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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Drame, #Alfred Hitchcock
La Loi du silence (I confess - Alfred Hitchcock, 1953)

Cette « loi du silence », c’est le secret de la confession : ce qu’entend un prêtre dans ce cadre reste entre lui et le pécheur. Rien ne peut être révélé, quoi qu’il en soit, et surtout quoi qu’il en coûte.

C’est le cas pour le père Michael Logan (Montgomery « Monty » Clift), qui reçoit son serviteur, Otto Keller (O. E. Hasse), en confession : ce dernier a tué l’infâme Vilette (Ovila Légaré) pour le voler. Ensuite, il a quitté les lieux vêtu d’une soutane, pour détourner les soupçons.

Très vite, ces mêmes soupçons se portent sur le prêtre : Vilette faisait chanter celle qu’il a aimée avant la guerre, Ruth Grandfort (Anne « Eve » Baxter).

Pour l’inspecteur Larrue (Karl Malden), cela ne fait aucun doute : Logan est le meurtrier.

 

Comme (presque) toujours chez Hitchcock, nous savons qui a fait le coup : normal, il n’est pas intéressé par cet aspect de la vérité. Il va, encore une fois, développé l’erreur judiciaire jusqu’au paroxysme, afin de mieux sortir son héros de son enfer. Et comme en plus, son héros est un prêtre, nous ne pouvons que mieux savourer cette situation paradoxale.

Nous sommes dans ce qui est pour moi (et d’autres) dans l’un des films les plus personnels du maître. En effet, on y retrouve tout ce qui constitue son monde, au cinéma comme dans la réalité.

Hitchcock, malgré qu’il fût anglais, était catholique, et cette histoire de secret de la confession l’a beaucoup marqué, comme il l’expliquait à François Truffaut dans son livre indispensable, même s’il y enrobe beaucoup les choses (1).

 

Logan se trouve dans une situation qui annonce celle de Manny Balestrero (Henry Fonda) dans Le faux Coupable (1956) : il n’a pas tué. Mais à cela s’ajoute le cas de conscience qui fait basculer la vie du prêtre : il sait qui a frappé. Et il va porter sa croix jusqu’au bout – le procès – comme l’illustre Hitch en insérant un plan du Chemin de Croix pendant que Logan se déplace.

Et la référence religieuse est prégnante, entourant sans cesse le prêtre, jusque dans le prétoire où, interrogé, Robert Burks (le chef-op’) le cadre avec un crucifix qui le regarde ( le cadre avec un crucifix qui le regarde (surveille ?). Et ce plan ne concerne qu’un seul point : savoir ce qu’il s’est véritablement passé. Et bien entendu, il ne peut pas répondre, même pour sauver sa vie.

Outre la religion, Hitchcock vit avec un souvenir fort de son enfance : il fut enfermé, sur demande de son père, dans une cellule d’un poste de police. Cette expérience traumatisante – elle le serait à moins – va hanter ses films où ses personnages vont être accusés régulièrement à tort, voire enfermés malgré leur innocence.

Et ce qui arrive à Logan est un véritable condensé des angoisses du grand Alfred.

 

Bien entendu, on ne peut pas non plus ignorer les différentes références au sexe qui émaillent le film : entre le négligé d’Anne Baxter, et la mine un tantinet concupiscente quand on annonce au procureur Robertson (Brian Aherne) qu’il va recevoir des « filles » : hélas pour lui, ce sont deux enfants…

Bref, Hitchcock, en plus de nous faire part de sa réflexion quant à la religion, s’amuse tout autant avec les spectateurs et ses personnages. Mais cela ne dure pas : le sujet est sérieux.

De même, à l’instar de Psychose, son apparition est vite expédiée (dès la première minute, quand nous entrons dans Québec : le film lui tenait à cœur et il voulait que les spectateurs évitent de le chercher et ainsi survoler le cœur de l’intrigue.

 

Et puisque nous sommes au Québec, nous allons faire un petit arrêt sur l’aspect authentique du film. En effet, malgré le fait que nous sommes dans la partie francophone du Canada, peu de paroles sont échangées en français, et quand elles le sont, on ne retrouve pas cet accent que nous trouvons charmant de ce côté de l’Atlantique (2). Mais comme nous sommes au cinéma, tout est possible ; de plus, il n’y a aucune pertinence dans cette absence.

Par contre, le couple Keller est interprété par deux véritables allemands : Hasse & Dolly Haas. Cela donne plus de force à leurs personnages qui se sont réfugiés au Québec depuis un peu plus de cinq ans.

D’ailleurs, on pourrait se demander comment et pourquoi ils ont émigré : nous apprenons que cinq ans plus tôt, Logan a été libéré de ses obligations militaires, à la fin de la dernière guerre.

Qui étaient ces deux immigrés avant d’arriver ? Des Juifs qui ont fui l’Allemagne après la guerre ? Peut-être. Etait-il soldat dans l’armée du Reich, ou pire ? On ne le saura pas, mais on pourrait le croire : Vilette est tué de plusieurs coups de matraque jusqu’à la fracture du crâne. Ca me rappelle malheureusement des choses…

 

Quoi qu’il en soit, Hitchcock réussit magnifiquement son film, soutenu par une interprétation impeccable : Monty est merveilleux et beaucoup de choses passent dans son regard si doux. Et Karl Malden, interprète un véritable policier hitchcockien : il fait son travail même s’il a tendance à devenir lourd…

 

A revoir !

 

PS : J’oubliais, Anne Baxter, de passage chez Hitchcock, est blonde ! Encore une !

 

  1. Le Cinéma selon Hitchcock (1966) réédité Hitchcock/Truffaut (1985)
  2. De l’autre côté, ce sont les Québécois qui trouvent que nous en avons un…

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Biopic, #Drame historique, #Elia Kazan, #Marlon Brando
Viva Zapata! (Elia Kazan, 1952)

Emiliano Zapata (Marlon Brando) fait partie d’une délégation venue voir le président Porfirio Diaz (Fay Roop), à propos de terres arables confisquées par de riches propriétaires. La réponse du président ne lui convenant pas, il lui réponde : Diaz entoure son nom.

A partir de ce jour, Zapata va s’opposer à un pouvoir qui se dit démocratique mais qui ne représente véritablement personne, favorisant le statu quo en défaveur des paysans.

A un moment donné, il va falloir l’abattre.

 

Kazan, Steinbeck & Brando : l’affiche est alléchante et, heureusement pour nous, tient largement ses promesses. Brando est un Zapata qu’on a envie de suivre, et Steinbeck nous sert un scénario aux petits oignons. Par contre, Kazan, s’il réalise avec brio ce biopic, il n’en va pas de même pour les conditions de tournage : persuadé que la rivalité entre Emiliano et son frère Eufemio (Anthony Quinn, lui aussi formidable !) est un des ressorts du film, il est allé jusqu’à entretenir une rivalité entre les deux acteurs pendant toute la période du tournage, sans pour autant révéler ses intentions aux deux intéressés une fois que tout était terminé ! Non, Kazan, malgré son talent, n’était pas toujours une personne recommandable…

 

Quoi qu’il en soit, nous suivons avec beaucoup d’intérêt l’ascension de ce petit paysan analphabète dont la seule ambition est de récupérer sa terre, la faire fructifier et avoir des enfants avec la belle Josefa (Jean Peters). Et on retrouve la fibre sociale de Steinbeck dans ce personnage qui est un autre Tom Joad. C’est avant tout une justice sociale qui l’habite et même quand il parvient au fait du pouvoir, il ne songe qu’à une chose : rendre la terre à ceux à qui elle appartient et qui sont les mieux à même de la faire fructifier.

Et cette séquence est certainement la plus forte du film, amenant l’opposition frontale entre les deux frères (voir plus haut) : il y a un choix cornélien qui se pose au leader agrariste entre son combat et son frère.

 

Bien entendu, Brando est phénoménal (quand ne l’est-il pas ?), mais la distribution autour de lui est à la hauteur de l’enjeu : Quinn est encore une fois merveilleux et on remarque aussi quelques visages qui vont faire parler d’eux. Je pense à Henry Silva (Hernandez), qui n’est pas encore passé du côté obscur (il n’a que 26 ans !), dont le personnage se retrouve dans la même situation face à Zapata que ce dernier face à Diaz (encore la séquence primordiale, voir ci-dessus).

Et je pense aussi à Joseph Wiseman (Fernando), qui a un rôle véritablement important et interprète ici une espèce de méchant (il y en a plusieurs dans le film : n’oublions pas la recommandation de Hitchcock !) assez subtile, puisqu’il scelle le destin de Zapata, après l’avoir soutenu et suivi. Dix ans plus tard, Wiseman interprètera l’un des méchants les plus emblématiques du cinéma : le redoutable Docteur No.

 

Alors laissez-vous emporter par cette fresque qui se situe (presque) exactement entre deux autres incontournables de la Révolution mexicaine : Viva Villa ! (1934) et Duck, you Sucker ! (1971). Tout y est et même si la moustache du beau Marlon n’est pas aussi fournie que celle de son modèle, on notera certaines ressemblances avec les véritables protagonistes de cette période, en particulier Frank Silvera qui est presque une copie conforme du général Huerta.

Et puis Brando est tellement magnifique…

 

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Publié le par Djayesse
Publié dans : #Drame historique, #Michel Hazanavicius
La plus précieuse des Marchandises (Michel Hazanavicius, 2024)

A l’instar de Spielberg (La Liste de Schindler), Polanski (Le Pianiste) ou Jon Avnet (1943, l’ultime Révolte), c’est au tour de Michel Hazanavicius de faire son film sur la Shoah, pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Et pour cela, il retourne à ses premières amours : le dessin. Dessin qu’il va animer, créant les personnages et adaptant le conte – émouvant – de Jean-Claude Grumberg. Nous connaissons le savoir-faire d’Hazanavicius dans la comédie, mais il nous a déjà montré que les sujets sérieux ne le rebutaient pas.

De plus, il a pu profiter une dernière fois de Jean-Louis Trintignant (le narrateur) avant sa mort.

Et le résultat est, encore une fois, à la hauteur des espérances (1).

 

C’est un conte, alors il était une fois, évidemment. Une pauvre bûcheronne (voix de Dominique Blanc) et un pauvre bûcheron (voix de Grégory Gadebois), perdus dans une chaumière de la forêt polonaise pendant la guerre. Un jour, les dieux des trains exaucent la femme : un enfant lui est offert, emmitouflé dans la neige, à l’intérieur d’un talith.

Parce que cet enfant est un Sans-Cœur, un bébé juif qu’on a jeté du train afin d’espérer lui offrir une autre vie. Le train, c’est celui qui allait à Auschwitz, avec sa cargaison de « marchandises », de celles qui disparaissaient en fumée une fois le train rendu à destination…

C’est une fille, et malgré ce que peut penser le pauvre bûcheron, elle a un cœur.

Ce sont les autres bûcherons, intoxiqués par les croyances et la propagande, qui n’en ont pas.

 

Certes, le rendu dessiné n’est pas aussi fluide qu’au temps de l’âge d’or disneyen, mais on l’oublie très vite tant ce film est émouvant et la composition est belle. De plus, la musique d’Alexandre Desplats complète magnifiquement le film, donnant un film fort à tout point de vue.

On sourit du bûcheron bourru, parce qu’on sait qu’il va craquer et finir par accepter cet enfant tombé du train – n’attendant rien du ciel… ON tremble avec la bûcheronne quand les bons citoyens veulent livrer cette même enfant aux autorités (nazies, bien entendu). Mais surtout, on apprécie grandement les véritables êtres humains que sont le couple sus cité, mais aussi la gueule cassée (voix de Denis Podalydès), ou encore le paysan qui ramasse le prisonnier décharné sur le bord de la voie et le conduit en ville, lui permettant alors de survivre.

 

Mais à chaque convoi, c’est la menace mortelle qui revient, emmenant son lot de cadavres en devenir, dont la lumière frontale déchire la fin de nuit du bûcheron qui part travailler. Ce train va rapidement obséder le vieil homme et nous donner le contexte de la petite « Marchandise ».

Et à un moment, l’évocation ne suffit plus : Hazanavicius nous emmène à vol d’oiseau au terminus du train aux wagons plombés : Auschwitz. Ce n’est jamais écrit qu’il s’agit de ce camp en particulier, mais entre les différentes voies et l’entrée – inoubliable – du camp, aucun doute ne subsiste.

 

Alors quand la guerre se termine et que le camp est libéré, Hazanavicius prend le temps de fixer ce décor lugubre et funeste, où on brûle les cadavres pour éviter la contagion. C’est aussi l’occasion d’une série de visages de suppliciés : de véritables morts hurlants. Des visages sans vie à la bouche ouverte dont le cri inaudible devient insupportable.

Et au milieu de cet enfer terrestre, cet homme qui a survécu (voix de Antonin Maurel), celui qui, sur un coup de tête, a parié que son autre fille aurait peut-être une chance.

Mais, comme nous le rappelle le narrateur, rien de ceci n’est vrai : c’est un conte.

 

Pourtant, un conte, ça doit finir bien, non ?

 

  1. Je n’en ai jamais douté.

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