Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Georges Lautner
Arrêtez les Tambours (Georges Lautner, 1961)

Courdimanche, charmante petite bourgade de Normandie : ses maisons à colombage, son maire débonnaire (Bernard Blier) qui est accessoirement le docteur, ses petites échoppes habitées par des commerçants pittoresques, et son Occupation par l’armée allemande. Parce que nous sommes en juin 1944…

Une nuit, un parachutiste anglais tombe juste à côté. Il se tente de se réfugier chez l’habitant, mais à chaque fois, il est renvoyé de maison en maison : on n’aime pas les Boches, ici, mais on ne va pas non plus se mettre en danger pour un rosbif !

L’Anglais atterrit chez le docteur Leproux qui va non seulement le soigner, mais aussi le cacher. Lui qui ne voulait pas prendre partie dans le conflit est servi : entre les Allemands qui le réquisitionnent pour soigner leurs blessés et les Résistants qui s’arrangent avec lui, le voilà au centre de ce conflit qu’il voulait éviter.

 

Lautner et Blier, c’est une belle collaboration qui a duré plusieurs années, pour notre plus grand plaisir. Et surtout, c’était l’occasion pour Blier de se retrouver tout en haut de l’affiche, ce qui n’arriva pas très souvent. Et comme toujours, il est formidable. Tout en nuance et sobriété, il incarne un personnage victime de l’époque, tiraillé entre son devoir de maire, responsable de ses concitoyens, et ses penchants patriotiques, tout cela venant après son devoir de médecin qui l’amènera à son destin tragique. Parce que c’est malgré tout une tragédie qui nous est proposée ici. Tragédie doublée d’amertume, comme on la retrouvera dans la collaboration suivante entre le réalisateur et son interprète : Le 7ème Juré (1962).

Tragédie aussi par sa structure, avec le moment d’espoir indispensable déclenché par le Débarquement, annoncé par les vers de Verlaine.

 

Parce que le docteur Leproux annonce Grégoire Duval : c’est un bon bourgeois, un tantinet jouisseur – bonne chère et bonne bouteille sont à sa table – et qui ne boude pas son plaisir quand une jeune femme s’offre à lui. Mais ici, l’époque est trouble et troublée, et ses fréquentations ne sont pas du goût de tout le monde, comme en témoignent les différentes réflexions de ses concitoyens qui ne cessent de tourner avec le vent. Bien entendu, la liaison – totalement platonique – entre le médecin officier allemand (Lutz Gabor) et la fille de Leproux (Lucile Saint-Simon) met de l’huile sur le feu et de fausses idées dans la tête de ces mêmes villageois.

 

Avec Arrêtez les Tambours, Georges Lautner réussit le pari de traiter de la guerre avec une belle objectivité. Nous sommes bien loin du tous résistants qui a prévalu longtemps, et la position de Leproux et ses administrés illustre très bien la position d’une très grande partie de l’opinion publique en 1944 : on n’aime pas les Allemands, mais on ne va pas non plus se mouiller. Ou alors quand tout danger sera écarté : ici, on n’ira pas jusqu’à l’épuration, mais certaines réflexions – celles de la veuve (joyeuse, cela va de soi) – laissent présager le pire.

Mais Lautner n’insiste pas sur cet élément, de même qu’il n’y a aucun collaborateur dans toute cette histoire (1). Par contre, le traitement de la guerre est impeccable, Lautner utilisant à bon escient des images d’archives pas toujours bien connues. Et ça un an avant Le Jour le plus long !

Evidemment, le grain de la pellicule n’est pas toujours le même, mais l’utilisation est pertinente et le montage impeccable, alors il n’y a pas de raison de se plaindre.

 

Arrêtez les Tambours n’est que le troisième film de Lautner. Et déjà, c’est un grand réalisateur.

 

PS : encore une histoire de traduction. Mais cette fois-ci, c’est dans l’autre sens. Le titre américain est plutôt étonnant : Women and War (« Les Femmes et la guerre »). Certes, les femmes ont un rôle important, mais c’est tout de même éluder la prestation de Blier. Sans oublier l’affiche qui accompagnait l’exploitation. A pleurer. De rire, peut-être, mais à pleurer tout de même !

 

  1. Parler de Collaboration, en 1961 était encore très marginal, surtout avec le Préfet de Paris qui était alors en poste et qui s’illustrera dans les mois qui vont suivre (le 17 octobre pour être plus précis…)
Arrêtez les Tambours (Georges Lautner, 1961)
Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog