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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Joel Coen, #Ethan Coen, #Steve Buscemi
Barton Fink (Joel & Ethan Coen, 1991)

1941.

Barton Fink (John « Jesus » Turturro) triomphe à New York (Broadway) pour sa pièce qui donne la parole aux petites gens. Il tape donc dans l’œil de Jack Lipnick (Michael Lerner), producteur à Hollywood. Ce dernier fait venir Barton pour qu’il lui ponde un scénario de la même verve, pour un film de lutte avec Wallace Beery.

Barton se retrouve donc seul dans la Babylone de l’Ouest, dans un hôtel minable, dans une chambre miteuse où le papier peint se décolle avec la chaleur.
Sans oublier son voisin, Charlie Meadows (John « Walter » Goodman), représentant en assurances qui apporte, comme il dit, un peu de paix à ses clients.

Cette paix se révèlera un tantinet éternelle…

 

Encore une fois, les frères Coen nous proposent un personnage qui n’est pas le maître de son destin, jouet involontaire d’un monde qui n’est pas le sien. Mais avec encore une fois une bonne dose d’absurde, marque de fabrique de ce duo fraternel. Et c’est à nouveau John Turturro qui a été choisi pour interpréter ce pion, un an après Miller’s Crossing. Et ce choix est absolument payant, Turturro interprétant ici un écrivain en proie à l’angoisse de la page blanche, accentué par une apparence qui dénote sa non appartenance à ce monde particulier qu’est le cinéma : lunettes et surtout tignasse fournie font de lui un magnifique ahuri.

 

Dix ans plus tard, les Coen vont réaliser The Barber : l’Homme qui n’était pas là. Pour paraphraser ce titre, on pourrait ajouter au titre ici « l’Homme qui n’aurait pas dû être là » tant  Barton n’est pas à sa place dans ce monde si versatile. IL suffit de voir les différentes interventions de Lipnick pour mesurer le décalage énorme qu’il y a entre cet auteur « pur » et ce monde corrompu, essentiellement par l’alcool : sa rencontre avec un de ses auteurs préférés, W.P. Mayhew (John Mahoney) dans les toilettes d’un restaurant marque définitivement l différence entre les deux hommes, l’un néophyte, l’autre absorbé par le système.

 

Mais si le milieu est celui du cinéma (une petite mise en abyme), il ne s’agit aucunement d’une critique de ce milieu. Ce sont avant tout les rapports humains qui prédominent : les échanges entre Barton et son entourage, qu’il soit professionnel (Lipnick, Mayhew), amoureux (Audrey Taylor, interprétée par la délicieuse Judy Davis), ou personnel (Meadows).

C’(est d’ailleurs ce dernier aspect de cette vie hollywoodienne qui fait tout le sel de ce film, John Goodman (qui retrouve les Coen quatre ans après Arizona Junior) interprétant un voisin très singulier : outre sa stature imposante, il est un voisin un tantinet encombrant, s’invitant chez Barton sans crier gare, intervenant alors quand il ne faut pas.

 

Mais Meadows est aussi le révélateur du film, faisant passer celui-ci dans une dimension (presque) fantastique, comme en témoigne la dernière séquence qui se déroule dans le couloir en feu de l’hôtel, couloir qui n’est pas sans rappeler celui de l’hôtel Overlook (1) : immense et oppressant malgré l’éclairage, on s’attend presque à y rencontrer des jumelles qui se tiennent la main. Bien sûr, on pense aussi à Hitchcock tant cette atmosphère de l’hôtel est pesante et certains extérieurs rappellent les films du maître.
 

Mais malgré tout cela, nous sommes bel et bien chez les frères Coen, dans un film encore une fois formidable, mêlant avec bonheur la maîtrise technique (sans Barry Sonnenfeld derrière l’œil de la caméra, mais qui y fait tout de même une apparition) et cet humour chargé d’absurde qui émaille leur cinéma.

Une réussite.

 

  1. Cet hôtel, dans le roman de King est entièrement détruit par l’explosion de la chaudière.
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