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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Docu-Fiction, #Drame, #Boris Lojkine
L'Histoire de Souleymane (Boris Lojkine, 2024)

Il s’appelle Souleymane Sangaré (Abou Sangare).

Il vient de Guinée Conakry.

Il est né le 17 août 1999.

Il travaille comme livreur de nourriture sur un vélo.

Il a fait une demande d’asile auprès de l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides).

Il apprend consciencieusement l’histoire qu’il va leur servir pour pouvoir rester en France.

 

Trois jours, deux nuits d’un sans papier en France, c’est le pari (réussi !) de Boris Lojkine qui continue le travail commencé dix ans plus tôt avec Hope, qui voyait deux jeunes hommes traverser une partie de l’Afrique pour venir en Europe.

Cette fois-ci, Souleymane est déjà arrivé en Europe, et il travaille – clandestinement –pour s’assurer un (tout petit) minimum vital et préparer sa demande d’accueil. Parce que i Souleymane est aidé par Barry (Alpha Oumar Sow), ce n’est pas par philanthropie : ça coûte cher. Et Barry ne se prive pas d’en abuser puisqu’il reçoit plusieurs personnes en même temps, leur accordant tout juste un minimum de temps.

 

Nous assistons d’ailleurs à une de ces séances où une jeune femme raconte son expérience : mariée de force à un homme qui l’a violée – il faut consommer le mariage – elle est rejetée par sa famille puisque maintenant elle appartient (le terme n’est pas usurpé du tout) à son mari. Mais c’est rétrospectivement qu’on s’interroge sur ce récit : en effet, la situation qu’elle décrit est sordide et injuste, mais comme Barry a déjà élaboré l’histoire de Souleymane (celle du titre ?), qu’en est-il de celle de cette jeune femme ? A-t-elle réellement vécu tout cela ? Seule son hésitation à parler devant les autres joue en sa faveur, ainsi que son « aisance » (1) à en parler, mais le doute subsiste…

 

C’est donc une errance- surtout la deuxième nuit) que nous allons suivre, celle qui précède son « examen » : une sorte de « grand oral » sur lequel va se jouer – comme d’une certaine manière pour les candidats au baccalauréat – son avenir. Mais à la différence des élèves, s’il échoue, il n’y aura pas de rattrapage !

Souleymane va donc passer ces (presque) trois jours à apprendre une histoire, tout en sillonnant Paris pour livrer – le plus vite possible – des repas à vélo, avec les dangers que cela peut représenter.

Et Boris Lojkine le suit, non pas caméra au poing comme on pourrait l’imaginer dans un docu-fiction, mais avec une caméra toujours stable, et malgré tout au plus près.

Et surtout sans musique ! Ainsi les péripéties que va vivre Souleymane ne sont pas parasitées ou même d’une certaine manière commandées par un élément extérieur : à aucun moment on n’est distrait de cette histoire terrible et banale (2), voire terriblement banale !

 

Alors on suit avec empathie l’odyssée de Souleymane qui se poursuit : après son périple africain, le Parisien n’en est pas plus simple : entre la circulation dangereuse (euphémisme), les accidents, les récriminations des clients et les restaurateurs un tantinet racistes (3) et le temps qui joue contre le jeune homme. Et tout ça pour être exploité par un autre jeune homme pas tellement plus âgé que lui : au mieux il lui cède un tiers (un fixe hebdomadaire) de ses émoluments, mais ça doit plus souvent ressembler à la moitié…

Bref, une forme d’esclavage moderne qu’on peut croiser tous les jours dans la rue, et pas seulement à Paris…

 

Et puis il y a l’histoire qui donne son nom au titre. C’est très certainement cette histoire qui a valu à Abou Sangare son prix d’interprétation à Cannes : elle est aussi terrible qu’elle est magnifiquement interprétée. Et là encore, elle est certainement d’une banalité affligeante pour qui regarde de loin tout cela. Parce qu’elle est tout sauf  banale : celle d’un homme qui a souffert, qui souffre et qui souffrira encore.

C’est l’histoire de la misère humaine, à peine arrangée pour le cinéma.

Le cinéma, c’est la vie, même aussi quand elle n’est pas belle.

 

Merci Boris Lojkine pour ce superbe film.

Et merci aussi à tous ceux qui ont y contribué : interprètes et techniciens.

 

  1. Son débit de parole, ses silences et ses hésitations ne semblent absolument pas feints.
  2. Si pour Souleymane elle ne l’est pas, pour le spectateur, sans pour autant user de  mépris, elle l’est d’une certaine façon : tous les jours, de jeunes gens vivent cette même expérience, sans qu’on en parle…
  3. Celui qui nous est proposé est criant de vérité et haïssable à souhait : c’est Boris Lojkine lui-même qui l’interprète (rôle de composition, cela va sans dire !).

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Cape & Epées, #Drame historique, #Henry King, #Orson Welles
Echec à Borgia (Prince of Foxes - Henry King, 1949)

 

Le « Prince des renards » dont il est question dans le titre original, c’est le capitaine Andrea Orsini (Tyrone Power), homme de confiance de l’homme fort de l’époque, Cesare Borgia (Orson Welles), celui du titre français.

Borgia veut dominer l’intégralité de la Toscane, et pour cela, il envoie son homme de main négocier dans différents endroits. Jusqu’à la négociation de trop : la Citta del Monte, tenue par le comte Verano (Felix « Plautius » Aylmer). Si Orsini n’est pas (du tout) insensible aux charmes de la comtesse (Wanda Hendrix), il en a tout de même assez des manigances de son commanditaire et se met au service du comte.

Bien sûr, Borgia ‘est pas satisfait et un long siège commence…

 

Bien entendu, le résumé ci-dessus ne prend pas en compte toute la complexité de la situation, et Henry King, vétéran du cinéma, nous réjouit avec ce film d’intrigue(s) italienne(s) et qualifié de cape et d’épée avec abus. Seul le final peut justifier ce qualificatif, mais ce n’est rien par rapport au reste du film.

Parce que nous sommes au tournant du quinzième siècle, quand le seizième fait son apparition, et surtout quand le pouvoir de Cesare s’effrite.

Mais nous sommes à Hollywood (1), alors la vérité historique s’efface au profit du spectacle…

 

Et question spectacle, nous sommes gâtés : entre le faste des banquets- avec danseuses plus ou moins lascives (attention au code Hays !) – et la reconstitution du siège, c’est un véritable festival pour les yeux. Il ne manque que la couleur !

Et l’affrontement – distant – entre Borgia et Orsini est de toute beauté, le premier étant encore plus rusé, voire retors que le second !

Et encore une fois, si le duo en tête d’affiche fonctionne, c’est aussi parce que ceux qui suivent au générique sont à la hauteur de l’enjeu.

 

En premier lieu Everett Sloane – qui retrouve encore une fois son complice Welles – dans un rôle tout aussi retors que les deux autres : condottiere qui doit assassiner Orsini, il passe au service de ce dernier avant d’être engagé par Cesare soi-même ! De plus, son physique – magnifiquement travaillé par l’équipe de maquillage – s’accorde magnifiquement avec son personnage iscariotesque… D’ailleurs, Orsini ne s’y trompe pas : ayant des dispositions artistiques, il ne manque pas de peindre ce personnage complexe.

On notera aussi la participation de deux autres hommes de main de Borgia, Leslie Bradley (Don Esteban), autre méchant patenté et Eugene Deckers, qui ont en plus la tête de l’emploi !

Bref, une distribution là aussi à la hauteur.

Avec en prime la très belle Marina « Eunice » Berti (Angela Borgia, cousine de).

 

King, vieux briscard d’Hollywood, s’en donne à cœur joie et nous offre un siège superbe avec une violence un tantinet supérieure à ce qui se fait habituellement, l’éloignement pouvant en être la cause ! Certes, ce n’est pas l’assaut de Paris dans la série Vikings, mais tout de même : projectiles enflammés, archers et arbalétriers qui font mouche »… Ca tombe comme à Gravelotte !

Et la présence de Tyrone Power – pour la septième fois (sur 10 !) – à ses côtés est un autre gage de qualité de ce film. Son charme allié à son agilité en fait un personnage très attachant. Et s’il est présenté comme celui qui va permettre la chute de Borgia n’est pas non plus pour déplaire (2). Qu’importe la réalité historique, c’est du cinéma.

Et du grand cinéma !

 

  1. La production, bien sûr, vu que tout a été tourné sur place !
  2. La mort du pape Alexandre VI (père de Cesare) est la véritable cause de sa chute inévitable.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #DC Comics, #Drame, #Todd Phillips
Joker: Folie à deux (Todd Phillips, 2024)

Arthur Fleck (Joaquin Phoenix) est en prison depuis deux ans. Il est temps qu’il soit jugé.

Jugé pour cinq meurtres (dont deux avec préméditation), commis en novembre 1981.

L’opinion publique est partagée :

  • d’un côté c’est un criminel qui doit être puni (de mort), comme le pense le procureur Harvey Dent (Harry Lawty) ;
  • de l’autre c’est un schizophrène qui est dominé par son double sombre : le Joker ? C’est ce que veut montrer son avocate Maryanne Stewart (Catherine Keener).

Mais que pense donc Arthur Fleck, de ce procès, et surtout de ce qu’on pense de lui ? Est-il réellement ce malade ou joue-t-il la comédie ?

 

Il est clair que la fabuleuse performance d’Heath Ledger dans le film de Christopher Nolan (The dark Knight) a fait du tort (rétrospectivement) au deuxième opus de Todd Phillips. En effet, Ledger avait réussi à donner à son personnage une méchanceté exacerbée doublée d’une froideur adéquate : de l’essence de méchanceté.

Alors quand Joaquin Phoenix apparaît, amaigri et voûté, on ne retrouve aucune dose de la superbe attendue de ce personnage. Mais quand on voit le sort qui lui est réservé par les gardiens – dont l’ignoble Jackie Sullivan (Brendan Gleeson) – on en devrait pas être très étonné de le voir ainsi : la prison détruit les êtres. Et il ne reste plus grand chose de celui qui fit trembler Gotham City.

 

Mais surtout, le Joker n’est rien d’autre qu’un type minable qui a voulu attirer l’attention sur lui, avoir son quart d’heure de célébrité warholienne. Et ça a tellement bien marché que soin procès à venir est qualifié « du siècle » : un moment historique.

Un moment historique pour un homme qui n’est rien d’autre qu’un pauvre type. Mais malgré tout, pas n’importe quel pauvre type : il est bien clair qu’il n’est pas normal. Et son rire – inextinguible – en est une preuve absolue.

 

Et Todd Phillips ne perd jamais de vue l’aspect mineur de son personnage, tout en le filmant en ayant toujours en tête la chanson de Que le Spectacle commence (The band Wagon – Vincente Minelli, 1953) : That’s Entertainment. Nous en avons d’ailleurs droit à une diffusion télévisuelle dans ce film, dès le début, afin que le spectateur n’oublie jamais cet élément.

Dès lors, tout, pour Fleck, sera prétexte à un spectacle, jusqu’à son procès où, après un coup de théâtre, il va se défendre lui-même, maquillé comme il se doit. Ce procès devient alors un véritable spectacle, surtout qu’il est diffusé – là encore – en direct à la télévision : encore une fois, une tribune pour notre personnage.

 

Et cette référence est aussi reprise dans la forme du film qui devient donc une tragédie musicale, ou tout du moins un drame musical, avec les références obligées au genre hollywoodien. Après Jacques Audiard, c’est donc Todd Phillips  qui s’essaie au genre, et qui, à son tour s’en sort plus qu’honorablement. La musique habite le film autant que les deux personnages principaux, voire le gardien Sullivan : c’est lui qui favoriser la rencontre entre les deux principaux protagonistes en inscrivant Fleck à la chorale de l’établissement psychiatrique et pénitentiaire. Mais il nous y prépare avec la première séquence qui voit Fleck aller voir son avocate. Un plan en vue du dessus nous prévient : les parapluies (1) noirs des gardiens ont chacun pris une couleur pendant que Fleck se gorge de la pluie, seul élément extérieur qui lui est alors permis.

 

Et nous allons continuer à faire des aller-retour dans cette tête cassée (moralement), qu’il soit seul ou en couple, avec celle qu’il a rencontrée en allant chanter : (Har)Lee Quinzel (Lady Gaga). L’alchimie fonctionne (presque) tout de suite, et amène les seuls moments de joie du film : leur vie devient un véritable spectacle et Phillips accentue cet aspect jusqu’au bout.

L’arrivée de Fleck au procès est une véritable entrée en scène avec des projecteurs directement braqués sur lui. De la même façon, une émeute dans le réfectoire amène une procédure d’alarme où les gardiens, sans le vouloir, mettent plein feu sur les prisonniers, surtout que certains d’entre eux sont debout sur les tables, donnant la dimension show de cet incident violent.

Et la dernière rencontre entre Lee et Arthur est très certainement la plus belle et la plus spectaculaire, scellant définitivement le destin de ces deux personnages hors du commun.

 

Dès lors, la fin nous ramène au début : Arthur Fleck a toujours été un minable et le restera jusqu’au bout.

 

  1. Chantons sous la Pluie, encore et toujours !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Biopic, #Prison, #John Frankenheimer
Le Prisonnier d'Alcatraz (Birdman from Alcatraz - John Frankenheimer, 1962)

Robert Stroud (Burt Lancaster) est à Alcatraz : il a tué un homme quand il était jeune, puis un gardien, quand il était à la prison de Leavenworth (Texas).

Nous sommes en 1959, et Stroud quitte cet enfer californien pour sa dernière demeure, une autre prison. A sa mort (en 1963), il aura passé cinquante-quatre ans derrière les barreaux dont quarante-deux à l’isolement !

Mais s’il est célèbre, c’est aussi parce qu’à Leavenworth, il a élevé des oiseaux – surtout des canaris – qu’il revendait, tout en devenant un grand spécialiste en ornithologie.

C’est cette vie d’oiseleur (d’où le titre original) qui est développée dans le film.

 

Qu’on ne s’y trompe pas : si le personnage du film est un homme bon, ce n’était pas obligatoirement le cas du véritable Robert Stroud qui fut diagnostiqué comme psychopathe. Et le début du film nous montre – un peu – la véritable nature de ce prisonnier : violent et surtout isolé des autres (sinon, il y avait bagarre).

Bien sûr, c’est avant tout la performance de Burt Lancaster qui retient l’attention : malgré le handicap (moral) du personnage, il réussit à nous le faire trouver sympathique, le « méchant » devenant le directeur de la prison, Harvey Shoemaker (Karl Malden).

L’opposition entre les deux hommes est l’autre intérêt du film : Stroud ne se laisse pas faire, appelant même ce haut personnage par son prénom, ce qui est totalement nouveau par rapport films précédents en univers carcéral.

Cette opposition est d’autant plus forte que les deux hommes vont se côtoyer dans les deux prisons, avec toujours le même sentiment.

 

Et ça fonctionne : Frankenheimer réussit tellement bien que l’opinion public va s’intéresser à cette histoire au point de faire circuler une pétition pour sa libération qui atteindra 50 000 signatures !

Mais Robert Stroud ne sortira pas, ne lira jamais le livre de Tom Gaddis (Edmond O’Brien) ni verra le film qui lui sont consacrés. De même, la poignée de mains échangée entre l’auteur et le prisonnier lors de son transfert est plus que symbolique, puisqu’elle n’a pas eu lieu !

 

Mais le plus important, c’est cette nouvelle représentation de l’univers carcéral qui nous est ici proposé. Si la violence est l’élément commun avec les autres films, elle n’est pas montrée de la même façon, devenant presque accessoire par rapport à l’humanité retrouvée de Stroud. Peu de violence physique (après la mort du gardien, on n’en voit plus), et pas de sadisme chez les gardiens comme c’est souvent le cas. Au contraire, Stroud, en s’humanisant, développe une relation amicale avec son geôlier de Leavenworth (Neville Brand), surtout après les reproches – justifiés – qu’il lui fait.

 

Et encore une fois, c’est aussi grâce au reste de la distribution. Karl Malden, bien que moins présent, est au même niveau que Lancaster qui signe ici l’une de ses plus belles prestations. On notera aussi les performances des autres interprètes, celle d’un « encore » débutant de 40 ans : Telly Savalas (Feto Gomez), qui a encore des cheveux !

Et encore une fois, Thelma « Birdie » Ritter est formidable dans le rôle de cette mère qui va jusqu’en haut des institutions pour sauver son fils, avant de se retourner contre lui et refuser qu’il sorte.

 

Bref, c’est un film magnifique que signe ici Frankenheimer, son deuxième (sur cinq) avec Lancaster, où, même si la vérité historique n’est pas respectée, il nous montre une autre facette de la prison, qui devient alors aussi un lieu d’humanité.

Comme toujours, au cinéma, tout est possible !

Robert Stroud (1890-1963)

Robert Stroud (1890-1963)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Comédie, #Lloyd Ingraham, #Douglas Fairbanks
Parvenus américains (American Aristocracy (Lloyd Ingraham, 1916)

Bienvenue à Narraport-by-the-Sea, charmante localité balnéaire (imaginaire), où les riches se retrouvent pour parler affaires, comparer leurs fortunes et surtout s’ennuyer.

C’est le cas de la jeune (et belle) Geraldine Hicks (Jewel Carmen), fille de Leander (C.A. de Lima), roi de l’épingle à chapeau (1). Elle s’ennuie tellement qu’elle embrasserait le premier venu ! Et le premier venu, c’est un entomologiste venu rechercher quelque spécimen rare : Cassius Lee.

Mais Cassius ne sait pas que c’est une plaisanterie. Et il tombe amoureux d’elle. Fatale erreur : un autre riche s’intéresse à elle, le roué Percy Horton (Albert Parker). Roué parce qu’il prépare des activités criminelles sous couvert d’une laiterie…

 

Si le titre original parle d’aristocratie américaine, il faut plutôt comprendre cela comme ploutocratie, américaine : ces aristocrates sont avant tout, comme le présente l’intertitre d’introduction, de gros industriels qui ont fait fortune avec des accessoires pas toujours indispensables, comme le vieux Hicks, ce que confirmera la toute dernière séquence…

Il est clair que ces riches Américains se conduisent comme des aristocrates, se mêlant seulement entre eux et refusant ceux qui ne leur ressemblent pas. Et cela va aussi pour les nouveaux riches – les parvenus du titre français ? – qu’ils regardent de haut. On a une très belle illustration de cette différence (voire différenciation) avec la femme qui arrive de Milwaukee (Wisconsin) : son mari est dans la bière et a fait fortune grâce à sa « brasserie » ; les autres, qui sont aussi dans l’alcool, « distillent »…

 

Alors : une jeune fille/femme qui s’ennuie dans son milieu très huppé, une « provinciale » parvenue qu’on bat froid parce qu’inférieure, un jeune homme qui va apporter de la joie et de l’excitation, ça ne vous rappelle rien ?

Oui, quatre-vingts ans avant James Cameron, Lloyd Ingraham dresse un portrait peu flatteur de ces « aristocrates » qui s’ennuient et surtout nous ennuient. Mais Ingraham a choisi la comédie – dramatique, tout de même – pour les fustiger, et surtout, la présence de Douglas Fairbanks va beaucoup compter pour faire évoluer les choses.

Certes, Cassius n’est pas un pauvre, même s’il connaît un revers de fortune : il a un serviteur – noir, il arrive de Virginie – et son occupation n’est pas spécialement considérée (par les intertitres) comme un véritable métier.

 

Et comme Fairbanks est là, c’est aussi une nouvelle occasion pour l’acteur de nous montrer sa forme physique. C’est donc un entomologiste bien singulier qui nous est proposé puisqu’il ne recule devant rien pour attraper sa proie : saut, roulade, escalade d’arbre… Tout est prétexte à bondir, pour notre (enfin, mon) plus grand plaisir. Même sa façon de s’asseoir sur un banc est acrobatique.

Et encore une fois, Fairbanks va au-delà des préjugés de son époque.

En effet, son serviteur est noir mais il y a un lien très fort qui les unit : Cassius n’hésite pas à le prendre dans ses bras, voire à l’embrasser sur les joues.

 

Mais, malgré tout, le racisme reste présent. Si Percy Horton est le méchant patenté de cette histoire, il est tout de même accompagné par un homme présenté comme un « dark-skinned foreigner », un étranger à la peau foncée, dont les idées sont en totale accord avec sa couleur.

Encore une fois, c’est le « mal blanchi » qui est le méchant, et ici, c’est le Mexicain Delgado (Artie Ortego).

 

PS : les méchants de cette intrigue sont appelés flibustiers (« filibusters »). Et quelques années plus tard, Albert Parker tournera un vrai film de flibuste avec le même Douglas Fairbanks, qui bondira encore plus (et mieux !) : Le Pirate noir.

 

PPS : je suppose qu’il vous fait penser à la même personne que moi, à la fin, Fairbanks.

 

PPPS : Au fait,vous avez vu Douglas Fairbanks Jr. ? C’est lui qui amène le journal, au début !

 

  1. Comme le disent les intertitres, il a inventé un moyen de maintenir le chapeau sur la tête des dames, attaché à leurs cheveux : la bosse. Le moyen en lui-même sera montré pendant le bal.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Edward Hall
L'Esprit s'amuse (Blithe Spirit - Edward Hall, 2020)

« La bigamie, c’est quand on a une femme de trop, la monogamie aussi. » (Coluche).

 

C’est ce qu’il arrive à Charles Condomine (Dan Stevens)…

Hum, j’ai déjà vu ça !

 

Donc, on prend les mêmes et on recommence. Enfin pas exactement. Les personnages sont identiques, mais les situations évoluent un (petit) peu.

Charles Condomine (Dan « Matthew Crawley » Stevens) est toujours marié à Ruth (Isla Fisher) après avoir perdu sa première femme Elvira (Leslie Mann). Cette dernière revient à nouveau sous forme d’apparition par l’intermédiaire de Madame Arcati (Judi Dench) et vient troubler la sérénité du ménage.

 

Pour le reste, Edward Hall a daté son film en 1937 et Charles écrit pour le cinéma, et nous retrouvons le même canevas de la pièce (à succès) de Noel Coward. Mais avec un passé pour Mme Arcati, et une plus grande attention sur ses recherches afin de défaire ce qu’elle a involontairement fait.

Et en plus, une résolution de l’intrigue qui, si elle respecte la fin de la pièce (le sort de Charles est identique), n’a plus grand-chose à voir avec le film de Lean de 1945.

 

Encore une fois, on s’amuse beaucoup de cette situation totalement improbable, et Judy Dench, sans toutefois arriver au niveau de Margaret Alexander, s’en tire plutôt bine dans ce rôle un tantinet à contre emploi.

Mais, on peut tout de même se poser la question de la pertinence d’une nouvelle adaptation (la dixième à peu près), soixante-quinze ans après le film si réjouissant de David Lean.

Certes, la reconstitution est intéressante et Hall nous plonge dans l’univers d’Agatha Christie (nous sommes en Angleterre) tel qu’on a pu le voir dans la série Hercule Poirot par exemple, et Stevens, n’est pas non plus sans rappeler, dans son allure Charley Chase (1893-1940).

 

Mais là s’arrête l’intérêt du film, et si on retrouve avec plaisir quelques grands noms du cinéma de l’époque, on ne peut que remarquer que celle qui est la mieux réussie, c’est Hedda Hopper (Georgina Rich), qui a plus parlé du cinéma qu’elle n’en a fait !

Un remake était-il donc bien nécessaire ? Poser la question, encore une fois, c’est déjà y répondre…

 

Alors oui, le film est très drôle, ce qui est déjà beaucoup. Mais est-ce vraiment le film, et pas plutôt la pièce de Coward ?

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Biopic, #Gangsters, #Jacques Audiard
Emilia Pérez (Jacques Audiard, 2024)

Ville de Mexico, Mexique.

Au début, il y a Manitas del Monte (Karla Sofia Gascón), truand notoire mexicain, chef de cartel et tutti quanti. Il est marié à la belle Jessi(ca) del Monte (Selena Gomez) et a deux enfants.

Mais depuis l’enfance, un sentiment le tenaille : il est double. Et il en est sûr : il veut être une femme. Mais quand on est Manitas del Monte, il est difficile d’entreprendre un tel changement sans passer inaperçu, règle numéro des chefs de cartel.

Il fait donc appel à une avocate, Rita Moro Castro (Zoe Saldaña), dont la vie n’est pas folichonne et qui a l’impression de végéter, et surtout qui reste dans l’ombre de son patron pour qui elle écrit les plaidoiries.

Rita abat tous les obstacles, et Manitas meurt (officiellement) et devient Emilia Pérez  (Karla Sofia Gascón).

Seulement Manitas/Emilia a oublié un élément dans son équation : ses enfants. Ils lui manquent.

Elle devient alors leur tante et les accueille chez elle avec leur mère. Mais cette tante est très présente. Trop…

Bien sûr, ce résumé ne prend pas en compte la part lumineuse d’Emilia, mais c’était déjà assez compliqué comme ça…

 

Un film qui dérange l’extrême-droite (1) ne peut pas être mauvais… Et celui de Jacques Audiard est bien loin de l’être ! Non seulement, il développe un thème actuel, mais il le fait sur un sujet où on ne l’attendait pas : qui aurait imaginé un chef de cartel, archétype viril dans l’imagination populaire, vouloir devenir une femme ?

Mais là où on l’attendait encore moins, c’est d’avoir fait de ce film un « Musical » (2), avec chorégraphie (obligatoire, évidemment).

Avec, cerise sur le gâteau, une interprète transgenre en la personne de Karla Sofia Gascón, née Carlos. Et c’est ce dernier élément qui donne toute sa force à l’interprétation et l’intrigue.

 

Nous sommes donc dans un drame musical, mais avec tout de même les éléments de ce qui est à la base du genre : la comédie musicale américaine. Et dès le début, Audiard fait référence à cette époque dorée, et en particulier Singin’ in the Rain (la première séquence chantée avec Rita au marché) et bien  sûr l’inévitable Busby Berkeley (vous irez voir vous-même).

Dès le début aussi, Audiard pose son décor et l’élément incontournable du Mexique : les Mariachi. C’est ce que j’appellerais une faute de goût assumée. Un peu comme s’il disait aux spectateurs : « Nous sommes au Mexique. Passons maintenant à l’intrigue et au cœur du sujet ! »

Bref, il évacue les stéréotypes (3) dès le début pour se concentrer sur cette incroyable intrigue.

 

Et ça marche. Ca marche tellement bien qu’on entre pleinement dans cette histoire, portée tout de même par une interprétation à la hauteur de l’enjeu (élevé). Bien sûr, Karla Sofia Gascón est phénoménale, et pas seulement parce qu’elle a subi cette même transformation. Certes, son allure un tantinet hommasse (quand elle enfile son soutien-gorge)  la prédisposait à ce rôle, mais comme je l’ai déjà écrit ici, de bonnes intentions ne suffisent pas. Parce que si Gascón est éblouissante, c’est aussi parce que celles (surtout) autour d’elles sont au diapason, et en particulier Zoe Saldaña, qui interprète Rita qui est un faux personnage principal, tout en étant indispensable à l’intrigue de premier plan, ce qui justifie sa place tout en haut de la distribution.

 

Et puis nous sommes au cinéma. Alors puisque tout est possible, Audiard s’en donne à cœur joie et filme avec beaucoup de maîtrise cette histoire (improbable ?). Il nous emmène dans le plausible sans tomber dans l’excès, tout en s’amusant. On sourit de certaines situations, et on est même bluffé  avec l’arrivée d’Epifanía (Adriana Paz).

Audiard nous emmène sur une fausse piste incroyable : c’est une vraie fausse piste qui est vraie tout en étant fausse. C’est aussi compliqué que pour les histoires d’agents doubles qui sont triples si ce n’est plus que ça.

Bref, un véritable coup de maître !

 

Toutefois, il est un élément qui se détache radicalement du genre Musical américain, c’est cette idée de rédemption. En effet, en devenant femme Manitas/Emilia change de vie. Mais certains éléments de sa vie d’avant perdurent, liés bien sûr à la violence. Et si elle se lance dans l’humanitaire, ce n’est jamais montré dans une optique salvatrice. Une seule fois, elle exprime une forme de regret de ses exactions passées, mais c’est très fugace. Et même, Emilia este ce qu’elle a toujours été avant : une égocentrique. A l’instar du chef de cartel qu’elle était, elle décide de tout et dirige tout. Même Rita ne peut aller totalement à  son encontre. Et la meilleure illustration de cet état de fait reste la place des enfants, avec la magnifique séquence entre Emilia et son enfant qui ne dort pas encore.

 

Et si, en France, on reste attaché aux termes de « comédie musicale » (terme peu adapté à ce film), on ne peut pas complètement parler de tragédie, même si ça y ressemble beaucoup : la dernière séquence (musicale, ce la va de soi)est là pour le confirmer, avec une bonne surprise pour le public français, doublé d’une grande pertinence.

 

  1. Karla Sofia Gascón a porté plainte contre la nièce de qui vous savez, suite à ses déclarations transphobes.
  2. [mjuːzɪkǝl] comme disent les anglophones.
  3. On pourrait aussi considérer les cartels et le trafic de drogues comme d’autres stéréotypes mexicains…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Mohammad Rasoulof
Les Graines du figuier sauvage (Danaye anjir-e moabad - Mohammad Rasoulof, 2024)

 

1er avril 1979 : Mise en place d’un régime théocratique islamiste en Iran.

16 septembre 2022 : Mort de Mahsa Amini, tuée par la police des mœurs iranienne pour « port de vêtements inappropriés ».

 

Iman (Missagh Zareh) est un bon musulman. Fonctionnaire pour la Justice depuis vingt ans, il vient d’accéder au poste d’enquêteur, qui correspond à peu près à ce que nous appelons juge d’instruction. Il n’est plus qu’à une marche de réaliser son rêve : devenir juge à part entière.

Mais cette nouvelle fonction exige de la discrétion, voire de l’anonymat : Iman l’apprend à ses dépens quand il doit signer l’ordre d’exécution de la peine capitale contre un homme, sans avoir consulté son dossier. Parce que ces enquêteurs ne sont ni plus ni moins que des bourreaux par contumace, aux ordres du pouvoir.

Alors Iman est armé, on ne sait jamais. Malheureusement pour lui, son arme disparaît.

Va alors se développer un climat de suspicion à l’intérieur de sa famille : qui a volé le pistolet ? Sa femme Najmeh (Soheila Golestani) ? Ses filles Rezvan (Mahsa Rostami) ou Sana (Setareh Maleki) ? Quelqu’un de jaloux qui veut le détruire ?

Et tout ça se passe après le 16 septembre 2022…

 

Impressionnant. Fort. Superbe.

Tels sont les trois qualificatifs qui me viennent à l’esprit au sortir de ce film bouleversant, qui mêle avec brio les images véritables de ces événements et certaines reconstitutions. A l’instar des véritables protagonistes de cette tragédie (1), on ne ressort pas indemne de cette extraordinaire réalisation de Mohammad Rasoulof. Il y a une authenticité puissante, quand il dénonce les différents agissements de ce pouvoir vacillant (2), et surtout la violence exercée par la police (officielle ou non !).

Bien sûr, Rasoulof n’est pas passé inaperçu avec ce film, surtout que le Festival de Cannes l’a retenu (3) pour sa programmation et son palmarès : il a été condamné à 8 ans de prison en janvier dernier. Heureusement, il a réussi à fuir son pays pour présenter son film.

Quand y retournera-t-il ?

Et ce film, c’est aussi la description d’un éveil (partiel) de la jeunesse face à un système qu’elle n’a pas choisi et qui se retrouve persécutée par des extrémistes au nom d’un Dieu qui, semble-t-il, est amour lui aussi.

 

Mais cette prise de conscience a d’autres effets qui affectent directement cette famille centrale. La société est-elle en train d’exploser ? Peut-être, mais ce qui est certain, c’est que cette famille part en morceaux depuis qu’Iman a signé le premier ordre : on peut presque dire qu’il s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment !

En effet, la mort de Mahsa Amini entraîne la dislocation de sa famille, du fait de l’entêtement du père et de ses filles : la volonté d’émancipation et de liberté des unes et l’obscurantisme religieux de l’autre.

Et au milieu, la femme, qui est aussi mère.

Femme soumise à ce mari agréable qui gagne quand même bien sa vie, et mère de deux jeunes filles intelligentes qui l’aiment en retour. Bref, la mère d’une famille parfaite (3).

 

Et Rasoulof va prendre son temps (2 h 48 qu’on ne voit pas passer) pour montrer cette désagrégation inexorable, qui s’accélère même temps que celle que vivent les étudiants (et les autres) dans la rue. Iman s’enferme dans le dogme et se cache derrière l’Etat, pendant que ses filles commencent à regimber et remettre en question son autorité.

Et l’élément du destin, la disparition du pistolet va précipiter la destruction de la famille, jusqu’à un point de non retour. Et l’habileté (encore une fois) de Rasoulof, c’est la façon qu’il a de montrer Iman, qui n’apparaît pas – au début tout du moins – comme un intégriste, voire exalté. AU contraire, on peut ressentir une certaine sympathie pour ce bon père de famille qui fait tout pour mettre les siens à l’abri du besoin.

Mais quand il accepte de signer la première fois (ce que nous ne voyons pas), il met le doigt dans l’engrenage et ne peut plus se retirer, s’enfonçant toujours plus loin dans l’infamie. Parce qu’une fois qu’on a goûté au sang, on a envie d’y revenir. C’est bien connu, c’est la première fois qui est la plus difficile pour tuer quelqu’un. Parce que, en signant, même sous couvert d’une autorité, c’est tout de même la mort qu’on décide pour quelqu’un.

 

Alors on commence à douter de cet homme qui nous paraissait tout de même sympathique. Et quand son nom est publié (4), la fuite dans la maison familiale va sceller le destin de cette famille, montant encore d’un cran le degré de désagrégation, et surtout de violence.

Jusque là, la famille avait été à peu près épargnée – à part Sadaf (Nioushka Akhsti), l’amie de Rezvan qui reçoit une décharge de chevrotine avant d’être arrêtée (et tuée ?) – par la violence institutionnelle. Mais une fois la famille seule dans ses murailles (la propriété est fermée par un grand mur), Iman révèle sa vraie nature, celle du régime : les femmes sont mauvaises.

Mais, heureusement pour elles, les trois qui nous intéressent vont réussir à s’en sortir : à quel prix, certes, mais surtout, pour combien  de temps ?

 

La force du film de Rasoulof s’appuie certes sur les véritables témoignages, mais aussi, il a à sa disposition un quatuor d’interprètes phénoménal. Il y a une grande dose d’authenticité dans leur jeu. On y croit sans problème, et si on est époustouflé par le duo Rostami/Zareh qui sont admirables, il ne faut pas négliger la part de Setareh Maleki dans cette interprétation collective : bien sûr, elle est un tantinet en retrait, mais elle est aussi plus jeune et son éveil sera différent, sans être toutefois moindre. Quant à Soheila Golestani, sa prestation de cette femme « comblée » qui s’éveille elle aussi est là encore admirable. Son personnage évolue plus lentement que ses filles, mais une fois ses yeux dessillés, elle ne peut plus accepter aveuglément comme avant. Comme les autres femmes.

 

Et si la fin n’en est pas vraiment une – peut-il en être autrement ? – les dernières images – authentiques là encore – nous permettent d’espérer.

Vraiment ?

 

PS : a priori, il n’y a pas que moi qui ai vu une référence à Shining

 

  1. Qui malheureusement se poursuit…
  2. Un pouvoir qui est remis en question par la rue est naturellement vacillant…
  3. On peut déplacer cet adjectif dans la phrase…
  4. Avec adresse, etc.
Mahsa Amini (2000-2022)

Mahsa Amini (2000-2022)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #David Lean
L'Esprit s'amuse (Blithe Spirit - David Lean, 1945)

« La bigamie, c’est quand on a une femme de trop, la monogamie aussi. » (Coluche).

 

Une femme de trop, c’est ce qu’il arrive à Charles Condomine (Rex Harrison)…

Auteur à succès, il projette un nouveau livre mystérieux et fait appel à Madame Arcati (Margaret Rutherford), medium, afin d’organiser une séance de spiritisme.

Celle-ci se passe tellement bien que la medium perd connaissance !

Et elle a aussi laissé des traces… St surtout une : Elvira Condomine (Kay Hammond), la première femme de Charles, qui est morte d’une pneumonie. Enfin plutôt son fantôme. Mais lui seul peut la voir et lui parler

Et Ruth (Constance Cummings), sa deuxième femme, se demande ce qu’il prend à son mari, qui se met à parler tout seul…

 

Encore, David Lean, qui vient de tourner sa Brève Rencontre (qui sortira cinq mois plus tard), s’est attaqué au théâtre filmé. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il s’en sort très bien.  Mais aurait-on pu en douter ?  Surtout que la pièce de Noel Coward (la troisième qu’ils adaptent ensemble) se prête magnifiquement au cinéma, ayant recours alors aux effets difficilement reproductibles sur une scène tous les soirs (1), surtout 1997 fois de suite (!) dans le West End !

Et Rex Harrison, qui n’est pas encore le professeur Higgins, est un magnifique Charles, british jusqu’au bout des ongles, ce qui est bien normal : nous sommes en plein cœur de l’Angleterre !

Et surtout, c’est Margaret Rutherford qui remporte tous les suffrages !

 

Non seulement, elle est une piètre médium, mais en plus possède, en tant que Madame Arcati, un fort pouvoir comique (involontaire, cela va de soi, sinon, ce ne serait pas drôle) ! On s’amuse de ses passes médiumniques extravagantes et rimées (rythmées, aussi, cela va de soi !), sans qu’elle perde toutefois jamais pied avec la réalité, surtout quand il s’agit d’un « Martini dry »… Et il faut tout le talent de Rex Harrison pour tenir le haut de l’affiche face à une telle interprète.

 

Bien entendu, les deux autres rôles féminins ne sont pas en reste, et si Ruth semble s’effacer face à cette revenante – qu’elle ne peut pas voir – cela ne dure pas.

Tant mieux pour nous d’ailleurs, mais celui qui en fait les frais, c’est bien sûr Condomine qui doit hisser drapeau blanc et faire cesser cette situation, semble-t-il, inextricable.

Alors on recommence avec Madame Arcati…

Mais je ne vais pas développer plus.

Sachez toutefois que Lean, réussit tout de même à sortir un peu ses interprètes de leur décor initial, nous évitant un huis clos presque inévitable.

 

Quoi qu’il en soit, on s’amuse de bout en bout, même près de quatre-vingts ans plus tard : nous sommes bien loin du drame qui va consacrer Lean (encore une fois avec une intrigue de Noel Coward) à la fin de cette même année 1945.

Alors profitons de ce répit léger, qui se déguste comme une de ces friandises, une de celles qu’on se garde pour soi et qu’on savoure en cachette, et qu’une fois goûtée, on ne peut plus y résister, jusqu’à la partager !

 

PS : C’est Noel Coward himself qui présente le film…

 

  1. Passer réellement à travers une personne, par exemple…

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