Cette « lame nue », c’est celle qui nous est présentée pendant le générique. Elle appartient à ce qui ressemble à une dague mais pourrait bien être plutôt un coupe-papier. Mais c’est surtout la lame qui s’est enfoncée dans le ventre de Jason Roote (Martin Bodey), l’associé de George « Cliff » Radcliffe (Gary Cooper).
Un homme a été arrêté, Donald Heath (Ray MacAnally) et c’est le témoignage de Radcliffe qui amène sa condamnation.
Mais un homme fait chanter Radcliffe : en effet, il n’y avait que lui le soir de la mort de Roote. Et si ce n’était pas Heath le meurtrier ? Et d’où vient cette grosse somme d’argent qui a permis à ce même Radcliffe de monter une autre affaire ? En effet, l’homme qui a tué Roote a aussi emporté une sacoche remplie de billets, qu’on n’a pas retrouvés.
Martha (Deborah Kerr), la femme de Radcliffe, commence à se poser des questions…
Quand le film est présenté pour la première fois (le 28 juin 1961), cela fait déjà plus d’un mois que Gary Cooper a fait ses adieux définitifs, terrassé par le cancer (13 mai). Ce fut, bien entendu, un tournage très éprouvant pour lui, et malheureusement, le film fut un échec. Malheureusement parce que, même si l’immense Gary a joué dans des films plus prestigieux, ses adieux – involontaires – auraient tout de même mérité un meilleur accueil public.
Certes, Michael Anderson n’est peut-être qu’un réalisateur de seconde zone, mais il réussit ici à donner une certaine épaisseur à son film, jouant sur les zones d’ombre de ce meurtre.
Parce que Radcliffe a beau être interprété par l’un des acteurs les plus positifs d’Hollywood, le spectateur se demande constamment quel a été le véritable rôle de Radcliffe dans cette sombre intrigue. Et c’est à travers Martha – formidable Deborah Kerr (1) – que ce développe les doutes qui vont atteindre le spectateur. Il faut dire que l’intrigue aide beaucoup : à peine Heath condamné, Radcliffe parle d’une rentrée importante d’argent – on pense alors aux
Ce doute va amener un face-à-face absolument splendide entre deux grandes stars : et je me répète, nous avons beau avoir du mal à imaginer Gary Cooper passer du côté obscur, nous sommes gagnés par ce même doute. La situation tourne trop facilement en sa faveur. Et c’est là qu’est tout le sel du film, démontrant une dernière fois (comme s’il était besoin de le faire…) l’immense talent de Gary Cooper qui réussit, dans son rôle, et surtout auprès des spectateurs, à relayer la suspicion à son encontre.
Et, à l’instar de la voix qui nous encourage à la fin du film, à ne rien révéler aux autres (futurs spectateurs ?), je ne vous dirai pas comment Anderson résout son intrigue…
Par contre, cette voix finale surfe – dirait-on aujourd’hui – sur l’effet Psychose qui demandait la même chose.
Malheureusement, cela n’a pas suffi à sauver le film. Dommage, parce qu’il méritait (et mérite encore) un détour...
- Pourrait-il en être autrement ?
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