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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Drame, #Julien Duvivier
Au Bonheur des Dames (Julien Duvivier, 1930)

Il fallait bien qu’un jour Julien Duvivier rencontre Zola. Et comme Zola s’est excusé dès 1902, il restait ses livres.

Et Duvivier en profite pour tirer un trait avec brio sur son cinéma muet : Au Bonheur des Dames ce sera.

Il s’agit de la première adaptation du livre, suivra treize ans plus tard celle d’André Cayatte avec Michel Simon et Albert Préjean, mais ceci est une autre histoire.

 

Bien sûr, Duvivier prend des libertés avec le roman, mais il est tout à fait en droit de le faire, nous sommes au cinéma.

Et pour sûr, c’est du grand spectacle.

Duvivier utilise pratiquement toutes les possibilités qu’offrent la caméra et la technique: travellings (avant et arrière), panoramiques, caméra subjectives, surimpression, incrustation… C’est un festival sans être en même temps une démonstration, si ce n’est celle de l’intrigue.

Le tout servi par une distribution impeccable, on aurait tort de bouder son plaisir.

 

On retrouve donc la jeune et orpheline Denis Baudu (La belle Dita Parlo et son regard triste, même quand elle sourit), qui débarque – de sa Province, même si ce n’est pas dit – et va s’installer chez son oncle le vieux Baudu (Armand Bour) marchand de tissus au Vieil Elbeuf, en face du célèbre Bonheur des Dames. Y vivent aussi sa cousine Geneviève et son fiancé Colomban (Fabien Haziza).

Sauf que le Bonheur des Dames a ruiné tous les commerçants de la rue et que Baudu a beau résister, le rouleau compresseur d’Octave Mouret (Pierre de Guingand)  pour développer son enseigne ayant avalé les petites boutiques les unes après les autres.

Alors Denise va devoir travailler… En face !

 

On retrouve dans les (très) grandes lignes le roman du grand Emile, mais de toute façon, ce n’est pas ça qui est important chez Duvivier qui pour ses adieux au muet nous gratifie d’une nouvelle vision cynique voire pessimiste des hommes.

Et ceci est accentué par la transposition de l’intrigue dans les années 1920s, juste avant les effets désastreux de la crise de 1929.

Les premières images nous montrent l’arrivée d’un train – celui de Denise – et l’apparition de la jeune femme dans la frénésie parisienne. En effet, à partir du moment où elle sort de la gare, c’est un déluge d’images frénétique(s) où ce qui domine le plus est l’agitation (vaine, cela va sans dire), soutenue par un montage rapide et des surimpressions qui donnent le tournis.

Et comme le dit l’intertitre – le cynisme de Duvivier est là – c’est le progrès !

Une fois le côté obscure de Duvivier identifié et un peu mis de côté, nous assistons à un magnifique montage rapide où des gens, des voitures, des trains arrivent et partent, et où trône au milieu de toute cette excitation le Bonheur des Dames : la promotion autour de cette enseigne est d’ailleurs démesurée : des affichages, des ballons, des lumières et même des hommes-sandwiches portant des lettres agencées pour écrire le nom du magasin. Bref, rien n’est trop peu ni trop beau pour ce géant commercial.

Puis, autre grand moment du magasin, sa visite : on passe de rayons en rayons avec des clientes (les plus nombreuses, les hommes étant surtout les employés du magasin), où tout se vend et donc s’achète, se porte se mange, ou tout ce que vous voulez. Bien sûr, au passage, les Galeries Lafayette ont pu jouir d’une certaine publicité (1), mais on peut se demander si Julien Duvivier était le meilleur agent pour cela…

 

Et puis il y a les gens. Mis à part Mouret et sa clique, la plupart des personnages sont de basse extraction et pas toujours très beaux physiquement – Deloche (René Donnio), le jeune homme qui se présente en même temps que Denise est un bel exemple – ou moralement – Jouve (Fernand Mailly), le chef du personnel n’est rien qu’un petit chef qui use de son pouvoir pour harceler les jeunes femmes.

Les jeunes femmes ont un rôle important d’ailleurs puisque Denise est embauchée avec les mannequins. On a alors le droit à des femmes peu vêtues et des plans rapprochés de jambes… Avec en prime l’ignoble Jouve qui se rince l’œil quand il ne tâte pas la marchandise (pas ici, mais il doit le faire de temps en temps, ses œillades ne trompant personne).

Ce milieu féminin est très bien montré avec les faiblesses de chacune dont les autres se gaussent quand elles n’en tirent pas profit, la concurrence étant de mise, et s’empresser de rire de l’une évite qu’une autre se rie de soi-même…

 

Bref, c’est tout de même un drôle de progrès que nous montre Duvivier dans cette adaptation de Zola. Et on peut constater que près de 90 ans après, il subsiste des similitudes, voire une exagération de la situation : il suffit de voir les ruées de clients à chaque période de solde pour s’en convaincre.

Finalement, Duvivier n’a peut-être pas tant grossi le trait que ça…

 

 

(1) Les vues dans le magasin furent tournées là-bas. Il ne manque que la couleur pour admirer pleinement le magnifique plafond en rotonde de l’endroit.

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