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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie, #Jean Renoir
Boudu sauvé des Eaux (Jean Renoir, 1932)

Edouard Lestingois (Charles Granval) est libraire sur les quais de Seine, face au Pont des Arts. Bon bourgeois (1), il est marié à la belle madame Lestingois (Marcelle Hainia) et a bien entendu une liaison ancillaire nocturne avec la jeune Anne-Marie (Séverine Lerczinska).

Un jour qu’il observe les jeunes femmes à la longue-vue, il aperçoit un clochard qui se jette à l’eau. C’est Boudu (Michel Simon), qui vient de perdre son chien (il est parti sans crier gare) et qui n’a plus de raison de vivre.

Lestingois n’hésite pas une seconde : il sort sauver ce malheureux. Une fois récupéré, il le fait venir chez lui. Puis il l’y installe. Et évidemment, la présence de cet être fruste va complètement modifier la vie dans la maison : ce drôle de paroissien qui fait ce qui lui chante (la plupart du temps, rien) va bientôt diriger tout ce petit monde…

 

Habits déchirés et décousus, cheveux longs et barbe hirsute, Michel Simon est un magnifique Boudu, un des rôles qui a fait sa notoriété et sa réputation. Il faut dire qu’il s’en donne à cœur joie dans ce rôle de clochard un brin anarchiste, qui déboule dans cette famille comme un chien dans un jeu de quilles… Et Renoir ne fait rien pour retenir Simon qui va faire basculer le film de deux façons :

  • dans l’intrigue qui voit la situation initiale prendre un tournant inattendu (sauf pour les spectateurs) ;
  • dans la mise en scène qui va enfin sortir du cadre un tantinet pompeux du théâtre filmé.

Parce que le début fait un peu peur : Granval était un grand monsieur, sociétaire de la Comédie Française, et ça se voit : son jeu reste très académique et son élocution reste un brin empesée. Alors l’arrivée de Boudu/Simon va donner de l’air au film, participant à toutes les séquences en extérieur. Et ces séquences se ressentent comme de véritables bouffées d’air frais, pour le spectateur comme pour le réalisateur qu’on sent prisonnier du décor dès qu’on retourne à l’intérieur.

Il faut dire aussi que c’est le quatrième film que Renoir et Simon tournent ensemble et la complicité qui lie les deux hommes explique la facilité qu’a Michel Simon pour s’imposer dans ce film (2).

 

Mais Boudu, c’est aussi un immense pied-de-nez à la bourgeoisie et la morale en place : Boudu est scandaleux. Non seulement il est fruste, mais en plus il va coucher avec madame Lestingois et passer son temps à cracher, au grand dam de Lestingois, bien embarrassé par ce fardeau inattendu. Le personnage de Boudu est tellement scandaleux (en 1932-33) que les forces de l’ordre doivent intervenir à certaines séances devant les réactions offusquées et violentes de certains spectateurs. Aujourd’hui, l’attitude de Boudu amuse plus qu’elle ne choque, mais il faut se replacer dans le début de ces années 1930 : un tel personnage est d’une disgrâce inqualifiable. Et c’est là que Simon et Renoir se rejoignent et s’entendent. Seul Michel Simon était capable, à mon avis de personnifier cet individu fort répugnant. Et la résolution de l’intrigue n’a rien d’étonnant : Boudu est un anarchiste à tendance asociale.

Et les Anglo-Saxons ne s’y laisseront pas avoir : Boudu ne sera projeté au Royaume-Uni qu’en 1965, et aux Etats-Unis en 1967. Et trente-cinq ans après, on a pu constater des réactions similaires à celles de sa sortie (3) : 1968 n’était pas encore passé par là…

 

Un régal !

 

  1. Honnête cela va sans dire.
  2. Ce sera d’ailleurs, étonnamment, leur dernier film ensemble.
  3. Un critique américain s’est dit scandalisé !
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