Nous sommes en Louisiane, en 1944, dans une base américaine où les soldats attendent impatiemment d’aller au front, et surtout le bataillon de soldats noirs, emmenés par le sergent Waters (Adolph Caesar), histoire d’aller botter les fesses d’Hitler.
Un soir, ce sergent rentre ivre à la base. Enfin essaie de rentrer, parce qu’il n’y arrivera pas : il est abattu sur le chemin. Comme nous sommes en Louisiane, pas besoin de chercher bien loin le(s) coupable(s) : le Klan, des gradés racistes (pléonasme dans cette intrigue) ?
Le capitaine Davenport (Howard E. Collins) est envoyé par Washington pour enquêter : et ce qui semblait évident ne l’est plus…
Certes, Waters n’était pas obligatoirement un formidable soldat, mais il ne méritait pas pour autant de mourir.
C’est encore une fois un film singulier que nous propose Norman Jewison, traitant du racisme dans l’armée américaine, mais pas seulement le racisme des Blancs contre les Noirs : Waters, sergent noir, détestait les hommes sous ses ordres, tous noirs. Alors évidemment, ça ouvre le champ des possibilités, question meurtrier.
Et Jewison, à coup de flash-back, va nous faire entrer dans le quotidien de ce bataillon particulier, héritage incontournable de la ségrégation sudiste.
Avec surtout un élément primordial dans cette enquête : le capitaine Davenport est un officier noir, une anomalie dans ce milieu, et en plus tout se passe dans le Sud !
Et encore une fois, Jewison s’en sort avec brio, mais pouvait-il en être autrement ?
Certes, l’intrigue est riche en péripéties, mais cela ne suffit pas. Jewison nous présente très progressivement ce personnage qui se fait tuer dès l’ouverture. Et plus nous avançons dans cette intrigue, plus ce « soldat » du titre est ambigu : il n’est pas vraiment ce qu’on peut appeler une « pauvre victime ». Il porte en lui des qualités qui vont devenir des défauts et nous révéler un autre personnage : une espèce de salaud désabusé.
En effet, les hommes de son bataillon ne sont pas tels qu’ils le voudraient, mais tels que la société le veut : inoffensifs et futiles. Et parmi eux, c’est C.J. Memphis (Larry Riley) qui est le souffre-douleur de cet homme mauvais : C.J. est musicien, joueur incroyable de base-ball et peu enclin aux armes. Tout pour irriter ce sergent.
Et si ce film fonctionne très bien, c’est avant tout grâce à la reconstitution de cette époque : les guerres mondiales ont toujours amené des changements dans la société, et celle-ci n’échappe pas à la règle. Et ce changement se présente tout d’abord sous la forme de ce gradé inimaginable : un Noir avec un grade supérieur à celui de sergent ! Personne n’a jamais vu ça, comme le souligne un soldat en plein exercice, quand il arrive.
Mais ces galons ne sont pas pour autant une protection : on sent la prudence de Davenport, face à l’attitude des autres officiers, tous blancs. De même le lieutenant Byrd (Wings Hauser) est réticent à obéir à cet homme qu’il méprise parce que noir. Et cette méfiance se ressent jusqu’en haut de la hiérarchie avec le colonel Nivens (Trey Wilson) qui souhaite que tout soit réglé rapidement, et si possible sans vague.
Seul le capitaine Taylor (Dennis Lipscomb) sort du lot : s’il est méfiant envers Davenport, ce n’est du fait de sa couleur, mais plutôt par rapport à ce que pourrait révéler son enquête. Il y a même une forme d’amitié qui se noue entre ces deux hommes, comme le montre la dernière séquence. Mais cela ne nous étonne pas beaucoup : lors du match de base-ball entre les Noirs et les Blancs, il est le seul à se réjouir de la victoire des premiers : debout en tribu ne, il se rassoit quand il constate que tous ses voisins le regardent avec mépris.
Et Taylor est celui qui va entériner le changement annoncé : il sait que d’autres officiers noirs vont arriver, et ça ne le gêne pas outre mesure. De toute façon, ce changement est en marche : les soldats noirs s’en vont vers le front…
Où ils pourront se faire tuer comme les Blancs !
/image%2F1589176%2F20150507%2Fob_e5ab85_jihesse.png)
/image%2F1589176%2F20260131%2Fob_5ffec9_soldier-s-story.png)
/image%2F1589176%2F20260124%2Fob_7418d8_willy-wonka-au-pays-enchante.png)
/image%2F1589176%2F20260117%2Fob_7e1ac7_conclave.png)
/image%2F1589176%2F20260110%2Fob_29b70f_happy-days.png)
/image%2F1589176%2F20260103%2Fob_ecf874_mask-the.png)