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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Comédie, #Frank Capra
La Blonde platine (Platinum Blond - Frank Capra, 1931)

Cette « Blonde platine », c’est bien sûr Jean Harlow (Ann Schuyler), révélée par Hell’s Angels, et qui nous montre qu’elle est aussi à l’aise dans le registre comique. Il faut dire que le réalisateur n’est pas n’importe qui, même si ses personnages ont toujours la tendance à faire un tantinet n’importe quoi !

 

Stewart « Stew » Smith (Robert Williams) est un journaliste pipole, et pour son métier, il pénètre chez les Schuyler, cible de ragots. Pire : de rumeurs ! Le fils (Don Dillaway) a eu une aventure avec « une de ces femmes » et cette dernière monnaye ses lettres d’amour.

Mais si Stew est à l’affût des scoops – croustillants, cela va de soi – il n’en demeure pas moins quelqu’un d’intègre et va subtiliser ces lettres pour les rendre à leur destinateur.

Mais en rencontrant cette famille de la haute, il remarque la fille de la maison, Ann : une magnifique jeune fille à la chevelure blonde platine, comme on en faisait à cette époque.

C’est le coup de foudre : ils se marient, au grand dam de Gallagher, collègue de Stew.

Petite précision : Gallagher est une autre très belle jeune femme, puisque c’est Loretta Young qui l’interprète…

 

C’est encore un film de presse que Capra réalise ici, mais selon un angle différent cde ce que nous avons l’habitude de voir : le journaliste que nous suivons se fait piéger par la jolie jeune femme fatale, devenant lui-même le sujet des colonnes qu’il avait l’habitude d’écrire. Quoi qu’il en soit, Capra s’en sort, encore une fois, à merveille et nous amuse avec une intrigue qui se situe en pleine dépression, comme il nous le rappelle quand Smith offre ses fixe-chaussettes à un clochard. Parce que ce film est, derrière la comédie, une satire de ces milieux riches qui ne font que dépenser pendant que d’autres gagnent peu – quand ils gagnent quelque chose.

Et les thèmes, outre le film de presse en lui-même, seront repris dans les films qui vont suivre, en particuliers dans cette décennie qui vient de commencer.

 

Stewart Smith a la dignité et la fierté de John Doe, matinées de l’humilité de Longfellow Deeds, mais a la tête sur les épaules et tel Son homonyme de 1939 (Jefferson), il va se rendre compte de la situation et inverser la tendance.

Certes, il a été enfermé dans une cage dorée, mais il a les moyens d’en sortir. Et ce qui va précipiter cette sortie, c’est évidemment quand le film va devenir complètement capraesque (1) et atteindre le degré nécessaire qui fait la marque de son auteur (2) : Stewart a invité Gallagher à venir boire un coup chez lui : elle vient accompagnée, comme prévu, mais son compagnon a invité quelqu’un qui en a invité un autre (etc.).

S’ensuit un magnifique chaos qui n’est pas sans rappeler la maison des Vanderhof quand elle doit déménager ou n’importe quand d’ailleurs…

Bien entendu, cette fête improvisée est absolument illégale puisque le Volstead Act est toujours en vigueur : on y boit plus que de raison, et en particulier Smythe (Halliwell Hobbes) qui, comme son nom l’indique, est un majordome anglais, que l’arrivée d’un personnage aussi peu conformiste que Stew dans cette maison (d’arrêt) va un brin dérider.

 

Bien entendu, on ne peut oublier Jean Harlow (20 ans !) et son allure moderne mais elle est tout de même – à mon humble avis – supplantée par Loretta Young, sa cadette de deux ans ! Il y a un aspect naturel dans la beauté de la Brune (Loretta) qui détone par rapport à l’allure guindée de la Blonde (Jean). De plus, les yeux clairs l’emportent définitivement chez Young.

N’oublions pas non plus le microcosme capraesque (3) qui s’exprime indifféremment selon les origines : si les amis de Stew ne sont pas tous très distingués, la famille Schuyler elle, l’es un peu trop, ce qui amène certaines situations comiques – souvent muettes, d’ailleurs – qui valent le détour.

Bref, Capra continue de monter en puissance maintenant que le parlant s’est définitivement installé et il pose les jalons de ses chefs-d’œuvre futurs.

Malheureusement pour nous, spectateurs, Robert Williams mourra une dizaine de jours après la présentation du film, comme Rudolf Valentino, d’une péritonite…

Quant à Jean Harlow…Mais ceci est une autre histoire, cela va de soi !

 

  1. Je sais, ce terme n’existe pas (encore), mais si nous sommes (très) nombreux à l’utiliser, il rentrera peut-être dans les lexiques. Vous pourrez alors me dire merci !*
  2. La Capra Touch, puisque la Lubitsch Touch existe bien !
  3. Vous ne pourrez pas dire que je ne fais pas d’effort !

 

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Drame, #Enfance, #James Gray, #Anthony Hopkins
Armageddon Time (James Gray, 2022)

« Et ils les rassemblèrent en un lieu appelé en hébreu Harmaguédon. Le septième ange répandit sa coupe dans les airs : une voix forte venant du trône sortit du Sanctuaire ; elle disait : « C’en est fait ! ». Il y eut des éclairs, des fracas, des coups de tonnerre ; il y eut un grand tremblement de terre : depuis que sur la terre il y a des hommes, il n'y eut jamais de tremblement de terre aussi grand. » (Jean, Apocalypse, 16:16-18)

« Pour la première fois, tout est en place pour la bataille d’Armageddon et la seconde venue du Christ » (Ronald Reagan).

Cet « Armageddon » qu’on nous promet dans le film (interview de Reagan de 1979), c’est la fin d’un monde : celui de Paul Graff (Michael Banks Repeta). Pour lui, 1980, c’est l’entrée au collège (sixième). Et nous allons suivre presque toute la première période d’école, entre la rentrée et l :’approche des élections qui verront s’affronter Jimmy Carter, le président sortant et le cow-boy cité ci-dessus.

 

Et ce cow-boy représente véritablement cet Armageddon qu’il présente : à l’instar de Thatcher en Grande-Bretagne, Reagan annonce une ère nouvelle basé »e sur un capitalisme à outrance – et décomplexé, bien entendu – qui, s’il a vaincu le communisme russe nous a amené une situation actuelle phénoménale, avec un nouvel Armageddon en préparation.

Mais ici, c’est seulement le monde de Paul qui s’effondre, avec d’un côté des parents faibles (Anne Hathaway & Jeremy Strong) et une conduite insolente, et de l’autre un grand-père (Anthony Hopkins) qui est le seul avec qui il peut – et veut – parler.

Et quand se conclut le film, Paul a grandi malgré lui, et il va entrer de plain pied dans les années 1980, avec en prime une nouvelle vision du monde, engendrée par la fin de l’innocence.

 

Ne nous y trompons pas, Paul Graff, c’est avant tout James Gray. Tout d’abord parce que le nom original des grands parents de Paul est Greyzerstein, comme il l’explique à Fred Trump (John Diehl) le père du donald. De plus, les dates concordent pleinement avec la jeunesse du réalisateur.

C’est donc une chronique de l’enfance très courte – à peine plus de deux mois – mais très intense que nous raconte ici James Gray : son enfance sans aucune trace de nostalgie. Et on le comprend parce que l’époque est cruciale, tant pour les Etats-Unis que le reste du monde : le libéralisme triomphe (voir plus haut) et a lieu de second choc pétrolier.

Mais c’est aussi une période de recrudescence du racisme et de l’anti-sémitisme, et de la montée des extrémismes qu’ils soient religieux ou politiques et qui vont s’épanouir dans la décennie qui s’annonce.

 

Et c’est cet enjeu social qui préoccupe le plus Paul, par l’intermédiaire de son ami Jonathan Davis (Jaylinn Webb), cancre labellisé, délinquant en puissance. Délinquant en puissance pour les adultes, tout simplement parce qu’il travaille mal à l’école, mais surtout parce qu’il est noir : il est le souffre-douleur du professeur, et chaque bêtise ne peut provenir que de lui. Même la police entre dans ce jeu et Paul va vivre pleinement l’injustice raciale de son « beau » pays.

Pas étonnant que le petit Paul, onze ans, soit désabusé quand le film se termine, pendant que le père du donald nous abreuve d’un discours qui va porter – hélas – ses fruits, au détriment des petits.

 

Et encore, il n’a pas encore tout vu de cette année qui va encore plus mal finir :

  • 4 novembre 1980 : Ronald Reagan a été élu.
  • 8 décembre 1980 : John Lennon est assassiné.

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Policier, #Kenneth Branagh
Mystère à Venise (A Haunting in Venice - Kenneth Branagh, 2023)

Une maison hantée.

Une jeune fille qui tombe d’un balcon.

Une séance de spiritisme.

Un détective semble-t-il abusé.

Nous sommes bien chez Agatha Christie.

Et ce détective, c’est le célèbre Hercule Poirot (Kenneth Branagh) qui nous revient sur les écrans.

Après une croisière sur le Nil un tantinet décalée de l’œuvre christienne, Branagh se reprend et nous rend notre Poirot perdu !

Les moustaches sont là, les cellules grises, si elles ne sont pas mentionnées, fonctionnent à plein régime, et ce malgré les coups pendables de la personne coupable de meurtres.

Mais reprenons.

 

Une maison vénitienne (un palazzo) a été le cadre d’abominations faites sur des enfants et depuis, leurs fantômes se vengent des infirmières et docteurs qui y séjournent. Mais un an auparavant, une jeune femme est tombée du balcon, harcelée par ces mêmes fantômes. Mais était-ce un suicide ?

Une séance de spiritisme est organisée à la fin de laquelle, la victime annonce avoir été tuée. Peu de temps après la séance, la medium (Michelle Yeoh) est retrouvée morte. Chose curieuse, c’est une ancienne infirmière…

A son tour, Poirot est victime d’une tentative d’assassinat.

Et quels sont ces bruits qui ressemblent à des voix d’enfants que lui seul peut entendre ?

Heureusement, Poirot est un rationnel, alors le mystère n’en sera bientôt plus un…

 

Comme je l’ai dit en préambule, Poirot (le vrai) est de retour ! Certes, Branagh s’inspire – par l’intermédiaire de son scénariste Michael Green – du roman La Fête du potiron mais très librement, conservant le temps du roman (Halloween) ainsi que le jeu de la pomme dans l’eau. Mais qu’importe, comme dans les deux premiers films, nous retrouvons le huis clos cher à notre héros, dans une Venise sous la pluie. Certes, transposer l’intrigue à Venise n’apporte pas grand-chose mais elle justifie la volonté de retraite du détective qui cultive ses cucurbitacées – comme dans Le Meurtre de Roger Ackroyd. Cela n’empêche pas de nombreuses personnes à le relancer pour profiter de son éclairage…

 

Mais bien sûr, Poirot reste Poirot et quand le mystère surgit, il est là !

Et question mystère, Branagh s’est surpassé. Ajoutant à cette intrigue criminelle une dose d’ésotérisme – souvent présente chez Christie, ne l’oublions pas – il réalise un film qui flirte avec l’épouvante, faisant apparaître – ou non ? – des revenants là où le petit détective ne les attend pas (ni le spectateur d’ailleurs…).

Cela donne à l’arrivée une dimension gothique à cette enquête, accentuée par le déchaînement des éléments jusqu’à l’explication finale  tant attendue, qui va faire la lumière sur l’enquête et dans le même temps chasser les tempêtes : celle qui se déroule dans les canaux et voit les gondoles livrées à elles-mêmes heurter les parois du palazzo, et celle intérieure où chacun est soupçonné par le petit Belge, donnant au lieu une tension qui va amener un autre chaos.

 

Rassurez-vous, à la fin, le beau temps revient et Poirot a encore réussi !

Il peut donc retourner planter ses légumes. Mais pas longtemps, parce que les solliciteurs sont toujours là, et les affaires reprennent…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Luis Buñuel, #Gérard Philipe
La Fièvre monte à El Pao (Luis Buñuel, 1959)

Quelle année singulière que 1959 !

Si elle a commencé par l’arrivée au pouvoir des Barbudos de Castro, elle se conclut pour Boris Vian (23 juin) et Gérard Philipe (25 novembre).

Heureusement, il nous reste les livres du premier (et ses chansons, articles, etc.) et les films du second. D’ailleurs 1959 nous apporte une belle moisson de cinéma (North by Northwest, Rio Bravo, Ben Hur…), et même une Nouvelle Vague…

 

Mais ce qui nous intéresse ici, c’est le dernier film de cet acteur mythique qu’était Gérard Philipe, présenté dix jours après son trépas. Et, si Buñuel aurait aimé faire autre chose avec cet immense acteur, il aurait certainement pu faire pire !

L’île de Ojeda est célèbre pour son abbaye et son centre pénitentiaire, dans lequel on envoie sans distinction prisonniers de droits communs et prisonniers politique. Heureusement, pour ces derniers, il y a le secrétaire du gouverneur (et directeur de la prison), Ramòn Vasquez (Gérard Philipe, donc). C’est un idéaliste qui n’est pas toujours en accord avec le gouvernement et tente, à sa façon d’alléger les souffrances de ceux qui sont ici injustement. Quand le gouverneur Vargas (Miguel Angel Ferriz) est abattu par un opposant au régime, Vasquez prend le relais, mais trop peu de temps : arrive Alejandro Gual (Jean Servais) qui compte tout reprendre d’une main de fer, jusqu’à la femme de l’ex-gouverneur, Ines (Maria Felix). Mais cette dernière est aussi la maîtresse de Vasquez…

 

Nous sommes bien loin du Buñuel surréaliste dans cette sombre intrigue politique. Mais malgré cela, le film s’apprécie sans modération, servi par une distribution – essentiellement étrangère certes – mais à la hauteur de l’enjeu. Bien sûr, le rôle convient parfaitement à Philipe, lui-même homme de gauche très engagé et les valeurs portées par son héros lui correspondent totalement. Jusqu’à un certain point : si Philipe défendait des idées généreuses, il ne vivait pas dans une dictature comme c’est le cas de son personnage.

Sa réussite (celle de Ramòn, bien sûr) passe par quelques « coups de canifs » dans son éthique personnelle, indispensable pour se maintenir.

Mais Buñuel et Philipe s’en sortent tout de même avec ce personnage au départ un tantinet équivoque : il déchire le papier (1).

 

Cette intrigue politique est accentuée voire magnifiée par l’histoire d’amour entre Ramòn et Inès, dans laquelle vient s’immiscer Gual. Et Buñuel réussit, avec ce personnage, un méchant de toute beauté, interprété par un Jean Servais au plus haut niveau. Il donne donc raison à Hitchcock et aide, à son tour, à rendre ce film inoubliable : on ne peut que haïr un tel personnage !

De son côté, Maria Felix est superbe, et pas seulement physiquement. Son personnage allie l’humiliation à l’immoralité avec beaucoup de talent, et son regard noir l’est encore plus que le film n’est pas tourné en couleurs !

Même Gual se laisse prendre par son charme, précipitant le film dans la tragédie !

Parce que tout est tragique ici. Non seulement l’amour qui lie Ines et Ramòn, mais aussi le sort des Iliens, jouets aux mains des puissants.

Il ne reste plus grand-chose aux impuissants, que sont les deux amants autant que les prisonniers, et on ne peut que déplorer le gâchis occasionné par la montée de fièvre annoncée par le titre.

 

Décidément, que Gérard Philipe était grand…

 

  1. Il faut avoir vu le film pour comprendre.

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