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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Muet, #Frank Borzage, #Mélodrame
Back Pay (Frank Borzage, 1922)

Hester Bevins (Seena Owen) vit à Demopolis (1), trop loin de la grande ville (New York) pour une jeune femme comme elle.

Elle n’est pas faite pour cette vie routinière : loger dans la pension de famille de Mrs. Simmons ; participer aux événements locaux.

Même son fiancé, Jerry Newcombe (Matt Moore), n’arrive pas à la retenir, malgré sa nouvelle voiture (un buggy tiré par un cheval).

Alors Hester part pour New York.

Cinq ans après, elle est une femme riche. Mais surtout, c’est une femme entretenue. Alors quand elle retourne à Demopolis, comme ça, pour voir, personne ne la reconnaît : on l’a oublié.

Sauf, bien entendu Jerry.

 

Nous sommes chez Borzage, alors la belle Hester, qui est toujours entourée, se sent inlassablement seule.

La vie à Demopolis, et en particulier à la pension de Mrs Simmons est d’un ennui incroyable pour cette jeune femme qui ne rêve que de luxe et d’excitation. Sa vie est vide parmi ces braves gens.

Le seul qui comprend les sentiments d’Hester, c’est bien entendu Jerry. C’est lui qui l’accompagne quand elle part définitivement.

C’est bien connu, quand on aime quelqu’un, on respecte ses choix, même s’ils sont difficiles à supporter.

 

Alors que les réalisateurs de l’époque s’accordent à montrer la corruption de la Ville (1), Borzage fait une ellipse de cinq ans résumés par un intertitre : Hester a bien réussi, mais pas spécialement en travaillant.

On a alors un aperçu de ce que sont ses occupations, essentiellement des fêtes bien arrosées avec ses nouveaux amis Kitty (Ethel Duray) et Speed (Charles Craig), et bien sûr, celui qui l’entretient : Charles G. Wheeler (J. Barney Sherry).

Mais elle est seule, toujours.

Alors quand elle passe près de son ancienne ville, elle y retrouve Jerry, le seul qui ne l’a pas oublié, mais malgré cela, elle repart vers sa vie frivole, laissant une nouvelle fois le pauvre Jerry.

 

Mais le revoir va en fait changer doucement sa vie : elle voit en Jerry un ami fidèle, mais tellement à l’opposé de ce qui est son existence. Mais un ressort s’est cassé, et elle se sent de plus en plus triste, de plus en plus seule.

Et pendant que les fêtes s’enchaînent toutes plus folles les aunes que les autres, Jerry est parti en France, combattre.

Quand il revient, c’est un homme brisé, ravagé par les gaz et aveugle (3), à qui le chirurgien ne donne que trois semaines à vivre.

On retrouve alors la rédemption chère à Borzage (et aux Américains en général) dans cet amour bref mais ô combien intense, qui la sauvera de sa vie dissolue : la morale est sauve.

 

Au-delà de la fin un tantinet moralisatrice, on retrouve l’atmosphère des films de Borzage, avec ce souci constant de l’éclairage : le soleil qui est voilé par un nuage et qui assombrit la scène, annonçant la lente déchéance d’Hester ; le dernier crépuscule de Jerry, où le soleil a beau briller, ma  la lumière est grise, froide. On retrouvera cet éclairage chez Murnau dans Sunrise, mais est-ce bien étonnant ?

 

Encore une fois, un très beau mélodrame qui annonce les derniers films muets du maître : le thème de la solitude, les éclairages expressifs et deux solitudes qui sont de prime abord différentes mais qui ne peuvent que se retrouver le temps de vivre quelque chose de grand.

Du Borzage, quoi !

 

 

  1. Etymologiquement « ville du peuple ».
  2. New York est presque toujours le symbole de la perdition.
  3. Il annonce le personnage de Chico (Charles Farrell) dans Seventh Heaven.
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