Ils sont deux, Max (William Conrad) et Al (Charles McGraw). Ils sont venus tuer un homme : Pete Lung, plus connu (par les services de police) sous le nom de Ole Henderson (Burt Lancaster), dit « Le Suédois ».
Pourquoi deux tueurs à gage ont-ils descendu un pompiste d’une petite ville ? C’est ce que va chercher à expliquer Jim Reardon (Edmond O’Brien) qui travaille pour une compagnie d’assurance : Lung/Henderson a légué son assurance-vie à une obscure femme de ménage d’un non moins obscure hôtel d’Atlantic City.
Qui était donc cet homme « sans histoire », mort un soir dans sa chambre, exécuté par deux étrangers de la grande ville ?
Oui, nous le savons (presque) tous : il s’agit du premier film avec Burt Lancaster au premier plan. Ainsi que les débuts – remarqués (1) – d’Ava Gardner (Kitty Collins). Mais cela ne suffit pas à faire un chef-d’œuvre. Parce que Robert Siodmak signe là encore un film inoubliable doté d’une grande maîtrise technique (1).
A partir d’une petite anomalie, un homme qui désigne une femme qu’il n’a croisée qu’une fois pour bénéficier de son « héritage », Siodmak nous entraîne dans les bas-fonds vers une histoire sordide où finalement, peu en réchappent.
Bien sûr, l’utilisation du flash-back est primordiale, et d’une certaine façon, la quête de Reardon fait penser à celle du journaliste dans Citizen Kane.
C’est une sorte de négatif de cette recherche : Kane était un personnage important dont la dernière parole faisait référence à un détail (insignifiant ?) de sa vie, alors qu’ici c’est la vie d’un personnage somme toute insignifiant qui nous emmène vers un épisode conséquent : le braquage d’un bureau de paie, avec 250.000 dollars à la clé (une somme pour 1946 !).
Nous allons donc suivre cette quête qui va nous raconter le destin d’un petit bandit (Henderson), tombé dans la truande parce qu’il ne pouvait plus boxer, à travers ceux qui l’ont (le mieux ?) connu. Et Siodmak use sans abuser du flash-back, appuyé par un montage impeccable (merci Arthur Hilton), condition sine qua non à la maîtrise du procédé.
Et si la nouvelle d’Hemingway – à l’origine du scénario – n’a plus grand-chose à voir avec le film (à moins que ce ne soit le contraire…), tant pis (pour Ernest), parce que le film n’en est que plus exceptionnel.
Et la première intervention de Lancaster est elle aussi dans cette lignée.
C’est bien lui que ces hommes sont venus tuer, et il y a chez Henderson une fatalité chrétienne qui s’exprime : il a fait quelque chose de mal, il doit donc payer pour ça.
Et Siodmak souligne la fatalité (volontaire) qui caractérise son personnage : quand Nick Adams (Phil « Uncle Owen » Brown vient le prévenir que sa vie est en danger, il est déjà allongé sur ce qui va être son lit de mort (2) et, à l’instar des cadavres, son visage est déjà recouvert (par une ombre, autre symbole mortuaire). C’est donc un mort en sursis que les deux tueurs abattent, et son agonie est vue à travers sa main qui relâche son étreinte autour du montant du lit.
Peut-on y voir une autre main dans cette fin sordide, celle de la fatalité qui s’abat inexorablement sur Henderson ? Pourquoi pas…
Par contre, la première apparition d’Ava Gardner est totalement différente. Elle est mise en valeur par la lumière qui l’entoure et sa voix chaude qui chante. De plus, sa tenue vestimentaire a de quoi faire tourner toutes les têtes, et surtout celle de Henderson. Elle possède une aura qui fait oublier toutes les autres femmes.
C’est une femme fatale dans toute sa splendeur, et ce terme n’est pas usurpé, surtout quand on connaît la résolution de l’intrigue (3).
Mais là encore, son rôle ne se résume pas à celui d’un objet de décoration : elle est la véritable main du Destin (de la fatalité, si vous préférez !). En effet, c’est elle qui va précipiter les événements et amener Jim Reardon sur la piste de Ole Henderson. Bien entendu, alors que nous avons (presque) tous éléments dès les témoignages de son collègue (Nick Adams) et de sa bénéficiaire, Mary Ellen « Queenie » Daugherty (Queenie Smith) : nous apercevons alors « Big Jim » Colfax (Albert Dekker), truand notoire d’un autre calibre qu’Henderson et entendons parler d’une femme qui vient de partir.
Et Siodmak use d’une grande habileté pour nous tenir en haleine malgré cela jusqu’à la révélation finale, un tantinet inattendue : un basculement indispensable pour faire entrer ce film parmi les très grands.
- Pouvait-il en être autrement ?
- Oui, il meurt dans son lit !
- Déjà que le Suédois est mort…
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