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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Guerre, #Christian-Jaque
Boule de Suif (Christian-Jaque, 1945)

 

1870.

Les armées françaises battent en retraite. Seuls quelques francs-tireurs continuent de lutter contre l’ennemi prussien qui prend ses quartiers en France. A Rouen, par exemple, où les notables – louis-philippards – et leurs dames veulent quitter la ville. Et quand ils y parviennent, c’est pour se retrouver dans la même diligence que Boule de Suif (Micheline Presle), fille de mauvaise vie, comme ils disent.

Mais cette « fille de mauvaise vie montre qu’elle a des manières : elle offre le repas aux voyageurs inconséquents et montre une résistance farouche à cet envahisseur bien peu délicat.

Le tout sous l’œil ironique de Cornudet (Alfred Adam), libre penseur mais surtout « démocrate », au grand dam de ces mêmes notables.

 

Quand le film sort, la guerre est finie, et on commence à régler certains comptes (1), de ceux qui ont eu une certaine complaisance (voire une complaisance certaine) avec l’occupant. Et le film, tourné dans cette époque troublée (la fin de la guerre et de la Libération) s’en fait l’écho : ces officiers prussiens ne sont guère différents de ceux qui déambulaient dans les villes de France, seul l’uniforme a changé. Bien sûr, nous ne sommes plus chez Maupassant à ce moment-là, mais c’est ça, le cinéma. Et Christian-Jaque s’y entend très bien dans ce rayon.

Son film est impeccable de bout en bout, actualisant les nouvelles de l’écrivain avec habileté.

Il faut ajouter qu’il est aidé par ses interprètes qui se prennent au jeu et nous offrent une très bonne prestation. Bien sûr, Micheline Presle est non seulement belle mais aussi très talentueuse, symbolisant d’une certaine façon la France résistante. Et son statut de prostituée nous ramène aux attaques des nationalistes de tout crin : la République française a souvent été qualifiée par ces personnes abjectes de « Gueuse ». Quelle meilleure illustration alors que de la représenter sous les traits de Boule de Suif.

L’autre grand rôle du film est interprété par Louis Salou : le lieutenant prussien surnommé Fifi. Il est d’une grande abjection lui aussi, sous des dehors civilisés, dehors qui ne tiennent pas longtemps  pour le spectateur : cet homme est un salaud de la pire espèce. Et Salou, qui est un homme d’une grande délicatesse est presque à contre emploi : c’était un homme sensible et fin, comme le racontait Micheline Presle.

 

Et Christian-Jaque déroule son film, attaquant sans relâche les Collaborateurs, représentés par les trois notables « anti-démocrates » : Auguste Loiseau (Jean Brochard), Edmond Carré-Lamadon (Pierre Palau) et le comte de Bréville (Marcel Simon). On retrouve dans ces trois hommes, d’une certaine façon, ceux qui ont permis l’Occupation (2) : Loiseau représente les commerçants qui se sont enrichis pendant l’Occup’ ; Bréville la frange monarchiste qui se réjouissait de la chute de la République (3) ; et Carré-Lamadon les parlementaires qui ont abandonné le pouvoir au maréchal. Et tous trois s’accordent pour dire que la défaite était logique et que l’envahisseur a tous les droits : tout ce genre de fadaises qui fut servi pendant ces quatre années terribles.

 

Bref, un très beau film en costumes sous lequel point la critique de ceux qui ont fait le lit de l’Ennemi. Et la fin n’en est que plus symbolique : après avoir résisté aux avances de l’ignoble officier prussien, Boule de Suif – comme les résistants 70 ans plus tard – va se sacrifier et céder, permettant alors à ses « compagnons » de voyages de pouvoir reprendre leur route.

Magistral.

 

  1. Pierre Laval sera fusillé deux jours après la sortie du film (ou 2 jours avant selon les sources).
  2. Celle de 1940, bien sûr.
  3. Sans oublier le fait que Pétain était un monarchiste convaincu.

 

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