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Le Monde de Djayesse

Le Monde de Djayesse

Un peu de tout : du cinéma (beaucoup), de l'actu (un peu) et toute cette sorte de choses [A bit of everythying: cinema (a lot), news (a little) and all this kind of things]

Publié le par Djayesse
Publié dans : #Cinéma, #Prison, #Stuart Rosenberg, #Robert Redford
Brubaker (Stuart Rosenberg, 1980)

Arkansas, années 1970s.

Wakefield est une prison modèle : le modèle qu’il ne faut absolument pas suivre. On y frappe les détenus sans véritables raisons, des trafics ont été installés au profit des gardiens… Bref, peu d’évolution depuis Je suis un Evadé (Mervyn LeRoy, 1932).

Un nouveau contingent de prisonniers débarque dans cette anti-chambre de l’enfer, avec parmi eux, Collins (Robert Redford), qui regarde partout autour de lui, se demandant dans quel enfer il vient de tomber.

Il faut dire que Collins s’appelle en vérité Brubaker, et qu’il est le nouveau directeur du pénitencier.

C’est un réformateur.

 

Nous sommes à la fin des années 1970s, et les films engagés sont toujours aussi percutants. Et là encore, il s’agit d’une histoire vraie. Après les Hommes du Président, Robert Redford se retrouve dénonçant un terrible scandale carcéral : les traitements y sont déplorables pour les détenus, ces derniers, en plus d’être violemment maltraités sont affamés et vivent dans des locaux d’une insalubrité crasse.

Bien entendu, ce directeur ne s’attire pas les sympathies des gardiens – « trusties » (to trust = faire confiance), des prisonniers qui se sont rachetés et à qui on peut faire confiance – mais celle des prisonniers non plus : ce sont des êtres abandonnés de tous qui n’ont plus l’habitude qu’on soit humain envers eux, alors ils se méfient, flairant une arnaque et craignant la réprobation générale s’ils collaborent.

Pourtant, comme ils n’ont pas d’autre alternative, et que finalement, au pire, ça ne changera rien pour eux, ils s’y mettent. Et la prison se met à tourner : on y rit à nouveau.

 

Mais les véritables ennemis de Brubaker ne sont pas dans la prison, ce sont ceux qui l’ont embauché : le Conseil pénitentiaire. Qu’ils réforment la prison, soit, mais qu’il touche au statu quo, il n’en est pas question. Parce que derrière ces philanthropes de façade se cachent des intérêts qui dépassent le cadre  de la prison, voire des scandales plus terribles encore.

Et c’est surtout là qu’est la dénonciation du scandale : se targuer de réformer un bagne obsolète, mais refuser de réellement le faire.

La partie est biaisée dès le départ. Et à partir du moment où  Brubaker se fait connaître, le compte à rebours a commencé. On sait que ce sera lui ou le Conseil. Et pas besoin d’être devin pour connaître l’issue du duel.

 

Là encore, les Américains nous démontrent leur savoir faire à propos des films pénitentiaires : Je suis un Evadé, le Prisonnier d’Alcatraz, Luke la Main froide… Là encore, nous retrouvons des gardiens sadiques et des traitements inhumains. Certes, Alan Parker, dans Midnight Express avait dépeint un monde terrible. Mais ici, nous se sommes pas à l’autre bout du monde : c’est au cœur des Etats-Unis que se situe cette prison : ce n’est pas un pays totalitaire éloigné qui dirige cet établissement.

Et c’est pourquoi il n’est nul besoin de charger le trait : malgré tout, nous avons un aperçu des méthodes coercitives, voire criminelles pratiquées dans cet établissement.

Mais l’intérêt, là encore, est ailleurs. Robert Redford compose un personnage ambigu : Brubaker est plus humain, certes, mais s’il le faut, il sait prendre un fusil et chasser un évadé. Sous des dehors humanistes, il reste le garant de l’Institution et doit faire respecter les lois de l’Etat. De plus, il existe des intérêts autres – et pas complètement financiers – qui entrent en ligne de compte : doit-on, avec les deniers publics, entretenir une bande de criminels endurcis ?

Et si Brubaker apporte une solution, l’Institution ne peut la retenir, puisqu’elle remet en cause le fonctionnement de cette même Institution.

 

Autour de Robert Redford, on trouve quelques seconds rôles très intéressants : Yaphet Kotto, en gardien sceptique est tout bonnement magnifique. Il marche sans cesse sur un fil de funambule, espérant – pourquoi pas – la réussite des cette expérience, mais il reste aussi très pragmatique quant à l’impact de cette méthode sur les personnes (prisonniers et gardiens).

Une femme aussi, dans ce monde d’homme : Lillian Gray (Jane Alexander), le soutien de Brubaker en haut lieu. Un soutien de poids dans le Conseil, mais qui connaît aussi les règles du jeu, et surtout ses limites.

Une mention particulière enfin pour le personnage de Caldwell (Everett McGill). Il est dommage qu’il n’ait pas été un peu plus fouillé : c’est un personnage silencieux qui semble garder beaucoup en lui. Mais comme il n’est pas vraiment développé, on reste un tantinet sur sa faim. On sent un potentiel, mais il n’est pas exploité.

Et puis un tout petit rôle de prisonnier très dangereux, enfermé dans une cellule qui ressemble encore plus à une cage : Morgan Freeman !

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