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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Chronique, #Jeff Nichols
The Bikeriders (Jeff Nichols, 2023)

Alors qu’il regarde L’Equipée sauvage, Johnny (Tom « Venom » Hardy) a une idée : créer un club de motards. Pour parler moto, rouler en moto… Etre moto. Bientôt, il dirigera les Vandals de Chicago. Autour de lui, on trouve des types dans son genre : Brucie (Damon Harriman), Cockroach (Emory Cohen), Zipco (Michael Shannon), etc. Et Benny (Austin « Elvis » Butler).

Et si l’intrigue raconte l’histoire de ce club pendant moins d’une dizaine d’années, c’est aucun de tous ceux-là qui la narre : c’est Kathy (Jodie Comer), petite amie puis femme du charismatique Benny, répondant à Danny Lyon (Mike Faist), photoreporter qui va peut-être en faire un livre…

 

Dès l’introduction, nous savons que ce livre a été publié, et nous aurons même le droit d’en voir quelques photos à la fin, quand tout sera dit. IL est clair que si les motos vous laissent de marbre, vous pouvez passer votre chemin. Mais malgré tout, vous rateriez peut-être quelque chose.

Si Jeff Nichols situe son film à cheval sur deux décennies, c’est surtout entre le film de Laszlo Benedek susmentionné et Easy Rider de Dennis Hopper que les spectateurs comme moi vont le placer. Non pas du point de vue temporel, mais plutôt spirituel.

 

En effet, ces deux films sont les deux seuls explicitement mentionnés et d’une certaine façon vont délimiter le temps de la narration du film. Je m’explique.

L’Equipée sauvage est mentionnée pour la création du club un peu après le début, alors que Easy Rider apparaît un peu avant la fin, répondant presque en miroir à son aîné.

Et la période pendant laquelle se déroule l’intrigue permet à Nichols de montrer comment on est passé d’une mentalité à une autre, avec en année charnière 1969.

1969, en plus d’être une année chantée par Serge Gainsbourg, est surtout l’apogée de ce changement sociétal mondial – pas seulement aux Etats-Unis – basé sur une utopie magnifique d’amour universel et qui culminera à Woodstock (15-18 août). Avant de se terminer dans la violence (et la mort) à Altamont (6 décembre).

 

Dans le film, on sent que le club de Johnny en suit le même chemin. C’est une belle idée au démarrage. Une belle idée qui va fleurir (1) et se faner alors que la société elle aussi évolue : quand le film se fini, nous sommes en 1973, à l’aube d’une autre changement  - beaucoup plus durable : le choc pétrolier.

Et comme pour le mouvement hippie, c’est la mort qui va entraîner la fin, voire la corruption. Ici, c’est celle, accidentelle, de Brucie. Une voiture qui sort de son allée sans regarder si quelqu’un arrive. C’est bête. Comme tous les accidents (1). Mais avec la mort de Brucie, personnage plutôt terne comparé à Benny ou Johnny, c’est le début de la fin. Comme à Altamont, les motards ne sont plus ceux d’avant : la violence s’est fortement insinuée, et surtout durablement. Mais que l’on ne s’y trompe pas : Johnny et sa bande ne sont pas des enfants de chœur : s’il faut se battre, tout le monde est là. De même, à l’instar de Marlon Brando chez Benedek, Johnny a compris la peur qu’inspirait sa propre équipée.

 

Au final cela nous donne un film bien ficelé, porté par des interprètes au diapason, qui nous ramène à cette époque devenue mythique (voire culte) où tout semblait possible.

Semblait, bien sûr, parce que nous savons bien ce qu’il est advenu…

 

  1. Est-ce la Flower power ?
  2. Si c’était intelligent, on ne parlerait pas d’accident.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Patrick Bouchitey
Lune froide (Patrick Bouchitey, 1991)

Ca commence par une redondance : « Lune froide ». La lune étant l’astre de la nuit, c’est à tout sauf à la chaleur qu’elle nous fait penser.

Ensuite, c’est un nouveau voyage au bout de la nuit qui nous est proposé, l’errance de deux personnages singuliers, Dédé (Patrick Bouchitey) et Simon (Jean-François Stévenin), quelque part entre ciel et mer.

Mais si c’est un voyage, ce n’en est pas pour autant un road movie : si Dédé et Simon se déplace, ce n’est pas beaucoup, mais surtout, entre le début et la fin, il n’y a pas d’évolution.

Paumés ils ont commencé, paumés ils resteront.

 

Scandaleux à sa sortie, culte auprès des aficionados de Bukowski, Lune froide est un film qui ne laisse pas indifférent. C’est, d’une certaine façon, une claque (1) que le spectateur reçoit. Et comme toute claque, elle a un impact, positif ou négatif. Certes, Bouchitey et Jackie Berroyer (le curé) ne font pas dans la dentelle quand ils adaptent le court-métrage du premier pour en faire un long. On pourrait dire que tout est évoqué : la vie, la mort, les femmes, le sexe, le handicap, la famille, la religion… « Name it, we’ve got it ! » disait une enseigne britannique.

Mais pour chacun des éléments, les deux scénaristes ont tendance à les exploiter jusqu’au bout, ou tout du moins, jusqu’à l’insupportable. Ou presque !

On comprend facilement que certains spectateurs venus voir le film du « père Aubergé » aient été décontenancés par cette errance qui flirte (et plus si affinités) avec le sacrilège : entre la dégustation du vin de messe (2) sur place dans le calice consacré et le vol de cadavre et ce qu’il s’en suit, on peut comprendre que certain€s furent choqué(e)s.

 

Quoi qu’il en soit, Patrick Bouchitey s’en tire avec les honneurs : son film, servi par un très beau noir et blanc, justifie pleinement son titre.

Même si le soleil brille et chauffe, et que le bois brûle facilement, à aucun moment on ne ressent de la chaleur. Tout est à l’image de cette lune qui prend son essor : blafard et froid.

La seule chaleur qui pourrait se dégager, c’est celle de l’amitié entre ces deux hommes aussi paumés l’un que l’autre, avec un très léger avantage pour Dédé.

Ce sont deux pauvres types qui se sont rencontrés et qui ne se quitteront jamais. Un vieux couple qui n’est pas marié et qui se dispute, sans que cela remette en question leur relation.

 

D’ailleurs, c’est la seule forme d’amour qui nous est proposée, que cette relation platonique entre les deux hommes. Il ne sont rien l’un sans l’autre comme le démontre leur (très courte) rupture. Le premier signe de cette relation un tantinet fusionnelle, c’est quand Simon débauche et qu’il retrouve Dédé endormi sur un chariot de transport. Bien sûr, suite à la visite chez la tante de Simon (Marie Mergey), nous assistons à une vraie scène de ménage qui va nous confirmer la force du lien qui unit les deux hommes. Et la réconciliation est d’autant plus forte qu’elle n’est pas démonstrative : comme s’il ne s’était rien passé pendant quelques heures…

 

Bref, un film atypique comme on en trouve beaucoup chez les acteurs qui passent de l’autre côté du miroir (ou de la caméra). C’est fort, c’est sobre, c’est sordide, c’est drôle… C’est tout ce que vous voulez et tout le reste à la fois : la vie.

 

Parce que le cinéma, c’est aussi la vie.

 

  1. Elément récurrent du film
  2. « Du rouge ou du blanc ? » (Dédé)

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Sport, #Jean-Jacques Annaud, #Francis Veber
Coup de Tête (Jean-Jacques Annaud, 1979)

François Perrin (Patrick Dewaere) est en prison pour viol : il aurait, de nuit, agressé une jeune femme (France Dougnac) et a été formellement reconnu par deux témoins : Brochard (Michel Aumont) & Lozerand (Paul Le Person). Déjà qu’il avait été viré du club de football pour un contact avec Berthier (Patrick Floersheim)… Et comme le club appartient au patron de l’usine de la ville, Sivardière (Jean Bouise), il s’est en plus retrouvé au chômage. Alors si en plus on lui colle un viol sur le dos, qui ira se plaindre ?

Seulement voilà, lors d’un déplacement, plusieurs joueurs sont blessés et ne peuvent pas jouer. La mort dans l’âme, Sivardière s’arrange pour faire jouer Perrin. Pas de chance : il marque les deux buts de la victoire.

En attendant le match retour, pendant six jours, Perrin est « le patron de la ville ».

 

C’est à nouveau une comédie (très) grinçante que nous propose Annaud pour son deuxième long-métrage. Après la (drôle de) guerre, c’est le milieu du football amateur qui est pris pour cible. Et surtout ses dirigeants, en la personne d’une bande de notables dont la mesquinerie n’est pas sans rappeler celle des colons dans son film précédent. Et parmi eux, la palme revient au président du club, interprété par un Jean Bouise magnifique. Sa mèche qui recouvre impeccablement son front donne le ton : on devine une calvitie naissante non assumée par cet entrepreneur cynique.

Autour de lui, les autres gens importants qui constituent les possédants de cette ville n’ont rien à lui envier. Entre Brochard et Lozerand qui n’hésitent pas à faire un faux témoignage pour accabler Perrin, et Berri (Maurice Barrier) qui vire ce dernier comme un malpropre, nous avons toute une gamme de « petits bourgeois » méprisables.

 

Et au milieu de ce microcosme malsain, François Perrin (1). Patrick Dewaere campe un buteur (très) occasionnel avec beaucoup de force et de conviction – même s’il était un très piètre joueur – donnant à son personnage la dimension adéquate : Perrin est avant tout un pauvre type, qui est toujours là au bon moment mais pas obligatoirement au bon endroit. Et ces deux buts providentiels pour le club le deviennent automatiquement pour lui : voilà vingt-sept ans qu’il galère dans cette ville qui le traite comme un moins que rien, alors il est temps qu’il prenne sa revanche sur tous ces mesquins.

 

Parce que le sel de l’intrigue, ce n’est pas comment on en arrive là (la première partie du film), mais bel et bien ce que sa nouvelle position lui apporte. Outre les avantages en nature – gazinière moderne (four à double épaisseur) et autre voiture de démonstration (« de clown ») – il devient un intouchable en attendant la deuxième manche au football. Et il va en profiter à sa manière, prévenant ceux qui le méprisaient que les choses vont changer, au cours d’un repas – à ses frais – mémorable. Surtout pour les autres… Quoique.

Et cette revanche va tourner à la vengeance, mais à la manière d’une bombe à retardement : à aucun moment il n’exécutera ce qui est attendu de lui, plongeant alors ses différentes victimes dans un état de frustration qu’on peut qualifier de jouissif. Jouissif pour nous spectateurs, mais très certainement aussi pour ce personnage non-conformiste qui, malgré le titre, ne fait rien sur un « coup de tête » !

 

Et si je vous dis qu’on plus, la fine fleur des seconds rôles (2) est là, vous ne pouvez que vous précipiter sur ce formidable film d’un réalisateur qui a préféré consolider sa place dans le cinéma français avant de s’attaquer à l’international.

A voir (et revoir) de toute urgence !

 

  1. Encore un : le scénario étant de Francis Veber, pas besoin de chercher l’origine du nom…
  2. Sauf Jean-François Zardi !

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Musical, #Drame
Une Etoile est née (A Star is born (William Wellman, 1937)

Esther Blodgett (Janet Gaynor) est une jeune fille du Dakota qui a un rêve : devenir actrice. Mais dans une famille rurale, ça a du mal à passer. Heureusement, sa grand-mère (May « Annie » Robson) est là qui lui fournit les moyens (financiers) de commencer à réaliser son rêve.

Mais une fois à Hollywood, elle déchante : les jeunes filles comme elle sont innombrables. Jusqu’au jour où Danny McGuire (Andy Devine) lui trouve un extra en tant que serveuse pour la fête de fin d’un film : elle y rencontre la star masculine du moment – même s’il commence à décliner (alcool oblige) – Norman Maine (Fredric « Jekyll » March).

Il va lui permettre de pleinement réaliser ce rêve d’une vie : elle devient une star !

 

Il s’agit de l’œuvre originale – déjà retouchée quatre fois (dont une version Bollywood) – et cette histoire tragique est absolument phénoménale. Non seulement, il s’agit de l’une des plus belles mises en abyme du cinéma qui existe, mais aussi c’est un festival d’interprètes à la hauteur de l’événement. Outre le couple vedette, on peut y retrouver – voire apercevoir une kyrielle de grands noms : Adolphe Menjou (Oliver Niles, producteur), Lionel Stander (Libby), Guinn « Big Boy » Williams (que Gaynor retrouve), Francis Ford (un ivrogne…)…

Et Wellman, fort d’un sujet en or et d’une distribution prestigieuse, déroule pour notre plus grand plaisir. C’est magnifique, à tout point de vue.

 

L’intrigue est une très belle histoire d’amour entre une star montante et son pendant masculin déclinant, ce qui n’a pas échappé à Michel Hazanavicius. Un amour absolu entre deux personnes qui se sont trouvées mais, malheureusement se perdront irrémédiablement. Il faut dire que leur monde – Hollywood et l’industrie cinématographique en général – est impitoyable et qu’il suffit de peu de choses pour tomber dans la déchéance, voire l’oubli.

C’est une histoire on ne peut plus réaliste quand on se souvient de ce qu’il s’est passé dix ans plus tôt : la fin du muet et l’avènement du parlant. D’ailleurs, on retrouve cette idée chez Donen et Kelly qui restent dans la comédie, alors que Wellman, malgré quelques éléments comiques disséminés tout au long de son film, reste dans le drame.

 

Bien sûr, Maine est le seul responsable de sa déchéance, mais l’attitude- non dissimulée – de Libby est le véritable déclencheur de sa fin. Leur ultime rencontre est lourde de conséquences et marque la véritable fin de Maine : le scandale inévitable arrive et les spectateurs (involontaires) sont choqués quand ils comprennent de qui il s’agit.

Malgré l’aspect tragique de cette histoire d’amour, Wellman lui donne une dimension supérieure, faisant de Maine un personnage expiatoire voire christique.

En effet, il est le Rédempteur cher au cinéma américain. Il se sauve lui-même (1) puisqu’il met un terme – définitif – à ses problèmes, tout en permettant à celle qu’il aime de poursuivre son rêve. Bref, une fausse sad end (2)…

 

Bien évidemment, Gaynor & March sont encore une fois formidables. March est à nouveau un personnage tragique et marqué par le destin, donnant un Maine totalement dépassé par les événements et surtout le poids de sa notoriété (3). A ses côtés, non seulement Janet Gaynor est sensationnelle, mais en plus, il faut se rappeler qu’elle est la première actrice qui a reçu la statuette (4), huit ans plus tôt. Et lors de cette toute première cérémonie, c’est sa propre sœur qui, éméchée, a fait le spectacle !

Bref, Elle est ici en territoire connu.

Et on peut même imaginer aisément que le (tout) petit discours que prononce Esther n’est pas très éloigné de celui qu’elle a pu faire lors de sa récompense.

 

Alors précipitez-vous sur cette très belle version restaurée (image & son) de ce chef-d’œuvre qui, à force d’être repris, est devenu intemporel…

Et en plus, ils ne chantent pas !

 

  1. Ne voulant pas révéler toute l’intrigue, je pense tout de même que son acte n’est pas très bien vu des religieux…
  2. Le contraire de « happy end »…
  3. Le terme « has been » est d’ailleurs prononcé.
  4. C’est d’ailleurs la sienne qui est utilisée…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Drame, #Gangsters, #Biopic, #Jean-François Richet
L'Ennemi public n° 1 (Jean-François Richet, 2008)

« Alors, Mesrine d’un côté, Boulin de l’autre, un partout, la balle au centre ! » (Coluche)

Il faut dire que le matin du 2 novembre 1979, le suicide du second faisait la une en France. Mais pas pour longtemps... comme le prédit Broussard (Olivier « Coquelin » Gourmet).

Nous retrouvons donc Jacques Mesrine (Vincent Cassel, toujours) en 1973, à nouveau en prison et en attente de procès. Ce procès sera sa troisième occasion d’évasion, avant d’être repris par le commissaire Broussard dans une séquence – véridique – haute en couleur.

Et puis la fuite en avant se termine donc le 2 novembre, là où avait commencé la première partie.

 

C’est une suite du même calibre que le film précédent : Vincent Cassel va au-delà de l’interprétation, il est Mesrine. Il a même pris vingt kilogrammes pour avoir le même gabarit que son modèle au moment de sa fin. A ses côtés, quelques personnages plus ou moins pittoresques mais qui amènent tout de même la véritable réalité de Mesrine : il est seul et même dans la mort, Sylvia (Ludivine Sagnier) ne le suit pas.

C’est donc cette cavale sanglante que nous allons vivre dans cette seconde partie. Si le ton est le même, l’histoire a évolué. Mesrine s’est empâté, et surtout, il passe la plus claire partie de son temps en prison. Et comme nous ne sommes plus dans l’USC de Saint-Vincent-de-Paul, peu de choses à montrer. Sauf, bien sûr, la dernière évasion. Plus spectaculaire qu’au Québec, et toujours en pleine lumière !

 

Jean-François Richet termine, à nouveau de main de maître, l’histoire qu’il a commencée à nous proposer un mois plus tôt, restant au plus près de son personnage principal sans toutefois en faire un héros. Même son procès, dans lequel Mesrine veut se mettre le public dans la poche en plaisantant, n’a pas la force que pourra avoir celui de Goldman dans le film homonyme quinze ans plus tard. Pour deux raisons : tout d’abord l’aspect politique de Goldman, alors que Mesrine a tendance à mépriser les politiques, et aussi l’aspect occasionnel de Goldman en tant que truand, alors que « Monsieur Jacques » est un gangster qui s’assume.

Et Richet passe vite dessus, se concentrant plutôt sur ce qu’il va se passer après : la dernière évasion.

 

Attention, Richet nous prévient une deuxième fois en ouverture du film : ce n’est pas la vérité. Seulement une réalité (plausible) concernant son personnage. Parce que s’il a bénéficié de complicités – indispensables – pour pouvoir récupérer des armes dans la prison (c’est quand même la Santé !), il y a peu de chances que ce soit son avocate (Laure Marsac) qui les lui aient apportées…

Qu’importe donc, le spectacle doit continuer (1) et nous assistons donc à une nouvelle séquence d’anthologie (pour Mesrine).

 

Et puis tout se termine là où cela a commencé, avec la séquence d’ouverture plus fournie et surtout avec un seul point de vue à chaque fois : une seule caméra si vous préférez. Et s’il réutilise certains plans, il en ajoute d’autres, en rapport avec la véritable situation de la rue Belliard (où était planqué le truand) : les différentes planques de la police qui le suit pas à pas lors de son dernier jour.

Puis, vient l’exécution attendue. Sans pour autant excuser Mesrine pour « l’ensemble de son œuvre », Richet a tout de même tendance à privilégier l’aspect peine de mort étatique. En effet, alors que la fois précédente, nous en étions restés à la bâche qui se soulève et les mitrailleurs qui apparaissent, cette fois-ci, nous avons droit à la mise à mort brute voire brutale. Et ce qui fait pencher la balance du côté de la peine capitale (sans jugement), c’est le coup de grâce accompli par un policier qui ouvre la portière de Mesrine et lui tire dans la tête.

Là encore, nous sommes au cinéma. Par contre, nous avons tout de même droit à la version Broussard qui annonce qu’on a procédé à une sommation avant de l’abattre. Soit j’ai mal entendu, soit il n’y en a pas…

 

Un dernier mot enfin sur un regret exprimé plus tôt sur ce site (janvier 2022).

Quarante ans avant le film de Richet sortait un autre film de gangsters, sur un autre « ennemi public n° 1 » : La Bande à Bonnot de Philippe Fourastié. Au contraire de son aîné, Richet brosse avec beaucoup de justesse, de profondeur et surtout de pertinence cette époque et ce(s) personnage(s).

 

Magnifique.

 

PS : Un regret toutefois. On ne répond pas à ma question à propos du film précédent. La séquence qui voit Guido-Depardieu & Paul-Lellouche se faire tuer est superflue. C’est juste une sortie de scène, qui n’a plus rien à voir avec le personnage central. Un petit mot de Mesrine aurait peut-être été le bienvenu…

 

  1. "The show must go on", que voulez-vous (comme disent les British) !
2 novembre 1979, Porte de Clignancourt.

2 novembre 1979, Porte de Clignancourt.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Policier, #Drame, #Gangsters, #Biopic, #Jean-François Richet, #Gilles Lellouche
L'Instinct de mort (Jean-François Richet, 2008)

2 novembre 1979.

Un homme et sa femme préparent leurs affaires et s’en vont en voiture. Malheureusement, il y a de la circulation et ils sont bloqués derrière un camion. La bâche du camion est levée : ce sont des policiers armés de mitraillettes.

Cet homme, c’est Jacques Mesrine (Vincent Cassel), et sa compagne, c’est Sylvia Jeanjacquot (Ludivine Sagnier).

C’est ce jour-là qu’il est abattu par la police.

Mais ce n’est pas le sujet de ce film : nous remontons vingt ans auparavant, en Algérie, quand le même Mesrine a devancé l’appel : torture, & exécution sont les maîtres mots de cette période. Libéré, il revient à Paris et commence une activité de truand avec son ami Paul (Gilles Lellouche) sous les ordre de Guido (Gérard Depardieu).

Cette activité criminelle l’emmènera en plus de la prison, au Canada où, là encore le travail honnête ne sera pas privilégié…

 

Jean-François Richet nous replonge dans la période Mesrine avec beaucoup de savoir faire. Mais il évite le piège – facile – de faire passer ce dernier pour un héros. Un homme libre, oui, mais pas un héros. Nous allons le suivre pendant (environ) treize années, d’un côté et de l’autre de l’Atlantique. Mais même si on se déplace beaucoup, ce n’est en rien un road-movie. C’est un film de gangsters plutôt réaliste, où les différentes péripéties ne peuvent pas vraiment être considérées comme des exploits. A part, bien sûr, l’évasion –spectaculaire – de l’USC (Unité Spéciale de Correction) de Saint-Vincent-de-Paul, près de Laval (au Québec !).

D’ailleurs, cette évasion permettra à la société canadienne de se rendre compte du (très) mauvais traitement infligé aux détenus, entraînant sa fermeture. Comme quoi, Mesrine aura tout de même été utile à la société…

 

Mais c’est son parcours – pas spécialement atypique – qui nous intéresse, inspiré de l’autobiographie qu’il avait fait paraître deux ans avant sa mort. C’est brutal, comme le fut la vie de cet homme qu’on peut qualifier d’ambigu. Ambigu pour l’admiration qu’ont encore beaucoup de gens pour lui, et la condamnation de son « exécution » (1) par l’Etat français. Parce que ne nous leurrons pas : Mesrine était un gangster extrêmement dangereux qui n’hésitait pas à tuer s’il le fallait.

Il n’empêche : Richet mène son film avec beaucoup de maîtrise et surtout Vincent Cassel interprète un Mesrine plus vrai que nature, n’épargnant pas les aspects plus sombres de sa personnalité, ceux qu’on a tendance à oublier quand on vante ce personnage.

Et encore une fois, Cécile de France nous montre toute l’étendue de son talent en interprétant Jeanne, complice d’alors du grand truand.

 

Et ce qui frappe le plus, c’est la très belle reconstitution de cette période : bien sûr, on revoit certaines voitures inévitables, mais c’est tout le reste qui est intéressant, les cigarettes fumées à longueur de journée – même à l’hôpital – ou encore la bière en bouteille de 25 cl qui émaille le film… Surtout, il y a certains plans où  Vincent Cassel ressemble fortement à son modèle original. Certes, le maquillage est là, mais il y a quelque chose en plus : des attitudes, des regards qui nous replongent dans cette période troublée où on imaginait croiser « l’ennemi public n° 1 » (2), n’importe où, même au bout de sa propre rue…

 

Et si l’histoire n’est pas finie quand le film l’est, une question reste en suspend pour le spectateur : pourquoi avoir fait exécuter Guido & Paul (une séquence insérée dans l’année 1969, sans aucune influence sur ce qu’on voit après) ?

Réponse dans la suite ?

 

NB : Normalement, on ne prononce pas le S dans Mesrine…

 

  1. C’est ainsi qu’on en parle encore dans certains milieux…
  2. C’est d’ailleurs le titre de la deuxième partie…

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Publié le par Djayesse
Le petit Monde deDon Camillo (Don Camillo - Julien Duviviers, 1952)

« Tes mains sont faites pour bénir, pas pour frapper.

- Les mains sont faites pour bénir…Mais les pieds ? »

 

C’est comme ça que Peppone (Gino Cervi) recevra un coup de pied dans le fondement de la part de Don Camillo (Fernandel), curé de Brescello (Emilie).

Il faut dire qu’entre Don Camillo, curé de la ville et Peppone, maire d’icelle, ce n’est pas spécialement l’entente cordiale. Certes, la guerre – et surtout la résistance – les a réunis, mais maintenant qu’elle est finie et que le Duce a été éliminé, chacun est retourné dans son camp.

Celui de la « réaction » pour Camillo, celui du Parti pour Peppone, élu pour le PCI (nous sommes en 1946).

Mais les communistes le sont surtout par opportunisme : chacun a été baptisé et tout le reste...

 

Au commencement était le livre de Giovannino Guareschi, sorti 4 ans plus tôt, reflétant malgré tout une réalité : l’opposition entre l’Eglise et l’Etat, et surtout les communistes représentés par Peppone. Mais cette opposition de fait n’empêche pas un certain respect réciproques, essentiellement né de l’expérience commune de la Guerre.

Quoi qu’il en soit, c’est une forme de Guerre Froide qui nous est proposée par Julien Duvivier, corroborant sa vison pessimiste du monde : aucun côté n’est meilleur que l’autre. Et réciproquement !

 

On s’amuse franchement des mesquineries qui opposent ces deux hommes qui, malgré tout, s’apprécient grandement. Parce que tout n’est que mesquinerie : rien de bien grave, en somme, même si Camillo commence le film après avoir reçu – physiquement – une volée de bois vert dont Peppone est à l’origine (1) ! Parce que, homme d’église ou pas, Camillo n’est pas mieux que son adversaire, oubliant (très) régulièrement l’habit dont il est paré, au grand dam de son évêque (Charles Vissières) qui propose pourtant à Peppone de le faire remplacer. Refus de l’intéressé : qui pourrait lui tenir tête ?

 

Parce que cette opposition, en plus de nourrir l’intrigue, est une condition indispensable de la cohabitation entre les deux hommes. Certes, Camillo n’a pas toujours les attributs (spirituels) de l’homme d’église, démolissant à chaque occasion certains de ses opposants (des communistes, essentiellement). Mais Peppone l’explique très bien à ce même évêque : on ne peut pas frapper un curé « demi-portion » comme le propose l’éminence comme Camillo. Et si ce même évêque s’étonne de la volonté de frapper un homme de Dieu, c’est avant tout par méconnaissance de son personnel.

Camillo, est avant tout un bagarreur et ne rechigne pas à empoigner un fusil (mitrailleur ou non) l’occasion.

Bref, il est homme avant d’être « de Dieu ».

 

Et c’est pour cela que l’intrigue – tout comme le roman initial – fonctionne : ce curé un tantinet vindicatif est humain, avec sa force (physique) et ses faiblesses (spirituelles) : entre nous, on se demande bien quelles sont ses véritables faiblesses tant il mène son monde comme il l’entend, et Peppone le premier.

Mais il n’en demeure pas moins un personnage positif, malgré ses débordements, n’hésitant pas à redresser certains torts quand le besoin s’en fait sentir, passant, auprès des riches propriétaires terriens (2), pour un curé bolchevik :un comble !

 

Bref, un petit monde pittoresque et truculent, servi par des interprètes bien choisis – l’un des rôles-clés de Fernandel – mais que Camillo devra tout de même quitter : s’il peut se permettre d’assommer une quinzaine de personnes quand l’évêque (de Parme ?) n’est pas là, mais quand ce dernier est présent, il est inconcevable d’en assommer douze !

 

A suivre, donc…

 

  1. D’où le dialogue initial de l’article.
  2. Il s’agit avant tout d’un monde très rural.

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Publié le par Djayesse
La Mesías (Javier Ambrosi & Javier Calvo, 2023)

Enric (Bruno Núñez, Biel Rossell Pelfort puis Casamajor) est cadreur pour le cinéma. Irene est couturière. Noël approche et un groupe de chanteuses fait le buzz sur Youtube : les Stella Maris. Ce sont six jeunes filles qui chantent l’espoir chrétien d’un monde meilleur, sauvé.

L’une des filles, Aina (Sara Martinez puis Cristina Rueda) écrit la musique des chansons sur des paroles de Montserrat Baró (Ana Rujas, Lola Dueñas puis Carmen Machi), leur mère. Cette mère qui prétend parler avec Dieu depuis une vingtaine d’années…

Ces six jeunes filles sont les (demi-) sœurs d’Enric & Irene : elles sont recluses chez Montserrat et Pep (Albert Pia) leurs parents, depuis leur naissance, nourries de paroles divines et autres bondieuseries…

 

Etonnant. Inquiétant. Flippant.

Tels sont quelques qualificatifs qu’on peut donner à cette série espagnole récente, diffusée voilà quelques temps sur Arte (1).

On s’amuse, au début, des chansons un tantinet neu-neu des filles au début. Mais au fur et à mesure que l’intrigue avance, et que nous voyons ce que tous ces enfants ont vécu, le rire laisse la place à l’horreur. Cette « Messie »n’est rien d’autre <u’une gourou de secte. Une secte chrétienne (pléonasme ?), peut-être, mais une secte malgré tout, avec ses dérives et surtout les faiblesses de ses membres.

 

Parce que si Irene est véritablement le personnage fort de la série, Enric, malgré le fait qu’il soit un homme et donc réputé plus fort (2) ne l’aide pas : il est le faible entre les deux enfants originels. A chaque fois, sa mère le ramène dans son giron, ce qui n’est pas possible pour cette fille indocile qu’est Irene. C’est d’ailleurs (presque) incroyable que ce grand échalas se fasse avoir à chaque fois par cette mère on ne peut plus abusive.

Et le fait d’avoir donné le rôle de la mère à trois actrices – à trois moments de sa vie – est une très bonne idée. Non seulement, cela évite le surplus de maquillage ou l’utilisation de l’IA, mais surtout, cela nous montre une femme à différents stades de sa vie, tout en restant inébranlablement la même comme le confirment ses entretiens avec son fils.

 

Mais c’est surtout la vie dans cette famille singulière – et particulière – qui nous fait réagir. Il y a une dose incroyable de fanatisme chez ces gens qui vont au-delà de ce que demande la religion, créant – malgré eux ? – une nouvelle branche fanatique. Et les différentes actrices qui interprètent Montserrat sont à chaque fois à la hauteur de l’enjeu (3) : des femmes avant tout perdues, mais qui savent – à chaque fois – garder les pieds sur terre et devenir maîtresses de leur destin.

De plus, le fait qu’elle s’appelle Montserrat n’est certainement pas anodin : Montserrat est un lieu mystique, sujet à des disparitions inquiétantes, dans la culture populaire tout du moins (Dan Brown, Giacometti & Ravenne…)

 

Quoi qu’il en soit, on suit avec beaucoup d’intérêt cette histoire quasi mystique où le véritable personnage malfaisant est celui qui doit amener le salut : la mère.

Et malgré tout, une question subsiste une fois la série terminée : comment peut-on se construire, comme Enric & Irene, après une expérience aussi traumatisante ?

 

  1. Quelle chaîne !
  2. Préjugé ? Oui.
  3. Personnellement, j’ai une préférence pour Lola Dueñas…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Science-Fiction, #George Miller, #Mad Max
Furiosa : une Saga Mad Max (Furiosa: A Mad Max Saga - George Miller, 2024)

Et de 5 !

George Miller poursuit sa saga, avec une histoire qui se situe avant le film précédent, centré sur le personnage de Furiosa (Anya Taylor-Joy) qui était précédemment interprété par Charlize Theron.

La petite Furiosa (Alyla Browne), qui vit dans une oasis de verdure australienne, est enlevée par les hommes du Dementus (Chris « Thor » Hemsworth). Elle va alors grandir dans un monde brutal où l’essence est toujours l’enjeu principal, même si ça ne nourrit pas son homme !

Commençant sa carrière en se faisant passer pour un garçon, elle grimpe les échelons jusqu’à devenir Praetorian grâce à sa rencontre avec Jack (Tom Burke), dans la Citadelle déjà dirigée par Immortan Joe (Lachy Hulme).

 

Oui, encore une fois, c’est violent, mais le titre ne laisse aucune équivoque : Mad Max est mentionné. On retrouve des bikers enragés, les véhicules hybrides (1). Mais bien sûr, l’intérêt est ailleurs. Surtout pour ceux qui ont déjà expérimenté la série. On y retrouve de nombreux éléments qui émaillent les films précédents, ainsi que des personnages qui en rappellent d’autres : Praetorian Jack n’est pas spécialement éloigné, dans son allure aussi, de Max Rochatansky, le personnage initial de cette série.

Mais ce qui marque surtout, encore une fois, ce sont les gueules ! Entre les hommes de la Citadelle à la peau blanche et le crâne rasé, les différents motards aux râteliers pas toujours bien entretenus et les yeux marron de Chris Hemsworth, nous sommes servis. Les seules belles personnes sont celles qui vont entourer Furiosa. Et encore, surtout au début.

 

Sans oublier certains noms qui jalonnent cette histoire : du Dementus (le fou) au People Eater (« Mangeur de gens » / John Howard) en passant par Immortan Joe (Lachy Hulmes a remplacé le regretté Hugh « Toecutter » Keays-Byrne décédé en 2020), c’est toute une galerie d’épithètes qui ne font pas spécialement rêver mais plutôt cauchemarder…

On peut aussi se demander – pas longtemps – l’origine du deuxième fils d’Immortan Joe Scrotus (Josh Helman). J’aurai bien suggéré de changer le dernier s par un m… Ce qui ne l’avantage pas vraiment… De toute façon, il est trop laid pour avoir un nom agréable. D’ailleurs, personne n’en a vraiment un.

 

Et puis il y a le reste. Les paysages grandioses de l’Australie qu’on retrouve avec beaucoup de plaisir, ce désert central déjà entrevu chez Peter Weir par exemple (Gallipoli), et que Miller met à nouveau en scène, devenant un élément indispensable dans cette intrigue post-apocalyptique. Et puis les autres références, qui sortent plus ou moins de la série initiale : le personnage christique de Mary Jo Bassa (Charlee Fraser), mère de Furiosa, qui se sacrifie pour elle est la survie végétale, crucifiée, comme il se doit par Dementus, dont la sonorité latine rappelle ceux qui ont crucifié le Christ ; et l’un des hommes de ce même Dementus qui fait s’entrechoquer des billes d’acier comme le capitaine Queeg sur le Caine…

 

Bref, un film foisonnant et très riche, superbement tourné et dirigé par un réalisateur qui « n’avait pas encore tout dit » sur Mad Max.

 

Alors, Furiosa : chapitre final ?

 

  1. En fait ils le sont : non pas pour leur consommation, mais pour leur reconstruction.

 

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