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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Drame, #Michael Haneke
Benny's Video (Michael Haneke, 1992)

Benny (Arno Frisch) est un jeune garçon passionné de vidéo. Il possède deux caméras et emprunte régulièrement des cassettes (1) au magasin. C’est là qu’il rencontre une jeune fille (Ingrid Stassner) qui semble elle aussi une passionnée de vidéo.

Il l’emmène chez lui et lui fait découvrir son univers. Parmi tous ses objets, un pistolet d’abattage.

Par jeu, par désœuvrement, par inconscience, Benny va tuer la jeune fille avec ce pistolet.

Et bien sûr, sa caméra a tout saisi…

 

C’est une histoire plutôt crue qui nous est présentée là, une chronique (une dizaine de jours à peine) de l’adolescence avec ses errances et ses paradoxes. C’est aussi une histoire absurde qui se termine tragiquement : pas de mobile, aucune pression, pas de désordre apparent.

Parce que Benny est un jeune garçon comme les autres, avec des copains, loin de l’image qu’on pourrait se faire d’un adolescent isolé et taciturne.

Mais cela n’empêche pas l’incommunicabilité : ses parents ne sont pas toujours là et sa sœur aînée a son propre appartement. Alors Benny est seul, irrémédiablement quand il se retrouve chez lui. 

 

Et même quand ses parents sont là, il ne parle pas avec eux, restant dans son monde de vidéo, où les écrans sont allumés toute la journée et les stores tirés, l’un des deux écrans diffusant la vue en direct de la fenêtre (l’autre caméra).

Alors quand il va tuer cette jeune fille, il est très difficile de lui trouver quelque motivation tant l’acte semble gratuit et n’altère en rien son quotidien. Certes, il va au maximum laver le sang mais pour le reste, c’est comme si rien ne s’était passé. Il faudra qu’il montre à ses parents la vidéo de la tuerie pour qu’il se passe quelque chose et que l’ordre établi soit enfin chamboulé. Mais malgré tout, on ne ressent aucun remord ni regret pour son geste qui en devient alors absurde, presque irréel. Et Benny n’arrive même pas à expliquer pourquoi il en est arrivé là.

Ca commence presque comme un jeu de défi : « peureux » lui dit la jeune fille avant qu’il se décide à lui tirer dessus. Ensuite, ce sont les cris qui vont s’emparer de son esprit et l’amener à « finir la besogne ». Et puis une fois le forfait accompli, plus rien. Un silence ponctué par les gestes de Benny qui reprend sa vie où il l’avait laissée : il finit son repas avant de nettoyer.

Le silence, d’ailleurs, est une grande composante de cette intrigue. Silence entre Benny et ses parents, silence « de mort » (évidemment) après le meurtre. Les seuls moments bruyants de la vie de Benny, c’est quand il fait ses devoirs : la musique hurle à tue-tête pendant qu’il trace délicatement des figures géométriques.

 

J’ai parlé d’une histoire « crue » plus haut du fait de la séquence d’introduction. En effet, elle donne le ton du film et possède les éléments déterminants de l’intrigue.

C’est une vidéo (déjà) tournée par Benny qui montre un cochon qu’on envoie à la mort : il crie bien sûr, et reçoit un coup de pistolet (d’abattage) dans la tête. Cette dernière partie est même rembobinée et montrée une deuxième fois au ralenti. On comprendra ultérieurement l’importance de cette vidéo brute. Et surtout, Benny va la montrer de la même façon à la jeune fille avant de la tuer. Et pourtant, à aucun moment il n’y fera référence à ses parents pour tenter d’expliquer son geste.

 

De toute façon, il n’y a pas grand-chose à expliquer. Et Michael Haneke réussit là à saisir une facette de l’adolescence dans ce grand garçon un peu trop seul et dont on ne s’occupe pas vraiment. L’adolescence est la dernière partie de l’enfance où on essaie de transgresser les interdits. En général, ce sont l’alcool, la drogue voire le sexe qui en sont les domaines de prédilection.

Benny, lui, va plus loin, tuant presque malgré lui, une jeune fille qu’il ne connaissait même pas. Et en plus, cette transgression suprême va être couverte par des parents partagés entre l’horreur de son geste et l’amour qu’il lui voue.

Une situation cornélienne ?

 

(1) Nous sommes en 1991.

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