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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Denis Villeneuve
Premier Contact (Arrival - Denis Villeneuve, 2016)

Un enfant naît, grandit, tombe malade… et meurt ?

Toujours est-il qu’en quelques plans, Denis Villeneuve a résumé une vie avec une délicatesse et une beauté d’images.
Cette introduction un tantinet pessimiste est aussi intimiste. Celle qui parle, c’est Louise Banks (Amy Adams). Elle est une linguiste experte dispensant des cours à l’université.

Mais c’est une femme seule : son enfant est mort et elle vit isolée dans une grande maison.
Seule, elle l’est aussi dans la vie en générale : alors que le monde entier a les yeux braqués sur une information capitale – douze vaisseaux extra-terrestres ont apparu dans différents points du monde – elle, ne s’en rend pas compte et continue sa routine.

Même quand l’état d’alerte a été promulgué, elle reste la seule à l’ignorer et à poursuivre inlassable ment sa même vie. Jusqu’à l’arrivée du colonel Weber (Forest Whitaker qui, même dans un rôle de militaire, reste sympathique) qui la choisit comme interprète pour les pourparlers avec les « créatures venues d’un autre monde ».

Pour l’aider dans cette tâche lourde de conséquences, un autre expert, physicien : Ian Donnelly (Jeremy Renner*).

 

Cela faisait 47 ans qu’on n’avait pas eu ce genre de film science fiction. En effet, depuis que Stanley Kubrick a réalisé 2001, l’Odyssée de l’espace, rarement (voire jamais) des extra-terrestres n’ont été aussi peu humanoïdes, tout en étant pacifiques. Ici, ce sont des heptapodes : du grec hepta – sept – et pode – le pied.

Il y a – à mon humble avis – une autre parenté évidente : Rencontres du troisième Type. En effet, le maître mot (terme on ne peut plus judicieux) du film est le langage. Alors que dans le film de Spielberg, la communication se fait plutôt facilement, ici, c’est tout l’apprentissage d’une langue qui est mis en évidence, et surtout la difficulté et la longueur de temps nécessaires à sa maîtrise.

Le tout filmé magnifiquement.

 

Ce film est absolument fabuleux dans tous les domaines. Il y a une maîtrise globale des différentes composantes d’un film. Villeneuve nous propose une histoire plausible dans un environnement vraisemblable avec une utilisation extrêmement intelligente des procédés numériques visuels : jamais on ne se demande comment ils ont pu faire ça. Il y a une unité dans ce film qui tient du chef-d’œuvre. [Je suis peut-être excessif, mais pour ma part, j’ai l’impression d’user d’un euphémisme.

Rarement une telle maîtrise totale d’un film nous est offerte, surtout dans un domaine aussi particulier que l’est la science-fiction.

Non seulement nous avons droit à l’arrivée (titre original) des E.T. et des relations possibles tenues en face d’eux – allant de la fraternisation à la menace – mais en plus, cela est fait avec un rythme normal, sans précipitation ni lenteur. Villeneuve prend le temps de la communication naturelle d’une langue où l’évolution – qu’elle s’adresse à quelqu’un de très intelligent ou de complètement stupide – est obligatoirement progressive. Il n’y a pas cet enthousiasme de Spielberg dans le film susnommé qui fait brûler les étapes et considère que le contact est bon donc tout suit normalement et tout de même rapidement.

Ici, les personnages doutent, et s’ils arrivent à échanger (leur langue et leurs idées), c’est avec toujours une phase de doute (du côté terrien, c’est avant tout celui que nous connaissons le mieux), qu’elle vienne de l’apprenant ou de l’enseignant, reproduisant le schéma invariablement duel d’une langue, dont la base est l’opposition entre signifiant (son/image) et signifié (sens). Pour plus de précision, je vous renvoie à Ferdinand de Saussure.

 

Et puis il y a l’indispensable ingrédient pour un film : la narration. Quoi qu’il se passe dans le film, c’est avant tout du point de vue de Louise que se place la caméra pour nous montrer les progressions. C’est pourquoi nous ne voyons jamais comment ces créatures sont arrivées. Du jour au lendemain elles sont là, et nous les découvrons avec elle. . Et plus tard, même l’apparition des E.T. est toujours nimbée d’une atmosphère opaque, rendant leurs contours difficiles à distinguer.

Et il faut attendre la dix-neuvième minute du film pour enfin avoir une vision claire du vaisseau installé dans le Montana où réside Louise.

Et en plus, le temps – de la narration comme celui qui passe pour Louise – est distordu, interrompu qu’il est par des flashbacks de la vie de Louise jusqu’à l’explication finale que je n’ai pas l’intention de vous raconter ni même très légèrement dévoiler…

 

Avec ce film, Villeneuve nous montre deux grandes choses :

  • on peut entrer en contact avec des extraterrestres sans les attaquer ;
  • On peut aussi faire un film de science-fiction humainement, sans explosion d’effets spéciaux bruyants autant que spectaculaires.

 

Un véritable chef-d’œuvre (je sais, je me répète, mais quand c’est le cas, il ne faut pas hésiter à le répéter), qui, je l’espère deviendra une nouvelle référence dans ce domaine cinématographique.

 

 

PS : La traduction française de premier contact reflète une réalité du film mais a tout de même ses limites, alors que le titre original « Arrival » ouvre de nombreuses perspectives développées par le film. 

 

 

* Tiens, un palindrome…

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