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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fanstatique, #Wim Wenders
Les Ailes du désir (Der Himmel über Berlin - Wim Wenders, 1987)

« Le ciel au-dessus de Berlin ».

Telle est une traduction possible du titre original. Et dans ce ciel berlinois, il y a des anges. Bien sûr, ils ont des ailes, mais on ne les voit pas vraiment. Ils ont une armure aussi, mais ça, c’est une autre (partie de l’) histoire.

Ils vivent en noir et blanc, véritables esprits visibles seulement par les enfants : normal, ils y croient, eux.

Parmi eux, Damiel (Bruno Ganz), en qui s’opère un changement : il veut vivre. Echanger son immortalité contre une tasse de café, ou croquer une pomme, et pourquoi pas l’amour…

Parce que l’immortalité est grise, sans goût, sans couleur. Et surtout, elle est solitaire.

 

C’est beau. Et même très beau. Ces anges sont la mémoire de Berlin, comme le montre la première de rencontre de Damiel avec Cassiel (Otto Sander). Mais ils sont aussi un soutien pour les humains qu’ils voient vivre. Et mourir. Un soutien et un réconfort subit, comme le confirment les voix intérieures de ceux sur lesquels ils se penchent.

Et Wim Wenders illustre magnifiquement leur présence par des images tournées en noir et blanc. C’est à travers les yeux de ces êtres surnaturels que nous voyons cette ville et ses habitants, avec quelques incursions colorées quand la caméra s’en éloigne ou qu’ils ne sont plus là.

Et progressivement, la couleur va envahir le film, prenant la place du noir et blanc à mesure que l’intrigue se dénoue. Le noir et blanc devenant alors sporadique, avec un Cassiel seul. Désespérément seul.

 

Et puis il y a Peter Falk. Dans (presque) son propre rôle. Bien sûr, tous les gens autour de lui l’identifient à Columbo. Mais il n’en a cure : il est ici pour tourner un film. Et quel film : on y trouve des soldats allemands (SS ?), des réfugiés juifs, un jeune hitlérien… Le tout dans Berlin ! Et encore une fois, ce n’est pas gratuit : en plus des anges, les images conservent la mémoire de la ville. Outre ce film en tournage, Wenders insère des images d’actualités (anciennes) de Berlin ravagé en mai et juin 1945, sans occulter les morts, même (surtout ?) les enfants.

Et Peter Falk, sorte de guest star sur ce film n’en est pas moins un personnage capital. Il est l’instrument du Destin, celui qui va permettre à Damiel de se jeter à l’eau. Son passage d’un monde à l’autre est d’ailleurs magnifiquement montré : il se situe dans le no man’s land entre les deux parties de Berlin. Mais un no man’s land étonnant : blanc. Il a bien sûr ses soldats, mais comme les anges sont invisibles…

 

[NB : Des éléments de résolution de l’intrigue vont suivre. Soit vous passez votre chemin jusqu’à ce que vous ayez vu le film, soit vous continuez.]

 

Sauf pour les enfants (voir plus haut).

Et les enfants sont un autre élément primordial dans cette intrigue un tantinet fantastique. Dès les premiers  plans, Wenders nous les montre. Certains vont même jusqu’à leur parler. On pense tout de suite à ces (très) jeunes enfants qui « sourient aux anges ». Ce sont aussi eux qui vont accueillir (malgré eux) Damiel une fois qu’il a renoncé au ciel.

Certains ont vu dans Damiel une allégorie concernant Lucifer, l’Ange déchu. Mais s’il y a un Lucifer dans cette histoire, c’est bel et bien Peter Falk qui l’incarne.

 

Ancien ange, c’est lui qui encourage Damiel à franchir le pas, lui vantant les mérites de la vraie vie et ses sensations. Mais une fois le choix entériné, Damiel se rend compte qu’il n’aura rien de plus que ce qu’il vit. Les (fausses) promesses de révélation qu’il lui a fait miroiter vont rester lettre morte : pour deux raisons : Peter Falk doit tourner une scène, et de toute façon il lui dit qu’il doit faire sa propre expérience. Damiel est tombé dans son piège. Mais heureusement, sa vie est belle.

La raison pour laquelle j’identifie aisément Falk à Satan, c’est surtout parce qu’il va sortir le même baratin à Cassiel, qui ne va pas rentrer dans son jeu.

 

Cassiel est l’autre ange pertinent de cette histoire. Alors que nous voyons souvent Damiel sourire quand les choses se passent bien, ou qu’un enfant le regarde, Cassiel, lui, ne soutit jamais. De plus, il a hérité de personnages peu comiques. Entre Homère (Curt Bois) et le jeune homme en haut de l’immeuble, peu d’occasion de se réjouir.

Mais surtout, c’est sa solitude qui frappe. Alors que Damiel est prêt (et passe à l’acte) à vivre, lui ne tombe pas dans le piège satanique. Mais On sent que cette solitude – assumée – lui pèse, comme montré pendant le concert de Nick Cave (Nick Cave).

 

Je terminerai en disant que c’est l’immense Henri Alekan qui assure les images – pas le premier venu – et qu’il donne même son nom au cirque dans lequel évolue la belle (et regrettée) Marion (Solveig Dommartin).Son travail est absolument admirable, comme souligné dans la version (restaurée) que j’ai visionnée.

 

 

PS : on notera la présence de Laurent Petitgand dans le rôle du chef d’orchestre du cirque. C’est lui qui a composé la musique originale, très pertinente. Autre interprète inattendu : Chick « Facteur » Ortega, qui s’appelait alors Chico Rojo Ortega.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Cédric Jimenez
Novembre (Cédric Jimenez, 2022)

 

Vendredi 13 novembre 2015.

Une journée ordinaire se termine. Et pour certains, c’est même la fête : l’équipe de France de football joue au Stade de France, et les Eagles of Death Metal au Bataclan.

C’est au SDF que tout commence : trois terroristes se font exploser pendant que le match se poursuit.

Après, ce sera un commando qui va tuer des gens en terrasse de cafés, et un dernier pour les spectateurs du Bataclan.

Au total, 130 morts et 413 blessés. Il s’agit de l’une des rares fois où l’actualité m’a fait pleurer. Que voulez-vous, je suis sensible…

Le président (François Hollande) s’exprime, pendant qu’en coulisse la police anti-terroriste s’affaire, dirigée par Fred (Jean Dujardin) et Héloïse (Sandrine Kiberlain).

 

Encore une fois, Cédric Jimenez exploite un sujet d’actualité qui, 10 ans après, n’est pas près d’être oublié. Il faut dire que cette année 2015 a été marquée par les attentats islamistes : commencée le 7 janvier avec l’assassinat des membres de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher (je n’oublie pas Ahmed Merabet & Clarissa Jean-Philippe), elle se termine par une tuerie de masse.

Mais là où Jimenez est habile, c’est de ne rien montrer véritablement de l’horreur : seuls quelques victimes hospitalisées sont (à peine) montrées : juste de quoi donner quelques éléments pour l’intrigue.

 

Parce que nous sommes au cinéma, ne l’oublions pas. Dès l’ouverture, d’ailleurs, nous sommes prévenus : c’est une fiction. Inspirée de faits réels, certes, mais ce n’est pas la vérité. D’ailleurs, cela ne nous intéresse pas.

Par contre, ce qui est vrai, c’est qu’à nouveau Jimenez rend hommage aux forces de l’ordre qui ont opéré pendant les cinq jours qui ont suivi, découpant son film avec l’intertitre « NOVEMBRE », suivi du numéro du jour.

Et si Fred& Héloïse sont identifiés comme « héros » du film, c’est avant tout le travail des gens de l’ombre qui est ici exposé : infiltrés, anonymes…

On découvre progressivement le filet tendu par cette brigade dans les milieux islamistes.

 

Mais ces héros de l’ombre restent tout de même humains. Ils doutent et surtout se trompent. C’est le cas ici d’Inès (Anaïs Demoustier, formidable elle aussi) qui fait fi de la procédure pour privilégier l’initiative personnelle, avec le risque d’annuler toute l’action. Et cette précipitation va aussi se retourner contre elle quand un témoin spontané va se présenter : la méfiance engendrée par sa première « intuition » n’est pas étrangère au temps perdu à prendre au sérieux la jeune femme (Lyna Khoudri).

 

Au final, on a un film, encore une fois très bien ficelé où les différents protagonistes ne sont pas des personnes extra-ordinaires mais bel et bien des humains, avec leurs forces, mais aussi, heureusement (?), leurs faiblesses.

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Western, #Christopher Cain
Young Guns (Christopher Cain, 1988)

Ils sont six.

Ils sont jeunes.

Ils sont (presque tous) beaux.

Et ils savent manier le revolver.

Mais ces drôles de pistolets ont un autre point commun : John Tunstall (Terence Stamp).

John Tunstall (1953-1878) les a sortis de leur situation – misérable – et leur a proposé à tous de travailler sur son exploitation. En plus, il les a éduqués et leur propose donc une chose qu’ils pensaient ne jamais avoir : un avenir.

Malheureusement, Tunstall est seul face au « cartel » dirigé par Lawrence G. Murphy (Jack Palance) : ce dernier fait abattre Tunstall, déclenchant alors la guerre de Lincoln qui verra le cartel tenter d’éliminer cette bandes de jeunes pistoleros qui ne rêvent que de venger leur bienfaiteur.

 

Comme toujours, c’est alors qu’on croit le western agonisant qu’il revient en force (1). D’autant plus que Christopher Cain reprend l’un des personnages les plus mythiques du genre : William H. Bonney, plus connu sous le pseudonyme de Billy the Kid (Emilio Estevez). Mais Cain – nous sommes au cinéma, ne l’oubliez pas – reprend, avec l’aide de John Fusco (au scénario), cette histoire déjà bien adaptée au cinéma, les personnages – dont l’inévitable Pat Garrett (Patrick Wayne, le fils de) – et les lieux de cette histoire véridique, la modifiant juste assez pour en faire une nouvelle légende de l’Ouest.

Et encore une fois, le spectateur se range (presque toujours) du côté de Billy, malgré certaines fêlures apparentes qui se développent. Parce que, qu’on le veuille ou non, Billy the Kid est un psychopathe notoire, et pour lui, tuer est une activité comme une autre, surtout qu’elle a une base sinon légale, tout du moins légitime. A ses côtés, Cain nous montre une bande de jeunes garçons perdus, et encore plus avec l’assassinat de leur mentor.

 

Et ces jeunes gens ne sont pas tous du calibre du Kid. De l’autre côté, nous trouvons Richard « Dick » Brewer (Charlie Sheen, le frère d’Emilio !) et Doc (Kiefer « Jack Bauer » Sutherland), plus raisonnables et modérés. Et au milieu, Charlie Bowdre (Casey Siemaszko) et « Dirty Steve » Stephens (Dermot Mulroney).

Si vous avez bien compté, nous en sommes à cinq. En effet, il reste Chavez (Lou Diamond « Ritchie Valens » Philips), métis indo-mexicain, dont la culture et les motivations sont autres. Son statut de métis est d’ailleurs (un peu) exploité, surtout dans ses rapports avec Stephens (un tantinet raciste), rappelant l’instabilité et surtout la méfiance vis-à-vis de ces personnes qu’on avait tendance à considérer comme « impures » (2).

Pourtant, même si Billy est le personnage central de l’intrigue, Chavez en est l’élément indispensable : c’est lui qui, à  chaque fois, va permettre à ces « jeunes gâchettes » (1), de s’en sortir, toujours de façon spectaculaire.

 

Bref, Cain dirige avec bonheur – et maîtrise – sa « bande de jeunes », et revisite à son tour cette histoire archiconnue. Et comme nous sommes au cinéma, il prend des libertés avec la vérité historique pour en faire une réalité spectaculaire.

Et comme nous sommes dans un vrai western, nous avons droit au duel final entre le héros (Billy) et son pendant méchant (Murphy).

Par contre, comme le western s’est modernisé, les règles ont évolué et ce duel est un petit peu différent.

Je ne vous donnerai pas l’issue de ce duel, mais sachez que Murphy est mort d’un cancer à Santa Fe. Quant à Billy, c’est toujours le 14 juillet 1881 qu’il a été tué. Mais ceci est une autre (véridique) histoire…

 

  1. Né avec lui, c’est avec le cinéma qu’il mourra. PAS AVANT !
  2. On retrouve cette même notion dans la saga Harry Potter.
  3. Traduction possible du titre.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #François Truffaut
La Mariée était en noir (François Truffaut, 1968)

Julie Kohler (Jeanne Moreau) se déplace. Un jour à Cannes, un autre à Biviers, ou encore dans les Alpes, à Paris…

En fait, elle traque des hommes. Cinq hommes qui lui ont volé sa vie : alors qu’elle sortait de l’église Saint-Lambert de Vaugirard, un coup de feu retentit et David (Serge Rousseau), son mari, s’écroule, mort. Ces cinq hommes, un tantinet éméchés sont responsables de cette balle perdue.

Maintenant qu’elle les a trouvés, elle les élimine, froidement, obstinément.

 

Voici certainement l’un des meilleurs films de Truffaut. Il faut dire que déjà, il ne joue pas dedans… Toujours est-il qu’encouragé par son livre sorti l’année précédente, il se met à tourner à la façon de son maître cette histoire de vengeance dans le courant de 1967. Et il reprend Jeanne Moreau, l’une des égéries de cette « nouvelle vague », cinq ans après Jules et Jim pour interpréter cette tueuse envoûtante. Envoûtante certes, mais surtout froide. Un peu trop d’ailleurs ce qui se ressent sur son jeu : univoque et uniforme. On dirait (presque) qu’elle imite la diction du réalisateur !

 

Pourtant, tout le reste est impeccable, et comme chez Hitch, ce n’est pas la recherche du coupable qui nous intéresse – d’un côté, c’est elle, de l’autre ce sont eux - ni spécialement ses motivations qui arrivent lors du troisième meurtre – Morane (Michael Lonsdale) étouffé dans le cagibi sous l’escalier – mais bien son modus operandi, et surtout si elle arrivera au bout de son œuvre ! Parce que là, Truffaut glisse une difficulté imprévue dans son parcours : Delvaux (Daniel Boulanger), comme tout bon ferrailleur qui se respecte est un truand notoire arrêté par la police juste avant sa rencontre – fatale – avec Julie.

 

Quoi qu’il en soit, ça fonctionne plutôt bien pour elle – elle tue sans remords ni regret – et pour nous – la fascination mortifère est bien là. Mais il manque tout de même quelque chose. Il n’y a que très peu de suspense. En tout cas, beaucoup moins que chez Hitch, et surtout, la tension indispensable n’est pas assez élevée.

Et je pense que c’est là que le bât blesse : le jeu froid et invariable de Jeanne Moreau freine l’intrigue et peut lasser le spectateur – j’en connais !

 

Pour ma part, j’aurais aimé qu’il s’appesantisse plus sur ces cinq hommes qui deviennent meurtriers – et complices parce qu’un seul presse la détente – par accident : que ce soit après leur fuite (1) ou au moment de mourir. Le seul qui a la possibilité de s’exprimer – et qui nous explique donc la raison des voyages de Julie – c’est encore une fois Morane, véritable personnage pivot du film. Et celui qui aurait véritablement mérité un développement plus conséquent, c’est Fergus (Charles Denner) : si Morane exprime des regrets – tardifs – sincères, Fergus a été rongé par cette épreuve au point de ne pas reconnaître cette femme dont il a – involontairement – brisé la vie.

Tant pis.

 

Au final, c’est film de très bonne facture, mais malgré tout, un Canada Dry : ça ressemble à du Hitchcock, ça a la couleur du Hitchcock, mais c’est du Truffaut (2)…

 

  1. Qui est d’ailleurs très bien rendue.
  2. Comme disait mon ami le professeur  Allen John : « un Truffal, des Truffaut. »

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #W.W. Young
Alice au Pays des Merveilles (Alice in Wonderland - W.W. Young, 1915)

Alice (Viola Savoy), est une (grande) petite fille. Elle va se promener avec sa grande sœur et s’endort quand elles font une pause. Arrive alors un lapin blanc (Herbert Rice) qui l’encourage à l’accompagner au Pays des Merveilles.

Une fois au fond de son gîte, elle va vivre une aventure extraordinaire, avec des animaux, un chat qui sourit, un chapelier fou (William Tilden), une chenille et bien sûr la Reine de Cœur qui n’a qu’un seul mot d’ordre : « Qu’on lui coupe la tête ! ».

 

W.W. Young n’était pas un cinéaste mais un psychologue pour enfants, et son film, s’il ne s’illustre pas par ses prouesses techniques, n’en demeure pas moins une belle adaptation du formidable roman de Lewis Carroll. Certes, Viola Savoy a presque 10 ans de plus que son personnage (15 ans), mais cela importe peu : le rêve attendu est là.

Comme Young n’est pas cinéaste, les plans s’enchaînent avec un montage qui n’est pas toujours précis, mais surtout, ce sont toujours des plans d’ensemble qui nous sont proposés (1).

 

Qu’importe, parce qu’avant tout, Young veut un film pour les enfants, son public de prédilection. Et son adaptation du roman va suivre (à peu près) les différentes péripéties ainsi que les illustrations originales de Sir John Tenniel (2), utilisant des costumes – supervisés par Charles R. Macauley qui a aussi beaucoup travaillé sur les décors… Sans oublier la production ! Et le résultat est très beau (en ce qui le concerne).

Malheureusement pour nous, si les images sont quasiment toutes en très bon état (le film a été restauré en 2015), il en manque !

Les transformations d’Alice et des éléments de la suite (À travers le Miroir), ont été irrémédiablement perdus. Alors il ne reste pas beaucoup de trucages : une surimpression quand Alice quitte sa sœur pour retrouver le lapin blanc, et les différentes apparitions/disparitions du chat de Cheshire.

On regrette vraiment la perte de ces séquences (annoncées par certains intertitres), et surtout Humpty Dumpty qui est sur l’affiche originale mais se fait bougrement désirer !

 

La seule liberté prise par Young par rapport à l’intrigue originale, c’est le contexte qui précède l’endormissement d’Alice.

En effet, sa maman (Lotta Savoy, la mère de Viola, je suppose) a préparé des tartes (3), nous faisons la connaissance de Dinah (son chat, qui n’est d’ailleurs pas nommé), et en chemin, les deux sœurs rencontrent un lapin blanc.

Et là, c’est Young en tant que spécialiste qui s’adresse au public (4) : ces différents éléments vont être des éléments déclencheurs du rêve « merveilleux » d’Alice.

 

Malgré les séquences manquantes, il nous reste une adaptation très propre et très fidèle : ça arrive aussi au cinéma.

 

Comme quoi, tout est possible !

 

  1. Nous sommes bien loin de Griffith !
  2. Jack Davis (1922-2016) sur un scénario d’Harvey Kurtzman (1924-1993) a lui aussi illustré une autre adaptation… Pour Mad !
  3. Celles qu’on va retrouver dans l’épisode avec la Reine de Cœur.
  4. Rassurez-vous, on ne le voit pas !
Sir John Tenniel (1820-1914)

Sir John Tenniel (1820-1914)

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Fanstatique, #Drame, #David Cronenberg
The dead Zone (David Cronenberg, 1983)

Quand Stephen King, maître incontesté de l’épouvante, rencontre David Cronenberg, on peut s’attendre à une rencontre au sommet : c’est le cas.

 

Castle Rock, New Hampshire.

John Smith (Christopher Walken), professeur de littérature, est victime d’un accident de la route, dû à un routier somnolent. Quand il sort du coma, cinq ans se sont écoulés. Il n’a plus de boulot, et Sarah (Brooke Adams), sa fiancée, a refait sa vie : elle est mariée et a un enfant.

S’il a (presque) tout perdu, il a quand même gagné quelque chose : en touchant quelqu’un, il peut voir en cette personne. Son passé – le docteur Weizak (Herbert Lom) – son présent – l’infirmière – et son futur – Chris (Simon Craig). Mais si le passé et le présent ne sont plus contrôlables, le futur, quant à lui, l’est : c’est ça, la « dead zone »  du titre.

 

Le rencontre annoncée était donc inévitable. Et malgré une mésentente sur le scénario – celui de King, qui a travaillé dessus à un moment, était trop violent – le résultat est plus que probant. Il faut dire que les univers de ces deux maîtres sont très compatibles. Et le résultat est là. Il faut dire que la présence de Christopher Walken est l’un des atouts du film : son sourire, qu’on avait véritablement découvert dans Voyage au bout de l’Enfer, est tour à tour une défense comme un début d’attaque.

Et là encore, un bon premier rôle n’est rien s’il n’y a personne pour le soutenir : tous d’Herbert Lom à Martin Sheen (Stillson, le politicien aux méthodes syndicales éprouvées) sont à la hauteur de l’événement. Avec en prime quelques rôles plus effacés – Sonny (Géza Kovacs), pour ne citer que lui – indispensables à l’intrigue.

Bref, Cronenberg a à sa disposition des interprètes de (haute) qualité qui lui permettent de « dérouler ».

 

Le titre français est très trompeur, parce que si les prémonitions de John, pour la plupart, sont des situations en rapport avec la mort, cette dead zone se traduirait plutôt par angle mort, comme celui des voitures auquel vous devez faire attention quand vous déboîtez ! D’ailleurs, John utilise aussi l’expression « blind spot » (= endroit aveugle) qui s’y applique tout autant.

Et ce terme (original) est très bien choisi parce que, à l’instar de cet angle mort, John n’a aucun contrôle dessus. Mais ici, il prend de plus en plus de place, comme prévu par Weizak, avec les effets néfastes que je vous laisse découvrir si ce n’est pas encore le cas.

Et le choix de l’adjectif dead (mort) n’est pas non plus anodin en ce qui concerne l’intrigue, puisque la mort est toujours au rendez-vous, plus ou moins manqué.

 

Et on sent que Cronenberg a pris du plaisir à réaliser ce film. On y retrouve la dimension un tantinet fantastique inhérente à nombre de ses films, qui se marie parfaitement avec l’univers de King. Certes, le personnage principal n’est pas écrivain mais il enseigne tout de même la littérature. D’ailleurs, l’utilisation récurrente du Corbeau de Poe est là encore très pertinente.

N’ayant pas lu la nouvelle originale, je ne m’étendrai pas sur son adaptation, mais je ferai tout de même un rapprochement avec un roman postérieur du même King : 22/11/63.

A nouveau, il est question d’abattre un homme politique, mais pas n’importe qui : celui qui fut tué à cette même date à Dallas, JFK.

Ici, Stillson n’a pas la même envergure puisqu’il n’est que candidat au sénat, mais Smith va tout de même tenter d’influencer son futur, qui s’annonce franchement noir !

Je ne vous dirai pas s’il y arrive ou non, même si vous pouvez en avoir une idée aisément. Et Martin Sheen est le méchant idéal dans ce genre d’histoire : sa façon de traiter avec la presse est un exemple magnifique de sa méthode d’arriver au pouvoir (« démocratiquement »), rappelant certaines pressions syndicales comme on en trouve chez Kazan, par exemple.

Et cet aspect social est accentué par le port systématique du casque (à son effigie) et sa tenue de chantier lors de ses sorties publiques.

Et l’analogie entre les deux histoires ne s’arrête pas là. Par contre, moi si, autrement je vais vous révéler toute l’intrigue…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Ken Loach
The Old Oak (Ken Loach, 2023)

Murton, Durham County, England.

2016.

Un bus amène des réfugiés syriens dans cette « banlieue » éloignée (de Newcastle ou Sunderland ?). Tout de suite, une animosité point, qui ne quittera pas le « village » dont la principale activité était la mine, tombée en désuétude voire abandonnée à partir de 1984. Et pas seulement à cause des accidents.

T.J. Ballantyne (Dave Turner), qui tient le dernier pub – the old Oak – de la ville a vu ces changements, a servi les mineurs qui sont ensuite devenus des chômeurs. Mais lui accueille ces « migrants » (comme on dit), mettant même à leur disposition – ainsi qu’à la communauté – son arrière-salle qui n’a pas servi depuis une vingtaine d’années, quand l’activité syndicale était encore une réalité et l’espoir toujours dans les yeux des travailleurs menacés.

Aujourd’hui, l’espoir a disparu et ces étrangers sont mal perçus par ceux qui, malgré eux, sont dans la même situation : pauvreté, faim et désespoir.

Mais malgré tout, il reste un tout petit peu d’espoir dans l’œil d’une nouvelle arrivante, Yara (Ebla Mari), qui arrive avec sa famille – sans son père en prison – et son appareil photo. C’est avec cet œil qu’elle veut encore voir l’espoir.

 

Est-ce le dernier film de Ken Loach ? (1) J’espère que non, mais faute de savoir, il faut le voir – et le vivre –comme si c’était le dernier. Et – encore une fois, c’est une apothéose. On y retrouve tout ce qui a constitué son cinéma, l’aspect social des relations humaines, mâtiné d’une nouvelle dose d’actualité héritée de la mondialisation : les réfugiés. Et Loach, en plus de montrer certaines similitudes entre ces nouveaux arrivants et les « Anglais de souche » (2) : la misère essentiellement entre ceux qui ont tout perdu à cause de la guerre, et les autres à cause du capitalisme débridé (merci Thatcher et les autres !). Et il semble le seul à le voir !

Tout comme il est le seul – au début en tout cas – à voir cette similitude dans le combat pour la vie qu’il va ranimer avec Yara : il faut survivre et pour cela, il faut être ensemble et, comme le dit l’un des slogans des luttes passées, « manger ensemble » !

 

Parce que manger est la préoccupation première de tous. La réouverture de son arrière-salle en cantine devient alors le véritable espoir de cette banlieue lointaine qui l’est encore plus depuis que l’Etat s’en est retiré. Certes, nous sommes au nord-est de l’Angleterre, mais la situation ainsi que l’architecture des maisons rappelle des situations similaires dans le Nord de la France, ces Hauts-de-France que l’Etat français a peu à peu abandonné, diminuant progressivement les services publics comme peau de chagrin. Alors cette histoire de solidarité devient universelle, et Loach, malgré tout veut croire à cet espoir essaimé par Yara et TJ.

Et cet espoir va un tantinet à l’encontre de la tendance communautariste qui s’implante un peu partout dans l’Angleterre : c’est parce qu’on se tourne vers les autres, qu’on partage et qu’on est TOUS ensemble que les choses peuvent changer.

 

Mais la route est longue et semée d’embûche pour y arriver – si jamais on y arrive. La première difficulté est bien sûr la xénophobie qui s’exprime par un racisme plus ou moins ordinaire : « je ne suis pas raciste mais… » est là encore proféré, et s’il n’est pas question « étrangers qui viennent nous enlever le pain de la bouche » (3), c’est avant tout parce qu’il n’y a pas de pain !

Et cette situation de misère (cachée) est très bien exposée lors du premier repas servi dans cette cantine névralgique : le jeune Max (Alex White) prend son repas dehors, à l’abri des regards, parce qu’on a sa fierté, tout de même.

Et TJ exprime magnifiquement son geste : ce n’est pas de la charité, mais de la solidarité ! Ce que ses « amis » (4) du pub ne comprennent pas, regardant ces étrangers par le petit bout de la lorgnette et ne voyant en eux que des terroristes musulmans.

Et puis il y a les images. Loach a choisi des teintes grises qui donnent à son film une impression constante de noir et blanc, contredite sporadiquement par les pantalons en jean (5) ou encore les rares carrés d’herbe encore présents dans cet environnement urbain. Ces teintes colorées sont de (trop) rares bouffées d’oxygène dans cet univers de désespoir. C’est avant tout dans les couleurs qu’il faut donc trouver l’espoir qui manque à tous ces gens.

Et Loach va utiliser cela avec beaucoup de maîtrise réservant la plupart du temps les séquences colorées pour ces étrangers : à l’instar de l’œil de Yara, ils sont l’espoir pour cette communauté qu’ils viennent intégrer.

 

  1. A chaque fois, c’est ce qu’il annonce. Il a maintenant 88 ans, ça se pourrait bien.
  2. L’un d’eux, raciste notable violent, se prénomme Rocco (Neil Leiper)…
  3. Autre antienne nauséabonde fréquente dans certains pubs anglais et cafés français…
  4. « Clients » devient une acception plus juste alors, pour ces gens-là…
  5. Textile ouvrier s’il en est !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Gangsters, #Guy Ritchie
Arnaques, Crimes et botanique (Lock, Stock and two smoking barrels - Guy Ritchie, 1998)

500.000 livres sterling.

4 copains.

3 cartes de poker.

2 fusils de collection.

1 collecteur de fonds.

 

Eddy (Nick Moran) est un petit arnaqueur, mais avant tout un prodige du poker à trois cartes. Sauf quand un adversaire triche. C’est le cas de Hatchet Harry (P.H. Moriarty – avec un nom pareil, le rôle du méchant est assuré !) qui non seulement lui prend les 100.000 livres qu’il a amenées mais en plus lui prête les 500.000 annoncées. Qu’il va devoir rembourser, sinon…

Avec Tom (Jason Flemyng), Soap (Dexter Fletcher) & Bacon (Jason « Turkish » Statham) il va monter un coup pour pouvoir rembourser ce terrible créancier (1).

Les fusils ? Ce sont ceux que convoite ce même Harry, et pour lequel deux petits malfrats (Victor McGuire & Jake Abrahams) vont cambrioler une grande propriété.

 

Guy Ritchie fait ses premières armes en long métrage, et il faut avouer que c’est parfaitement réussi. C’est très bien fait, l’intrigue est très bien ficelée, les interprètes au niveau de l’enjeu, et en plus, c’est drôle. Bref, vingt-six ans après, on se rend compte que Ritchie faisait déjà du Ritchie (2) !

Déjà, les gangsters ont des noms pittoresques ; déjà le plus redoutable (Harry) possède une lame dans son surnom (3) ; déjà Alan « Bricktop » Ford est là : c’est lui qui nous narre cette aventure improbable. Et surtout, nous découvrons deux autres figures qui seront-elles aussi dans son prochain film : outre Jason Statham, c’est Vinnie « Bullet-tooth » Jones (Chris), dont ce sont les premiers rôles importants. Chris, c’est le collecteur de fonds, l’instrument du Destin.

Et déjà, les gangsters, pour la plus grande partie d’entre eux, sont des minables.

 

Bref, il s’agirait presque d’une répétition de Snatch, mais en beaucoup plus simple. Avec aussi un résultat aussi calamiteux et meurtrier. Mais tellement jouissif !

Ayant déjà parlé ici du film suivant, je risque de me répéter. Tant pis.

Encore une fois, il y a une histoire d’amitié entre petits gangsters anglais. Et du gibier trop gros pour ces mêmes jeunes gens ! Certes Harry n’a pas la méchanceté intrinsèque de Bricktop, mais il n’en demeure pas moins un très rude adversaire. D’ailleurs, à part les quatre et les deux voleurs de fusils, ce sont tous ce qu’on pourrait appeler des pointures du milieu londonien. Des gens dont on n’aimerait pas faire la connaissance, même à un gala de charité !

Et c’est bien sûr le décalage entre le caïd et les autres qui fait tout le sel du film. Déjà (encore une fois) ce sont les minables qui font pencher la balance du mauvais côté (pour Harry & C°) mais avec tout de même une fin un tantinet scorsesienne, puisque ces quatre amis ne vont pas beaucoup évoluer : le seul changement qui va arriver (inévitablement), c’est le déménagement d’Eddy, puisque sa maison est un petit peu encombrée… De cadavres ! [NB : malgré son penchant appuyé pour l’alcool, ces cadavres ne sont pas des bouteilles vides !]

 

Et la botanique ? On la trouve chez une autre bande de copains jardiniers. Enfin pas des jardiniers courants : ils cultivent des plants de ganja qu’ils revendent à prix d’or. Leur rôle dans tout ça ?

Allez voir…

 

Un régal !

 

  1. Il ne s’appelle pas « The Hatchet » (« la Hache ») pour rien…
  2. Evidemment, à l’époque, on ne le savait pas encore !
  3. Le prochain sera Boris « The Blade » Yurinov (Rade Serbedzija).

 

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