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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Ang Lee
Un Jour dans la vie de Billy Lynn (Billy Lynn's long halftime Walk - Ang Lee, 2016)

Billy Lynn (Joe Alwyn) est un jeune soldat découvert par hasard par une caméra qui tournait toute seule, en Irak.

On l’y voit affronter deux soldats qui essaient d’emmener son frère d’armes Shroom (Vin Diesel (1)), le sauvant mais pas complètement.

Billy Lynn est un membre du peloton Bravo qui est en tournée en Amérique avant de reprendre la route vers l’Irak, où la transition se poursuit (avec la guerre civile, bien sûr) depuis l’arrestation de Saddam Hussein.

 

Encore une fois, Ang Lee nous étonne – et nous fascine – en nous proposant un film de guerre différent. Non pas que la guerre y soit juste, belle et utile – il ne faut pas exagérer non plus – mais cette tranche de vie (à peine une journée) d’un héros malgré lui amène une réflexion autour du devoir d’un soldat et du rôle d’un héros de guerre.

Avec en prime une espèce de mise en abyme autour un éventuel film relatant l’action héroïque de ce peloton.

Enfin, Ang Lee réussit un film absolument américain, avec tous les symboles de ce pays, de l’hymne au drapeau en passant par le football et bien sûr Texas oblige, la référence à Alamo, autre fait de guerre héroïque, même si le résultat ne fut guère avantageux.

 

On retrouve dans ce film une narration qui rappelle celle de l’Odyssée de Pi (son film précédent), avec des ruptures et des fondus qui font s’interpénétrer les deux mondes de Billy Lynn : la guerre et la paix. Ou plutôt la guerre et les moments loin de la guerre, parce que ces hommes sont sans cesse dans le conflit : celui qui les concerne directement et pour lequel ils évoluent, en attendant le suivant qui ne sera ni meilleur ni pire, mais un nouveau travail à effectuer.

Le tenant de cette professionnalisation aveugle (qui l’est autant que l’obéissance qui va avec) est son supérieur, le sergent David Dime (Garrett Hedlund) qui, s’il est un militaire jusqu’au bout des ongles n’en est pas pour autant un abruti comme on peut s’en rendre compte dans certains échanges qu’il a avec les civils de Dallas qui l’accueillent, montrant que tout peut se discuter, sauf les ordres !

 

Cette journée – en français – a une chronologie très distendue puisqu’on y entre dans l’esprit de Billy : ses sentiments, ses souvenirs, ses émotions.

Et Lee joue avec cette subjectivité à longueur de film, utilisant d’ailleurs souvent la caméra subjective pour Billy ou les autres, cette histoire ne prenant à aucun moment un aspect universel si ce n’est dans quelques réflexions inévitables autour de la guerre et de l’héroïsme.

Mais je préfère l’idée du titre original : la longue marche de Billy Lynn pendant la mi-temps.

Parce que ce titre exprime beaucoup plus ce qui se joue dans le film : dans la tête de Billy mais aussi au milieu de ce Texas qui l’a vu naître.

 

Billy est à un tournant de sa vie, de son engagement. Cette mi-temps, c’est d’abord celle du match de football pendant lequel ils vont partager la scène avec Beyoncé (Elizabeth Chestang) est ses deux collègues de Destiny’s Child. Mais c’est aussi une pause dans son engagement dans l’armée, un temps de réflexion qu’il s’accorde, à la croisée de deux chemins : repartir  bien sûr, ou alors renoncer comme le voudrait sa sœur Kathryn (Kristen Stewart) qui a arrangé un rendez-vous avec un médecin.

Mais c’est aussi la mi-temps pour l’administration de George W. Bush qui vient d’être réélu : c’est ce président qui a voulu, dix ans après, finir le travail de son père. C’est bien à lui qu’on doit ce nouveau conflit qui s’enlise (pour quelques années encore) et ce malgré la chute du dictateur.

 

Et bien sûr, s’il y a des militaires, il y a des civils. Et ces derniers sont de différents horizons : on y trouve bien sûr la famille des soldats (celle de Billy qui le voit revenir avec joie comme celle de Shroom qui le voit revenir lui aussi, mais dans un cercueil) ; on trouve aussi les Texans qui sont venus célébrer leurs héros mais tous ne sont pas toujours recommandables, comme en témoigne le personnage ambigu de Norm Oglesby (Steve Martin) qui veut bien faire le film, mais avec un petit budget et cela va sans dire pour son profit personnel. Un personnage plutôt abject mais indispensable : il y en a toujours un. Hélas.

 

Et puis il y a les femmes. Passons sur la mère (Deirdre Lovejoy) pour nous intéresser aux véritables femmes de la vie de Billy : celle de toujours, sa sœur Kat qui veut son (2) bien et ne pas l’accueillir comme doit le faire la famille de Shroom au cercueil enveloppé du drapeau ; et celle de l’instant, Faison (la très belle Mackenzie Leigh) que Billy rencontre lors de cette dernière exhibition et qui semble être celle qu’il a toujours attendu.

Cette jeune femme, cheerleader pendant le match, est aussi une raison de céder à sa sœur, afin de pouvoir rester et s’occuper d’elle.

Toutes les deux aiment Billy, chacune à sa façon, selon ce qu’il représente pour elle.

Et Billy à la fin de cette longue marche va choisir celle qu’il va suivre.

 

Laquelle ? Allez voir vous-même…

 

  1. Vin Diesel, même s’il est avant tout un militaire ici sort un peu de son rôle habituel de gros bras pour interpréter un soldat assez pittoresque, adepte de la pensée orientale, en totale opposition avec le genre de personnage qu’on aurait pu attendre ici. Ce personnage est aussi improbable que celui de Dime (voir après).
  2. « son » est un pronom possessif qui s’applique aussi bien au femmes qu’aux hommes et cela permet une ambigüité impossible en VO : « son » bonheur, est-ce celui de Billy ou celui de Kat qui ne supporte pas l’angoisse de le savoir en danger perpétuellement.

 

 

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