse qu’il va éliminer avant de mettre Danglars mat. Ce sont différentes personnes qu’il va utiliser comme des pions : certaines iront à dame – Maximilien Morel (Diogo Dória) et Valentine de Villefort (Marie Matile) ; d’autres seront sacrifiées – Benedetto (Gerhard Acktun), Mercedes…

Et au final, comme on dit dans ces cas-là, c’est un mat imparable que Monte-Cristo inflige à ses adversaires, distribuant à ses adversaires un châtiment (mérité) à la hauteur de sa position sociale.

Bref, un coup de maître.

 

Et Jacques Weber traduit magnifiquement les sentiments de cet homme injustement puni, à qui on a volé quatorze ans de sa vie, par jalousie (Danglars, Mondego), bêtise (Caderousse) et lâcheté (Villefort). Son personnage possède la froideur implacable de la Némésis antique : cette déesse grecque de la juste colère et du châtiment céleste qui rétablit d’une certaine manière l’équilibre. Bien sûr, Dantès va un petit peu plus loin…

A ses côtés, on ne peut que saluer la prestation de Roger Dumas, en rondouillard bourgeois parvenu, pour qui une seule chose compte : l’argent. Pour elle il est prêt à tout et non seulement il le dit, mais il le fait. Jean-François Poron est lui aussi un Villefort abject à souhait, dont la lâcheté n’a d’égale que sa morgue : tout comme les deux autres qui ont réussi (Caderousse est à part), Villefort ne reconnaît pas Dantès dans cet homme richissime venu de nulle part. Il faut dire que nous sommes dans une partie de la société où l’argent ouvre toutes les portes et fait oublier ceux qui n’ont pas eu la fortune (c’est le cas de le dire) de naître  dedans. (2)

Quant aux autres personnages principaux, le doublage nous empêche d’apprécier à leur juste mesure les prestations des différents interprètes. Mais ne nous plaignons pas trop, le doublage français est l’un des meilleurs au monde.

 

Quoi qu’il en soit, cette version internationale reste, à mon avis, l’une des plus belles adaptations du chef-d’œuvre de Dumas.

 

  1. Je n’ai pas encore eu la possibilité de voir celle de Louis Jourdan dans la version de Claude Autant-Lara, dont on m’a dit du bien.
  2. Seule Mercedes le reconnaît (presque) tout de suite.

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