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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Comédie dramatique, #Irving Cummings, #Colleen Moore
Broken Hearts of Broadway (Irving Cummings, 1923)

Mary Collins (Colleen Moore) débarque à Grand Central, New York.

Elle est venue trouver la gloire mais cela passe par un engagement à Broadway. Mais à chaque nouvelle agence, c’est la même réponse qui tombe : « on vous contactera. »

Et bien sûr, personne ne contacte qui que ce soit.

Mais Mary y croit et grâce à l’entremise de Bubbles (Alice Lake) sa colocataire, elle fait la connaissance de deux directeurs de théâtres : Barry Peale (Arthur Stuart Hull) & Frank Huntleigh (Freeman Wood).

Et pour être engagé, il faut savoir fermer les yeux sur certains aspects beaucoup moins glamour : un petit coup de pouce vaut bien une petite contrepartie.

Et si Bubbles s’en satisfait, ce n’est pas le cas de Mary, qui veut rester pure, dans tous les sens du terme.

 

Trois ans avant Ella Cinders, Colleen Moore interprète une jeune provinciale qui monte à la grande ville pour y faire fortune. Mais si ce film était une comédie totalement assumée, ici le ton est beaucoup plus réaliste, voire amer. Si le ton de la comédie reste là, le propos est beaucoup moins amusant.

En effet, ici Mary endure tous les éléments dont ne parlaient pas toujours les magazines de cinéma (1) : l’attente, le découragement, la misère.

L’histoire de Mary et des autres locataires de la pension de Mrs Ryan (la formidable Kathy Price) est une réalité ô combien fréquente à cette époque – et même certainement encore maintenant.

Bien sûr, Colleen Moore est magnifique dans un rôle quasiment sur mesure qui tranche avec la compromission de son amie Bubbles.

 

On peut même retrouver dans cette intrigue des résonnances sur le cinéma actuel et la campagne #metoo qui a vu nombre de producteurs, metteurs en scène ou acteurs incriminés voire inculpés dans des affaires de harcèlement.

Car ici, d’une façon ou d’une autre, il faut être « gentille » pour réussir. Et la cour assidue (euphémisme) de Huntleigh auprès de mari ressemble beaucoup à du harcèlement : d’ailleurs, quand cette dernière refuse les « cadeaux », elle est renvoyée de la revue.

 

Autre aspect mentionné dans le film, une situation qui résonne beaucoup avec l’actualité de 1923 au cinéma : l’affaire Arbuckle. Vous allez trouver que j’en fais un peu trop et que je ne vois que cela dans les différentes productions de l’époque.

Mais encore une fois, nous avons une personne accusée à tort de meurtre. Et quand Mary (parce que c’est elle) se tourne vers son amie Bubbles, cette dernière lui fait comprendre avec tact qu’elle ne peut rien pour elle, bien qu’elle sache qu’elle est innocente.

Mais heureusement, Mary sera innocentée et deviendra une grande vedette.

 

Vous trouvez que je vous raconte la fin ? Vous avez tort, car dès le début nous savons que Mary Harris est une star – et qu’elle a donc réussi – : l’histoire de Mary est une histoire dans l’histoire.

En effet, c’est le père Ryan (Tully Marshall) qui raconte l’histoire de Mary à un jeune homme au bout du rouleau (Creighton Hale) et qui est, lui aussi, venu trouver la gloire à Broadway. Soulignons au passage, d’ailleurs, que Tully Marshall n’a pas joué que des personnages ignobles et veules, et qu’ici, son duo avec Kate Price est très amusant, donnant dès le début une note comique qui adoucit le propos du film.

 

Pour le reste, Irving Cummings nous propose un film de facture honnête avec des acteurs qui sont la plupart du temps dans le ton – Tony Merlo (Toni Guido dans le film) a une tendance à en faire un peu trop dans le côté italien de son personnage – et on a droit à quelques gros plans habiles de la belle Colleen Moore.

Bref, une petite pépite comme on en trouve souvent dans le cinéma des années 1920, quand la technique est maîtrisée et les audaces picturales des années précédentes devenues la norme.

 

A (re)voir, donc.

 

(1) Je ne dis pas que les magazines ne parlaient pas de cet aspect beaucoup plus sordide : de nombreuses mises en garde étaient régulièrement émises mais ne suffisaient pas toujours à refroidir les vocations.

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